Fenêtre sur l’Histoire du Calvaire

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Le Calvaire de Pont-château a désormais une histoire de plus de trois siècles. Au fur et à mesure que le temps passe, elle s’enrichit des œuvres, des événements, des rencontres, des personnes. Mais l’histoire, notre passage rapide, et aujourd’hui la richesse et la rapidité des nouvelles qui nous envahissent, cachent souvent dans l’oubli les mêmes évènements, et les mêmes personnes.

Heureusement pour le Calvaire, les personnes qui s’intéressent à ce lieu, peuvent puiser dans les nombreuses archives qui racontent son histoire et qui permettent ainsi de le maintenir comme un lieu vivant. J’aimerai, avec vous, ouvrir de temps en temps une Fenêtre sur l’histoire du Calvaire pour redécouvrir la richesse et surtout pour ne pas oublier : l’histoire enseigne toujours la vie.

Pendant 50 ans, une petite revue a accompagné l’évolution du Calvaire de 1891 jusqu’à la conclusion des travaux du Temple et du Cénacle vers 1940. Cette revue, L’Ami de la Croix, est maintenant une mine de souvenirs qui suscitent émotions, demandes, sourires…

C’est de cette revue que je puiserai les pages qui suivront.

P. Efrem Assolari, smm

Je commence par vous offrir le premier article de la Revue sortie en octobre 1891. Malheureusement il n’est pas signé mais le premier directeur de la revue était le Père Louis GROLLEAU qui présente et explique ici le titre de la nouvelle Revue.

 

 

NOTRE TITRE « AMI DE LA CROIX »

 

Nous pouvons dire que nous ne l’avons point choisi. Il nous a semblé que notre Bienheureux nous le donnait, nous l’imposait lui-même.

On nous en proposait d’autres. Quelqu’un eût voulu que nous fussions l’Echo du Calvaire. C’eût été bien beau, sans doute, et eût peut-être mieux résonné à l’oreille. Peut-être, aussi, aurions-nous évité de nous entendre dire ce que nous savions déjà, que les Amis de la Croix sont bien isolés, bien peu écoutés dans le monde.

Néanmoins, nous avons voulu être appelés, et nous nous appelons : l’Ami de la Croix.

Nous voulons travailler à la réalisation des grands projets de Montfort, pour glorifier la Croix, sur cette lande de la Madeleine, qu’il a arrosée de tant de sueurs, où il a dépensé tant de zèle. Le pourrions-nous, sous un autre nom que celui-là môme qu’il donna aux âmes d’élite groupées par lui, au lendemain de la grande épreuve qui mit fin à ses travaux dans cette contrée, et sur lesquelles il comptait, sans doute, pour reprendre son œuvre.

Après avoir préparé à la Croix un si magnifique triomphe, il a vu toutes ses espérances déçues.

Le monument grandiose qu’il lui avait élevé n’est plus qu’un monceau de ruines. La croix qu’ily avait plantée de ses mains est abattue, et lui-même est comme broyé dans sa chute. Ses ennemis triomphent de toutes parts. Tout ministère, et, en particulier, le ministère de la parole lui est interdit dans ce diocèse, dans cette ville de Nantes, où l’on a tant de fois admiré son dévouement et son zèle.

C’est alors que sentant la Croix peser plus lourdement que jamais sur ses épaules, il songe à la faire plus aimer. C’est dans cette cité nantaise où il est lui-même poursuivi par tant d’ennemis, qu’il fonde son Association des Amis de la Croix.

Ils sont bientôt nombreux, et de tous les rangs de la société ceux qui, à l’appel de Montfort, consentent à porter ce beau nom, et acceptent les règlements pleins de sagesse qu’il leur a tracés. S’il est condamné au silence, s’il ne peut leur faire entendre en public sa parole ardente, enflammée, il lui est permis, au moins, de correspondre par lettres avec eux. C’est ainsi que nous avons cette admirable lettre circulaire aux Amis de la Croix, que l’on croirait tombée de la plume et du cœur de l’Apôtre saint Paul, tant elle respire tous les sentiments du grand Apôtre.

Voici ce qu’il y dit, en particulier, du nom qu’il leur a donné : « Vous vous appelez Amis de la Croix. Que ce nom est grand ! Je vous avoue que j’en suis charmé et ébloui. Il est plus brillant que le soleil, plus élevé que les cieux, plus glorieux et plus pompeux que les titres les plus magnifiques des rois et des empereurs, c’est le grand nom de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble; c’est le nom sans équivoque d’un chrétien. »

Il est vrai que notre Bienheureux ajoute immédiatement : « Mais, si je suis ravi de son éclat, je ne suis pas moins épouvanté de son poids. » — O Père, vous qui l’avez porté si noblement, si glorieusement ce nom, vous nous aiderez à le porter convenablement, du moins. Nous comptons beaucoup, pour cela, sur votre intercession, sur votre secours.

