” Seigneur, tu m’as saisi ! ” (Jérémie 20,7)

Le chant du dimanche

Messie venu de Dieu -- Claude Bernard/Michel Wackenheim

par Ensemble Vocal l'Alliance | Le Temps du Royaume - A - Prodcution : A.D.F.

1ère lecture (Jérémie 20, 7-9)

Si quelqu’un se laisse séduire par le Seigneur et embraser par son amour, il va peut-être au-devant d’incompréhensions et de moqueries. Le prophète Jérémie en a fait l’expérience.

Lecture du livre du prophète Jérémie

Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi.
À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi.
    Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! »
À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie.
    Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. »
Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os.
Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir.

    – Parole du Seigneur.

Psaume 62

“Mon âme à soif de toi, Seigneur, mon Dieu !”

Psaume 62

par Ensemble Vocal Hillarium | Psaumes du dimanche / Michel Wachenheim - Production A.D.F.

2ème lecture : (Romains 12,1-2)

Par le baptême, nous sommes devenus disciples du Christ. Désormais notre vie est une offrande. Saint Paul nous invite à nous laisser ainsi façonner par la volonté de Dieu.

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.
Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

– Parole du Seigneur.

Évangile : (Matthieu 16, 21-27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

    En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
    Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
    Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

    Alors Jésus dit à ses disciples :« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
    Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera.
    Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
    Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

Textes de présentation des lectures extraits de Prions en Église n° 269

Méditation

“Seigneur, tu as voulu me séduire et je me suis laissé séduire,” disait Jérémie dans la première lecture. Le mot séduire n’a pas forcément bonne réputation. Mais on sait que quelqu’un qui est séduit est animé d’un ressort extraordinaire, et qu’il est prêt à tous les dépassements. “Il n’est plus lui-même,” disent certains. À moins que ce ne soit précisément à ce moment que la personne devienne elle-même. Impossible en tous cas d’empêcher Jérémie de jouer son rôle de prophète.
Dans son livre “Ils m’ont donné tant de bonheur”, Jacques Gaillot écrivait : “J’ai été séduit par la manière dont le Christ a mené sa vie d’homme.” Séduit par Dieu, disait Jérémie. Séduit par la vie d’homme de Jésus, dit le Père Gaillot. J’aime bien le rapprochement. Instinctivement on distingue l’humain du divin, alors que le rapprochement est riche car il donne à penser l’incarnation. Il éveille à la foi chrétienne et rend possible la compréhension et les engagements communs entre ceux qui sont chrétiens et ceux qui ne le sont pas.
Quelqu’un a dit au sujet de l’Evangile d’aujourd’hui : “Si être chrétien c’est renoncer à tout, être méprisé, injurié, alors je vais me mettre à envier ceux qui ne le sont pas.” Cette personne distinguait vivre en homme et vivre en chrétien : si c’est trop dur d’être chrétien, alors je vais seulement être homme. Mais y a-t-il une autre manière d’être homme que celle de donner sa vie par amour, à la manière de Jésus ? C’est si vrai qu’on a pu, dans le passé, qualifier des gens de chrétiens sans le savoir parce qu’ils vivaient comme des chrétiens. On avait tort car être chrétien comporte l’affirmation consciente de sa foi. Mais leur manière de vivre était la même. Quant à la difficulté d’être homme vraiment, des théologiens expriment quelquefois qu’un seul être a pu être homme vraiment dans l’histoire : il s’appelait Jésus. Et que ce n’est que par lui, avec lui et en lui, selon la formule liturgique, que nous pouvons devenir hommes chaque jour un peu plus.
Saint Pierre a été séduit également par Jésus. C’était l’évangile de dimanche dernier : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !” Mais il a lui aussi très vite cherché à séparer le divin de l’humain : Jésus est Dieu, donc tout-puissant, donc il peut éviter de souffrir : “Cela ne t’arrivera pas”. La réponse a fusé : “Passe derrière moi, Satan !” En réalité, Dieu est tout-puissant d’amour. Il est Dieu dont l’amour est tout-puissant, Dieu Père tout-puissant ! Et les papas et les mamans savent bien que l’amour est souvent appelé à passer par la croix !
La formule de Matthieu : “Il fallait” (souffrir et mourir) étonne beaucoup. On dit : “Mais alors Jésus était programmé, prédestiné à mourir comme ça !” En réalité il s’agit d’une manière habituelle de parler de quelqu’un qui donne sa vie dans des engagements forts et risqués. On n’est pas très surpris de la mort violente de tel ou tel et on entend régulièrement la formule : “Il fallait que ça se termine comme ça !” Mais inéluctable ne veut pas dire prédestiné.
Jésus dit : “Si quelqu’un veut marcher derrière moi (être homme vraiment), qu’il prenne sa croix et qu’il me suive !” Lytta Basset, théologienne, a regardé de près la langue d’origine de ce texte et elle précise qu’on devrait traduire : “qu’il lève sa croix”. Le mot lever signifie alors la résurrection présente même dans le négatif de notre vie. Oh ! La croix en question n’est pas un étendard pour cortège triomphal. Mais la phrase n’est pas menace mais plutôt appel : si quelqu’un veut être homme, dit Jésus, qu’il choisisse, comme moi, d’aimer en donnant sa vie. Michel Pinchon précise le mot suivre : “Suivre évoque trop souvent l’image d’un troupeau à la remorque de son berger qui décide pour lui des directions à prendre. Il serait plus exact de traduire le mot grec original par marcher, être compagnon de route. Jésus ne cherche pas des suiveurs, mais des amis qui prennent la route avec lui, pour risquée que soit cette route. Il les choisit pour être avec lui. Pour partager sa vie, sa mission et, librement, son destin quel qu’il soit. Ce compagnonnage est libre. « Si tu veux !» A leur tour, quand Jésus les aura quittés, ses disciples, déjà habitués à aller deux par deux, chercheront des compagnons de route pour partir, continuer la mission.”
Pensons à tel ou tel que nous connaissons, qui a été séduit par le Christ et sur le visage de qui ça se voit. Pensons-y et laissons-nous séduire et inviter à être hommes nous aussi !