Il était une fois : le Calvaire de Pont-Château – Notes historiques

Introduction

 

Le Calvaire de Pont-Château a désormais une histoire de plus de trois siècles. Au fur et à mesure que le temps passe, elle s’enrichit des œuvres, des événements, des rencontres, des personnes. Mais l’histoire, notre passage rapide, et aujourd’hui la richesse et la rapidité des nouvelles qui nous envahissent, cachent souvent dans l’oubli les mêmes évènements, et les mêmes personnes.

Heureusement pour le Calvaire, les personnes qui s’intéressent à ce lieu, peuvent puiser dans les nombreuses archives qui racontent son histoire et qui permettent ainsi de le maintenir comme un lieu vivant. J’aimerai, avec vous, ouvrir de temps en temps une Fenêtre sur l’histoire du Calvaire pour redécouvrir la richesse et surtout pour ne pas oublier : l’histoire enseigne toujours la vie.

Pendant 50 ans, une petite revue a accompagné l’évolution du Calvaire de 1891 jusqu’à la conclusion des travaux du Temple et du Cénacle vers 1940. Cette revue, L’Ami de la Croix, est maintenant une mine de souvenirs qui suscitent émotions, demandes, sourires…

C’est de cette revue que je puiserai les pages qui suivront.

Je commence par vous offrir le premier article de la Revue sortie en octobre 1891. Malheureusement il n’est pas signé mais le premier directeur de la revue était le Père Louis GROLLEAU qui présente et explique ici le titre de la nouvelle Revue.

P. Efrem Assolari – Missionnaire Montfortain

1- NOTRE TITRE « AMI DE LA CROIX »

Nous pouvons dire que nous ne l’avons point choisi. Il nous a semblé que notre Bienheureux nous le donnait, nous l’imposait lui-même.

On nous en proposait d’autres. Quelqu’un eût voulu que nous fussions l’Echo du Calvaire. C’eût été bien beau, sans doute, et eût peut-être mieux résonné à l’oreille. Peut-être, aussi, aurions-nous évité de nous entendre dire ce que nous savions déjà, que les Amis de la Croix sont bien isolés, bien peu écoutés dans le monde.

Néanmoins, nous avons voulu être appelés, et nous nous appelons : l’Ami de la Croix.

Nous voulons travailler à la réalisation des grands projets de Montfort, pour glorifier la Croix, sur cette lande de la Madeleine, qu’il a arrosée de tant de sueurs, où il a dépensé tant de zèle. Le pourrions-nous, sous un autre nom que celui-là môme qu’il donna aux âmes d’élite groupées par lui, au lendemain de la grande épreuve qui mit fin à ses travaux dans cette contrée, et sur lesquelles il comptait, sans doute, pour reprendre son œuvre.

Après avoir préparé à la Croix un si magnifique triomphe, il a vu toutes ses espérances déçues.

Le monument grandiose qu’il lui avait élevé n’est plus qu’un monceau de ruines. La croix qu’il y avait plantée de ses mains est abattue, et lui-même est comme broyé dans sa chute. Ses ennemis triomphent de toutes parts. Tout ministère, et, en particulier, le ministère de la parole lui est interdit dans ce diocèse, dans cette ville de Nantes, où l’on a tant de fois admiré son dévouement et son zèle.

C’est alors que sentant la Croix peser plus lourdement que jamais sur ses épaules, il songe à la faire plus aimer. C’est dans cette cité nantaise où il est lui-même poursuivi par tant d’ennemis, qu’il fonde son Association des Amis de la Croix.

Ils sont bientôt nombreux, et de tous les rangs de la société ceux qui, à l’appel de Montfort, consentent à porter ce beau nom, et acceptent les règlements pleins de sagesse qu’il leur a tracés. S’il est condamné au silence, s’il ne peut leur faire entendre en public sa parole ardente, enflammée, il lui est permis, au moins, de correspondre par lettres avec eux. C’est ainsi que nous avons cette admirable lettre circulaire aux Amis de la Croix, que l’on croirait tombée de la plume et du cœur de l’Apôtre saint Paul, tant elle respire tous les sentiments du grand Apôtre.

Voici ce qu’il y dit, en particulier, du nom qu’il leur a donné : « Vous vous appelez Amis de la Croix. Que ce nom est grand ! Je vous avoue que j’en suis charmé et ébloui. Il est plus brillant que le soleil, plus élevé que les cieux, plus glorieux et plus pompeux que les titres les plus magnifiques des rois et des empereurs, c’est le grand nom de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme tout ensemble;c’est le nom sans équivoque d’un chrétien.»

Il est vrai que notre Bienheureux ajoute immédiatement : « Mais, si je suis ravi de son éclat, je ne suis pas moins épouvanté de son poids. » — O Père, vous qui l’avez porté si noblement, si glorieusement ce nom, vous nous aiderez à le porter convenablement, du moins. Nous comptons beaucoup, pour cela, sur votre intercession, sur votre secours.

Remarquons, en passant, le dernier mot de Montfort, a l’éloge de ce beau nom l’Ami de la croix. C’est, dit il, le nom sans équivoque d’un chrétien.