Remarquons, en passant, le dernier mot de Montfort, a l’éloge de ce beau nom l’Ami de la croix. C’est, dit il, le nom sans équivoque d’un chrétien.

C’est après avoir vu les sectaires de son temps abattre la Croix qu’il avait plantée que Montfort adressait cet appel aux chrétiens fidèles, leur demandant de se montrer et de dire sans équivoque ce qu’ils étaient, en prenant ce beau nom d’Amis de la Croix. Quels ne seraient pas aujourd’hui ses accents, en face des nouveaux sectaires poursuivant partout la Croix, la faisant disparaître des écoles de l’enfance, des asiles de la souffrance, où sa vue est pourtant la grande et suprême consolation. N’est-ce pas le temps pour le chrétien fidèle, de se montrer, de dire son nom sans équivoque et de se proclamer Ami de la Croix.

Puisse-t-on le comprendre partout !

On le comprend, du moins, dans ces contrées évangélisées par Montfort, où la foi est encore si vive, si profondément enracinée dans les cœurs. Nous savons bien que là, notre nom d’Ami de la Croix n’offusquera, n’effarouchera personne.

Qu’on nous permette la citation d’un petit fait bien simple.

Nous habitons, depuis quelques mois, la communauté du Calvaire. Nous avons vu la grande manifestation religieuse du 24 juin. Nous avons assisté à l’arrivée de bien des pèlerinages. Nous avons vu défiler bien des processions, toujours au chant plein d’entrain des cantiques en l’honneur de la Croix, ou en l’honneur du Bienheureux lui-même. Mais parmi les chants nouveaux composés à l’occasion de la Béatification, nous pouvons affirmer qu’il n’en est aucun chanté avec plus d’ardeur, mieux enlevé, pour nous servir du terme ordinaire, que celui qui est intitulé : Chant des Amis de la Croix, et dont le refrain est tout entier dans ces simples paroles :

Dieu le veut ! Et Montfort est l’écho de sa voix ;

Dieu le veut ! Soyons tous les amis de la Croix !

Il suffit de l’avoir entendu redire, comme nous l’avons entendu, pour être assuré que notre Ami de la Croix n’aura qu’à dire son nom, pour trouver bon accueil, en maints endroits.

Va donc, cher Ami de la Croix, et va avec confiance. Puisses-tu la faire connaître et aimer, là où on ne la connaît et où on ne l’aime pas assez, et là où déjà on l’aime, la faire aimer encore davantage !

 

L’Ami de la Croix, octobre 1891, pp. 3-6.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette gravure a été pendant plusieurs années la couverture de chaque numéro de la petite revue L’Ami de la croix.  C’est pour ça que le directeur de la revue se hâte à l’expliquer. Je ne veux pas ici reprendre son article. Je désire seulement souligner quelques détails de ce dessein.

Le Calvaire est celui de l’Abbé François Gouray avant la hausse due au père Barré au début du XXème siècle.

Le Prétoire a sur la façade un seul escalier : La Scala santa c’est-à-dire la reproduction de l’escalier monté et descendu par Jésus au moment  de sa rencontre avec Pilate pendant sa passion. Les fidèles le montaient à genoux comme geste de pénitence et de participation à la passion de Jésus. Un seul escalier sur la gauche permettait de descendre.

À ce moment-là (1891) seulement le bas relief de la Flagellation était réalisé sur les cinq qui y sont actuellement. Il faudra plusieurs années pour la réalisation complète.

Le père de Montfort nous attend aux pieds de l’escalier.

Malheureusement on n’arrive pas a lire le nom de l’auteur : à gauche on lit bien Humbert, mais a droite A. Farniqui SC. J’attends quelques renseignements de la part des visiteurs du site.

P. Efrem Assolari, smm

 

NOTRE GRAVURE

 

Les pèlerins, qui ont visité souvent le Calvaire, pourraient, sans doute, se rendre compte de la pensée qu’elle exprime; mais nous devons la faire connaître et l’expliquer à nos lecteurs.

Nous avons pensé qu’il leur serait agréable d’avoir sous les yeux, tout à la fois, et le théâtre des travaux du B. de Montfort, et le cadre dans lequel doivent se réaliser les projets qu’il avait conçus.

Sur le premier plan, à droite, apparaît le nouveau monument, représentant le Prétoire de Pilate, auquel donne accès la Scala Sancta. Tout près, le bouquet d’arbres qui entoure la fontaine dite du P. de Montfort, et dont nous aurons occasion de parler. De la, la lande s’élève insensiblement jusqu’au Calvaire que l’on aperçoit dans le lointain, à gauche.

