PRÉSENTATION

Le Carême est né d’un désir. Au 4ème siècle, des chrétiens ont voulu se joindre aux catéchumènes qui se préparaient pendant quarante jours à recevoir le baptême à la veillée pascale. Vu sous cet angle, le Carême vise donc à nous préparer, nous baptisés de longue date, à renouveler notre baptême au cours de la veillée pascale. Cette préparation revêt un double caractère. D’une part, nous nous efforçons de recentrer notre désir sur le Christ. D’autre part, à travers les bibliques du Carême, nous pourrons redécouvrir l’immense don qu’est notre baptême.

Une suggestion pour chaque jour:

  1. Je commence mon temps de prière en me signant avec de l’eau, car j’ai été baptisé «au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.»
  2. Je lis les textes du jour ainsi que le commentaire dans ce carnet.
  3. Je termine par une brève invocation:

– loué sois-tu Jésus de m’avoir révélé l’amour du Père;

– Loué sois-tu Père de m’accueillir en ton Fils pour vivre de ta vie ;

– Loué sois-tu Esprit Saint, toi qui m’habites et me renouvelles chaque jour.

 

17 FÉVRIER

Mercredi des cendres

Tout va bien, vraiment ?

Mi-février, je prends rendez-vous avec mon mécanicien Raymond. Je lui dis : «Je viens pour la mise au point printanière. Mais c’est par prévention, car d’après moi,  tout va bien avec la voiture.»  Le lendemain, Raymond me rappelle : « Je crains de te décevoir… Ta voiture a quand même un bon kilométrage et l’hiver l’a ‘maganée’ pas mal: suspension, freins, transmission… la facture sera salée.» Et elle le fut effectivement….

Cette mésaventure m’a fait comprendre l’importance du Carême. Les jours, les semaines et les mois se suivent et nous sommes convaincus que tout est parfait dans notre vie, tout baigne dans l’huile. Mais des habitudes se prennent, de mauvaises routines s’installent, le relâchement apparaît… On a besoin d’une bonne mise au point ! Tout au long du Carême, la Parole de Dieu vient nous éclairer, nous interpeller, nous relancer. Le Christ, bon pasteur, est prêt à nous accompagner, à nous guider vers la pleine santé spirituelle. Laissons-le nous parler, entrer dans les détails de notre vie. Et la facture ne sera pas salée !

«Le voici maintenant le moment favorable !»

 

18 FÉVRIER Jeudi après les cendres

La marche qui nous change

La marche est omniprésente dans la Bible, depuis la marche d’Abraham et de Sara quittant leur pays jusqu’à la marche des disciples d’Emmaüs le soir de Pâques. Souvent dans la Bible, on ne marche pas pour se rendre quelque part ou pour entretenir son cardio-vasculaire: on marche pour être transformé, pour devenir autre. Abraham quitte son pays pour devenir le croyant qui risque tout sur son Dieu. Les disciples d’Emmaüs vivent une marche qui les transforment en rallumant l’espérance.

Mes journées, mes heures, mes semaines sont autant de pas dans une longue marche. Que suis-je en train de devenir dans cette marche ? Qu’est-ce qui l’inspire et la guide ?

Seigneur Jésus, tu as marché tout au long de ta vie publique. Tu rencontrais des riches et des pauvres, des malades et des gens en santé. Ta marche les transformait et te transformait aussi. Tu découvrais cette humanité souffrante, faible. Tu apprenais à être patient, à les aimer, jusqu’à donner ta vie pour elle.

Seigneur, je veux marcher comme toi. Je veux marcher à ta suite.

19 FÉVRIER Vendredi après les cendres

Un jeûne de luxe

Pour beaucoup d’entre nous, le jeûne rituel est un luxe. On peut s’offrir de sauter un repas parce qu’on sait qu’un autre suivra. On peut couper sur le chocolat parce que notre corps peut s’en passer. Ce n’est pas le jeûne que demande le prophète Isaïe. Pour lui, il ne faut pas se demander «Comment vais-je jeûner durant ce carême ?», mais surtout : «Comment vais-je aider ceux qui sont obligés de jeûner ?» Pas seulement au loin, mais dans ma ville. Le jeûne qui plaît à Dieu consiste à «ne pas te dérober à ton semblable.» Cela veut dire ne pas faire un détour pour éviter cet itinérant qui tend la main, ou ne pas ignorer l’appel d’une banque alimentaire demandant un soutien pour son œuvre. Cela veut dire être révolté que des enfants se rendent à l’école le ventre creux et faire quelque chose pour que ça change…

Voilà le jeûne qui plaît à Dieu. Et si je le pratique, il sera bien d’accord que je déguste mon chocolat…

20 FÉVRIER Samedi après les cendres

Convertir et non recruter

Jésus  n’a pas eu besoin de s’initier au «tournant missionnaire» que clament nos Églises. D’instinct, il a compris que le premier acte missionnaire, c’est d’être avec. C’est pourquoi il a passé toute sa vie publique à être avec. C’était sa grande stratégie «pastorale». Il se déplaçait de village en village pour être avec les Juifs et les païens, les riches et les pauvres. Il acceptait volontiers toutes les invitations à dîner, que ce soit de la part de gens de mauvaises réputations comme Zachée ou de chefs religieux comme les pharisiens. Car pour Jésus, être avec quelqu’un, émettait le message suivant: «Tu es important pour moi; ce que tu vis d’heureux et de triste m’intéresse. Je ne suis pas venu te juger mais t’accompagner».

Seigneur, donne à nos évêques, à nos pasteurs, et à tous les chrétiens l’audace de te suivre dehors, pour être avec tous ceux et celles qui cherchent un sens à leur vie, une route dans leur chaos, une présence dans leur solitude.

Première semaine

Rends-nous la joie - André Gouzes

par Choeur Liturgique de l'Abbaye de Sylvanès | Carême - Éveille-toi ! ADF/Studio SM

21 FÉVRIER – 1ER DIMANCHE DU CARÊME B

Du chaos à la paix

L’histoire du déluge ne veut surtout pas dire que Dieu punit quand on ne l’écoute pas. Le récit est plutôt celui du drame d’un père qui voit son enfant le rejeter. D’une part, il y a le cœur de l’homme «qui se porte uniquement vers le mal» et d’autre part le cœur de Dieu «qui est en grande souffrance». Le terme hébreu employé ici (‘asav) est le même qui décrit «la souffrance» de la femme» qui enfante (Genèse 3, 16). Mais Dieu ne se résigne pas à l’échec de son alliance avec l’humanité. Il recommence avec «un petit reste» : Noé et sa famille, comme il recommencera avec le petit reste revenant de l’exil de Babylone. Tout se termine par une grande alliance entre Dieu et toute la création. En signe de cela, Dieu accroche son arc dans les nuages. À l’époque, accrocher son arc signifiait la fin de la guerre. Non, Dieu n’est pas en guerre: il est le Père patient qui recommence avec nous.

 

LUNDI 22 février

«Vous êtes venus jusqu’à moi.»

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente la fin du dernier discours de Jésus avant sa passion et sa mort. Il nous offre ces paroles comme un ultime enseignement, une sorte de testament. Il nous dit en quelque sorte: « Faites ceci pour entrer dans mon royaume ». Quelques jours plus tard, il dira, en partageant le dernier repas : «Faites ceci en mémoire de moi», c’est-à-dire en mémoire du don total qu’il fera de lui-même.

