Construction du Calvaire de Pontchâteau

D’après la revue « l’AMI DE LA CROIX »

Sans le remarquable travail du Frère Michel Le Gall (Frère de Saint Gabriel), cette page de chroniques n’aurait  jamais vu le jour. Qu’il en soit ici sincèrement remercié.

NOTRE GRAVURE

Les pèlerins, qui ont visité souvent le Calvaire, pourraient, sans doute, se rendre compte de la pensée qu’elle exprime; mais nous devons la faire connaître et l’expliquer à nos lecteurs.

Nous avons pensé qu’il leur serait agréable d’avoir sous les yeux, tout à la fois, et le théâtre des travaux du B. de Montfort, et le cadre dans lequel doivent se réaliser les projets qu’il avait conçus.

Sur le premier plan, à droite, apparaît le nouveau monument, représentant le Prétoire de Pilate, auquel donne accès la Scala Sancta. Tout près, le bouquet d’arbres qui entoure la fontaine dite du P. de Montfort, et dont nous aurons occasion de parler. De la lande s’élève insensiblement jusqu’au Calvaire que l’on aperçoit dans le lointain, à gauche.

Une voie, à demi tracée sur la lande, relie le Prétoire au Calvaire. Ce sont les deux points extrêmes de la Lande de la Madeleine. La distance qui les sépare est de cinq à six cents mètres et diffère peu de celle qui se trouve, à Jérusalem, entre le vrai Prétoire et le Golgotha. La largeur du terrain destiné au pieux pèlerinage est à peu près égale, et peut présenter une superficie de sept ou huit hectares. On voit que ce serait déjà un grand travail d’enclore de murailles, comme on en a le dessein, celle autre Jérusalem.

Mais, revenons à notre gravure. On voit le Bienheureux debout au pied de la Scala, montrant de la main son Calvaire ou plutôt la plaine qui s’étend devant lui, comme pour inviter à continuer le travail commencé.

Bien des fois, à cette place même, il a dû faire entendre sa voix, exhorter, animer ses chers travailleurs. C’est là, nous l’avons dit ailleurs, qu’ils se réunissaient d’ordinaire pour prendre leur frugal repas, n’ayant pour se désaltérer que l’eau de la fontaine. C’est là que plus d’une fois eut lieu, en faveur de ses chers pauvres, la multiplication des pains, et, en particulier, entre les mains de Jeanne Guégan, la pauvre veuve qu’il avait établi sa pourvoyeuse générale. C’est de là qu’on parlait en récitant le Rosaire ou en chantant un cantique de circonstance, pour aller reprendre les travaux interrompus un instant.

Certes, Montfort, du haut du Ciel, doit être heureux de voir ce qui a été fait sur ce coin de terre, en particulier, pour reprendre son œuvre et le glorifier lui-même, en même temps que Jésus crucifié.

Au dire de tous, le monument du Prétoire, que notre gravure met sous les yeux est un beau début, digne de servir de point de départ à l’œuvre projetée. Et puis tant d’actes de dévotion, de piété touchante y ont été accomplis déjà, sous les regards des Anges de la Passion qui ont été placés là, comme pour en être les témoins.

C’est tous les jours, que de nombreux et pieux fidèles font l’ascension de la Scala, à genoux. Chaque dimanche, l’empressement est tel, que pendant des heures, il n’y a pas de place inoccupée sur les marches du Saint Escalier.

Et que de prières ferventes répandues devant ce groupe de la Flagellation, qui fait l’admiration des connaisseurs! Mais, il y a quelque chose de mieux à en dire, c’est que sa vue a déjà touché bien des cœurs, et que les pieds du divin Flagellé ont été arrosés de bien des larmes. Nous en avons été plus d’une fois témoin.

On doit comprendre maintenant ce que dit Montfort, du pied de la Scala, où nous l’avons placé. Devant lui, en face, la voie douloureuse montant jusqu’au Calvaire. Elle doit se peupler, s’animer par la représentation aussi vivante que possible des différents stations du Chemin de la Croix. Une de ces stations, et non la moins touchante, doit être déjà à l’étude, chez l’auteur du groupe de la Flagellation.

Mais ce Chemin de Croix monumental n’est pas tout. L’Apôtre de Jésus crucifié a été, en même temps, l’Apôtre du Rosaire. Lui-même avait déjà fait élever autour de son Calvaire, trois petits monument ou chapelles rappelant les mystères du Rosaire. Il devait y en avoir quinze, selon le nombre des mystères. Les historiens ont noté cette particularité, qu’à côté de ces monuments ou chapelles il y avait une cellule, sans doute pour permettre au pèlerin de s’y arrêter dans la contemplation du mystère qui lui offrirait plus d’attraits.

L’espace qui s’étend à gauche de la Scala, dans la direction de la nouvelle Chapelle du Pèlerinage, semble tout disposé pour recevoir la représentation des Mystères joyeux. On y verra tout d’abord et prochainement, nous l’espérons, une reproduction exacte de la Santa Casa de Lorette, ou maison de la Sainte Vierge, dans laquelle s’est accompli le grand mystère de l’Incarnation.

A droite de la Scala, le terrain va s’élevant jusqu’à une espèce de crête ou ceinture de rochers. Tout y est à souhait pour qu’on puisse y figurer le jardin des Oliviers, avec la grotte de Gethsémani, commençant la série des Mystères douloureux.

Enfin, du même côté, à la hauteur des rochers, dont l’un est déjà désigné comme devant être le rocher de l’Ascension, se développerait la série des Mystères glorieux.

Tel est le plan dont notre gravure met imparfaitement, sans doute, le cadre sous les yeux, et dont Montfort, du pied de la Scala, semble demander l’exécution prompte et fidèle.

Nous n’en doutons pas, la voix de l’excellent Prédicateur du Mystère de la Croix et du Très Saint Rosaire sera entendu.

En guise de préambule- par Jean des Landes

Le Prétoire et la Scala Sancta

Le premier numéro de l’Ami de la Croix parut au commencement d’octobre 1891. La bénédiction du Prétoire et l’inauguration de la Scala Sancta avaient eu lieu le 24 juin précédent. C’est pourquoi notre revue n’a pas parlé de ce premier travail. Nous allons y suppléer.

