Regards sur Montfort

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« Je suis entre Jésus et Marie »

La photo présente un tout petit vitrail qui se trouve dans la Basilique de Saint Laurent, dans la petite absidiole qui abrite la statue du père de Montfort et ses reliques. Il nous rappelle, trois cent ans après, le moment du décès du grand Missionnaire.

La Mission de Saint Laurent

Montfort était arrivé à Saint Laurent au début du mois d’avril 1716 et il avait commencé la Mission pour la paroisse le dimanche des Rameaux.

Le premier biographe, Grandet (qui écrit sa biographie seulement huit ans après la mort du Saint) nous donne des détails :

« Il était tellement épuisé et fatigué de ses travaux apostoliques, et encore plus des mortifications dont il accablait continuellement son corps, qu’il tomba très grièvement malade. Comme il n’était couché que sur de la paille à son ordinaire, son confesseur l’obligea par obéissance à prendre un matelas. Sa maladie qui dura sept jours, s’étant rendue supérieure à tous les remèdes qu’on lui pût donner, il vit bien que sa dernière heure était venue. Il demanda les sacrements de pénitence, de viatique et de l’extrême-onction, qu’il reçut avec de grands sentiments de piété. Il se fit attacher de petites chaînes de fer aux pieds, aux bras et au col, voulant mourir, comme il avait vécu, esclave de Jésus vivant en Marie. Il prit dans sa main droite le crucifix qu’il avait apporté de Rome, auquel notre Saint Père le pape avait attaché une indulgence plénière à la mort, et mit dans sa main gauche l’image de la Sainte Vierge qu’il avait toujours coutume de porter sur soi. Et il baisait tendrement ces images l’une après l’autre, en invoquant Jésus et Marie ».

 

“Allons, mes chers amis, Allons en paradis”

Mais comme dans chaque petit village les nouvelles courent rapidement ! Et les gens de Saint Laurent se rassemblent en foule à la porte de sa chambre, et demandent à y entrer pour recevoir sa bénédiction. « Comme il entendait du bruit, il en demanda la cause. On la lui dit et il pria ceux qui étaient autour de lui de les laisser entrer. Les peuples ne furent pas plutôt dans la chambre qu’ils se mirent tous à genoux, pour demander sa bénédiction en pleurant et en sanglotant. Il leur dit qu’il n’était pas digne de les bénir, que ce pouvoir ne lui appartenait pas. Alors M. Mulot son confesseur lui dit : “Bénissez les, avec votre crucifix, ce sera Jésus-Christ qui leur donnera sa bénédiction, et non pas vous.” Il le fit. La chambre étant trop petite pour contenir tous les peuples, il fallut les laisser entrer les uns après les autres, jusqu’à trois fois. Alors Louis-Marie, ramassant tout ce qui lui restait de forces, il se mit à chanter deux couplets d’un cantique de la mission :

“Allons, mes chers amis,

Allons en paradis ;

Quoiqu’on gagne en ces lieux,

Le paradis vaut mieux.”

 

« Je suis entre Jésus et Marie »

Un moment après il sembla s’assoupir, puis il se réveilla tout tremblant et en frémissant et dit à haute voix : “C’est en vain que tu m’attaques, je suis entre Jésus et Marie” dont il tenait les images, Je suis au bout de ma carrière ; c’en est fait, je ne pécherai plus.» Et il expira à l’instant avec beaucoup de tranquillité et de paix, le 28 avril 1716. L’auteur du petit vitrail nous présente ce moment : Montfort mourant entre Jésus qui lui montre le ciel et Marie qui l’accueille avec sa main maternelle. A coté du lit, à genoux le père René Mulot, son confesseur et collaborateur et le fidèle Frère Mathurin, les mains sur le visage, en larmes. A la porte les gens de Saint Laurent et à l’arrière plan l’ancienne église de Saint Laurent.

 

 

 

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Pèlerins au tombeau

 

 

Dans la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvre, un autel dédié à St Louis-Marie de Montfort nous montre une belle statue en marbre blanc de Carrare. Le geste du Saint semble inviter les pèlerins à s’approcher de lui. En ce même endroit il y a un reliquaire contenant le tibia du missionnaire et un morceau de sa soutane. A coté de la statue, deux petits vitraux. Le premier, que nous avons déjà pu admirer, représente la mort du Saint, le 28 avril 1716 : « Je suis entre Jésus et Marie. » A gauche, le deuxième petit vitrail peut être intitulé « Pèlerins au tombeau ».