C’est après avoir vu les sectaires de son temps abattre la Croix qu’il avait plantée que Montfort adressait cet appel aux chrétiens fidèles, leur demandant de se montrer et de dire sans équivoque ce qu’ils étaient, en prenant ce beau nom d’Amis de la Croix. Quels ne seraient pas aujourd’hui ses accents, en face des nouveaux sectaires poursuivant partout la Croix, la faisant disparaître des écoles de l’enfance, des asiles de la souffrance, où sa vue est pourtant la grande et suprême consolation. N’est-ce pas le temps pour le chrétien fidèle, de se montrer, de dire son nom sans équivoque et de se proclamer Ami de la Croix.

Puisse-t-on le comprendre partout !

On le comprend, du moins, dans ces contrées évangélisées par Montfort, où la foi est encore si vive, si profondément enracinée dans les cœurs. Nous savons bien que là, notre nom d’Ami de la Croix n’offusquera, n’effarouchera personne.

Qu’on nous permette la citation d’un petit fait bien simple.

Nous habitons, depuis quelques mois, la communauté du Calvaire. Nous avons vu la grande manifestation religieuse du 24 juin. Nous avons assisté à l’arrivée de bien des pèlerinages. Nous avons vu défiler bien des processions, toujours au chant plein d’entrain des cantiques en l’honneur de la Croix, ou en l’honneur du Bienheureux lui-même. Mais parmi les chants nouveaux composés à l’occasion de la Béatification, nous pouvons affirmer qu’il n’en est aucun chanté avec plus d’ardeur, mieux enlevé, pour nous servir du terme ordinaire, que celui qui est intitulé : Chant des Amis de la Croix, et dont le refrain est tout entier dans ces simples paroles :

Dieu le veut ! Et Montfort est l’écho de sa voix ;

Dieu le veut ! Soyons tous les amis de la Croix !

Il suffit de l’avoir entendu redire, comme nous l’avons entendu, pour être assuré que notre Ami de la Croix n’aura qu’à dire son nom, pour trouver bon accueil, en maints endroits.

Va donc, cher Ami de la Croix, et va avec confiance. Puisses-tu la faire connaître et aimer, là où on ne la connaît et où on ne l’aime pas assez, et là où déjà on l’aime, la faire aimer encore davantage !

 

2

Cette gravure a été pendant plusieurs années la couverture de chaque numéro de la petite revue L’Ami de la croix.  C’est pour ça que le directeur de la revue se hâte à l’expliquer. Je ne veux pas ici reprendre son article. Je désire seulement souligner quelques détails de ce dessein.

Le Calvaire est celui de l’Abbé François Gouray avant la hausse due au père Barré au début du XXème siècle.

Le Prétoire a sur la façade un seul escalier : La Scala santa c’est-à-dire la reproduction de l’escalier monté et descendu par Jésus au moment  de sa rencontre avec Pilate pendant sa passion. Les fidèles le montaient à genoux comme geste de pénitence et de participation à la passion de Jésus. Un seul escalier sur la gauche permettait de descendre.

À ce moment-là (1891) seulement le bas relief de la Flagellation était réalisé sur les cinq qui y sont actuellement. Il faudra plusieurs années pour la réalisation complète.

Le père de Montfort nous attend aux pieds de l’escalier.

Malheureusement on n’arrive pas a lire le nom de l’auteur : à gauche on lit bien Humbert, mais a droite A. Farniqui SC. J’attends quelques renseignements de la part des visiteurs du site.

  1. Efrem Assolari, smm

Explication

Les pèlerins, qui ont souvent visité  le Calvaire, pourraient, sans doute, se rendre compte de la pensée qu’elle exprime; mais nous devons la faire connaître et l’expliquer à nos lecteurs.

Nous avons pensé qu’il leur serait agréable d’avoir sous les yeux, tout à la fois, et le théâtre des travaux du B. de Montfort, et le cadre dans lequel doivent se réaliser les projets qu’il avait conçus.

Sur le premier plan, à droite, apparaît le nouveau monument, représentant le Prétoire de Pilate, auquel donne accès la Scala Sancta. Tout près, le bouquet d’arbres qui entoure la fontaine dite du P. de Montfort, et dont nous aurons occasion de parler. De la, la lande s’élève insensiblement jusqu’au Calvaire que l’on aperçoit dans le lointain, à gauche.

Une voie, à demi tracée sur la lande, relie le Prétoire au Calvaire. Ce sont les deux points extrêmes de la Lande de la Madeleine. La distance qui les sépare est de cinq à six cents mètres et diffère peu de celle qui se trouve, à Jérusalem, entre le vrai Prétoire et le Golgotha. La largeur du terrain destiné au pieux pèlerinage est à peu près égale, et peut présenter une superficie de sept ou huit hectares. On voit que ce serait déjà un grand travail d’enclore de murailles, comme on en a le dessein, celle autre Jérusalem.