C’est dans la seconde partie de l’année 1889 que je formai le projet d’ériger, près de la fontaine dite du Père de Montfort, le Prétoire et la Scala Sancta. J’avais songé d’abord au Saint-Sépulcre. J’en parlai au révérend Père Tissot, que Mgr Lecoq avait envoyé passer quelques jours au Calvaire, entre les deux retraites ecclésiastiques de Nantes. Le Révérend Père me fit remarquer avec raison que ce n’était pas la place naturelle du Saint-Sépulcre, que c’était trop loin du Calvaire. Je renonçai sans peine à ce premier projet. La pensée me vint alors d’établir en ce lieu la première station d’un chemin de croix qui se terminerait au Calvaire.

Quelques jours après, j’allai à Saint-Guillaume dans le but de recueillir des anciens ce qu’ils avaient appris de leurs ancêtres touchant le Calvaire. Je me rendis d’abord au presbytère. M. l’abbé Nicol m’offrit aussitôt de me procurer des charrettes pour transporter les pierres nécessaires à la construction du Saint-Sépulcre. Je le remerciai, lui donnant la raison qui m’avait fait changer d’avis, et je lui parlai de mon projet de chemin de croix. Le bon curé me conduisit chez une bonne ancienne, âgée de 93 ans, et jouissant pleinement de ses facultés intellectuelles. Chemin faisant, il me dit que cette bonne ancienne, tertiaire de Saint-François, méritait toute confiance ; qu’à sa connaissance, elle avait obtenu deux miracles du bienheureux de Montfort.

L’une de ses petites nièces était mourante ; elle la prend dans son tablier et l’emporte au Calvaire. Elle la dépose au pied de la croix, en disant : « Bon Père de Montfort, guérissez ma petite nièce. » — Elle fut exaucée à l’instant ; elle rapporta à la maison l’enfant complètement guérie. La petite qui tout à l’heure était sans mouvement se levait debout dans le tablier de sa tante pendant que celle-ci fait le chemin de la croix autour de la montagne. Cette enfant est maintenant mère de famille. Elle habite le village de la Berneraie. C’est la femme Joalland1.

La bonne ancienne vient d’être elle-même l’objet de la seconde faveur. Elle ne pouvait marcher qu’à l’aide d’un bâton. A la vue des nombreuses guérisons opérées au Calvaire par le bienheureux de Montfort depuis sa béatification, elle se dit : il faut que j’aille lui demander la faveur de marcher sans bâton. Avec son bâton, elle se met en route pour le Calvaire. La faveur fut accordée. Le bâton fut laissé au Calvaire et depuis lors, elle marche sans appui et facilement.

Dès que j’eus fait connaître à la bonne tertiaire l’objet de ma visite, elle nous dit : « Je n’ai rien entendu, mais j’ai vu. J’avais alors de 17 à 18 ans. Je gardais les troupeaux dans le bas de la lande du Calvaire. Nous étions plusieurs ensembles. J’avais alors 18 ans. Nous avons vu bien des fois la lande, de la fontaine au Calvaire, couverte d’une immense multitude.» — « Que faisaient ces personnes, lui demandai-je ? — Elles montaient au Calvaire en passant à côté du moulin, et disparaissaient ensuite. » — « Voici votre chemin de croix, dit vivement M. l’abbé Nicol. » — « Je n’en sais rien, mais il est certain que c’est bien extraordinaire. » — Je venais pour la première fois de parler de mon projet de chemin de croix, en me rendant chez la bonne tertiaire, et je n’avais rien dit devant Elle. En ce moment le chemin de croix est érigé et pieusement suivi par des foules de fidèles. Nous avons vu aussi, à l’occasion de nos fêtes du Centenaire, la lande couverte d’une foule immense de la fontaine au Calvaire. Mais alors j’étais loin de soupçonner ce que nous avons vu ces dernières années.

Je soumis ce fait comme les autres, dont j’ai parlé dans les derniers numéros de l’Ami de la Croix, à Mgr Lecoq, Evêque de Nantes. Sa Grandeur me répondit : « Sans me prononcer sur ces faits, je vous autorise à commencer le Chemin de Croix dont vous me parlez. C’est une œuvre de nature à exciter la foi et la piété dans la région. »

Je reçus une réponse semblable du Très Révérend Père Maurille et je me mis à l’œuvre.

Je ne me faisais pas illusion sur les difficultés à surmonter. Mais ayant la certitude que Dieu voulait cette œuvre, j’étais plein de confiance. Il fallait d’abord acquérir les terrains nécessaires à la construction du Prétoire. La Fontaine et le terrain qui l’entourent étaient alors censés la propriété de la Fabrique de Pontchâteau, qui pour le moment, croyait de son devoir de faire opposition à la nouvelle œuvre. J’achetai le terrain qui l’entoure. Je n’avais alors pas un centime, mais la Providence me vint en aide. M. l’abbé Joseph Guiot, alors vicaire à Saint-Laurent-sur-Sèvre, maintenant Mgr Guiot, me fit savoir qu’une personne se chargeait des frais nécessaires à ce premier achat.

Mais il y avait une autre difficulté à résoudre. Comment aller de notre maison à la nouvelle construction?

Le terrain qui longe le jardin des Sœurs nous appartenait. Plein de confiance dans le Bienheureux qui voulait cette œuvre, je fais l’avenue le long du mur du jardin des Sœurs. Puis je fais combler le fossé qui sépare ce champ de celui du voisin qu’il nous fallait traverser !

« Que veut donc le Père Barré, dit le propriétaire ; pourquoi a-t-il fait combler son fossé? — Comment, tu ne vois pas, lui répondit-on, il veut passer sur ton terrain ! — Pour cela, jamais, alors même qu’il voudrait me le payer cent francs le sillon. »

Cette parole peu encourageante m’est rapportée. Je vais néanmoins faire ma demande à la famille. Refus poli, mais refus absolu. Je retourne quelques semaines après, même refus. J’attends l’heure de Dieu avec patience ; je n’eus pas à attendre longtemps.

