L’Avent : les méditations du Père Georges Madore

« Vous qui attendez… »

Le temps de l’Avent se vit dans un climat d’attente. Bien sûr, petits et grands attendent la grande nuit de Noël. Mais l’Avent est plus qu’une montée vers Noël. Cette saison liturgique a pour but de nous révéler comment toute l’existence chrétienne est vécue sous le signe de l’attente. Il y a des attentes stériles, comme de faire la queue à l’épicerie. Mais il y a des attentes fleurant la joie, comme celle de la femme enceinte d’un enfant, ou celle des grands-parents attendant la venue de leurs petits-enfants. L’attente chrétienne est de cette sorte : nous attendons « la révélation du Christ », nous dit saint Paul. Il y a la grande révélation qui aura lieu à la fin des temps. Mais il y a aussi les petites révélations, les petites venues où le Christ se rend présent à nous dans une parole, une rencontre, un temps de prière ou un moment d’extase devant la beauté de la nature ou de l’art. Toutes nos journées peuvent être de « petits Avents » où Dieu survient dans notre existence.

 

En route !

Dans son livre “L’audace d’espérer”, Barack Obama raconte son parcours spirituel. Son père — qu’il a très peu connu — était athée et sa mère, quoi qu’habitée d’un grand sens spirituel, était plutôt agnostique. Qu’est-ce qui l’a donc amené à croire ? C’est d’avoir rencontré dans les quartiers pauvres de Chicago une communauté d’hommes et de femmes qui refusaient de s’asseoir dans la résignation et qui s’étaient mis en route vers un monde nouveau, vers une société bâtie sur la justice et le respect. Portées par leur rêve, se soutenant les unes les autres, ces personnes vivaient leur foi.  Dans les efforts quotidiens des hommes et des femmes que je rencontrais à l’église chaque jour, dans leur capacité d’ouvrir un chemin là où il n’y en avait pas et de garder l’espérance et la dignité dans les pires circonstances, j’ai pu voir la Parole se révéler (page 207 de l’édition américaine). Nos communautés ne peuvent être crédibles et attirantes que si elles sont en route !

         

La garde-robe de Jérusalem…

Même celui qui dit que les vêtements ne sont pas importants, dit quelque chose d’important sur les vêtements ! Si on s’habille de façon banale, c’est qu’on veut se fondre dans la foule. Si on met des vêtements plus éclatants, c’est qu’on veut paraître, s’affirmer. Quel qu’il soit, le vêtement dit toujours quelque chose sur celui qui le porte. Dans la deuxième partie du texte d’Isaïe proclamé aujourd’hui, nous entendons la ville de Jérusalem nous décrire sa garde-robe ! Elle qui avait été dépouillée de tout par le conquérant babylonien, voilà que Dieu l’habille d’innocence et de salut. En fait, il l’habille d’une robe de mariée ! Oui, Dieu renouvellera avec elle son alliance : elle sera son épouse comme au temps du roi David. Nous venons tous au monde nus comme un ver ! Pendant les premières années de notre vie, ce sont les autres qui nous habillent. Pas seulement de vêtements. Ils nous habillent de leurs rêves sur nous, de leur perception, de leurs attentes, de leur peur parfois. Dieu, lui, n’a qu’un vêtement à nous proposer. Il veut nous habiller de ce qu’il a trouvé de plus beau dans sa garde-robe : sa tendresse.

 

« Heureuse celle qui a cru »

L’évangile d’aujourd’hui est tiré du troisième évangile, celui qu’on attribue à Luc. Dès les premières lignes de son récit, cet évangéliste nous raconte deux annonciations : l’annonce de la naissance de Jean et l’annonce de la naissance de Jésus. L’annonciation de Jean se déroule à Jérusalem, la prestigieuse capitale. Celle de Jésus a lieu dans un bled inconnu, Nazareth. Celle de Jean se tient dans le Temple. Celle de Jésus : dans une modeste maison. Celle de Jean s’adresse à un prêtre en exercice. Celle de Jésus : à une jeune fille dont on nesait rien, sinon qu’elle est promise en mariage. Tout ceci annonce le dépouillement de la crèche de Bethléem. Mais surtout, cela vise à nous conduire à l’essentiel : la demeure que Dieu se choisit, celle qu’il préfère au Temple, c’est un cœur habité par la foi. Remplie de l’Esprit, Élisabeth devient prophète et proclame la première béatitude  « Bienheureuse celle qui a cru » (Luc 1, 45). Seule la foi peut nous conduire dans le mystère et la joie de Noël.

                                                      

Père Georges Madore

Missionnaire Montfortain