Les célébrations du mois de septembre

22ème dimanche ordinaire – C

“Le Seigneur élève les humbles” Psaume 67

Première lecture (Ben Sira, 17-18. 20.28-29)  « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. »

Psaume 67   « Chantez pour Dieu, jouez pour son nom. Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face. »

Deuxième lecture (Hébreux 12, 18-19.22-24a) « Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme sur la montagne du Sinaïe.»

Évangile (Luc 14, 1. 7-14)  « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. »

                                                                                                                                                    Les cahiers de Prions en Église N° 263

 Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et on l’observait.

Jésus indique à ses disciples une voie et un chemin de service. Le service des frères et des sœurs est le critère de la grandeur du Royaume de Dieu. L’humilité exprime une vérité essentielle dans nos relations. Pour entrer dans le Royaume de Dieu il faut se faire petit. Jésus, chez ce chef des pharisiens observe, il regarde les invités qui se poussent en avant pour se mettent à la première place ! Il est invité à ce repas comme le plus pauvre. Il n’a rien, pas même une pierre où reposer la tête. Cependant, il est à l’aise avec tous et prend place à la table de qui l’invite. Avec Jésus nous pensons aux autres, à ceux et celles qui sont plus faibles, qui sont dans le besoin. Le service est un regard bienveillant, une main secourable. C’est l’accueil, le partage, le don et la générosité. Nous savons combien nous apprécions une visite lorsque nous sommes malades, lorsque nous sommes âgés. Un coup de téléphone nous fait tellement de bien. Il y a tant de bonheur à penser aux autres, à ne pas se fermer sur soi-même.

Remarquant que les invités choisissaient les premières places, Jésus leur dit cette parabole : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : ’Cède-lui ta place’, et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ’Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Nous laissons retentir en nous ce si beau mot d’« invité. » A ce mot, notre identité est mise en mouvement. Un espoir nous saisit et nous nous sentons bien. Nous sommes concernés et honorés, mis en mouvement par la volonté d’un autre. Nous ne vivons plus de la même manière. Nous existons parce que nous sommes reconnus par un autre et nous cherchons à nous ouvrir à lui. Nous nous maintenons dans une attitude de disponibilité. Notre cœur demeure fidèle à la parole d’invitation. Nous demeurons disponibles à la rencontre, nous prenons la place de l’attente. La Parole de Dieu est adaptée à notre vie ordinaire. Nous demandons la grâce de la comprendre et de la mettre en pratique.

Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue. Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » Le pauvre n’a rien à rendre et il en est heureux. Etant invité, c’est comme si c’était Jésus qui était invité. La surabondance miséricordieuse de Dieu est ainsi annoncée. Jésus manifeste la solidarité de son cœur avec les petits et les pauvres. Il s’est identifié à eux. Quand le pauvre est ainsi reçu, c’est comme s’il était reçu de Dieu. C’est ainsi que Jésus nous invite au banquet du Royaume. Il vient à nous, il nous donne une place. C’est la place qu’il nous a réservée. Nous sommes avec lui et avec les autres dans le bonheur de ceux qui sont attendus. Dieu a besoin de nos mains, de nos cœurs, de ce que nous sommes pour donner un peu de bonheur à ceux qui en ont besoin.

                                                                                                                                                                                       Père Gilbert Adam

23ème dimanche ordinaire – C

“Marcher à ma suite” Luc 14, 27

Première lecture (Sagesse 9, 13-18)  « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? […] Qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? »

Psaume 67  « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. »

Deuxième lecture (Philémon 9b-10. 12-17)  « Si [Onésime] a été éloigné de toi […], c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, […] comme un frère bien-aimé.»

 Évangile (Luc 14,25-33)  « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

                                                                                                                                                  Les cahiers de Prions en Église N° 263

 Quel appel ?
Cet évangile est souvent cité quand il s’agit d’une vocation sacerdotale ou religieuse : Jésus demande en effet à ses disciples de renoncer à tous leurs biens pour devenir ses disciples. Et pourtant nous sommes tous des disciples de Jésus et ces paroles s’adressent aussi à chacun d’entre nous. En ce moment de l’année où nous reprenons notre vie ordinaire et nos activités, comment traduire concrètement ce que Jésus nous demande ? Quand Luc a transmis ces paroles de Jésus, ses auditeurs, qui étaient des nouveaux convertis, comprenaient très bien les choix difficiles qu’ils avaient à faire : ils vivaient dans un contexte de persécutions, et ils pouvaient être tentés de mettre leur foi entre parenthèses, ou de la cacher pour sauver leurs biens, pour ne pas être rejetés par leur famille et aussi pour sauver leur vie. Il ne s’agit pas de condamner ceux qui font encore ainsi, mais nous avons surtout besoin d’être encouragés à vivre vraiment notre foi jusqu’au bout.