Du vivant de Jésus, il n’y avait ni hôpital, ni résidence pour personnes âgées, ni CHSLD, ni centre d’accueil pour les sans-abris. Les malades, les vieillards, les pauvres vivaient avec tout le monde. On les avait tout le temps sous les yeux. Mais aujourd’hui, avec nos institutions spécialisées, on a rendu invisibles la souffrance, la misère, la solitude. Elle est toujours là, mais on ne la voit plus. Il nous faut faire un pas de plus: aller rejoindre là où elles sont les personnes souffrant de solitude, de maladie, de marginalisation : «Vous êtes venus jusqu’à moi…».

 

MARDI 23 février

Une école de prière

La prière que Jésus nous a laissée est bien plus qu’une formule de prière. C’est une véritable école de prière. En voici les principaux éléments.

  1. D’abord se situer devant Dieu. Vous ne parlez pas à votre voisine ou à votre boucher ! Vous parlez à celui qui est la source de votre être ; celui qui tient à vous, comme un père à son enfant.
  2. La première chose à lui demander n’est pas qu’il entre dans vos désirs et vos projets. Mais c’est que vous entriez dans ses désirs et dans son grand projet sur le monde. «Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite…» Vous êtes invités à entrer dans un projet plus grand que votre petite personne, dans quelque chose d’immense, de merveilleux, qui peut donner sens à toute votre vie. Dieu vous invite à écrire une page dans son grand livre de vie !
  3. La dernière étape en est une à la fois d’humilité et de confiance : Dieu s’occupe de nous, petite créature fragile, menacée par la faim et le Mal.

MERCREDI 24 février

Lettre du prophète Jonas aux croyants du 21ème siècle

«D’abord, excusez-moi de sentir un peu le poisson ! Vous savez, après ce qui m’est arrivé… Rappelez-vous que, par votre baptême, vous êtes tous des prophètes. C’est un métier compliqué. Moi, je ne voulais rien savoir et j’ai essayé de m’en sauver ! Ça prend du courage pour être prophète. Il faut oser dénoncer, interpeller en disant : «Changez de comportement, car si vous continuez, vous allez rentrer dans le mur, personnellement ou collectivement.» Mais il faut aussi annoncer une bonne nouvelle : «Dieu vous offre un avenir !»

Être prophète n’est pas un honneur, mais un service. O ne choisit pas son auditoire; il faut prendre celui vers qui Dieu nous envoie. De plus, on ne contrôle pas les résultats de sa mission. Cela dépend de Dieu et de la liberté des personnes à qui on s’adresse.

Mais il y a des consolations. Faut faire confiance à la force de l’Esprit qui travaille dans les cœurs. Et quand on est découragé, le Seigneur plein de délicatesse nous fait pousser un arbre qui nous offre son ombre.»

 

JEUDI 25 février

Dieu écoute

Ce soir, les communautés juives à travers le monde commenceront la célébration de la fête  du pourim. C’est la plus populaire des fêtes juives. Elle souligne comment la reine Esther, juive et épouse du roi païen Xerxès, déjoua les plans du maléfique Haman qui détestait les Juifs et voulait les faire périr. La liturgie d’aujourd’hui nous donne un extrait de la prière que fit Esther avant de se présenter devant le roi. Elle révèle la foi de cette reine qui est d’abord une croyante : sa prière ne s’appuie ni sur sa beauté ni sur son prestige auprès du roi, mais avant tout sur le Dieu de ses pères. Ne pouvant prévoir la réaction du roi, habitée par la peur, elle demande : «Donne-moi du courage… change le cœur du roi». Et Dieu qui écoute ceux et celles qui se confie à lui répondra à sa prière. Le méchant Haman sera destitué, le peuple sera sauvé grâce à la prière d’Esther.

Esther veut dire ‘étoile ». La foi est une étoile qui éclaire les nuits les plus noires.

VENDREDI 26 février

Ça fait plaisir à Dieu

Lors d’une retraite paroissiale, j’avais remarqué un homme qui s’assoyait toujours au fond de l’église. Ses vêtements me disaient qu’il arrivait du travail. Au moment du sacrement du pardon, j’étais assis à l’entrée du chœur. Mon homme s’approcha et s’agenouilla. Il leva les yeux vers moi et dit tout simplement : «Ça fait douze ans que je n’ai pas parlé à ma mère ni à ma sœur.» Puis, silence… Deux larmes coulèrent de ses yeux. Je mis la main sur son épaule et lui dit : «Je te reçois avec la tendresse de Jésus et en son nom, je te pardonne tout. Va en paix». Il essuya les larmes du revers de sa main, esquissa un sourire et repartit. Mais il laissa derrière lui deux galettes de boue qui s’étaient détachées de ses bottes. «Merveilleux, me dis-je : le voilà débarrassé de la boue de la colère et de la rancune. Sa mère et sa sœur seront contente…  et Dieu aussi.» Voir des croyants et croyantes se réconcilier, c’est offrir à Dieu notre Père une immense joie.

 

SAMEDI 27 février

Combattre le Mal

Dans certains courants philosophiques, on définit le mal non pas comme quelque chose, mais comme un non-être, un vide, un manque. Et la seule manière de combattre le vide est de le combler ! C’est un peu ce à quoi Jésus nous invite dans l’Évangile d’aujourd’hui. «Aimez vos ennemis.» Autrement dit : «Aimez ceux qui sont vides d’amour. Comblez ce manque en le remplissant de votre amour.» Jésus lui-même a vécu cela sur la croix. Alors qu’on le privait de tout amour, de tout respect, lui, au contraire, donnait sa vie, pardonnait, aimait «jusqu’au bout». C’est pourquoi la seule manière d’imiter le Christ dans ce don d’amour inconditionnel est de communier au Christ. D’accueillir en soi cette force d’aimer capable de créer ce qui n’existe pas encore. Ainsi peut-on vraiment ressembler à Dieu, lui qui depuis des milliers d’années fait pleuvoir son pardon et briller sa tendresse sur notre pauvre humanité. Jésus nous demande de viser rien de moins que la perfection de Dieu qui est la perfection de l’amour.

Deuxième semaine

O Jésus splendeur du Père - André Gouzes

par Choeur Liturgique de l'Abbaye de Sylvanès | Carême - Éveille-toi ! ADF/Studio SM

DIMANCHE 28 – 2e  dimanche du Carême B

Le Dieu de l’impossible

La première lecture de ce dimanche commence par cette demande de Dieu à Abraham : «Prends ton fils… Tu l’offriras en sacrifice sur la montagne.» Abraham obéit, sans doute parce qu’il sait deux choses. Il sait que son Dieu est le Dieu de l’impossible : n’est-ce pas lui qui avait fait apparaître la vie dans le sein stérile de Sara ? Abraham et Sara avaient tous les deux rient en entendant cette promesse irréalisable de Dieu (Genèse 17, 17; 18,12).  Et pourtant Sara mit au monde l’enfant de la promesse, Isaac.  D’autre part, Abraham sait qu’il ne sait pas tout. Les manières de Dieu sont imprévisibles. Abraham sait aussi que Dieu est fidèle à ses promesses. Ça, Dieu l’a prouvé en le protégeant de ses ennemis et en lui donnant son fils. Alors, sans tout comprendre, Abraham fait confiance à Dieu. En route vers la montagne, Isaac demande à son père : «Où est l’agneau pour l’holocauste ?» Abraham répondit : «Dieu y verra mon fils.» Dans les impasses, le seul chemin qui s’offre est celui de la foi. La foi totale.