Mais, revenons à notre gravure. On voit le Bienheureux debout au pied de la Scala, montrant de la main son Calvaire ou plutôt la plaine qui s’étend devant lui, comme pour inviter à continuer le travail commencé.

Bien des fois, à cette place même, il a dû faire entendre sa voix, exhorter, animer ses chers travailleurs. C’est là, nous l’avons dit ailleurs, qu’ils se réunissaient d’ordinaire pour prendre leur frugal repas, n’ayant pour se désaltérer que l’eau de la fontaine. C’est là que plus d’une fois eut lieu, en faveur de ses chers pauvres, la multiplication des pains, et, en particulier, entre les mains de Jeanne Guégan, la pauvre veuve qu’il avait établie sa pourvoyeuse générale. C’est de là qu’on parlait en récitant le Rosaire ou en chantant un cantique de circonstance, pour aller reprendre les travaux interrompus un instant.

Certes, Montfort, du haut du Ciel, doit être heureux de voir ce qui a été fait sur ce coin de terre, en particulier, pour reprendre son œuvre et le glorifier lui-même, en même temps que Jésus crucifié.

Au dire de tous, le monument du Prétoire, que notre gravure met sous les yeux est un beau début, digne de servir de point de départ à l’œuvre projetée. Et puis tant d’actes de dévotion, de piété touchante y ont été accomplis déjà, sous les regards des Anges de la Passion qui ont été placés là, comme pour en être les témoins.

C’est tous les jours, que de nombreux et pieux fidèles font l’ascension de la Scala, à genoux. Chaque dimanche, l’empressement est tel, que pendant des heures, il n’y a pas de place inoccupée sur les marches du Saint Escalier.

Et que de prières ferventes répandues devant ce groupe de la Flagellation, qui fait l’admiration des connaisseurs! Mais, il y a quelque chose de mieux à en dire, c’est que sa vue a déjà touché bien des cœurs, et que les pieds du divin Flagellé ont été arrosés de bien des larmes. Nous en avons été plus d’une fois témoin.

On doit comprendre maintenant ce que dit Montfort, du pied de la Scala, où nous l’avons placé. Devant lui, en face, la voie douloureuse montant jus­qu’au Calvaire. Elle doit se peupler, s’animer par la représentation aussi vivante que possible des différents stations du Chemin de la Croix. Une de ces station, et non la moins touchante, doit être déjà à l’étude, chez l’auteur du groupe de la Flagellation.

Mais ce Chemin de Croix monumental n’est pas tout. L’Apôtre de Jésus crucifié a été, en même temps, l’Apôtre du Rosaire. Lui-même avait déjà fait élever autour de son Calvaire, trois petits monument ou chapelles rappelant les mystères du Rosaire. Il devait y en avoir quinze, selon le nombre des mystères. Les historiens ont noté cette particularité, qu’à côté de ces monuments ou chapelles il y avait une cellule, sans doute pour permettre au pèlerin de s’y arrêter dans la contemplation du mystère qui lui offrirait plus d’attraits.

L’espace qui s’étend à gauche de la Scala, dans la direction de la nouvelle Chapelle du Pèlerinage, semble tout disposé pour recevoir la représentation des Mystères joyeux. On y verra tout d’abord et prochainement, nous l’espérons, une reproduction exacte de la Santa Casa de Lorette, ou maison de la Sainte Vierge, dans laquelle s’est accompli le grand mystère de l’Incarnation.

A droite de la Scala, le terrain va s’élevant jus­qu’à une espèce de crête ou ceinture de rochers. Tout y est à souhait pour qu’on puisse y figurer le jardin des Oliviers, avec la grotte de Gethsémani, commençant la série des Mystères douloureux.

Enfin, du même côté, à la hauteur des rochers, dont l’un est déjà désigné comme devant être le rocher de l’Ascension, se développerait la série des Mystères glorieux.

Tel est le plan dont notre gravure met imparfaitement, sans doute, le cadre sous les yeux, et dont Montfort, du pied de la Scala, semble demander l’exécution prompte et fidèle.

Nous n’en doutons pas, la voix de l’excellent Prédicateur du Mystère de la Croix et du Très Saint Rosaire sera entendue.

 

3

Sur le site du Calvaire  il y a trois tombeaux : bien sûr le tombeau vide de Jésus ressuscité. Mais il en a deux autres qui gardent les corps de deux grands personnages liés à l’histoire de notre Calvaire. Le premier c’est le tombeau de l’abbé François Gouray, grand restaurateur du Calvaire après la révolution. Curé de Pontchâteau, décédé en 1857 il est enseveli en face de la chapelle du Calvaire aux pieds de la statue du père de Montfort. Le deuxième tombeau est un petit peu caché entre le groupe de l’Ascension et la Grotte de l’Agonie. Il garde les restes mortels du père Jacques Barré, montfortain, celui qui a donné au site du Calvaire sa configuration actuelle. Directeur du pèlerinage de 1888 à 1913 il décède subitement à Saint-Laurent-sur-Sèvre en novembre 1914. Pendant son séjour et ses promenades sur le site il avait souvent exprimé le désir d’être enseveli au Calvaire et il avait aussi montré le lieu de sa dernière demeure. Sa mort à st. Laurent empêcha la réalisation de son rêve. Mais en 1935 voilà que son désir s’accomplie. Voilà les textes des anciens journaux qui nous relatent l’événement. Malheureusement nous n’avons pas le titre du journal. Les deux premiers textes sont l’annonce de l’événement. Le troisième (le plus long) c’est la chronique  très détaillée de la journée du 13 novembre 1935, jour du retour du père Barré à Pontchâteau.

