1er novembre – Fête de tous les saints

Première lecture (Apocalypse 7, 2-4.9-14)  « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau.»

Psaume 23   « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes […] obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. »

Deuxième lecture (1 Jean 3, 1-3) « Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.»

Évangile (Matthieu 5, 1-12a)  « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute […] à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse.»

Nous vivons dans un monde marqué par la précarité. C’est en quelque sorte le temps des incertitudes et des inquiétudes.
 C’est le temps des questionnements et l’avenir s’écrit le plus souvent avec des points d’interrogation.

Nous voici donc acculer aux questions essentielles là où l’ultime rejoint l’intime du cœur de l’homme.
 Il aura fallu la violence d’un terrorisme aveugle pour que l’homme soit confronté de cette façon à son devenir. Mais la peur n’engendre que la violence là où la lucidité peut conduire à une nouvelle espérance, sans naïveté mais avec conviction et détermination.

Quelle sera la lumière de l’homme sur ses chemins d’errance ? Où trouver la boussole qui permettra les corrections de trajectoires pour que la terre tourne plus juste ?

Le début de ce 3ème millénaire marquera une fois encore une étape importante pour l’avenir de l’humanité. Devant l’arrogance des puissants et la violence des désespérés, il nous faut bâtir un monde qui fait le choix de la Vie … et le choix du bonheur.

Je crois que cette fête de tous les saints est comme un point lumineux sur les routes humaines de l’ici-bas trop souvent noyées dans les épais brouillards de l’absurde et du non-sens.

Aujourd’hui, l’Evangile nous dit que la sainteté est d’abord une question de bonheur. On n’a pas toujours rendu service à la sainteté en la confinant dans les niches de nos églises. Mais au-delà et au-travers même de ces images parfois aseptisées, il y a la mémoire vivante d’hommes et de femmes qui ont voulu frayer des chemins d’Evangile au cœur même des réalités de leur époque et de leur culture. Ils ont osé prendre tous les risques de l’Amour en mettant leurs pas dans ceux du Christ ressuscité. Leur histoire est devenue une histoire sainte parce qu’on peut y lire les traces de Dieu avec lequel ils ont fait alliance et qui leur a fait goûter un bonheur qui avait déjà la saveur de l’éternité : c’est ce qu’on appelle les béatitudes.

Ils sont nombreux celles et ceux qui, au-delà de l’espace et du temps, font désormais l’expérience de ce qu’on appelle ” la communion des saints “. Ils nous restent proches … car ils ne sont ni des héros ni des étrangers. Ils sont en quelque sorte nos ambassadeurs sur la route qui mène à la sainteté, c’est-à-dire à l’ajustement de plus en plus grand de nos vies au projet de Dieu pour nous. Et si leur souvenir a pu faire naître des cultes et des dévotions légitimes et reconnus, ils ne peuvent jamais être séparés de ce que l’on connaît de leur vie spirituelle.

Nous voici donc à ce carrefour entre le ciel et la terre, entre le visible et l’invisible, entre l’au-delà et l’ici-bas.

C’est l’étape décisive qui fait la vérité sur notre destinée. Dans la lumière de l’Amour, il devient impossible de tricher … car la sainteté est faite de transparence.

Dieu seul est saint ! Mais sa sainteté est habitée par une plénitude telle qu’elle a besoin de se refléter dans la vie de tous ces saints anonymes que nous célébrons en ce jour. Ils sont comme les marchepieds de la seule sainteté de Dieu.
 Mais, parmi eux, il y a Marie particulièrement vénérée en cette basilique qui accueille tant de pèlerinages. Sa sainteté est faite d’une telle disponibilité à l’Amour que l’Eglise reconnaît qu’elle est immaculée de conception. Et ce n’est pas pour rien qu’il y a dans MARIE (en français !) toutes les lettres du verbe AIMER.

  • Heureux ceux qui ne sont pas encombrés d’eux-mêmes, les fardeaux de leur vie s’en trouveront allégés.
  • Heureux ceux qui, redécouvrant qu’ils ont une bouche et deux oreilles, écoutent deux fois plus qu’ils ne parlent … ils atteindront plus aisément au mystère de leur destinée.
  • Heureux ceux qui découvrent leur force au cœur même de leurs fragilités, ils seront plus solides que tous les puissants du monde.
  • Heureux ceux qui osent croire aux germinations de la beauté jusque dans les terres dévastées par le mal et le péché, ils deviendront les éveilleurs d’un monde nouveau que l’Evangile appelle le Royaume de Dieu.
  • Heureux ceux pour qui Dieu n’est pas un concurrent mais un partenaire et un Père, l’Amour sera leur seul bagage pour un pèlerinage qui a le cap de l’éternité.

 Mais la sainteté n’est pas une ” affaire ” réservée à l’au-delà…. C’est l’incarnation qui est le terreau de l’éternité. Mais n’oublions pas que l’éternité de l’homme passe par la libération des hommes. Nous deviendrons alors ce peuple des béatitudes ou, comme dit l’Apocalypse, les citoyens de la ” Jérusalem nouvelle “.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’appel à la sainteté retentit dans notre monde comme la forte espérance capable de briser les carcans et les blindages de la haine et de la guerre.