Dans la matinée du jour de Noël, m’arrive en toute hâte, l’un des jeunes gens de la maison. —« Venez vite, mon Père, me dit-il, et apportez les saintes huiles, ma mère se meurt. » — « Je me rends chez vous immédiatement, lui répondis-je, mais sans emporter les Saintes Huiles, car votre mère n’est pas mourante. » « Quelques instants après, j’étais dans la maison de la malade. Elle se croyait en effet sur le point d’aller paraître devant Dieu; le mari et les enfants la croyaient aussi à l’extrémité. — « Mon Père, me dit-elle, nous avons refusé le Père de Montfort, et Dieu nous punit. Nous avons perdu une vache, et je vais mourir. » — « Je peux vous assurer d’abord, ma bonne, que vous n’êtes pas en danger de mort et que vous ne mourrez pas de cette maladie. » Connaissant la nature de la maladie, je pouvais le dire avec assurance et je ne manquai pas de le faire. — « Mon Père, poursuivit-elle, voici mon mari et mes enfants, nous vous accordons tous, de tout cœur, ce que vous nous avez demandé, faites la route quand vous le voudrez et arrangez les choses comme vous l’entendrez. — « J’accepte avec reconnaissance, lui répondis-je, nous ferons un échange à votre profit. Mais je vous assure de nouveau que vous n’êtes pas en danger et que je ne peux pas vous donner l’Extrême-onction. » — Je ne me trompais pas. Il y a de cela vingt-quatre ans et la femme Guihéneuf est toujours de ce monde. Elle a vu mourir son mari et ses deux fils qui ont laissé des enfants. Mais, pour elle, elle vit toujours. Elle habite en ce moment chez sa fille devenue la mère d’une nombreuse et intéressante famille.

Je vais le soir même à Saint-Guillaume et le bon Curé convoque ses hommes pour le lendemain. Le surlendemain, l’avenue traversant le terrain Guihéneuf était terminée. Les fils Guihéneuf étaient au nombre des travailleurs.

Les travaux du Prétoire commencèrent aux premiers beaux jours. Nos bons villageois des paroisses voisines rivalisèrent de zèle pour nous amener la pierre. Les hommes de Saint-Joachim vinrent creuser les fondations. Mais il nous fut impossible de trouver le solide. Il nous fallut aller à une grande profondeur, recourir au béton, placer au-dessus de fortes et larges pierres de Nozay, croisées les unes sur les autres. Et l’on put bâtir solidement. Les fondations absorbèrent une énorme quantité de pierres.

Nous étions sur une nappe d’eau. Pour n’être pas submergés, il fallut recourir à une forte pompe et la faire manœuvrer nuit et jour, même le dimanche, jusqu’à ce que nos fondations soient sorties de terre.

Nous voulions avoir la cérémonie de la Bénédiction de la première pierre du monument le 8 septembre, il fallait se hâter. Le monument proprement dit, partait du sommet de l’escalier, c’est-à-dire de quatre mètres de hauteur. C’est là que fut placée la première pierre dont la Semaine religieuse de Nantes annonça la bénédiction pour le 8 septembre.

« Le Calvaire du B. Montfort » (projet)

La méditation de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ et des diverses circonstances du sanglant sacrifice émeut toujours profondément les âmes. C’est à Jérusalem surtout, sur les traces même du divin Sauveur, que ce souvenir parle à la piété et fait couler les larmes.

Mais un pèlerinage aux Lieux-Saints est le privilège d’un petit nombre de chrétiens.

C’est pourquoi le Bienheureux Montfort conçut autrefois le projet de-transporter pour ainsi dire les Lieux-Saints en France, au moyen d’une exacte reproduction.

C’est à Paris, pendant les cinq mois qu’il passa parmi les ermites du mont Valérien, au commencement de l’année 1704, que Dieu lui fournit l’occasion de former ce grand dessein. « Il y avait alors sur cette montagne, dit le premier historien du Bienheureux, plusieurs chapelles un peu éloignées les unes des autres où les mystères de la Passion étaient représentés d’une manière très dévote par des statues de grandeur naturelle, où les pèlerins allaient faire leurs stations.

« Monsieur de Montfort ne manquait pas d’y aller tous les jours méditer les mystères des souffrances du Sauveur, pour lesquels il avait un attrait tout particulier. »

Dès 1707, durant son séjour à Saint-Brieuc, il voulut mettre à exécution son noble projet en faisant sculpter un grand Christ en bois destiné à être placé sur la croix de son calvaire ».

Il choisit d’abord pour cela sa ville natale. Les travaux du Calvaire et des chapelles commencèrent. Mais bientôt survint un ordre du duc de la Trémouille, seigneur de Montfort, défendant de poursuivre l’entreprise.

L’intrépide missionnaire reprit son projet en 1709, dans la lande de la Madeleine, en Pontchâteau.

Il commença par le Calvaire. C’était la station principale, mais ce n’était qu’une station. Les quinze chapelles qui devaient border le sentier jusqu’au sommet du mont Calvaire, étaient les chapelles du Rosaire. Les chapelles du Chemin de Croix devaient être placées en dehors de l’enceinte, et entre chacune d’elle devait être gardée la distance parcourue par notre divin Maître dans la Voie douloureuse. Avant d’arriver au Prétoire, les pieux fidèles devaient passer par le jardin des Olives.

L’exécution du plan du bienheureux Montfort ferait du pèlerinage de Pontchâteau le plus touchant des pèlerinages, après celui de Jérusalem.

Le Bienheureux n’avait rien plus à cœur que la réussite de ce projet ; il en a même prédit la réalisation et célébré la gloire, ajoutant toutefois : « Il faut d’autant plus de travaux, d’attente et de prières et de croix, que cet œuvre doit être grand. »

Les enfants du Bienheureux, encouragés par Monseigneur l’Evêque de Nantes, assurés du précieux concours de tous les amis de Montfort, viennent de jeter les fondements du Chemin de Croix monumental dont le Calvaire, restauré lui-même suivant les plans de son auteur, sera la station principale.

Ce pieux monument offrira aux yeux des fidèles l’exacte reproduction de la façade du Prétoire avec la fidèle représentation en statues de grandeur naturelle des scènes du jugement, de la flagellation, du couronnement d’épines de notre divin Sauveur et de l’Ecce Homo. Au milieu se trouvera la Scala Sancta.