 

On y vient de tous cotés.

Son ami et compagnons d’étude, le chanoine Jean-Baptiste Blain, dans une mémoire très riche et précieux nous dit : « On y vient même de tous côtés et même de loin, visiter et honorer le lieu où repose le corps du saint prêtre. C’est ce que j’ai vu à Saint-Laurent, où j’ai fait un voyage dont je vais parler. »

En effet les vitraux, réalisés au début du XXème siècle, nous « parlent » des derniers moments de Louis-Marie, lors de sa mort, en 1716.

L’abbé Grandet, son premier biographe, qui a fait imprimer sa biographie en 1724, seulement huit ans après la mort du grand missionnaire, nous relate : « On l’inhuma dans la chapelle de Notre-Dame de l’église de Saint‑Laurent‑sur‑Sèvre et depuis ce temps-là, il y a eu un très grand concours de différentes personnes, qui viennent journellement à son tombeau invoquer le crédit de Monsieur Grignion auprès de Dieu, et presque toutes disent qu’elles ont été exaucées, et reçu des guérisons miraculeuses par ses prières »

 

 

Un monument pour le bon père de Montfort

Dix huit mois après sa mort, l’évêque de La Rochelle, Mgr De Champflour, grand ami du père de Montfort donna la permission d’exhumer son corps et de lui faire une sépulture plus digne.

« On l’a exhumé, continue Blain, pour lui faire un petit mausolée de pierre, couvert d’une table de marbre où est gravée son épitaphe qui présente au naturel le portrait de son âme, en exprimant en peu de mots son vrai caractère et ses vertus dominantes, qui sont un zèle ardent, une innocence admirable et une austère pénitence. On trouva son corps, quand on le découvrit en présence d’une trentaine de personnes, un peu desséché, mais sans corruption et répandant une odeur agréable : c’est ce que m’ont dit à Saint-Laurent des témoins oculaires »

Les vitraux nous offrent tout cela : le petit mausolée de pierre, la pierre tombale de marbre noir avec l’épitaphe (de laquelle nous avons parlé le mois précédent), la statue de la Vierge dans une niche sur le fond. Et les pèlerins : femmes, hommes, enfants sont là, à genoux, les mains suppliant ou offrant, entre autres, une béquille en gage de reconnaissance pour une guérison obtenue.

 

Il regarde, il nous regarde.

Et le Saint nous regarde tous. De ses mains ouvertes il fait le geste de l’accueil et du don. Son sourire est rassurant, son chapelet indique son grand trésor : l’amour de la Vierge Marie, chemin parfait qui nous conduit à mieux vivre notre vie chrétienne. Il regarde, il nous regarde, parce que, depuis le moment de sa sépulture jusqu’à aujourd’hui, les gens ont continué de venir près de son tombeau. L’église a changé, sa pierre tombale a été modifiée également, mais son corps est toujours resté là, au même endroit. Maintenant il est uni à celui de la bienheureuse Marie-Louise de Jésus de telle façon qu’on peut célébrer la sainte Eucharistie sur les deux tombeaux. Beaucoup de pèlerins sont venus se recueillir ; parmi les plus renommés citons : St. Jean Paul II, St. Jean XXIII plusieurs fois comme nonce apostolique, Alexandre Soljénitsyne, Lech Walesa, Sœur Emmanuelle, l’abbé Pierre… Mais chaque jour notre basilique recueille les prières, les larmes, les soupirs, les confessions de nombreux anonymes.

 

Nous te rendons grâce pour les Saints.

Comme sont vraies les paroles de la préface de la Toussaint qui nous fait prier : Nous te rendons grâce, Dieu éternel et tout-puissant, car tu es glorifié dans l’assemblée des saints : lorsque tu  couronnes leurs mérites, tu couronnes tes propres dons. Dans leur vie, tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille, et dans leur intercession, un appui ; afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courrions jusqu’au bout l’épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l’impérissable couronne de gloire. Oui ! nous rendons grâce.

P. Efrem Assolari, smm

Extrait de la revue Montfortaine “Médiatrice et Reine”,Diestsevest 55, 3000 Leuven, Belgique