La sainteté, c’est une question de bonheur et il nous faut, aujourd’hui, sauver le vrai bonheur.

La sainteté, finalement, c’est l’avenir de l’homme.

Bonne fête à tous !

                                                                                                                                        Père Philippe Mawet

 

31ème dimanche du temps ordinaire – C

“Il faut que j’aille demeurer dans ta maison ” Luc 19,5

Première lecture (Sagesse 11, 22 – 12,2)  « Pourtant, tu as pitié de tous les hommes, parce que tu peux tout. Tu fermes les yeux sur leurs péchés, pour qu’ils se convertissent.»

Psaume 144  « Chaque jour je te bénirai, je louerai ton nom toujours et à jamais. »

Deuxième lecture (2 Thessaloniciens 1, 11-2,2)  « Ainsi, le nom de notre Seigneur Jésus sera glorifié en vous, et vous en lui, selon la grâce de notre Dieu et du Seigneur Jésus Christ.»

Évangile (Luc 19,1-10)  « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »

                                                                                                          Les cahiers de Prions en Église N° 264

 Zachée voyait les gens de Jéricho se masser au bord de la route pour voir passer Jésus. Il était petit et ne pouvait pas voir Jésus de ses yeux, alors Il monte donc dans un sycomore. Soudain, quelque chose se passe, Jésus pose son regard sur lui et lui dit : “Zachée, aujourd’hui il faut que je vienne chez toi !” Chacun de nous a ses handicaps qui le gênent pour rencontrer Jésus. Nous avons besoin que le regard de Jésus se porte sur nous, qu’il nous interpelle et qu’il s’invite dans notre vie. A partir de cette interpellation, Zachée se précipite, ouvre sa maison et organise un repas où Jésus va partager la table de Zachée. Jésus est venu pour toucher nos blessures, pour se pencher sur nos faiblesses et pour nous mettre debout, c’est là notre grande espérance. C’est bien nous qu’Il choisit et c’est chez nous qu’Il veut venir, à notre table. L’espérance doit nous rendre inventif, transformer nos impuissances en désir de rencontre. Il ne faut pas grand chose pour que Jésus s’invite chez nous ; il lui suffit de voir qu’il est attendu, il lui suffit de rencontrer notre regard et d’y lire, avec notre détresse, une petite lueur de foi et de sincérité.

“Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. En voyant cela, tous maugréaient : Il est allé loger chez un pécheur !” Zachée est regardé par les habitants de Jéricho comme un pécheur. Le regard de Jésus est si différent, il voit la beauté de notre être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Il nous regarde d’une manière unique. Le salut est venu dans la maison de Zachée parce qu’« il cherchait à voir qui était Jésus. » Au milieu de ses soucis, fatigué du mépris des autres, Zachée n’avait plus qu’une idée, rencontrer un visage, Jésus, avec lui il pourrait recommencer sa vie. Notre misère est trop souvent de traîner notre vie, résignés. Sous le regard d’amour de Jésus, Zachée, retourne sa vie ! Dans le secret de son cœur et dans le secret du cœur de Jésus se vit une alliance étonnante. A la suite de Jésus, nous voulons vivre ce mystère d’accueil des « pauvres » de Jésus, être solidaire des pauvres dans le Christ. C’est ainsi que nous retrouvons la joie, l’allégresse et la fraîcheur de notre vie. Avec Jésus nous voulons vivre à la louange de la gloire de Dieu. Jésus s’invite dans sa maison de prière, il nous donne part à son Corps et à son Sang, nous lui offrons nos mains ouvertes, pour qu’il y dépose sa joie.

“Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham.” Aujourd’hui nous invitons Jésus à nous accueillir dans sa maison, dans votre vie, pour que nous puissions tout partager avec Lui. Jésus veut faire toute chose nouvelle, réchauffer ce qui est refroidi, redresser ce qui est tordu, affermir ce qui s’épuise. Jésus nous permet d’accueillir sa Parole, d’entendre son appel et d’y répondre et de trouver la joie de le recevoir. Nous allons découvrir ce qu’il faut changer dans notre vie pour être véritablement un témoin de son Amour, rempli de la force de l’Esprit Saint. Jésus est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Notre passé est entre ses mains et dans son cœur, notre présent et notre avenir est son affaire à lui qui peut tout ! Ce qui nous importe, jour après jour, c’est d’accueillir Jésus avec joie. Nous demandons que Jésus nous sauve. Avec Zachée, nous voulons descendre et recevoir Jésus avec joie, Pain de vie dans l’Eucharistie. Nous disons encore : “Seigneur, je ne suis pas digne que tu viennes sous mon toit, mais dis seulement une parole et je serai guéri.” Ainsi Jésus aura sa gloire en nous.