Les grands témoins
Beaucoup de chrétiens, au début de l’Église, mais aussi depuis 2000 ans et aujourd’hui encore à travers le monde, n’ont pas eu peur d’être de vrais témoins de leur foi, et de suivre ainsi Jésus jusque sur la Croix, en devenant des martyrs. Si vous regardez bien les noms de beaucoup de villages en France, vous verrez qu’ils portent le nom de saint qui sont devenus ainsi nos ancêtres dans la foi. Nous leur devons notre propre foi, parce qu’ils ont eu le courage de nous montrer jusqu’au bout le chemin de la suite du Christ. Aujourd’hui, dans notre pays, nous n’avons pas à craindre le martyre. Mais sommes-nous pour autant capables de laisser entendre que nous sommes chrétiens, au bureau ou dans la vie courante ? Face à certains sourires, ou moqueries, concernant l’Église ou notre foi chrétienne, la tentation peut nous venir de garder un silence gêné ou de partir sur la pointe des pieds. Ce qui pourrait nous arriver aujourd’hui, ce serait de prendre des distances avec la foi, sans pour autant, être menacés. En même temps il est vrai qu’il faut savoir rester discrets et ne pas imposer notre foi. La société dans laquelle nous vivons, dans un certain nombre de domaines du moins, s’éloigne de l’évangile. Et en ce cas il pourrait devenir difficile à l’avenir d’appliquer ce que le Christ nous demande et de rester de vrais témoins de la foi.

Lire l’Évangile pour savoir quoi choisir
De temps en temps nous risquons les uns et les autres de penser que l’Évangile est bien difficile. Comment prendre à la lettre ce que Jésus dit, quand il demande par exemple de renoncer pour lui à ses affections familiales ? Comment répondre, dans une situation de crise, à l’appel de l’évangile pour accueillir le plus pauvre ou le migrant ? Comment éviter de traduire les paroles Christ en essayant de les accommoder à notre situation, et aussi à nos faiblesses et à nos limites ? Pour trouver la bonne solution il faut lire l’Évangile, et regarder le monde, non pas avec nos yeux à nous, mais avec ceux de Jésus lui-même : il nous a envoyé son Esprit Saint pour cela. Jésus a vécu pour nous la folie de l’amour, du don de soi, jusqu’au bout. Il l’a fait pour chacun d’entre nous personnellement, j’allais dire passionnément, malgré nos limites invraisemblables. Autrement dit, Dieu, à travers son Fils, nous révèle une nouvelle façon d’aimer. Il ne veut pas nous empêcher d’aimer, loin de là ! Simplement, en nous montrant comment il nous a aimés et nous aime toujours, il veut donner une vraie consistance à toutes nos façons humaines d’aimer.

Tout choisir Un moine disait il y a quelque temps à un jeune  : Je n’ai renoncé à rien ; j’ai voulu tout . C’était aussi la ligne de conduite de Thérèse de Lisieux. Déjà, dans la vie de tout le monde, quand un jeune homme et une jeune fille quittent leurs parents pour se marier, est-ce qu’ils les aiment moins ? Tout dépend de ce que l’on met sous le mot «  quitter ». Aimer nous demande sans cesse à quitter beaucoup de choses, mais en fait tout amour vrai nous conduit à retrouver, en mieux encore, ce que nous avons quitté. Et être séparé des siens pour le Christ, comme c’était le cas de ce moine, ou des premiers chrétiens, ou de tant d’autres à leur suite, c’était se rapprocher d’eux plus profondément que jamais. C’est un peu ce que st Paul écrivait, depuis sa prison, à son disciple Philémon : il lui parlait d’un esclave qu’il venait de baptiser et qu’il lui demandait de considérer désormais comme son frère. En prenant le risque de libérer cet esclave, et de perdre ce qui était alors considéré comme une propriété, il découvrait un lien nouveau avec celui-ci, fondé sur le Christ Celui qui suit le Christ ne marche pas dans la solitude de la nuit. Nous savons que le Christ seul, dans le don de son Esprit d’amour, peut combler les aspirations de son cœur. Jésus dans l’Évangile, n’a pas peur de cacher les exigences de l’amour vrai ; il nous fait confiance en nous invitant à nous laisser élever au même niveau d’amour que le sien. Il a d’ailleurs dit les paroles de cet évangile au moment où il s’apprêtait à partir à Jérusalem, pour nous y aimer jusqu’au bout, sur la Croix. Etre chrétien, c’est devenir un peu fou, à cause du Christ, comme François d’Assise l’a été. Cela demande de faire des choix radicaux, librement mais en prenant mieux conscience du lien qui nous unit au Christ et qui par lui nous permet de faire revivre lez déserts de notre cœur. La 1ère lecture nous a invités à suivre en tout cela la vraie « Sagesse ». Ne regardons pas ce que nous gagnons ou ce que nous quittons en suivant le Christ, avec nos pensées qui son souvent « mesquines » et « chancelantes » ; ne laissons pas notre cœur s’appesantir, surtout lorsqu’il s’agit d’aimer : L’Esprit Saint, qui nous est « envoyé d’en haut » se chargera de nous faire découvrir la liberté et la radicalité de l’amour révélé par le Christ dans sa propre vie.