ANNONCE

Pendant 25 ans, de 1888 à 1913, le R. P. Jacques BARRÉ entraîneur d’hommes et apôtre incomparable continua au Calvaire de Pontchâteau l’œuvre du  Bienheureux Père de Montfort.

Demain dimanche [13 octobre 1935], ceux qui furent ses travailleurs volontaires voudront, en guise de suprême hommage, accompagner ses restes mortels, au lieu qu’il a choisi pour celui de son repos

A l’appel du Père Jacques Barré, de 1887 à 1913, quelque cent dix paroisses :

 

Celles des Cantons de Pont-Château, de Saint-Gildas-des-Bois, d’Herbignac, de La Roche-Bernard, de Savenay, de Blain, de[ Guérande, de Guémené-Penfaô, de Saint-Nicolas-de-Redon, de Saint-Nazaire, du Croisic, d’Allaire, de Malestroit,

Celles de Paimboeuf: de Cordemais, de Saffré, de Vay, de Saint-Victor-de-la-Grigonnais, de Péaule, de Muzillac, de Noyal-Muzillac, d’Arzal, de Billiers, d’Ambon, du Guerno, de Caden, de Malansac, de Limerzel, des Fougerets, de Saint-Martin-sur-Oust, de Sérent, de Saint-Guyomard, de-Lizio, de La Chapelle, d’Augàn, de Cruguel,

envoyèrent — et Certaines d’entre-elles jusqu’à trente, quarante et cinquante fois — des équipes de Volontaires au Calvaire.

Veuille Dieu inscrire au Livre de Vie, à la suite du Bx P. de Montfort, tous ces Travailleurs et toutes ces Travailleuses, et les bénir dans leur plus lointaine postérité !

2ème annonce

Nous l’avons déjà annoncé c’est demain dimanche, 13 octobre, qu’aura lieu au Calvaire de Pontchâteau la translation des cendres du R. P. Jacques Barré, qui fut supérieur des Pères du Calvaire et directeur des Pèlerinages, de 1888 à 1913. C’est Mgr. Deval, ami et compatriote du P. Barré, qui présidera les cérémonies de cette journée, dont voici le programme :

A 10 h 30 : Grand’Messe de « Requiem » à la Scala Sancta. Les chœurs de chantres et chanteuses des paroisses se grouperont pour alterner avec la maîtrise de l’École Apostolique.

Entre la Messe et les Vêpres se succéderont, paroisses par paroisses, de quart d’heure en quart d’heure, pour prier, devant le catafalque.

 

A 14. heures : Vëpres des Morts à la Scala Sancta, à l’issue desquelles  le Père Directeur du Pèlerinage prononcera l’éloge funèbre du Père Barré et de ses travailleurs. Absoute.

Puis on fera, faire un dernier tour de pèlerinage au p. Barré et le cercueil s’arrêtera quelques instants devant les principaux monuments érigés par le défunts. On se rendra ainsi en priant et en chantant jusqu’au Jardin de l’Agonie, lieu désiré par le P. Barré lui-même pour celui de son repos. Chacun ayant aspergé le cercueil, on reviendra processionnellement à la Chapelle, pour terminer la journée par le salut du Saint Sacrement et vénération des reliques du Bienheureux de Montfort.

Les musiques de Pontchâteau et de la Roche Bernard joueront pendant la procession, des marches funèbres et les vieux airs des cantiques du Père de Montfort.

Une quête sera faite pour l’érection d’un monument, une haute pierre étant prévue en plus de la pierre tombale pour y graver, comme le victoires sur la tombe des soldats illustres, le nom des monuments élevés par le p. Barré avec la date de leur érection et l’hommage des travailleurs à leur grand chef.

Toutes les paroisse que de 1894 à 1914 envoyèrent au Calvaire des équipes de travailleurs et travailleuses – et certains le firent jusqu’à vingt, trente et même quarante fois – sont invitées à faire de dimanche 13 octobre, une réception grandiose aux restes mortels de celui qui fut pour elles un chef, un entraineur et un apôtre incomparable comme un nouveau Père de Montfort : le R. P. Jacques Barré, né et décédé à Saint-Laurent-sur Sèvre où il repose depuis novembre 1914.

Chronique Locale

La cérémonie d’inhumation des restes mortels

du Père Barré au Calvaire

le dimanche 13 octobre 1935

Une belle fête à laquelle le beau temps inopinément revenu donne une allure d’apothéose. Le prétoire aux arcades tendues de deuil, ce catafalque monumental dressé sur l’esplanade, ces torchères de verdure qui flambent aux quatre coins, ces musiques instrumentales, toute cette pompe funèbre étalée en plein air sous les yeux innombrables revêt la cérémonie d’un caractère grandiose et inusité tout à fait de circonstance. Rien ne peut mieux glorifier l’œuvre et l ouvrier.