La cérémonie de la bénédiction de la première pierre est fixée au lundi 8 septembre. Elle aura lieu à deux heures de l’après-midi et sera faite par Mgr l’Evêque du Cap-Haïtien, délégué à cet effet par Mgr l’Evêque de Nantes.

Tous les amis du bienheureux Montfort sont invités à y assister.

Après la bénédiction de la première pierre, une quête sera faite pour l’érection du monument. »

« L’Espérance du Peuple » annonçait en même temps notre fête : le projet du Calvaire du Bienheureux Montfort

L’intention du Bienheureux Montfort était de transporter pour ainsi dire Jérusalem en France, en faisant l’exacte reproduction des diverses scènes de la douloureuse Passion de l’Homme-Dieu. C’est ce qu’il faisait chanter à ses chers travailleurs dans la lande de la Madeleine :

Tâchons d’avoir cette sainte Montagne

Par un divin transport

Dans notre cœur et notre campagne.

Il voulait représenter, au Jardin des Olives, l’Homme-Dieu en proie aux cruelles angoisses de l’agonie, les Apôtres s’abandonnant à un lâche sommeil, le traître Judas livrant son divin Maître par la plus infâme des trahisons, Jésus indignement garrotté comme un criminel et lâchement abandonné par ses trop timides disciples. Son but était de nous faire suivre ensuite Jésus pas à pas et de reproduire d’une manière saisissante, par des statues de grandeur naturelle, les scènes les plus émouvantes de la douloureuse Passion. Il aurait gardé, autant que possible, entre chacune des stations du Chemin de Croix, la distance parcourue réellement par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le premier historien de l’illustre missionnaire nous dit qu’il conçut ce projet grandiose, dès le commencement de l’année 1704, pendant les quelques mois qu’il séjourna parmi les Ermites du Mont-Valérien, à Paris. Il y avait alors sur cette montagne un Chemin de Croix monumental, érigé dans le courant du 17e siècle, par un nommé Hubert. Voici en quels termes le Père Picot de Clorivière parlait de ce Chemin de Croix en 1780 : « Avant d’arriver au sommet du Mont-Valérien, on rencontre plusieurs chapelles où les divers mystères de la Passion sont représentés en relief, et d’une manière très expressive, par des figures de hauteur humaine, ce qui attire en cet endroit un grand nombre de pèlerins qui viennent faire leurs stations à ces chapelles. »

Au témoignage de M. Grandet qui fit imprimer à Nantes, en 1724, sa Vie du Bienheureux, « M. de Montfort ne manquait pas d’y aller tous les jours méditer les mystères des souffrances du Sauveur pour lesquels il avait un attrait tout particulier. »

Depuis lors il ne cessa pas de chercher un lieu propre à son dessein. Il crut l’avoir trouvé près de sa ville natale.

Je cite les paroles du Père de Clorivière : « Ses concitoyens étaient entrés dans ses pieux desseins et chacun d’eux se faisait une joie d’y contribuer selon son pouvoir. L’homme de Dieu avait fait choix, pour planter la croix, d’une éminence qui lui parut très propre pour cela, parce que la croix y eût été aperçue de très loin. Il avait conçu le projet de faire ! Bâtir, de distance en distance, des chapelles ou les images de la Passion devaient être représentées. Déjà le sommet de la butte était aplani, quand survint un ordre du duc de la Trémouille, seigneur de Montfort, qui défendait de poursuivre une entreprise, qui non-seulement eût réveillé la piété dans l’esprit des habitants de la ville, mais encore eût contribué à embellir la ville elle-même, et à la rendre plus florissante par le concours des pèlerins qu’elle y aurait amenés. »

L’intrépide missionnaire que rien ne peut décourager reprit l’exécution de ce projet dans la lande de la Madeleine, en 1709. Il commença par le Calvaire, c’était la station principale, mais ce n’était qu’une station. Le long du sentier qui montait en spirale jusqu’au sommet du Mont Calvaire devait être construit, il est vrai, 15 chapelles dont chacune devait avoir sa cellule et son petit jardin, 4 étaient déjà bâties. Mais c’étaient les chapelles du Rosaire dans lesquelles les Mystères devaient être représentés par des statues de grandeur naturelle. Les chapelles du Chemin de la Croix devaient être placées en dehors de l’enceinte du Calvaire.

Le projet du Père de Montfort est un projet gigantesque. La réalisation ferait du Pèlerinage de Pontchâteau, comme pèlerinage à la Passion, le plus beau des pèlerinages du monde, après celui de Jérusalem. L’on verrait alors affluer les pèlerins dans la lande de la Madeleine, comme à l’époque du Bienheureux, venant non seulement de toute la France, mais de toutes les parties du monde.

Nous en avons le ferme espoir, désormais ce jour tant désiré ne se fera pas longtemps attendre. Encouragés par Mgr l’Evêque de Nantes, les Enfants de Montfort viennent de reprendre l’exécution du plan de leur Père. Le succès en est assuré. Ce n’est pas en vain en effet que l’illustre missionnaire a mis dans la bouche de Jésus ces paroles qui semblent tenir de l’inspiration et qui ont été tant de fois répétées avec enthousiasme par ses chers travailleurs :

Oui, je le veux, il y va de ma gloire,

Et du haut de la Croix

Je chanterai dans ce saint lieu : victoire !

Oui,

Dieu le veut et Montfort est l’écho de sa voix.

Jésus, qui dans la personne de son apôtre a été si profondément humilié en ce lieu, y recevra une glorification en rapport avec ses humiliations. Dieu le veut !

La Béatification de Montfort, ses éclatants miracles opérés dans le monde entier, et surtout les nombreuses et insignes faveurs dont il se plaît à combler chaque jour ceux qui vont le prier à son Calvaire, sont pour nous l’expression de la volonté divine. En prédisant la gloire de cette Œuvre, le Bienheureux a dit : « Il faut d’autant plus de travaux, d’attente, de prières et de croix, que cet œuvre doit être grand. »

Le temps de l’attente est passé, c’est l’heure de nous approprier ce que chantaient nos ancêtres en travaillant sous la direction de l’illustre Missionnaire :

Travaillons tous à ce divin ouvrage,

Dieu nous bénira tous ;

Grands et petits, de tout sexe, de tout âge.