LUNDI 1ER mars

Reconnaître sa faute

Toute relation – d’amitié, d’amour, de parenté – est comme une plante qu’il faut savoir nourrir et protéger. Mais une plante doit être enracinée dans une bonne terre. Nos relations, elles, doivent s’enraciner dans la vérité. La vérité sur soi et la vérité sur l’autre. D’où l’importance de savoir reconnaître ses fautes. Pas nécessairement sa méchanceté, mais ses fautes. Cette parole maladroite, ce moment de colère, ce geste d’impatience qui blesse l’autre et corrode la relation. Reconnaître sa faute non seulement dans son for intérieur, mais en parole. Être capable de dire à l’autre: « J’ai eu tort», «Je m’excuse», «Pardonne-moi». Ce n’est pas facile, mais c’est nécessaire. Comme enlever une écharde, ou une dent pourrie. Une relation ne peut grandir dans le dénie. L’amour n’est pas nier le mal ou la faute. Mais c’est aimer l’autre avec ce qu’il est.

Ce qui est vrai entre nous l’est aussi envers Dieu. Reconnaître son péché devant Dieu, c’est aussi lui dire que nous tenons à lui, à son amitié et à sa présence dans nos vies.

MARDI 2  mars

La veuve et l’orphelin

Mon ami Bernard a été orphelin dès l’âge de cinq ans. Ils étaient six enfants, plongés dans la précarité avec leur mère. La parenté les évitait, ne voulant pas être sollicitée par ces pauvres! Parfois, la nuit tombée, un oncle passait et laissait subrepticement un morceau de porc ou une poule entre les deux portes d’en avant et se sauvait. Débrouillard, Bernard avait réussi dans la vie ; mais il gardait la trace de ces années de misère : il croquait les os de poulet et en suçait la moindre moelle !

Trop facilement, on évite les pauvres. On craint qu’ils nous sautent dessus pour nous arracher quelques dollars, ou qu’ils reviennent sans cesse quémander. On oublie que personne ne choisit la misère. Devant quelqu’un de démuni, il ne faut pas d’abord sortir son porte-monnaie. Il faut surtout changer son regard. Voir en lui ou en elle un être humain, un enfant de Dieu, un citoyen à part entière. C’est cela «rendre justice à l’orphelin».

MERCREDI 3 mars

Le prophète

Sur trente des quarante jours du Carême, la parole est donnée aux prophètes ! Non seulement leurs messages, mais leurs vies nous interpellent. Car être prophète est bien plus qu’être le «fonctionnaire» ou le porte-parole de Dieu. Toute la vie du prophète, toutes ses relations sont envahies par la présence de Dieu. Il appartient à Dieu tout entier : son corps, son esprit, son temps : «Avant que tu ne viennes au jour, je t’ai consacré» dit Dieu à Jérémie au moment de son appel (1, 5).

On définit souvent le prophète comme celui qui voit l’avenir. Mais il est plus que cela. Le prophète est celui qui voit en dedans et en avant. Il voit en dedans de sa société pour en dénoncer le mal: l’oubli des pauvres, l’exploitation, l’injustice, l’hypocrisie religieuse. Il prédit un avenir tragique si rien ne change. Mais il affirme aussi la présence fidèle de Dieu et son action dans cet avenir.

Pour moi, qui est prophète dans le monde d’aujourd’hui ? Qui ose dénoncer le mal et annoncer la fidélité de Dieu ?

 

JEUDI 4 mars

De l’inutilité des fantômes

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus raconte d’abord une vieille histoire, connue dans l’Égypte ancienne. Elle illustre la croyance selon laquelle dans l’autre monde, les sorts sont renversés. Mais… voilà que Jésus prolonge l’histoire, y ajoutant un développement inattendu. Le malheureux riche ne veut pas que ses frères connaissent son triste sort, lui qui est «en proie à la torture». Il prie donc Abraham d’envoyer le défunt Lazare avertir ses frères, pensant bien qu’en voyant un fantôme, ceux-ci auront tellement peur qu’ils se convertiront. Mais Abraham répond que les fantômes peuvent faire peur, mais ne peuvent changer le cœur. Seule la Parole de Dieu, accueillie avec foi, a la puissance de nous transformer.

Trop longtemps, en milieux catholiques, la Parole de Dieu était dans l’ombre : c’était le truc des Protestants tandis que nous, on avait la «présence réelle». Le Concile Vatican II a affirmé : «Le Christ est là présent dans sa Parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les saintes Écritures» (SC 7). Nourrissons-nous de la Bible: c’est la nourriture de notre relation avec Dieu.

 

 

VENDREDI 5 mars

Le plus grand miracle

La première lecture et le psaume constituent une «bande-annonce» de l’incroyable histoire de Joseph (Genèse 37-52). Vendu comme esclave par ses propres frères, Joseph se retrouve en Égypte. Grâce à son don d’interpréter les rêves, il devient le plus haut fonctionnaire du Pharaon. Ses frères, qui l’ont trahi et vendu, sont obligés, à cause d’une famine, de venir en Égypte acheter du blé de lui. Mais ils ne le reconnaissent pas. Après moult péripéties, Joseph se révèle à eux et leur pardonne en disant : «Vous aviez voulu me faire du mal ; Dieu a voulu le changer en bien» (50, 20).

Ce récit ne contient aucun miracle spectaculaire. Dieu en semble absent ; les humains sont laissés à leur liberté. C’est après coup que la famille de Joseph découvre comment Dieu dirigeait les événements. Au cours de ce carême, pourquoi ne pas relire ma vie pour y découvrir comment Dieu a su agir à travers les libertés humaines, et même qu’il ait pu transformer le mal pour en faire du bien. N’est-ce pas là le plus grand miracle ?

 

SAMEDI 6 mars

Le triangle miséricordieux

L’Évangile d’aujourd’hui pourrait s’appeler la parabole du triangle miséricordieux.

Il y a le père. Il est tout amour. Il veut le plus grand bien pour ses fils; et le plus grand bien qu’il leur offre, c’est… leur liberté. Car l’amour vrai ne s’impose jamais. Parce qu’il aime, ce père souffre.

Le jeune fils veut vivre. Mais il ira chercher la vie du mauvais côté : en s’étourdissant dans le plaisir et la bonne chère. Avec ses pieds, il s’éloignera puis reviendra à la maison. Avec son cœur, il quitte un père simple «providence» pour retrouver un père à l’amour inconditionnel.

Le fils aîné, c’est le bon gars, qui respecte la loi, paie ses taxes et fait son ouvrage. Pour lui, la vie se définit en terme de droit, presque de troc: j’ai fait ceci, donc je mérite cela.