                                                                                                                                          Père Gilbert Adam

32ème dimanche ordinaire – C

“Je suis le Dieu des vivants” Luc 20,38

Première lecture (2 Martyrs d’Israël 7, 1-2.9-14)  « Puisque nous mourrons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. »

Psaume 16 « Garde-moi comme la prunelle de l’œil ; à l’ombre de tes ailes, cache-moi. »

Deuxième lecture (2 Thessaloniciens 2,16-3,5)  « Priez pour nous, frères. […] Tout le monde n’a pas la foi. […] Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protègera du Mal. »

 Évangile (Luc 20, 27-38)   « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui.»

                                                                                                        Les cahiers de Prions en Église N° 264

Le Dieu des vivants

Les textes liturgiques de ce dimanche nous adressent un message d’espérance. Ils nous parlent de la résurrection des morts et de la vie en Dieu. Ce dogme fait partie de notre foi. C’est même le plus important car il nous montre le but de notre vie. Dans la première lecture, nous trouvons un témoignage de foi extraordinaire. Cela se passe à une époque dramatique du peuple d’Israël : les empereurs grecs gouvernent la Palestine ; ils veulent imposer leur civilisation, leur culture et leur religion. Ils rencontrent en Israël une farouche résistance. Le texte de ce jour nous parle d’une mère et de ses sept fils qui ont été arrêtés. On veut les obliger à adhérer à la religion païenne. En choisissant de rester fidèles jusqu’à la mort, ils témoignent de leur foi en la résurrection. Ils comprennent que Dieu ne peut abandonner ses fidèles. En écoutant ce récit, nous pensons tous aux chrétiens d’aujourd’hui qui sont persécutés à cause de leur foi. Nous en avons de nombreux témoignages dans divers pays du monde mais aussi chez nous, jusque dans nos églises. Nous admirons leur foi, mais en même temps, nous devons entendre leurs questions : Qu’avez-vous fait de votre baptême ? Arrêtez de vous installer dans l’indifférence… Nous vivons dans un monde qui veut ignorer la foi des chrétiens. C’est là que nous sommes envoyés pour être les messagers de la bonne nouvelle de l’Évangile. Comme les martyrs d’Israël et comme bien des croyants d’aujourd’hui, l’apôtre Paul est confronté à des “gens pervers” qui ne partagent pas sa foi. Comme ses aînés, il s’enracine dans la fidélité de Dieu pour résister à ses ennemis. Il n’a d’autres armes que celles de la Parole. Pour tenir avec l’endurance du Christ, il sollicite la prière de tous. Il nous rappelle ainsi que cette “course” de la Parole est l’affaire de tous et de chacun. Exprimant sa confiance dans le Christ, il encourage les chrétiens à rester fermes dans la foi. Nous ne devons pas craindre ceux qui peuvent tuer le corps. Le plus grand danger vient de ceux qui peuvent tuer l’âme en la détournant de Dieu.

La foi en la résurrection est au cœur de l’Évangile. Elle en est même l’élément central. Et pourtant, ils sont nombreux ceux et celles qui ont du mal à y adhérer, même parmi les chrétiens. L’Évangile de ce jour atteste que cela n’allait pas de soi dans le judaïsme de l’époque. Les pharisiens l’acceptaient. Mais les Sadducéens plus conservateurs, l’ont toujours refusé parce qu’elle n’était pas inscrite dans la loi de Moïse. Ils allaient même jusqu’à la tourner en dérision. Les deux groupes, pharisiens et sadducéens interrogent Jésus pour le mettre dans l’embarras. Dans sa réponse, il ne fait pas référence au livre des martyrs d’Israël dont nous venons d’entendre un extrait. Il sait que les Sadducéens ne l’acceptent pas comme Parole de Dieu. Mais il cite le livre de l’Exode : Dieu s’y présente à Moïse comme “le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob”. Ces trois patriarches sont morts depuis longtemps. Mais Jésus en conclut que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais celui des vivants. Voilà cette bonne nouvelle qui nous est rappelée en ce dimanche. À la suite des patriarches et de bien d’autres croyants, nous sommes tous appelés à cette vie nouvelle que Jésus appelle le Royaume de Dieu. Ce monde nouveau n’est pas la continuation de celui dans lequel nous vivons actuellement. Il est tout autre. Il y a une rupture radicale ente la vie actuelle et la vie de ressuscité. L’important c’est de faire confiance à celui qui a dit : Je suis la résurrection et la Vie… Celui qui croit en moi vivra éternellement. Ce trésor de la résurrection, nous ne pouvons pas (nous ne devons pas) le garder pour nous. Il nous faut le transmettre, le crier au monde entier. Au-delà de la mort, nous serons vivants en Dieu. Cette espérance doit nourrir notre prière, surtout en ce mois qui est consacré aux défunts. N’oublions jamais le Dieu des vivants. Il nous appelle tous à partager sa vie dès maintenant.

                                                                                                                                   Père Jean Compazieu