Dès maintenant le concours de tous est assuré à cette grande entreprise appelée à devenir Tune des plus grandes gloires de notre contrée et à être pour nous tous une source de précieuses bénédictions.

L’heureuse nouvelle de la bénédiction de la première pierre du premier monument va être accueillie avec une grande joie par tous les habitants de la contrée.

Cette cérémonie aura lieu le 8 septembre prochain. Elle sera faite par Monseigneur l’Evêque du Cap-Haïtien que Monseigneur l’Evêque de Nantes a délégué à cet effet.

J. Barré.

1Cette femme est décédée depuis plusieurs années.

Bénédiction de la Première Pierre du Prétoire et de la Scala Sancta

La cérémonie de la bénédiction de la première pierre du Prétoire et de la Scala Sancta eut lieu, comme elle avait été annoncée, le 8 septembre 1890. Voici en quels termes l’Espérance du Peuple rend compte de cette cérémonie : « Pour perpétuer le souvenir des merveilles du Calvaire, les Fils de Montfort ont résolu de réaliser dans toute sa magnificence le projet conçu par le Bienheureux. Il s’agit de reproduire dans la lande de la Madeleine, le chemin de la Croix avec la plus grande exactitude : les quatorze stations seront représentées avec les personnages de grandeur naturelle ; la distance qui existe à Jérusalem entre chacune d’elles sera observée autant que possible ; Jérusalem sera pour ainsi dire transportée dans la lande bretonne et les chrétiens auront la consolation de suivre la Voie douloureuse parcourue par le Sauveur.

Ce projet grandiose a reçu un commencement d’exécution et hier 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, a eu lieu la bénédiction de la première pierre du Prétoire de Jérusalem où Notre-Seigneur comparut devant Pilate. La bénédiction a été faite avec une grande solennité par Mgr Kersuzan, évêque du Cap-Haïtien.

La paroisse de Crossac venue en pèlerinage le matin avec son clergé, sa croix, sa bannière et sa musique instrumentale, assistait à la cérémonie qui eut lieu dans l’après-midi. D’autres pèlerins étaient venus isolément de divers lieux ; Mgr Kersuzan était assisté du R. P. Barré, supérieur des Missionnaires, de M. le Curé de Pontchâteau, de M. le chanoine Brelet, de M. le Curé de Port-au-Prince, de M. le Curé de Férel, de M. le Curé de Campbon, de M. le Curé de Crossac et de nombreux ecclésiastiques. Parmi les laïques on remarquait M. le marquis de Montaigu, M. Corbun de Kérobert, conseiller général, M. du Bois, conseiller d’arrondissement, M. de la Rochefoucauld. M. de Beaudinière, M. Fraboulet, architecte de l’élégante chapelle des Pères, chargé de l’exécution des monuments projetés.

Le R. P. Barré, du haut de l’échafaudage, a exposé l’idée du Bienheureux qu’il se propose de réaliser. Le Prétoire, dit-il, est placé près de la fontaine où se sont opérés tant de prodiges, dans la partie inférieure de la lande ; l’étendue du terrain permettra à des foules immenses d’assister au Saint Sacrifice de la Messe, et le plan doucement incliné rendra facile à tous la vue de l’autel où le prêtre montera, comme au prétoire de Pilate, par vingt-huit marches.

Cet escalier rappellera la Scala Sancta gravie deux fois par Notre-Seigneur. La façade du monument aura 21 mètres de longueur et présentera cinq arcades. Sous l’arcade du milieu sera dressé un autel où sera célébré le Saint Sacrifice : les deux arcades de droite représenteront l’une le Jugement, l’autre le Couronnement d’épines ; les deux arcades de gauche, la Flagellation et l’Ecce-Homo.

Ainsi sera glorifié Notre-Seigneur, ainsi sera rempli le vœu du bienheureux Montfort. Mgr l’Evêque de Nantes encourage les fidèles à entreprendre cette grande œuvre qui sera pour le diocèse une source de grâces et de bénédictions. Le Bienheureux a annoncé lui-même que des faveurs sans nombre récompenseraient les adorateurs de Jésus crucifié :

Oh ! Qu’en ce lieu l’on verra de merveilles !

Que de conversions !

De guérisons, de grâces sans pareilles.

Faisons un calvaire ici,

Faisons un calvaire.

Après l’allocution du R. P. Barré, Mgr Kersuzan a parlé aux pèlerins avec beaucoup de piété et d’onction. Il a développé ce texte de l’apôtre saint Paul : Hoc sentite in vobis quod et in Christo Jesu. Soyez pénétrés au-dedans de vous-mêmes des sentiments qui animent le cœur de Jésus. Or, ces sentiments se résument en un seul : l’amour, et l’amour poussé jusqu’à l’immolation. C’est encore la parole de l’apôtre : « Dilexit me, et tradidit semétIpsum pro me ». Chrétiens, voilà notre modèle. Aimons-nous aussi, et sachons faire pour Dieu tous les sacrifices qu’exige le devoir. Un vil et repoussant égoïste abaisse aujourd’hui les âmes et leur enlève tout ressort.

Dilatons nos cœurs, retrempons à la véritable source l’énergie de notre caractère, et alors nous serons capables de tous les héroïsmes. Aimons Dieu, aimons les hommes, aimons la Sainte Eglise, le chef-d’œuvre de Dieu et la grande patrie des âmes. En assurant ainsi notre sanctification personnelle, nous aurons servi la société de la manière la plus noble et la plus utile. Nous aurons aidé nos frères à parvenir à l’éternelle félicité.

Après cette émouvante instruction, Sa Grandeur a procédé à la bénédiction solennelle de la première pierre du monument. Puis le vénérable prélat, armé d’un marteau orné de rubans pour la circonstance, a frappé sur la première pierre. A sa suite, les nombreux ecclésiastiques et les notables de la contrée ont défilé tour à tour pour donner aux missionnaires et à leur œuvre un témoignage public de leur sympathie.

Avec l’assistance divine le grain de sénevé deviendra, n’en doutons pas, un arbre aux dimensions colossales.