Le triangle familial risque de se défaire: le jeune fils quitte la maison, l’aîné refuse d’y entrer. Pour franchir la porte, il devra d’abord entrer dans le cœur de son père, communier à son amour inconditionnel. Tout ça, c’est notre histoire.

 

Troisième semaine

Si tu savais le don de Dieu - André Gouzes

par Choeur Liturgique de l'Abbaye de Sylvanès | Carême - Éveille-toi ! ADF/Studio SM

DIMANCHE 7 mars – 3e dimanche du carême B

Le vrai temple

L’évangéliste Jean est un maître de l’ambiguïté. ‘Ambigu’ signifie : qui présente deux ou plusieurs sens possibles. Selon Jean, la foi consiste à passer du sens matériel au sens spirituel. Dans l’épisode d’aujourd’hui, les auditeurs juifs ne comprennent pas lorsque Jésus affirme pouvoir relever le temple en trois jours. Eux pensent au temple de pierre à Jérusalem, alors que Jésus parle de son corps dans lequel Dieu lui-même habite.

«Corps» a aussi deux sens. Il y a le corps ‘physique’ de Jésus qui ressuscitera. Et il y a le corps spirituel, l’Église. Or, nous dit Jean, le dernier geste de Jésus en croix est de «remettre son esprit», plus exactement selon le sens grec du verbe : « accorder, donner son esprit.» Au pied de la croix, le corps spirituel du Christ apparaît : le disciple bien-aimé et la mère de Jésus, recevant son Esprit. Naissance de l’Église.

N’oublions jamais que nos belles églises ne sont qu’un symbole. Le temple de Dieu, ce sont les personnes qui s’y réunissent parce qu’elles croient en Jésus et sont habitées par son Esprit.

LUNDI 8 mars

Petits gestes, grande foi !

Le général syrien Naaman s’est mis en colère lorsque le prophète Élisée lui dit de se baigner sept fois dans le Jourdain pour être guéri de la lèpre. Il n’avait pas compris qu’il ne s’agit pas là d’une question d’eau, mais de foi. Se baigner dans le Jourdain devait exprimer sa foi dans le Dieu d’Élisée.

Dans l’Évangile, Jésus exige parfois des gestes étonnants. Par exemple, pourquoi impose-t-il au pauvre aveugle de naissance de marcher à tâtons jusqu’à une piscine pour recouvrer la vue (9,6) alors qu’il guérit d’autres aveugles sur le champ ? Aux noces de Cana, pourquoi exige-t-il de remplir d’eau six grosses cruches (2,7)? S’il a le pouvoir de changer l’eau en vin, il peut aussi les remplir par un miracle ! Or, tous ces petits gestes sont importants car à travers eux, c’est la foi qui se manifeste.

Dans nos églises, on peut voir les gens exprimer leur foi de diverses manières : allumer un lampion, offrir une fleur. Ce qui compte n’est pas la grosseur du lampion, mais la foi que le geste exprime.

 

MARDI 9 mars

Pardon obligatoire

Un bon monsieur me disait : «J’ai trompé ma femme une fois dans ma vie. Mais elle me l’a pardonné. J’en suis sûr car elle me le rappelle tous les jours !» Étrange pardon…

À l’origine d’un vrai pardon, il y a l’amour. Le pardon est une démarche difficile, mais qu’on est prêt à faire pour sauver une relation à laquelle on tient. Sur la croix, si Jésus dit : «Père, pardonne-leur» (Luc 23, 34), c’est qu’il veut sauver la relation entre lui et ses bourreaux. Il veut les guérir et non les détruire.

Pardonner, ce n’est pas seulement effacer de mauvaises choses au tableau de la vie. C’est effacer dans le but d’y écrire de belles choses. Le pardon porte tout son fruit quand on vit un beau moment, un bel échange avec la personne qui nous a offensé.

Jésus ne nous invite pas à pardonner : il nous y oblige. Le pardon fait partie de l’ADN chrétienne. Ce n’est pas optionnel. C’est pourquoi, il faut prier pour que dans notre cœur imparfait, Dieu fasse germer le pardon qui nous semblait impossible.

 

 

 

MERCREDI 10 mars

La vraie loi

Dans l’Ancien Testament, la Loi désigne le Pentateuque, lequel contient plusieurs codes légaux s’appliquant à nos relations avec Dieu et avec les autres. Ces lois ne sont pas perçues d’abord comme une obligation, mais comme une révélation : Dieu nous les donne pour nous éclairer et nous guider vers le bonheur.

Loin de mettre la loi juive à la poubelle, Jésus l’estime. Mais il essaie d’en dégager l’essentiel : aimer Dieu et son prochain (Matthieu 22, 37-39). Il dénonce aussi ceux qui se vantent d’observer de menus détails – comme payer la dîme des fines herbes – et qui oublient le cœur de la loi : la justice, la miséricorde et la foi (Matthieu 23, 23).

La fête juive de la Pentecôte célébrait le don de la Loi de Dieu quand il fit alliance avec son peuple au pied du Sinaï. Dans la tradition chrétienne, la Pentecôte célèbre le don de l’Esprit Saint, car c’est lui qui nous habite et nous inspire comment suivre le Christ dans notre vie de tous les jours. Il est pour nous la véritable loi.

 

 

JEUDI 11 mars

La Voix

Nous sommes à la mi-Carême. Bon temps pour un petit examen de conscience sur … l’écoute. Deux questions : Qui j’écoute ? Comment j’écoute ?

Qui j’écoute ? Je prends conscience de ce qui parle le plus fort dans ma vie: mon confort ? ma sécurité ? mon prestige ? La publicité ? Facebook ? Une émission populaire s’appelle ‘La Voix’. Pour nous comme croyants, la Voix à écouter chaque jour, à accueillir au fond de son coeur est celle du Christ. «Celui qui écoute ma parole obtient la vie éternelle» (Jean 5, 24).

Comment j’écoute les autres ? Distraitement ? En cherchant déjà la réponse ou l’objection ? Suis-je capable d’accueillir une parole qui me met en question, m’interpelle ? Et si Dieu m’appelait à travers cette remarque qui me bouscule ? À travers cet itinérant qui tend la main ? À travers la campagne de Développement et Paix ?

En prière, je reconnais mes manques d’écoute. Je demande au Seigneur de me donner soif de sa parole pour qu’elle me guide. J’invite l’Esprit Saint en moi pour qu’il rende mon cœur ouvert à la parole des autres.

VENDREDI 12 mars

Prière

Seigneur, tu m’invites à t’aimer ?

Mais tu n’es pas sérieux !

Toi, le Dieu infini, tu viens quémander l’amour

de la petite créature que je suis.

Mais tu as déjà l’adoration des anges

et l’amour de tous ces saints et saintes

qui t’ont tout donné.

Pourquoi moi ?

Qu’est-ce que j’ajouterais à ta gloire que tu n’aies déjà ?

Tu es un drôle de Dieu…

Jésus nous a dit que tu es un Dieu sans trône et sans armée, et même sans sujets.

Car un père n’a pas de sujets; un père a des enfants.

Je commence à comprendre…

Un père est pauvre ou riche de l’amour de ses enfants.

Alors, mon Dieu et mon Père, j’ose le dire, timidement : «Je t’aime».

Nous les humains, ‘je t’aime’, on garde ça plutôt pour les chansons.