Une voie, à demi tracée sur la lande, relie le Prétoire au Calvaire. Ce sont les deux points extrêmes de la Lande de la Madeleine. La distance qui les sépare est de cinq à six cents mètres et diffère peu de celle qui se trouve, à Jérusalem, entre le vrai Prétoire et le Golgotha. La largeur du terrain destiné au pieux pèlerinage est à peu près égale, et peut présenter une superficie de sept ou huit hectares. On voit que ce serait déjà un grand travail d’enclore de murailles, comme on en a le dessein, celle autre Jérusalem.

Mais, revenons à notre gravure. On voit le Bienheureux debout au pied de la Scala, montrant de la main son Calvaire ou plutôt la plaine qui s’étend devant lui, comme pour inviter à continuer le travail commencé.

Bien des fois, à cette place même, il a dû faire entendre sa voix, exhorter, animer ses chers travailleurs. C’est là, nous l’avons dit ailleurs, qu’ils se réunissaient d’ordinaire pour prendre leur frugal repas, n’ayant pour se désaltérer que l’eau de la fontaine. C’est là que plus d’une fois eut lieu, en faveur de ses chers pauvres, la multiplication des pains, et, en particulier, entre les mains de Jeanne Guégan, la pauvre veuve qu’il avait établie sa pourvoyeuse générale. C’est de là qu’on parlait en récitant le Rosaire ou en chantant un cantique de circonstance, pour aller reprendre les travaux interrompus un instant.

Certes, Montfort, du haut du Ciel, doit être heureux de voir ce qui a été fait sur ce coin de terre, en particulier, pour reprendre son œuvre et le glorifier lui-même, en même temps que Jésus crucifié.

Au dire de tous, le monument du Prétoire, que notre gravure met sous les yeux est un beau début, digne de servir de point de départ à l’œuvre projetée. Et puis tant d’actes de dévotion, de piété touchante y ont été accomplis déjà, sous les regards des Anges de la Passion qui ont été placés là, comme pour en être les témoins.

C’est tous les jours, que de nombreux et pieux fidèles font l’ascension de la Scala, à genoux. Chaque dimanche, l’empressement est tel, que pendant des heures, il n’y a pas de place inoccupée sur les marches du Saint Escalier.

Et que de prières ferventes répandues devant ce groupe de la Flagellation, qui fait l’admiration des connaisseurs! Mais, il y a quelque chose de mieux à en dire, c’est que sa vue a déjà touché bien des cœurs, et que les pieds du divin Flagellé ont été arrosés de bien des larmes. Nous en avons été plus d’une fois témoin.

On doit comprendre maintenant ce que dit Montfort, du pied de la Scala, où nous l’avons placé. Devant lui, en face, la voie douloureuse montant jus­qu’au Calvaire. Elle doit se peupler, s’animer par la représentation aussi vivante que possible des différents stations du Chemin de la Croix. Une de ces station, et non la moins touchante, doit être déjà à l’étude, chez l’auteur du groupe de la Flagellation.

Mais ce Chemin de Croix monumental n’est pas tout. L’Apôtre de Jésus crucifié a été, en même temps, l’Apôtre du Rosaire. Lui-même avait déjà fait élever autour de son Calvaire, trois petits monument ou chapelles rappelant les mystères du Rosaire. Il devait y en avoir quinze, selon le nombre des mystères. Les historiens ont noté cette particularité, qu’à côté de ces monuments ou chapelles il y avait une cellule, sans doute pour permettre au pèlerin de s’y arrêter dans la contemplation du mystère qui lui offrirait plus d’attraits.

L’espace qui s’étend à gauche de la Scala, dans la direction de la nouvelle Chapelle du Pèlerinage, semble tout disposé pour recevoir la représentation des Mystères joyeux. On y verra tout d’abord et prochainement, nous l’espérons, une reproduction exacte de la Santa Casa de Lorette, ou maison de la Sainte Vierge, dans laquelle s’est accompli le grand mystère de l’Incarnation.

A droite de la Scala, le terrain va s’élevant jus­qu’à une espèce de crête ou ceinture de rochers. Tout y est à souhait pour qu’on puisse y figurer le jardin des Oliviers, avec la grotte de Gethsémani, commençant la série des Mystères douloureux.

Enfin, du même côté, à la hauteur des rochers, dont l’un est déjà désigné comme devant être le rocher de l’Ascension, se développerait la série des Mystères glorieux.

Tel est le plan dont notre gravure met imparfaitement, sans doute, le cadre sous les yeux, et dont Montfort, du pied de la Scala, semble demander l’exécution prompte et fidèle.

Nous n’en doutons pas, la voix de l’excellent Prédicateur du Mystère de la Croix et du Très Saint Rosaire sera entendue.

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L’ami de la croix, 1 (1891-1892) n° 1, pp. 7-10.