Dès le matin, à la Grand’Messe de Requiem, une assistance qu’on peut évaluer à quinze cents, sinon à deux mille. A gauche du catafalque, à côté des représentants de la famille Barré venus une trentaine de St Laurent-sur-Sèvre, M. le Comte de la Villesboisnet et M. le Maire de Pont-Château ont pris place sous les arcades, entourant Mgr. Deval, le T. R. P. Richard et MM. les Curés de Pont-Château, de Crossac, d’Herbignac, de la Chapelle-des-Marais, de Missillac, de Quilly, de Donges, de St-Vincent-sur-Oust, de Saint-Laurent-sur-Sèvre, M. l’abbé Bernard, ancien curé de Montoir, M. le vicaire de Nivillac, et celui qui fut le deuxième successeur du P . Barré au Calvaire, le R. P. Ballu.

Après l’Évangile, le Directeur du Pèlerinage rappelle aux paroisses leur tour de garde auprès du cercueil, et recommande à l’assistance de faire de cette journée une journée de prière, recommandation qui ne fait d’ailleurs que rencontrer la pensée de tous. Nul spectacle plus édifiant en effet que celui dont chacun peut être témoin, sur l’esplanade du Prétoire, de la Messe aux Vêpres. Autour du catafalque ce ne sont pas seulement des groupes, c’est une foule qui chante et qui prie. Au son du glas qui teinte de demi-heure en demi-heure à la chapelle, les paroisses désignées se relèvent ; mais autour d‘elles, formant un cadre mouvant, la masse des pèlerins se renouvelle inlassablement.

Celles des paroisses assez voisines du Calvaire qui n’ont pu être alertées à temps pour prendre leur tour de garde, Saint-Roch par exemple, se dédommagent amplement.

Le P. Barré doit constater que ses anciens Travailleurs et ses anciennes Travailleuses ne lui rendent pas de vains honneurs.».

2 heures : l’heure des Vêpres.

Sur l‘esplanade du Prétoire, l’assistance des grands jours, une masse compacte de six mille personnes, que de nouveaux arrivants, fidèles et membres du clergé, ne cesseront de grossir. Les musiques de Pont Château et de la Roche-Besnard sont groupées sur les marches du monument. L’instant est solennel où les instruments, préludant aux Vêpres, font entendre leurs accords plaintifs. Puis la maîtrise de l’Ecole Apostolique chante, partie à l’unisson, partie en faux-bourdon, les psaumes des morts. Les Vêpres terminées, le Directeur du Pèlerinage fait l’éloge du P. Barré et de ses Travailleurs. Cette œuvre du Calvaire, l’œuvre la plus populaire du Bx de Montfort, celle que le grand missionnaire, orateur, poète, écrivain mystique, conçut pour la foule à la gloire de la Croix et du Saint-Rosaire, l’orateur le montre, après une première destruction, reprise par les successeurs de Montfort, restauré par M. Gouray, curé de Pont-Château, mais ne devenant ce livre grandiose, ce commentaire monumental de l’Evangile due par la foi audacieuse du P. Barré et le dévouement de ses travailleurs. Quelle foi en effet dans cet homme, taillé d’ailleurs providentiellement pour la lutte et pour qui l’impossible n’existe pas.

Témoins ces œuvres qu’il fonde partout, écoles apostoliques et séminaires d’ici et en terre d’exil, emportant de haute lutte l’assentiment de ses supérieurs et des Evêques d’Haïti ; témoin surtout cette gigantesque entreprise du Pèlerinage au succès de laquelle personne ne voulait croire et pour laquelle il dut se passer de plan afin de ne pas effrayer même les plus hardis ! Foi en Dieu et dans son Bienheureux Père, foi aussi dans ce bon peuple dont il était lui-même issu et dont il connaissait l’âme, ce fut le secret de sa réussite. Ainsi donc cette journée glorifie tout à la fois l’œuvre et l’ouvrier, et ces populations chrétiennes, ces cent dix paroisses qui répondirent à sa confiance et à ses innombrables appels. Il avait voulu reposer dans cette terre du Calvaire où il savait bien qu’on ne l’oublierait pas. Son juste vœu est aujourd’hui réalisé.

L’orateur ayant terminé, la musique de la Roche-Bernard exécute un morceau d’une touchante inspiration et qui porte bien l’accent de la prière ; puis M. le Curé de Pont-Château donne l’absoute.

Voici le moment venu de faire avec le P. Barré un dernier tour de pèlerinage. Aux accents d’une marche funèbre, le cortège s’ébranle, M. le Maire de Pont-Château, MM. Assailly, Chaplais, Guihaire, Moyon, Rouault portant le cercueil.