Mais moi, je voudrais te le dire chaque jour.

Que cela devienne ma prière du matin, du midi et du soir.

Fais s’il-te-plaît que cela devienne aussi le chant de mon éternité.

Amen

 

 

SAMEDI 13 mars

Prière 101

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, saint Luc met en parallèle deux personnages à l’opposé l’un de l’autre. D’un côté un membre du groupe des pharisiens. Ceux-ci étaient de pieux laïcs, estimés de tous, assidus à l’étude de la Bible et désireux d’obéir à la moindre loi : ils en étaient venus à élaborer  613 règlements ! Les publicains au contraire étaient détestés de tous. Chargés par l’empire romain de percevoir les taxes, ils en profitaient pour s’en mettre plein les poches.

À travers ces deux personnages, Jésus veut nous faire saisir que prier, ce n’est pas se comparer aux autres. C’est se situer devant un Dieu qui aime parfaitement, qui est généreux à l’infini. Devant lui, on se retrouve bien humble. Pas humilié. Dieu ne veut pas nous humilier. Il est ce qu’il est et nous sommes ce que nous sommes. Il est le créateur, nous sommes des créatures. Il est parfait, nous sommes imparfaits. C’est comme ça. Sur ce constat, notre relation avec Dieu peut s’exprimer dans l’accueil mutuel et la vérité.

 

Quatrième semaine

Ouvre mes yeux - André Gouzes

par Choeur Liturgique de l'Abbaye de Sylvanès | Carême - Éveille-toi ! ADF/Studio SM

DIMANCHE 14 mars – 4e dimanche du carême B

Être connecté

J’avais cinq ans. En regardant mon grand-père Albert faire son jardin, je posais des questions :

– C’est quoi ça Grand-papa ?

– Des graines de radis.

– Pourquoi tu les mets dans la terre ?

– Pour qu’elles poussent et deviennent des radis bien dodus.

– Comment y font ça ? Les graines sont dures et noires comme un caillou !

– Eh bien, mon p’tit Georges, ça c’est le mystère de la vie. Les graines ont un pouvoir merveilleux : avec leurs racines, elles vont se connecter sur la terre et avec leurs feuilles, se connecter sur le soleil. Comme ça, elles vont vivre, se nourrir, et devenir de beaux radis. La vie, c’est ça: se connecter. Quand tu ne peux pas te connecter, tu ne peux pas vivre.

– … silence… Puis : «Moi Grand-papa, je suis connecté sur toi, parce que tu m’aimes et moi je t’aime. C’est ça la vie, hein ?»

Grand-papa leva les yeux. Avec un sourire, il me dit: «Tu es moins bête que tu en as l’air !» Et il me donna une chaude accolade.

Quand Jésus parle de «vie éternelle», il ne veut pas dire autre chose.

LUNDI 15 mars

Croire sans voir

Durant les dernières semaines du Carême, les Évangiles sont tous tirés de l’Évangile de Jean. Aujourd’hui, un enseignement fondamental nous est donné. Tout se joue dans la tension entre voir et croire. Les Galiléens accueillent le Christ parce qu’ils ont vu les miracles faits à Jérusalem. Jésus réagit à la demande du fonctionnaire en disant sa déception: «Vous ne pouvez donc pas croire à moins de voir des prodiges.» Mais voilà que tout change lorsque le fonctionnaire croit à la parole de Jésus sans avoir vu son fils guéri: «L’homme crut à la parole» de Jésus. Voilà qui annonce la béatitude qui clôt l’Évangile : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu» (20, 28)

Jean commence son Évangile en disant : «La Parole s’est fait chair». Les miracles ne révèlent leur sens que si on les perçoit comme cette Parole en acte. C’est pourquoi Jean les appelle plutôt des signes.

Seigneur Jésus, fais que je découvre en toi non pas celui qui fait des miracles, mais celui qui est un miracle : Dieu vivant dans notre chair.

MARDI 16 mars

La source de vie

En commentant le texte de la première lecture, je demandais à des gens qui étaient allés en Terre Sainte: « Êtes-vous aller pêcher dans la Mer Morte ?» Question inutile : tout le monde sait que la Mer Morte… est morte ! C’est une sorte de soupe chimique dans laquelle et autour de laquelle aucune vie n’est possible.

La vision d’Ézéchiel est merveilleuse : une source jaillit du Temple et se dirige vers la Mer Morte. Dès qu’elle y entre, les poissons apparaissent dans la mer et les arbres se mettent à pousser autour. La vie a envahi le territoire de la mort et la mort doit reculer : la vie est plus forte.

Dans l’ancien missel romain, au cours du temps pascal, durant l’aspersion de l’assemblée, on chantait l’antienne Vidi aquam qui reprend le texte d’Ézéchiel pour l’appliquer au Christ. Il est, lui, le vrai temple. Sur la croix, une source d’eau est sortie de son cœur transpercé. Une source qui a envahi le territoire de la mort: Christ est sorti vivant du tombeau : en lui, la mort est définitivement vaincue.

 

 

MERCREDI 17 mars

Dire Dieu

«O toi, l’au-delà de tout, n’est-ce-pas là tout ce qu’on peut chanter de toi ?

Quelle hymne te dira, quel langage ?

Aucun mot ne t’exprime.

À quoi l’esprit s’attachera-t-il ?

Tu dépasses toute intelligence.

Cet extrait d’un poème attribué à saint Grégoire de Naziance, grand maître spirituel et théologien du 4ème siècle, exprime bien la limite de tout langage sur Dieu. En effet, comment des mots ‘finis’ peuvent-ils exprimer l’Infini ? Comment notre intelligence créée peut-elle concevoir l’Incréé ? Et pourtant, nous sentons le besoin de connaître Dieu. La Bible se risque donc à «dire Dieu». Nos pauvres mots peuvent réussir à soulever le voile, mais ne pourront jamais faire le tour de Dieu, si l’on peut dire. Ce sont comme des vecteurs qui nous disent: «Dieu est quelque part de ce côté-là.»

Les prophètes nous ont offert deux images fondamentales de Dieu : pour nous, il est mère et il est père. Jésus seul pourra nous dire ce que Dieu est en lui-même : mystérieuse communion de personnes. Jean résume tout : «Dieu est amour» (1 Jean 4, 8. 16) en lui et en nous.

 

JEUDI 18 mars

La colère de Dieu

«Laisse-moi faire : ma colère va s’enflammer contre eux !» dit Dieu à Moïse. La colère de Dieu apparaît souvent dans l’Ancien Testament, entre autre dans les psaumes. Cela nous met mal à l’aise, nous qui voyons Dieu plutôt comme le père miséricordieux de la parabole de l’enfant prodigue. Quelques mots d’explication. D’abord, dans l’Ancien Testament, Dieu est un roi, et un «vrai roi» doit être capable de colère : sa toute-puissance doit se manifester dans la punition ! Ensuite, Dieu est le saint en qui aucune trace de mal n’existe. Devant le mal, il réagit fortement, comme quelqu’un qui fait une violente réaction à une allergie. Mais surtout, la colère de Dieu se déploie à l’intérieur d’une relation d’amour. Dieu a aimé et choisi son peuple. Mais celui-ci «trompe» Dieu en mettant sa confiance dans des idoles. La colère manifeste alors un signe d’attachement profond de Dieu à son peuple.