L’exécution du projet du bienheureux Père de Montfort sera, en même temps, la réalisation de la prophétie faite à ce sujet par le saint missionnaire en ce même lieu. Admirable disposition de la divine Providence ! Après deux siècles, l’heure de la justice a enfin sonné, excepté pour quelques âmes d’élite, le P. de Montfort demeurait, pour ainsi parler, sous le poids d’une sorte d’anathème ; mais voilà que la voix infaillible de Léon XIII le place au rang des bienheureux ; et tout aussitôt c’est la réhabilitation publique qui s’affirme, et la justice, pour avoir été tardive, n’en a été que plus complète. Toutefois ce qui achève vraiment ce triomphe, c’est qu’il éclate aux lieux mêmes qui furent le théâtre des humiliations les plus profondes de l’homme de Dieu. Aussi peut-on dire de lui ce qui a été dit de l’étendard de Jeanne d’Arc : Il a été à la peine, il est juste qu’il soit à l’honneur.

Mais l’honneur, pour notre grand Montfort, c’est l’honneur de Dieu, l’honneur de l’Eglise, l’honneur de la famille religieuse qu’il a fondée, et enfin celui de nos populations chrétiennes, qui lui sont, en grande partie, redevables de la conservation de la foi et des bonnes mœurs.

Sous la direction de M. Fraboulet, l’architecte de notre chapelle, et de M. Astruc, entrepreneur, le travail fut mené activement. Le granit était préparé dans plusieurs carrières à la fois, à Nantes, à Bas et à Saint-Lyphard. C’est M. l’Abbé Bertrand, curé de Saint-Lyphard, qui se chargea de nous faire préparer les belles marches de granit bleu de la Scala Sancta et de nous les faire amener par ses paroissiens. Ces chrétiens dévoués acceptèrent avec joie de faire ce travail pour l’amour de Dieu et du Père de Montfort.

Pendant la construction du Prétoire, M. Gabriel Gouraud, rédacteur de l’Espérance du Peuple, vint assister à la fêle de notre Bienheureux. Ce fut pour lui l’occasion d’un nouvel article qui trouve ici sa place :

Au Calvaire du Bienheureux Montfort

« Je désire que ce lieu, que cette chapelle soit un foyer d’où rayonne continuellement sur toute la contrée et même au loin, la lumière bienfaisante d’une foi vive et d’un ardent amour de Dieu. »

Ainsi s’exprimait, l’année dernière, Mgr l’Evêque de Nantes, dans la chapelle des Pères de la Compagnie de Marie, devant 3.000 pèlerins accourus pour célébrer la fête du bienheureux Montfort.

Le vœu du vénérable prélat s’est accompli cette année, l’empressement des fidèles ne s’est pas manifesté avec moins d’éclat, leur nombre était plus considérable encore.

Au milieu des pèlerins appartenant à toute la contrée voisine, se faisaient remarquer plusieurs paroisses venues processionnellement à la suite de leur clergé.

La paroisse d’Ambon, du diocèse de Vannes, faisait un pèlerinage d’actions de grâces pour remercier le bienheureux Montfort des guérisons obtenues l’année dernière dans la chapelle du Calvaire.

La messe du pèlerinage fut célébrée par M. le Curé de Pontchâteau, et dans l’après-midi les pèlerins se rendirent processionnellement au Calvaire, où M. l’abbé Pellerin, curé d’Herbignac, développa magistralement ces deux points : Le bienheureux Montfort a glorifié la Croix ; la Croix a glorifié le Bienheureux.

La dévotion des populations envers le bon Père Montfort n’attend pas les jours de pèlerinage pour se manifester publiquement. Chaque fois qu’un appel leur est adressé au nom du saint missionnaire, on les voit accourir avec empressement. L’érection du nouveau Chemin de Croix fournit à toutes les paroisses voisines une nouvelle occasion de montrer leur zèle et leur reconnaissance.

Le Calvaire de la Madeleine ne devait pas rester isolé : le bienheureux Montfort se proposait d’établir sur la lande qui l’entoure un Chemin de Croix monumental, destiné à reproduire exactement les différentes scènes de la Passion. Les persécutions dont il fut l’objet ne lui permirent pas de mettre ce projet à exécution.

Mgr Jacquemet, évêque de Nantes, qui avait une âme si vaillante dans un corps si débile, conçut aussi le désir de compléter et d’embellir le Calvaire. Mais cet honneur était réservé à l’un des enfants du Bienheureux, à l’un des héritiers de son zèle infatigable poulie salut des âmes.

Le R. P. Barré, supérieur du séminaire de Pontchâteau, soutenu par les bienveillants encouragements du premier pasteur du diocèse, s’est mis courageusement à l’œuvre et le plan du P. Montfort est en voie d’exécution.

Déjà, sous l’habile direction de M. Fraboulet, architecte de la basilique de Saint-Laurent-sur-Sèvre, s’achève le Prétoire de Pilate sous les arcades duquel seront représentées les premières scènes de la Passion.

En confiant à M. Vallet l’exécution de ce travail considérable, le R. P. Barré a eu le bonheur de rencontrer un de ces « maîtres habiles » auxquels songeait Mgr Jacquemet.

Les fondations du Prétoire et de la Scala Sancta ont été creusées au mois de juillet dernier par les habitants de Saint-Joachim. Les pierres, qui représentent une masse énorme, ont été transportées par les habitants de Pontchâteau, de Saint-Guillaume, de Crossac, de Sainte-Reine, de Missillac, de Saint-Lyphard, de la Chapelle-des-Marais.

La semaine dernière, trois cents hommes de Missillac traçaient à travers la lande une large voie pour le pèlerinage qui doit inaugurer la première station de la Voie Douloureuse. Rien de plus touchant que le spectacle offert par ces braves gens. Ils passent au Calvaire une journée tout entière, commencée par la messe dans la chapelle des Missionnaires et terminée par le salut du Très Saint-Sacrement donné par M. le Curé.