                                                                                                                                                                Père François Nicolas – Spiritain

24ème dimanche ordinaire – C

“Retrouver celui qui a tout perdu”

 Première lecture (Exode 32, 7-11.13-14)  « Moïse apaisa [le] Seigneur […] en disant : […] « Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël.» Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple. »

Psaume 50 « Chantez pour Dieu, jouez pour son nom. Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face. »

Deuxième lecture (Timothée 1, 12-17)  « Le Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi je suis le premier des pécheurs.

 Évangile (Luc 15, 1-32)   « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. »

                                                                                                                                                    Les cahiers de Prions en Église N° 263

 “Dieu: le joyeux berger qui fait la fête”

La plus célèbre des paraboles de la miséricorde, celle du Père miséricordieux, a déjà été lue et commentée (1 ); il reste à expliquer les deux premières.

Au début de ce chapitre, des pharisiens et des scribes — qui ne comprennent jamais rien — critiquent l’action de Jésus : “Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux!” Leur reproche rappelle la phrase : “Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive.”(2) En d’autres mots, Dieu aime, et sa plus grande joie est de faire vivre.

Nous connaissons bien, par ailleurs, la figure biblique du roi-berger: c’est dans la Bible l’une des plus belles images de Dieu. Au verset 7, Jésus rafraîchit cette image en comparant son Père à un joyeux berger qui vient de faire la fête avec ses amis, après avoir retrouvé une seule brebis perdue.

La scène proposée nous laisse imaginer un jeune berger agile et fort, débordant d’énergie, qui va pieds nus dans les broussailles et qui court à droite et à gauche. Il se penche, regarde, appelle, jusqu’à retrouver la bête étourdie qui a quitté le troupeau. Au lieu de la battre ou de lui exprimer sa mauvaise humeur, il la porte allègrement sur ses épaules. Il n’est pas irrité; il n’est pas fatigué: il est infiniment heureux! Et il reste éternellement jeune…

Le Père céleste ainsi présenté par son Fils est l’Être le plus attachant de la terre et du ciel: un berger en santé, au large sourire et à la joie débordante, plein de vitalité, de fraîcheur, de candeur, de générosité, de spontanéité. Comme David qui dansait, tout joyeux, au milieu de son peuple (2 Samuel 6, 5).

L’amour de Dieu, semble-t-il, n’est pas à l’image de notre stricte rationalité. Dieu aime d’affection spontanée, quasi instinctive. Son attention se tourne tout droit vers celles et ceux, parmi ses enfants, qui se sont éloignés des autres. Les ramener à lui sera sa plus grande joie.

La drachme perdue et retrouvée, c’est la même histoire racontée au féminin, à travers les petites joies quotidiennes de la vie paysanne. Une femme a perdu une pièce d’argent et elle a raconté sa mésaventure à ses voisines. Voici que la joie, chez les anges de Dieu, se compare à la sienne, quand elle revoit ses amies après avoir retrouvé cette drachme qu’elle avait perdue.

(1) Luc 15, 11-32, le 4e dimanche de Carême. On l’appelle aussi la parabole de l’enfant prodigue.
(2) Ce verset d’Ézékiel 33, 11, semble avoir beaucoup frappé l’imagination de l’évangéliste. Trois versets de son chapitre 15 en sont visiblement inspirés: 7, 10 et 32.