Aux différentes haltes prévues à la grotte de Bethléem, à Nazareth, au pied du Calvaire, à l’Ascension, les porteurs de Saint Guillaume, de Crossac, de Sainte Reine et de Missillac succéderont à Pont-Château dans ce pieux office. En tête du deuil, le propre frère du P. Barré, un vieillard de soixante-dix sept ans qui en porte une cinquantaine, et la suite de la parenté, une trentaine de Vendéens et de Vendéennes.

Une foule innombrable déborde des avenues, priant, égrenant son chapelet, mêlant sa voix au chœur de l’Ecole Apostolique qui chante, accompagné par les deux musiques, les cantiques qu’entonna si souvent le P. Barré et que M. Macé, l’habile organiste de Pont-Château, a, pour la circonstance, admirablement orchestrés : Nous venons encor, Bienheureux Montfort… Chers Amis, tressaillons d’allégresse.

Une dernière marche funèbre, et l’on arrive an lieu de la sépulture.

A une dizaine de mètres de la grotte de l’Agonie, côté de l’Assomption, un caveau a été pratiqué entre d’énormes blocs de rocher, décor symbolique. Tout près, le monument qu’on posera demain sur ce caveau a été exposé. Sur la stèle de granit se détache en lettres noires l’inscription que vient de justifier la générosité de l’assistance :

 

Les Travailleurs du Calvaire

à Celui gui fut 25 ans leur chef et leur apôtre

1888-1913

et sur la pierre tombale, comme des noms de victoires :

Prétoire 1891, Grotte de l’Agonie 1892, Nazareth 1894, Grotte d’Adam 1895, Chemin de croix 1899, Visitation 1900, Grotte de Bethléem 1902, Ascension 1903. Le Calvaire restauré et agrandi.

Enfin sur le pan inférieur :

Jacques Barré Missionnaire de la Cie de Marie

1847-1914

La tombe bénite par M. le Curé de Pont-Château, l’assistance se dispute l’honneur d’asperger les restes mortels du P. Barré et l’avantage d’emporter une image souvenir. Les quatre bénitiers et les quatre distributeurs d’images ne suffisent pas à faire prendre patience et pendant une demi-heure, on s’écrase. Malheureux, qui laisse tomber « sacoche ou parapluie ». Impossible de se baisser pour les reprendre.

En vain l’Ecole Apostolique et les musiciens essaient d’entraîner la foule vers le Prétoire aux accents de : Dieu le veut ! Chacun ne se retirera que dûment servi.

Heureux d’avoir rendu ses derniers hommages au grand ouvrier du Calvaire, la foule se disperse, couvrant de son fourmillement l’immense avenue du vieux Moulin ; et c’est devant un millier de personnes à peine que se donne au Prétoire le Salut du Saint-Sacrement.

« Un triomphe » ! nous murmurait à l’oreille, pendant la marche du défilé, un Pont-Châtelain. Un triomphe en effet, et auquel Pont-Château, sa ville et sa campagne, a contribué plus que nul autre. Ce geste, dont Pont-Château s’est honoré, est le plus magnifique éloge qu’on pouvait faire du P. Barré et de son œuvre dont le double ensemble, comme tout ce qui est grand, a besoin, pour être sainement jugé, d’un certain recul. Le temps, ce puissant ouvrier de Dieu, a fait son travail. Le P. Barré apparaît ce qu’il fut, un homme providentiel et le plus digne émule, sur cette terre du Calvaire, du Bienheureux P. de Montfort.

 

 ***

L’ami de la croix, 1 (1891-1892) n° 1, pp. 7-10.

4

 

Quand on contemple les Monuments du Calvaire, souvent nous n’arrivons pas à comprendre tout le travail caché derrière une œuvre. Cet article de L’Ami de la Croix, nous révèle les noms de deux artistes de Nantes qui ont travaillé pour le Calvaire : M. Potet qui a exécutes les six anges qui du haut du Prétoire portent dans leurs mains les signes de la Passion du Seigneur et surtout M. Joseph Vallet au quel nous sommes débiteurs de presque toutes les statues du site. Nous découvrons cet artiste par la présentation très détallée du relief de la Flagellation, le premier réalisé avec le Prétoire mème et inauguré en 1891.

 

Pendant que M. Fraboulet construisait le Prétoire, les artistes nantais préparaient les scènes qui devaient en faire l’ornement. M. Vallet travaillait au groupe de la Flagellation et M. Potet aux statues qui devaient être placées au-dessus du monument. Voici les articles publiés au sujet de ces divers travaux d’art.

Tandis que l’on presse à Pontchâteau l’achèvement du Prétoire, M. Vallet donne la dernière main à l’une des scènes qui doivent le décorer. La Flagellation, telle que la représente le statuaire nantais, est un drame saisissant destiné à produire l’impression la plus salutaire.

Au premier rang des nombreux visiteurs qui ont voulu voir, même avant son entier achèvement, la nouvelle œuvre de M. Vallet, nous devons signaler Monseigneur l’Evêque de Nantes. Sa Grandeur, complètement satisfaite, n’a pas épargné à l’habile imagier les félicitations et les éloges.