A l’exemple de leurs pères au temps du P. Montfort, ils se délassent du travail par le chant des cantiques et la récitation du chapelet et se contentent du morceau de pain qu’ils ont apporté le matin et de l’eau qu’ils puisent à la fontaine de la Madeleine. Travailleurs volontaires et désintéressés, ils abandonnent leurs travaux et donnent généreusement la fatigue de leurs bras et la sueur de leurs fronts pour l’amour de Dieu et du P. Montfort.

Le dévouement est si grand dans toute la contrée que les femmes se plaignent que leur concours n’ait pas été accepté jusqu’ici. Que ces généreuses chrétiennes se rassurent, le moment viendra bientôt où les femmes aussi pourront apporter au Calvaire du Bienheureux leur pierre ou leur charge de terre. L’œuvre entreprise est assez considérable pour faire place à tous les dévouements.

Ceux que l’éloignement empêche de se joindre aux travailleurs, trouveront une autre façon de contribuer à l’exécution d’un plan qui doit glorifier l’Apôtre de nos provinces de l’Ouest, aux lieux mêmes où il fut si cruellement humilié.

Les scènes du Prétoire

Pendant que M. Fraboulet construisait le Prétoire, les artistes nantais préparaient les scènes qui devaient en faire l’ornement. M. Vallet travaillait au groupe de la Flagellation et M. Potet aux statues qui devaient être placées au-dessus du monument. Voici les articles publiés au sujet de ces divers travaux d’art.

La Flagellation

Tandis que l’on presse à Pontchâteau l’achèvement du Prétoire, M. Vallet donne la dernière main à l’une des scènes qui doivent le décorer. La Flagellation, telle que la représente le statuaire nantais, est un drame saisissant destiné à produire l’impression la plus salutaire.

Au premier rang des nombreux visiteurs qui ont voulu voir, même avant son entier achèvement, la nouvelle œuvre de M. Vallet, nous devons signaler Monseigneur l’Evêque de Nantes. Sa Grandeur, complètement satisfaite, n’a pas épargné à l’habile imagier les félicitations et les éloges.

Ce bas-relief monumental comprend seize personnages, tous de grandeur naturelle. Le Christ a la taille légendaire de 1 mètre 84 et cependant nous n’avons sous les yeux qu’une partie du tableau. La scène terrestre doit être complétée par une scène céleste, dont l’importance sera plus considérable encore.

Bornons-nous à dire un mot de la partie achevée. Elle est grandiose et magistralement exécutée.

Au premier plan, la divine Victime sur laquelle trois soldats romains transformés en bourreaux assouvissent leur rage impie. En arrière, une troupe de curieux, pharisiens, scribes, commerçants, et trois femmes portant des enfants dans leurs bras. Hélas ! Quand il s’agit de satisfaire une curiosité cruelle, on voit toujours des femmes. La guillotine du Bouffay avait son cortège de tricoteuses et tout dernièrement encore, quand des milliers de personnes passaient la nuit sur la place Viarmes dans l’attente d’une exécution capitale, les femmes n’étaient ni les moins nombreuses ni les moins empressées.

Ces Juifs qui se repaissent des souffrances de Jésus portent sur leur visage le reflet des passions qui les animent.

L’attitude du premier dénote l’orgueil que les leçons du Christ ont froissé. Cet autre dont les doigts crochus personnifient la rapacité et l’avarice est sans doute un de ces vendeurs impies que Jésus chassa du Temple. Celui-ci est un débauché. Ce vieillard édenté, qui a déjà un pied dans la tombe, ricane ; il s’applaudit des humiliations et des souffrances de Celui qui osait se dire le Fils de Dieu.

L’expression de ces physionomies est saisissante ; c’est bien le type juif : les bourreaux, au contraire, offrent le type romain.

Ceux-ci ont été choisis parmi les plus vigoureux de la cohorte ; les muscles énergiquement accusés indiquent une force peu ordinaire. Deux d’entre-eux frappent avec des lanières et le troisième avec des verges. Ses coups ont été si violents que son faisceau de verges s’est détaché. Le soldat baisse un genou en terre, répare l’accident en écoutant les conseils que lui adresse un des assistants.

Jésus est grand, il est fort : il lui reste assez de vigueur pour rompre ses liens et se débarrasser de ses bourreaux. Mais, victime volontaire, il veut souffrir, il veut verser son sang jusqu’à la dernière goutte pour relever l’homme déchu. D’un côté, résignation et douceur ; de l’autre, fureur bestiale. Quel contraste !

Tous les personnages sont vivants et vigoureusement traités ; on sent que la structure du corps humain n’a aucun secret pour l’artiste. Les costumes sont d’une exactitude rigoureuse et la colonne a les dimensions et la forme de celle du Prétoire. On sait, du reste, que les draperies et les vêtements, pierre d’achoppement pour tant de sculpteurs de mérite, sont le triomphe de M. Vallet.

La Flagellation (second article)

A l’occasion d’une précédente exposition, un de nos collaborateurs écrivait que M. Vallet est dans toute la plénitude de son talent. Sa nouvelle œuvre montre bien que le talent de notre compatriote progresse constamment. C’est une page éloquente qui donne une idée de ce que sera, après son achèvement complet, la Voie douloureuse de Pontchâteau.

Pour être un bon sculpteur, disait Chapu, il faut être mouleur, charpentier, menuisier et serrurier.

Notre honorable compatriote réunit-il toutes ces qualités ? Nous l’ignorons ; il est du moins ingénieur et mécanicien. Son atelier, l’un des plus importants qui existent, est aussi le mieux outillé. Les statues s’y comptent par centaines et d’innombrables bas-reliefs tapissent les murailles. Un outillage perfectionné — de l’invention de M. Vallet — simplifie le travail en réduisant les frais. Grâce à un procédé très ingénieux, les ouvrages les plus considérables sont transportés en quelques minutes du fond de l’atelier à la sortie.

Après avoir examiné le bas-relief de Pontchâteau, Monseigneur l’Evêque a voulu visiter l’atelier, dont l’installation et l’outillage l’ont vivement intéressé.

Ils intéresseront aussi nos lecteurs qui ne laisseront pas partir la Flagellation sans visiter ce beau spécimen de sculpture religieuse.

Quelques semaines après ce premier article, « l’Espérance du Peuple » en publiait un second.