Ton amour pour moi Seigneur, est entier. Mais le mien est comme un fromage de gruyère, plein de trou… Redis-moi Seigneur ton amour; rends-moi fidèle à notre alliance.

 

 

VENDREDI 19 mars

Un homme juste

Le culte de saint Joseph, déjà ancien en Orient, ne se développe qu’à compter du 16ème siècle en Occident où il est d’abord perçu comme le patron «de la bonne mort». En effet, quelle mort peut être plus sainte et heureuse que la sienne, accompagné de Jésus et de la Vierge Marie !

De sa vie, on ne connaît que ce que nous en dit l’Évangile de Matthieu. Celui-ci lui donne le titre «d’homme juste». C’est le titre par excellence du croyant de l’Ancien Testament. Le juste est celui qui désire correspondre au projet de Dieu sur lui, qui veut, de tout son cœur, «s’ajuster» au projet de Dieu. Voyant Marie enceinte avant leur vie commune, Joseph songe à la renvoyer, car c’est là pour lui la volonté de Dieu. Il faut une intervention divine pour qu’il découvre que Marie porte en elle le Sauveur du monde. Joseph comprend alors la «nouvelle justice»: celle-ci consiste à accueillir le mystère qui se déploie en Marie et à y collaborer de tout son être. Ce fut sa tâche et sa joie.

 

SAMEDI 20 mars

Le persécuté

La lecture d’aujourd’hui est la première des «confessions» de Jérémie, ces passages où il se plaint de son sort. Destin tragique que le sien. Pourtant sa vie avait commencé dans une joyeuse espérance. Josias, le saint roi qui avait mené une réforme religieuse de son royaume, avait commencé à reconquérir les territoires du nord perdus jadis aux mains des Assyriens. Tous voyaient en lui un nouveau David qui rebâtirait le royaume de jadis. Malheur ! Josias est tué à la guerre. Puis, tout se détériore. Jérémie dénonce les péchés de son peuple et annonce le pire : le pays s’écroulera, l’armée babylonienne détruira Jérusalem et son temple. On veut faire taire Jérémie. On le persécute, le dénigre, l’isole, le jette en prison. Il est puni pour avoir dit la vérité.

Jérémie n’en peut plus. «Maudit soit le jour où je suis né» s’écrie-t-il (20, 14).

La tradition a vu en Jérémie la figure de Jésus, persécuté, rejeté par son propre peuple. Être disciple du Christ, c’est accepter le risque d’être incompris, rejeté…

 

 

Cinquième semaine

Jésus,Maître de la vie - André Gouzes

par Choeur Liturgique de l'Abbaye de Sylvanès | Carême - Éveille-toi ! ADF/Studio SM

DIMANCHE 21 MARS 5e dimanche du carême B

Souffrir et grandir

«Il a appris (émathèn) de ce qu’il a souffert (épathèn) l’obéissance.» En translitérant ces deux verbes de la citation de la deuxième lecture, on détecte le jeu de mots dans l’original grec. Et c’est plus qu’un jeu de mots. Cela résume l’expérience du Christ et la nôtre : si elle est assumée et non simplement subie, la souffrance est une école. Elle nous en apprend beaucoup sur le sens de la vie, sur nous-mêmes, sur Dieu. Elle conduit à ce que l’auteur de la lettre aux Hébreux appelle l’obéissance. Non pas dans le sens d’une soumission infantilisante. Mais dans le sens de découvrir sa réalité et de l’accepter. Dans sa passion, Jésus a découvert la réalité de la fragilité humaine, l’a assumée, l’a offerte à Dieu en toute confiance, s’en remettant à lui entièrement. Sur la croix, il l’exprime en disant : «Père, entre tes mains, je remets mon esprit», c’est-à-dire ma vie même. Jésus a plongé dans notre souffrance pour la faire déboucher sur la confiance.

Seigneur, reste avec moi quand la croix me tombe dessus !

 

 

LUNDI 22 mars

Du ‘tu’ au ‘nous’

En lisant l’Évangile d’aujourd’hui, on aurait envie de s’exclamer : «Touché! Jésus leur a bien cloué le bec à ces scribes et pharisiens hypocrites !» Mais la répartie de Jésus vise le cœur plus que l’esprit. Par sa réponse, il invite les accusateurs de la femme adultère à passer du ‘tu’ au ‘nous’. C’est là une véritable conversion. Quand on est dans la dynamique du ‘tu’ et du ‘nous’, la condamnation vient facilement : «Il ou elle est comme ceci, mais pas moi» ; «Il ou elle n’est pas correct, mais moi je suis correct.» Par contre, si, humblement, on reconnaît qu’on est soi-même pécheur et qu’on a besoin du pardon de Dieu, la dynamique change. On arrête de s’exclure, de se mettre à part. On laisse tomber ses jugements, ses accusations comme autant de pierres qu’on s’apprêtait à lancer à l’autre.

Seigneur, apprends-moi à me reconnaître pécheur, avec tous mes frères et sœurs. Apprends-moi à laisser tomber mes pierres pour tendre la main et relever l’autre. Car devant toi, nous avons tous besoin de pardon.

 

 

MARDI 23 mars

«Qui es-tu donc ?»

Les quatre Évangiles visent avant tout à nous révéler l’identité de Jésus, ou mieux son mystère, car aucun titre ne peut le dire adéquatement. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, deux titres fondamentaux apparaissent.

« Vous comprendrez que JE SUIS» dit Jésus aux Juifs. L’original grec se lit: «Ego eïmi». C’est exactement la réponse que Dieu donne à Moïse lorsque celui-ci lui  demande son nom (Exode 3, 14). Jésus affirme ainsi qu’il  participe à l’être même de Dieu.

Quand Jésus parle de son Père, très souvent il emploie la formule : «Celui qui m’a envoyé». Cela rejoint la déclaration fondamentale de l’Évangile de Jean : «Dieu a envoyé son Fils dans le monde… pour que, par lui, le monde soi sauvé» (3, 17). Jésus est l’envoyé par excellence puisqu’il est en communion parfaite avec son Père. Ressuscité, Jésus dira aux disciples : «Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie» (20, 21). Pour être de bons envoyés, il nous faut, nous aussi, être en communion profonde avec Dieu.

MERCREDI 24 mars

Quel pouvoir ?

Le célèbre opéra de Verdi, Nabucco, pourrait se résumer ainsi : «l’amour du pouvoir» versus «le pouvoir de l’amour». D’un côté le vieux roi Nabucco et sa fille ambitieuse Abigaïl et de l’autre Fenena et Ismaël, le couple amoureux. Finalement, c’est l’amour qui l’emporte ! Le passage du livre de Daniel lu aujourd’hui nous présente le roi Nabucco assoiffé de pouvoir, voulant se faire l’égal de Dieu en exigeant d’être adoré. Dans l’Évangile de Jean, Jésus n’essaie pas de se faire l’égal de Dieu car il l’est de nature : «C’est de Dieu que je suis sorti et que je viens» (8, 42). Ce qu’il a vu auprès de son Père n’est autre que l’amour total, parfait. Jésus veut non seulement nous révéler cet amour, mais nous y faire entrer : «Comme le Père m‘a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour» (15, 9).» Étrange roi, Jésus n’a de pouvoir que celui de l’amour. Un amour qui se révélera pleinement sur la croix : «Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes» (15, 32).