Ce bas-relief monumental comprend seize personnages, tous de grandeur naturelle. Le Christ a la taille légendaire de 1 mètre 84 et cependant nous n’avons sous les yeux qu’une partie du tableau. La scène terrestre doit être complétée par une scène céleste, dont l’importance sera plus considérable encore.

Bornons-nous à dire un mot de la partie achevée. Elle est grandiose et magistralement exécutée.

Au premier plan, la divine Victime sur laquelle trois soldats romains transformés en bourreaux assouvissent leur rage impie. En arrière, une troupe de curieux, pharisiens, scribes, commerçants, et trois femmes portant des enfants dans leurs bras. Hélas ! quand il s’agit de satisfaire une curiosité cruelle, on voit toujours des femmes. La guillotine du Bouffay avait son cortège de tricoteuses et tout dernièrement encore, quand des milliers de personnes passaient la nuit sur la place Viarmes dans l’attente d’une exécution capitale, les femmes n’étaient ni les moins nombreuses ni les moins empressées.

Ces Juifs qui se repaissent des souffrances de Jésus portent sur leur visage le reflet des passions qui les animent.

L’attitude du premier dénote l’orgueil que les leçons du Christ ont froissé. Cet autre dont les doigts crochus personnifient la rapacité et l’avarice est sans doute un de ces vendeurs impies que Jésus chassa du Temple. Celui-ci est un débauché. Ce vieillard édenté, qui a déjà un pied dans la tombe, ricane ; il s’applaudit des humiliations et des souffrances de Celui qui osait se dire le Fils de Dieu.

L’expression de ces physionomies est saisissante ; c’est bien le type juif : les bourreaux, au contraire, offrent le type romain.

Ceux-ci ont été choisis parmi les plus vigoureux de la cohorte ; les muscles énergiquement accusés indiquent une force peu ordinaire. Deux d’entre-eux frappent avec des lanières et le troisième avec des verges. Ses coups ont été si violents que son faisceau de verges s’est détaché. Le soldat baisse un genou en terre, répare l’accident en écoutant les conseils que lui adresse un des assistants.

Jésus est grand, il est fort : il lui reste assez de vigueur pour rompre ses liens et se débarrasser de ses bourreaux. Mais, victime volontaire, il veut souffrir, il veut verser son sang jusqu’à la dernière goutte pour relever l’homme déchu. D’un côté, résignation et douceur ; de l’autre, fureur bestiale. Quel contraste !

Tous les personnages sont vivants et vigoureusement traités ; on sent que la structure du corps humain n’a aucun secret pour l’artiste. Les costumes sont d’une exactitude rigoureuse et la colonne a les dimensions et la forme de celle du Prétoire. On sait, du reste, que les draperies et les vêtements, pierre d’achoppement pour tant de sculpteurs de mérite, sont le triomphe de M. Vallet.

 

***

Ainsi que nous l’avons dit, l’œuvre du sculpteur nantais comporte deux parties ; une scène terrestre, une scène céleste. Nous avons décrit la première. La seconde, à laquelle l’artiste met la dernière main, est plus idéale, plus poétique que la première. Elle représente l’émotion produite par la Passion du Christ au milieu des milices célestes.

Trois anges planant dans l’espace établissent une sorte de transition entre la terre et le ciel. Ils contemplent les bourreaux, exécutant les ordres barbares du gouverneur romain ; leurs visages reflètent une douloureuse compassion. Le premier étend la main droite pour arrêter le bras du bourreau qui va frapper, tandis que de la main gauche il essaie de protéger la divine Victime. N’est-ce pas un mouvement instinctif? Ce détail peu important en apparence nous prouve que chez M. Vallet l’étude du modelé n’exclut pas l’observation attentive de la nature. Les deux autres Anges ont vu les lanières s’abattre sur les épaules du Fils de Dieu, enlever les lambeaux de sa chair et faire jaillir son sang : ils sont abîmés dans la douleur.

Plus haut nous apparaît la Cour céleste dans une enceinte de légers nuages. Dieu le Père est assis sur un trône où l’on remarque vides les places des deux autres personnes de la Trinité. L’Esprit-Saint est représenté sous la forme d’une colombe, et Dieu le Fils est sur la terre livré aux humiliantes tortures qui auront pour dénouement le supplice du Calvaire.

Autour du trône se pressent d’innombrables multitudes d’anges. Ceux du premier plan supplient l’Éternel de délivrer son Fils et attendent l’ordre de châtier les bourreaux. Quand Judas pénétra dans le jardin des Olives, à la tête d’une bande soudoyée par les juifs, Pierre, tirant son épée, en frappa le serviteur du Grand Prêtre. Jésus lui dit : Remettez votre épée dans le fourreau. Si je priais mon Père, il m’enverrait plus de douze légions d’anges. Mais comment s’accompliraient les Écritures qui ont annoncé toutes ces choses.

Dieu le Père écoute impassible les supplications des Esprits célestes; son œil plonge dans l’immensité, suivant le déroulement des siècles, et contemple les miracles d’héroïsme et de vertu qu’opérera jusqu’à la fin Ides temps la vertu toute puissante du sang de Jésus, Christ.