                                                                                                                                                                            Bernard Lafrenière, c.s.c.

25ème dimanche ordinaire – C

“Personne ne peut servir deux maîtres” Luc 16, 13

Première lecture (Amos 8,4-7) « Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, […] le Seigneur le jure […] : « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits»

Psaume 112 «De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège […] parmi les princes de son peuple. »

Deuxième lecture (1 Timothée 2, 1-8) « J’encourage à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité. »

Évangile (Luc 16,1-13) « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. »

                                                                                                                                                    Les cahiers de Prions en Église N° 264

 […] Il est bon de relire les Conseils de Mgr Alfred Ancel, (Supérieur Général du Prado de 1942 à 1971) pour évangéliser les riches. La première consigne est une consigne d’amour. Jamais des riches ne pourront être évangélisés, s’ils ne se sentent aimés, jusque dans leurs richesses et non pas malgré elles. Biens matériels, mais aussi biens culturels et du pouvoir social, économique ou politique. Richesses qui d’après l’Évangile ne sont authentiques que dans la mesure où elles entrent dans le plan divin du service des hommes ; mais, à ce niveau, elles ont une vraie valeur. C’est cette valeur positive qu’il faut d’abord apercevoir chez le riche, le savant ou le puissant, et non pas les déficiences, quasi fatales, qui accompagnent la fortune, la culture ou le pouvoir.
Une deuxième consigne : c’est une consigne de dépouillement et de pauvreté évangélique. Dans l’Évangile, nous trouvons l’enseignement du Seigneur aux riches et surtout nous trouvons son exemple. Il faut donc que le possesseur de biens terrestres, riche, savant ou puissant, prenne conscience, dans la lumière de Dieu, à la fois des dangers immenses qu’il court et de la seule possibilité de salut qui lui est ouverte. Nous ne demanderons pas à un riche de se déposséder de ses biens, de renoncer à l’usage de sa culture, de démissionner de son autorité. Mais nous devons lui demander de se conformer au Christ Jésus qui s’est anéanti lui-même en se mettant au service de ses frères. Choisissant d’être l’intendant du Christ pour mettre sa fortune, sa science et son pouvoir au service de ses frères, le riche est entré dans la voie du salut.
Voici enfin la troisième consigne, c’est une consigne d’action avec une âme de pauvre qui aboutit à un changement d’attitude : à partir duquel s’imposeront à lui un certain nombre de dépouillements effectifs et cela au nom des exigences de la charité fraternelle. Il pourra alors le mieux s’engager au service du bien commun, n’hésitant pas à s’imposer à lui-même et à imposer à ses pairs le dépouillement effectif qui sera nécessaire pour que les biens de la fortune et de la culture soient mieux répartis, pour que tous puissent, d’une certaine façon et à un certain degré, participer individuellement ou collectivement aux diverses formes du pouvoir.
Si l’Évangile n’était pas capable d’intégrer les riches de ce monde dans la voie du salut, c’est que le salut ne serait pas universel. Car il y aura toujours des riches dans ce monde, quel que soit le régime économique ou politique qu’on aura établi. Il sera toujours vrai aussi, que le salut restera humainement impossible pour les riches, mais ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu.

                                                                                                                                                                                Père Michel Scouarnec

 

26ème dimanche ordinaire – C

“Mène le bon combat” 1 Timothée 6, 12

Première lecture (Amos 6, 1a. 4-7) « Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie, […] ils seront les premiers des déportés. »

Psaume 145 «Le Seigneur garde à jamais sa fidélité, il fait justice aux opprimés, aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés »

Deuxième lecture (1 Timothée 6, 11-16) «Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la piété, […] et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé.»

Évangile (Luc 16, 19-31) « S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus. »

                                                                                                                                                  Les cahiers de Prions en Église N° 264

 

Dans la première lecture biblique de ce dimanche, nous avons entendu la voix  du prophète Amos. Il a des paroles très dures contre l’insouciance insensée d’une bande de vauriens. Il dénonce les responsables qui sont aveuglés par leurs richesses et leurs privilèges. De ce fait, ils sont devenus incapables de voir la situation qui se dégrade dans leur pays. Ils sont enfermés dans leurs lieux sécurisés ; ils abusent de toutes les commodités possibles. Ils n’imaginent pas que leur chute est pour bientôt.