 

 

JEUDI 25 marsAnnonciation du Seigneur

La première disciple

Dans l’Évangile de Luc, la première annonciation – celle de la naissance de Jean-Baptiste – appartient au monde de l’Ancien Testament : le temple, le prêtre qui est un vieillard, le rituel… Avec la deuxième annonciation, on entre de plein pied dans le Nouveau Testament. D’une part, le récit présente le Messie qui va naître. D’autre part, il présente en Marie la première disciple. Sa foi peut se résumer en trois mots.

Écoute. Que fait Marie ? Elle écoute la parole venue de Dieu. Elle l’accueille dans son cœur, depuis Nazareth jusqu’à Bethléem et au Calvaire.

Étonnement. Marie n’en revient pas de se faire appeler «comblée de grâce». Cet amour de Dieu qui l’enveloppe l’étonne, l’émerveille. L’amour est toujours un don inattendu et ne demande qu’à être cru.

Engagement. Le projet de Dieu dévoilé, Marie s’y engage à plein. Avec ce qu’elle est: son corps, son temps, son âme.

O Marie, apprends-moi l’art d’accueillir l’Infini dans ce que je suis. Apprends-moi à lui ouvrir tout grand mon temps et mon cœur, mes limites et mes richesses.

VENDREDI 26 mars

«Tu n’es qu’un homme.»

Dans les versets précédant l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus affirme : «Mes brebis écoutent ma voix (…)  et elles viennent à ma suite. Et moi je leur donne la vie éternelle. (…) Mon Père qui me les a données est plus grand que tout. Moi et le Père, nous sommes un» (Jean 10, 17-30). Devant de telles prétentions, pas étonnants que les Juifs l’accusent de blasphème en lui disant: «Tu n’es qu’un homme et tu te fais Dieu». Et ils se préparent à le lapider.

Que Jésus soit homme, ça va. Mais qu’il soit en même temps Dieu, ça n’a jamais passé facilement. Dès que les théologiens, vers les années 300, essayèrent de préciser la nature de Jésus, une division éclata qui sépara l’Église en deux pendant près de 4 siècles : d’une part, ceux qui le faisait égal au Père et les autres qui le voyaient comme une créature certes supérieure, mais créature quand même.

La tradition catholique affirme que Jésus est le vrai fils de Dieu, «l’unique engendré» (Jean 1, 14), égal au Père.

Et si je redisais mon credo lentement…

 

 

SAMEDI 27 mars

Des racines et des ailes

Le titre ci-haut est aussi celui d’un programme visant l’intégration scolaire d’enfants fraîchement immigrés. Tout être humain a ce besoin de racines : faire partie d’une culture, d’une nation, d’une famille, avec sa langue, ses valeurs, ses traditions, sa cuisine. On comprend alors le défi de jeunes immigrants, à la fois liés à leur culture d’origine et désireux de faire partie de la culture d’accueil.

La liturgie d’aujourd’hui établit une tension entre deux appartenances. D’une part, nous sommes tous citoyens de la terre, mais nous vivons dans un territoire précis. Nous sommes membres de l’humanité entière, mais notre réseau personnel se limite à 20 ou 30 personnes…

La foi chrétienne n’échappe pas à cette tension. Elle est de nature universelle, mais elle se vit dans des communautés bien concrètes. Dans ses rites et ses structures, elle doit exprimer l’unité sans tomber dans l’uniformité.

Jésus a vécu cette double appartenance à un peuple concret et à l’humanité entière.

Comme croyant, comment suis-je enraciné dans ma communauté chrétienne ?

Comment est-ce que je vis mon appartenance à l’humanité entière ?

 

 

Semaine Sainte

DIMANCHE 28 mars –  Dimanche des Rameaux et de la Passion

Entrons dans la passion du Seigneur

Nous commençons la grande semaine. Pour bien la vivre, pénétrer le sens des lectures qu’on y propose, il serait important de prévoir des périodes de temps assez longues pour lire et méditer les lectures.

Voici une proposition pour accueillir et méditer la Parole de Dieu proclamée aujourd’hui.

  1. Commencez par la lecture de l’Évangile de la Passion selon saint Marc. Je suggère d’utiliser votre PRIONS ou de copier-coller le texte complet (cf le site aelf.org) et de l’imprimer. Lisez-le lentement, par section en posant les questions suivantes :

– Qui sont les personnages importants dans cette section ?

– Quelles sont leurs émotions ?

– Quelles sont leurs décisions ?

– Qu’est-ce que cela me révèle sur mon attitude face à Jésus ?

  1. Puis, lisez les autres lectures «à reculons»: depuis l’épître jusqu’au texte d’Isaïe. À chaque étape, posez-vous la question : Comment ce texte éclaire-t-il la passion de Jésus ? Qu’est-ce qu’il me révèle à propos de Jésus ? À propos des autres acteurs du récit ?
  2. Tout au long de cette méditation, prenez votre temps. Laissez la prière monter en vous et s’exprimer.

 

LUNDI SAINT 29 mars

Voici mon serviteur

Le livre du prophète Isaïe comprend dans sa dernière section quatre passages appelés Chants du Serviteur : Isaïe 42,1-9; 49,1-7; 50,4-11 et 52,13-53,12.  Ces quatre textes décrivent un mystérieux serviteur de Dieu qui accepte de souffrir et de mourir pour les autres. Deux chants donnent la parole au serviteur lui-même, un autre à Dieu et le dernier est un  dialogue entre la foule et Dieu.

Ces textes sont proclamés du dimanche des Rameaux au Vendredi saint, le Jeudi saint excepté.

Je vous suggère de les lire et les méditer à la suite en vous aidant des questions suivantes :

  1. La souffrance peut-elle servir à quelque chose ? Est-elle en quelque sorte ‘recyclable’: peut-on la transformer en amour ? En croissance ?
  2. Comment peut-on souffrir pour un autre ?
  3. Quand je souffre, qu’est-ce qui peut m’amener à donner un sens à ma souffrance ?
  4. De quelle manière les Chants du serviteur éclairent-ils la souffrance et la mort de Jésus ?

Seigneur, toi qui as goûté à la souffrance, qui en a eu peur, qui l’a traversée, accompagne-moi au long de ma prière.

 

MARDI SAINT 30 mars

Trahi deux fois

Trois fois dans l’Évangile de Jean, on dit que Jésus est troublé : devant la douleur de Marthe et Marie pleurant la mort de leur frère (11,33), à la pensée de sa propre mort (12,27) et en annonçant la trahison de Judas, un de ses disciples. Judas, qui avait cru en lui, qui l’avait suivi sur les routes de Galilée, qui avait vibré en l’entendant parler. Judas le trahit. Pour quel motif ? Jean n’en parle pas. Un autre le trahira aussi : Pierre affirme : «Je donnerai ma vie pour toi». Ironiquement, ce sont les mots mêmes que Jésus emploie pour se décrire : il est le bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis» (10,11; 15,17). Pierre promet ce qu’il ne peut donner.