Comment s’accompliront les Écritures ? Dieu refuse de faire le signe qu’attendent les Anges, il laisse s’accomplir les tortures de la Voie douloureuse et du Calvaire, Il veut racheter les hommes même, en livrant son Fils à la mort ignominieuse de la croix. Cette scène grandiose présentait des difficultés sérieuses, dont l’artiste a heureusement triomphé. Malgré la variété des attitudes, l’harmonie de l’ensemble est parfaite.

La scène céleste est bien le complément de cette scène terrestre que Mgr le Coq apprécie en ces termes : « Ce groupe de la Flagellation, vrai chef-d’œuvre d’un artiste nantais. »

Nous aurions mauvaise grâce de rien ajouter après un éloge aussi flatteur et aussi autorisé.

      L’ami de la Croix, 22 (1913) n° 4 Janvier, 126-135

 

 

 

 

 

5

 

Un lieu du Calvaire presque inconnu : le torrent du Cédron et son pont

 

Dans les quatre évangiles les récits de la Passion du Seigneur sont très détaillés. Jean, cependant, dans son Évangile, nous transmet un détail : le nom du torrent que Jésus a traversé pour entrer dans le jardin des Oliviers, vivre sa prière et son agonie : le torrent du Cédron. C’est un des lieux que le père Barré et ses bénévoles ont eu dans leurs pensées au moment du grand chantier du Calvaire. Aujourd’hui le torrent du Cédron avec son tout petit et joli pont, pas loin de la grotte de l’Agonie est un peu abandonné. Mais il est là ! Peut-être que nos bénévoles vont lui donner une nouvelle vie ?

Voilà quelque passage pris de la petite revue Ami de la Croix.

« … Il y aura là évidemment une somme de travaux considérables, puisqu’il s’agit d’abord de faire une enceinte au jardin, puis de creuser ensuite la grotte de l’agonie. Cette grotte, pour représenter celle de Gethsémani, devra atteindre d’assez grandes proportions, puisque celle-ci peut contenir, dit-on, jusqu’à cent personnes, et qu’elle occupe une surface de douze à treize mètres de diamètre.

Nous ne parlons pas encore de creuser le torrent du Cédron que Notre-Seigneur dut traverser, pour se rendre au Jardin des Oliviers » (décembre 1891)

Au 12 février 1892 le chroniquer souligne :

 

« M. Gerbaud, lui, fit placer d’abord ses Camp­bonnais, armés de leurs pioches et de leurs pelles, sur deux lignes, se faisant face un peu au-dessous du Jardin des Oliviers. Puis passant entre les rangs, faisant avancer ceux-ci, rentrer un peu ceux-là, les lignes de droites qu’elles étaient devinrent sinueuses. ‘Et maintenant, dit-il, que chacun, avec son instrument, enlève la première couche de terre qui est devant lui.’ En un moment, le cours du torrent de Cédron fut dessiné sur le sol. Il n’y aura qu’à creuser plus profondément son lit… ».

Et le 4 mars 1892, il continue :

« Certes, la paroisse de Sainte-Anne-de-Campbon a montré de la bonne volonté. C’est au nombre de deux cents que ses travailleurs arrivent sous la conduite de M. le Vicaire, chantant des cantiques. Tous ne pouvaient être occupés en même temps aux pierres de la grotte. On résolut de transporter la terre du lit du Cédron pour faire des terrassements derrière la grotte même. Pour cela, il fallait un certain nombre de charrettes. Au premier signal, nos bons voisins des villages de la Pintaie, des Métairies, de la Berneraie, nous les amenèrent. Le temps était un peu dur. Le vénérable Curé de Ste-Anne passa toute la journée, au milieu des travailleurs, et leur donna le Salut du soir. »

Le 17 mars 1892 c’est la paroisse de Sévérac :

« Sévérac a répondu grandement à l’appel qui lui a été fait. Ils sont venus, près de deux cents hommes, exprimant le regret que nous partagions nous-mêmes, de n’avoir pas, à leur tête, leurs prêtres retenus par le ministère. La journée a été édifiante et bien remplie. Le lit du Cédron a été creusé plus profondément. Les terres qui en ont été extraites, transportées pour faire des terrassements derrière la grotte, par des charrettes amenées des villages de la Madeleine, de la Plaie, de la Noë et de Travers. La grotte elle-même a été remplie d’une grande quantité de rondins de bois, qui tiendront lieu d’échafaudage pour la construction de la voûte ».

Et le 6 juin 1892 c’est l’inauguration :

« Dans la vallée, le torrent du Cédron, inachevé encore, fait cependant bonne figure avec ses bords et son lit caillouteux, qui rappellent ce paysage de pierres, dont parle Chateaubriand, dans son itinéraire à Jérusalem. On ne s’étonnera pas de le trouver desséché, dans les jours où nous sommes, si l’on se rappelle ce que les relations nous disent du vrai Cédron. Des joncs marins, quelques iris aux longues feuilles, des arums lui donnent une fraîcheur suffisante ».