Ce que le prophète leur reproche, c’est surtout d’avoir oublié le Seigneur et les exigences de la justice. Cet oubli de Dieu engendre un gaspillage insupportable des richesses du pays au profit d’une petite clique et au détriment de la masse des paysans et artisans. Si Amos revenait, imaginons un peu ce qu’il dirait : il dénoncerait le gaspillage qui est une gifle pour notre monde et nos sociétés. Quand on sait que 1% des habitants de la planète possèdent 48% du patrimoine mondial, ce n’est pas tolérable.

Dans l’Évangile, nous entendons Jésus nous raconter une parabole destinée à nous faire réfléchir. Il nous parle d’une réalité qui est à nos portes et que nous avons sous nos yeux chaque jour : d’un côté des pauvres de plus en plus pauvres et de l’autre des riches de plus en plus riches ; d’un côté ceux qui ont trop et qui ne savent plus quoi faire de ce qu’ils possèdent, de l’autre ceux qui ne peuvent plus avoir accès aux soins et qui n’ont plus les moyens de se procurer le minimum vital pour survivre ; toujours moins alors que les autres réussissent à acquérir toujours plus.

Voilà une situation bien connue : on en parle chaque jour ; on la dénonce, mais tout continue. Il y a toujours aujourd’hui des milliers de riches « qui portent des vêtements de luxe et font chaque jour des festins somptueux ». A leur porte, se trouvent, se trouvent des millions de Lazare qui voudraient bien se rassasier de ce qui tombe de la table des riches. Comment ne pas penser à tous ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ont dû fuir leur pays en  guerre. Ils ont tout perdu et se retrouvent dans la plus extrême précarité.

Cela ne veut pas dire que la richesse  est un mal. A l’époque de Jésus, elle était même considérée comme un signe de la faveur de Dieu. Le péché des riches n’est pas d’être riches. Ce que Jésus leur reproche, c’est de ne pas voir les pauvres. Ils ne voient que les riches ; ils ne voient qu’eux-mêmes. Ils sont trop occupés à s’enrichir ; ils ne veulent pas perdre leur temps à s’occuper des pauvres. Ils s’enfoncent dans leur aveuglement mais aussi dans leur indifférence envers les pauvres. Ce qui cause la perte des riches c’est que leur cœur est devenu un désert d’humanité.

Cet Évangile s’adresse aussi à chacun de nous. Sans doute, nous ne sommes pas de ceux qui sont très riches. Mais nous ne sommes pas non plus parmi les plus pauvres du monde. En ce jour, le Christ voudrait nous inviter à ouvrir nos yeux et notre cœur. Le Secours Catholique, le CCFD Terre solidaire et bien d’autres organismes nous rappellent la nécessité de changer nos habitudes pour que les plus pauvres puissent sortir de leur misère.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que nous serons jugés sur nos actes. A travers son disciple Timothée, c’est aussi à chacun de nous qu’il  s’adresse. Il nous invite à garder le commandement du Seigneur. Il s’agit pour nous de vivre « dans la foi et dans l’amour, la persévérance et la douceur ». Les disciples sont appelés à mener le bon  combat » et à « s’emparer de la Vie Éternelle ». Le Royaume divin à venir est déjà dans ce combat.

Voilà ces appels d’Amos, de Paul et de Jésus. Il ne manque pas de moyen pour nous secouer de notre torpeur. Les médias (journaux, radio, télévision, Internet) nous donnent les moyens d’être informés. Les pauvres nous tendent la main. De nombreux organismes de solidarité nous appellent à participer à cette lutte contre la précarité. Et n’oublions pas d’écouter « Moïse et les prophètes » et surtout les Évangiles. A travers eux, c’est Dieu qui nous parle. Il vient nous rappeler que riches et pauvres sont ses enfants bien-aimés. Jésus s’est rendu chez les uns et chez les autres pour combler le fossé qui les séparait.

L’Eucharistie qui nous rassemble nous annonce un monde où il n’y aura plus de pauvres. Dans ce monde nouveau, tous, riches et pauvres se retrouveront à la même table ; ils partageront ce qu’ils possèdent. Personne n’y manquera du nécessaire. Tous auront assez pour entrer dans la fête. Le monde que l’Eucharistie annonce c’est celui-là même que le  Christ est venu instaurer. Rendons-lui grâce et ÉCOUTONS-LE.

                                                                                                                                                                                Père Jean Compazieu