Pour Judas, son péché est une porte qui se referme sur lui et l’emprisonne. Pour Pierre, sa trahison deviendra une porte qui s’ouvre sur l’immense miséricorde de Jésus.

Nos péchés même les plus graves ne doivent jamais nous emprisonner. Une porte peut s’ouvrir… de l’extérieur: celle du pardon de Dieu. Lumière qui inonde et appelle.

 

MERCREDI SAINT 31 mars

La prière du méprisé

Le psaume 68 (69) est une longue plainte (37 versets) très tôt appliquée au Christ dans sa passion. Certains passages sont comme une prophétie qui annonce sa souffrance : «Quand j’avais soif, ils m’ont donné du vinaigre» (verset 22, cité en Jean 19, 29). Cette prière peut aussi être celle de tout croyant qui n’a plus que Dieu sur qui compter.

L’auteur du psaume est un «pauvre», un petit sans prestige. Il est exclus, insulté, méprisé : «L’insulte m’a brisé le cœur, et j’en suis malade. J’ai attendu un geste, un consolateur, je n’en ai pas trouvé» (v. 21).

Il s’en remet à Dieu, mais cette confiance même est ridiculisée : «Que je ne sois pas la honte de ceux qui espèrent en toi» s’écrie-t-il (v. 7).

Dans un passage, le croyant demande à Dieu de punir ses ennemis. (vv 23-29). On sait que sur la croix, Jésus fera le contraire, demandant le pardon pour ses ennemis.

Aujourd’hui, prions ce psaume, soit en union avec le Christ, ou avec une personne que nous savons être victime de mépris  ou d’exclusion.

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JEUDI SAINT 1er avril

Dieu passe dans ce qui passe

Dans son livre sur l’Eucharistie «La chose la plus étrange», Maurice Bellet fait une observation  étonnante: les trois éléments fondamentaux de l’eucharistie sont transitoires!

Premier élément: la communauté qui se rassemble pour célébrer et qui à la fin, se disperse.

Deuxième élément : la Parole qu’on proclame à l’ambon et qui s’éteint dans le silence.

Troisième élément : le Pain que l’on partage et qui disparaît dans nos bouches…

Il y a là un message prodigieux. En effet, toute notre vie n’est-elle pas constituée de choses qui passent : nos années, nos réussites, une bonne partie de nos relations, nos rencontres… Et pourtant, c’est là que Dieu passe : il vient habiter cette existence transitoire qui est la nôtre pour l’accueillir dans sa propre vie, j’oserais dire dans sa propre histoire. Oui, Dieu passe dans ce qui passe. Ainsi, les événements de nos vies ne sont pas de misérables miettes d’existence. Ils sont en quelque sorte les graines de vie dans lesquelles Jésus se rend présent, comme il le fait dans les grains broyés du pain consacré.

 

 

 

VENDREDI SAINT 2 avril

La croix est un mystère

La liturgie du Vendredi saint se présente comme une célébration de la Parole au pied de la croix. On lit la passion de Jésus, on prie pour tous les besoins de notre monde, ce monde pour lequel Jésus a donné sa vie. On vénère la croix. On ne l’explique pas. Elle est un mystère en Dieu et en nous.

À la maison, je prends le temps de m’arrêter pour prier devant la croix du Christ.

Plus haute que toutes les croix,

plus basse que toutes les croix,

Ta Croix, ô Jésus.

Plus laide que toutes les croix,

plus belle que toutes les croix,

Ta Croix, ô Jésus.

Unie à toutes les croix,

sauvant toutes les croix,

Ta Croix, ô Jésus.

Voici donc ma croix Seigneur.

Prends-la en la tienne.

Ta croix, ma croix:

notre souffrance, notre victoire.

Amen

Pâques

SAMEDI SAINT 3 avril

Au pays de la mort…

Que s’est-il passé le Samedi saint, ce jour où l’Église ne propose aucune célébration ?

Dans notre credo, nous disons qu’après sa mort, Jésus est «descendu aux enfers». Il ne s’agit pas là de l’Enfer, triste domicile des damnés. Dans le monde ancien, les enfers, c’est-à-dire les «lieux inférieurs» étaient le séjour des morts. Une homélie du 5ème siècle décrit de façon poétique la descente du Christ dans les enfers. Vainqueur de la mort, il en arrache les portes pour libérer tous les prisonniers de la mort. Se dirigeant vers Ève et Adam, il dit à ce dernier : «Je ne t’ai pas créé pour que tu demeures captif du séjour des morts. Relève-toi d’entre les morts: moi, je suis la vie des morts. Lève-toi, œuvre de mes mains, lève-toi, mon semblable qui as été créé à mon image. Éveille-toi, sortons d’ici. Car tu es en moi, et moi en toi. Nous sommes une seule personne indivisible… Lève-toi, partons d’ici.»

Vous trouverez le texte complet sur internet (aelf.org). Téléchargez-le et faites en votre méditation.

 

DIMANCHE 4 avril PÂQUES

Un monde neuf

L’astrophysicien Edwin Hubble (+ 1953) a révolutionné la science en prouvant que notre monde a un commencement. Jusque là, on croyait que le monde avait toujours existé. Non, affirma Hubble: il y a 4 milliards d’années, le big bang s’est produit, origine de notre monde.

La résurrection du Christ est un ‘big bang’ d’un autre ordre. Un big bang qui a un minuscule commencement, chez un seul être humain, Jésus de Nazareth. Mais qui est à l’origine d’une re-création radicale, ou plutôt d’un passage de notre monde à un autre niveau d’existence. Une existence en Dieu, où tout élément de mort ou de mal est exclu.

L’Évangile de Pâques accumule les indices pour nous indiquer l’apparition de ce monde  neuf. C’est le premier jour d’une nouvelle semaine, c’est le matin d’un nouveau jour. En entrant dans le tombeau, Pierre et Jean voient les restes de l’ancien monde: le suaire et le linceul de Jésus. Mais le monde neuf leur échappe encore. Il viendra bientôt à leur rencontre…

Tel est «ce jour que fit le Seigneur».

LA CINQUANTAINE PASCALE

Dès les premiers siècles, la célébration de Pâques s’étendit sur cinquante jours, car un tel événement ne peut se célébrer en une seule journée. Le temps qui va de Pâques à la Pentecôte est célébré comme un jour de fête unique, «un grand dimanche» (saint Athanase).

Durant cette cinquantaine, les lectures sont de deux types. Les premières lectures sont tirées des Actes des Apôtres. C’est un récit linéaire, qui va du jour de la Pentecôte jusqu’à l’arrivée de Paul à Rome, capitale de l’époque. Les Évangiles par contre ne présentent pas un récit continu, mais nous invitent à pénétrer  dans le grand mystère de la résurrection, mystère intemporel et éternel. Voici une suggestion:

De lundi à mercredi: lire les premières lectures de la semaine à la suite – deux par jours, en essayant de percevoir le rôle de l’Esprit, les réactions des divers acteurs dans ces récits.

De jeudi à samedi: lire les Évangiles de la semaine de la même manière, en essayant de cerner ce que ces textes m’apprennent du mystère du Christ et de son rôle dans nos vies.

 

Georges Madore

12 mai 2020