La Flagellation

C’est au milieu de la semaine que le bas-relief de M. Vallet part pour Pontchâteau. Ceux de nos lecteurs qui désirent le voir feront bien de se hâter.

Ainsi que nous l’avons dit, l’œuvre du sculpteur nantais comporte deux parties ; une scène terrestre, une scène céleste. Nous avons décrit la première. La seconde, à laquelle l’artiste met la dernière main, est plus idéale, plus poétique que la première. Elle représente l’émotion produite par la Passion du Christ au milieu des milices célestes.

Trois anges planant dans l’espace établissent une sorte de transition entre la terre et le ciel. Ils contemplent les bourreaux, exécutant les ordres barbares du gouverneur romain ; leurs visages reflètent une douloureuse compassion. Le premier étend la main droite pour arrêter le bras du bourreau qui va frapper, tandis que de la main gauche il essaie de protéger la divine Victime. N’est-ce pas un mouvement instinctif? Ce détail peu important en apparence nous prouve que chez M. Vallet l’étude du modelé n’exclut pas l’observation attentive de la nature. Les deux autres Anges ont vu les lanières s’abattre sur les épaules du Fils de Dieu, enlever les lambeaux de sa chair et faire jaillir son sang : ils sont abîmés dans la douleur.

Plus haut nous apparaît la Cour céleste dans une enceinte de légers nuages. Dieu le Père est assis sur un trône où l’on remarque vides les places des deux autres personnes de la Trinité. L’Esprit-Saint est représenté sous la forme d’une colombe, et Dieu le Fils est sur la terre livré aux humiliantes tortures qui auront pour dénouement le supplice du Calvaire.

Autour du trône se pressent d’innombrables multitudes d’anges. Ceux du premier plan supplient l’Eternel de délivrer son Fils et attendent l’ordre de châtier les bourreaux. Quand Judas pénétra dans le jardin des Olives, à la tête d’une bande soudoyée par les juifs, Pierre, tirant son épée, en frappa le serviteur du Grand Prêtre. Jésus lui dit : Remettez votre épée dans le fourreau. Si je priais mon Père, il m’enverrait plus de douze légions d’anges. Mais comment s’accompliraient les Ecritures qui ont annoncé toutes ces choses.

Dieu le Père écoute impassible les supplications des Esprits célestes; son œil plonge dans l’immensité, suivant le déroulement des siècles, et contemple les miracles d’héroïsme et de vertu qu’opérera jusqu’à la fin Ides temps la vertu toute puissante du sang de Jésus, Christ.

Comment s’accompliront les Ecritures ? Dieu refuse le faire le signe qu’attendent les Anges, il laisse s’accomplir les tortures de la Voie douloureuse et du Calvaire, Il veut racheter les hommes même, en livrant son Fils à la mort ignominieuse de la croix. Cette scène grandiose présentait des difficultés sérieuses, dont l’artiste a heureusement triomphé. Malgré la variété des attitudes, l’harmonie de l’ensemble est parfaite.

La scène céleste est bien le complément de cette scène terrestre que Mgr le Coq apprécie en ces termes : « Ce groupe de la Flagellation, vrai chef-d’œuvre d’un artiste nantais ».

Nous aurions mauvaise grâce de rien ajouter après un éloge aussi flatteur et aussi autorisé.

Au Calvaire de Pontchâteau

Dans un voyage que nous faisions ces jours derniers à Pontchâteau, nous avons vu l’heureux commencement de la grande œuvre entreprise par le R. Père Barré, supérieur des Missionnaires du Calvaire.

A environ 200 mètres du Calvaire, près de la source miraculeuse, s’élève un magnifique monument d’ordre composite, qui atteint jusqu’à 16 mètres de hauteur ; le soubassement de forme rectangulaire a environ 30 mètres de longueur sur 7 de largeur. Ce monument représente le Prétoire dans lequel fut jugé le Christ. On y monte par deux larges escaliers qui donnent accès à un vestibule diptère, de mêmes dimensions que le soubassement ; l’escalier principal a 5 mètres de largeur. C’est la Scala Sancta qui rappelle celui que descendit le Christ condamné se rendant au Calvaire. On monte par 28 degrés à l’arcade principale qui supporte un fronton sur lequel sont sculptées en relief les armoiries de la Communauté ; une couronne d’épines dans laquelle sont artistement entrelacés le fouet et le roseau.

Un autel sera dressé sous ce péristyle, de chaque côté duquel s’élèvent quatre arcades contiguës et de plein-centre s’appuyant sur des pieds droits décorés de colonnes d’ordre corinthien, supportant l’entablement. Ces colonnes sont surmontées de huit magnifiques chapiteaux.

La sculpture en est remarquable ; chaque clef voussoir est revêtue d’une acanthe d’un galbe souple et énergique. Chacune de ces arcades, de 4 mètres de diamètre, est surmontée de voûtes cylindriques ou coupoles renforcées de 4 arcs-doubleaux dont les huit nervures viennent s’amortir sur des culots-consoles sculptés dans le même brio que les ornements précédents. Les bernes divergentes de ces voûtes à compartiments dont la douelle est enrichie de peintures et de sculptures donnent naissance, à leur point d’intersection, à 5 clefs de voûte pendantes de style néo-grec ; elles sont ornées de cul-de-lampe sur lesquels sont sculptées les armes du Pape, de différents évêques et de la communauté. Chaque arcade a une contre-arcade murée, destinée à recevoir des bas-reliefs représentant : le jugement, la flagellation, le couronnement d’épines et l’Ecce Homo. Sur la frise de l’entablement sont gravés ces mots en regard avec chaque sujet :

Apprehendit Pilatus Jesum, Et flagellavit. Pectentes coronam de spinis. Imposuerunt capti ejus. Tradidit ut crucifigeretur.

La corniche de couronnement supporte une balustrade à jour qui termine le monument et est d’un très bel effet.

Le plan de ce magnifique monument est dû à un de nos architectes distingués. M. Fraboulet ; nous avions depuis longtemps apprécié cet habile architecte, nous le félicitons de nouveau d’avoir fait une innovation dans ce genre religieux en sacrifiant le style romain dont on abuse tous les jours, et d’avoir su cependant donner un cachet en même temps religieux et poétique à ce monument qui rappelle tant soit peu les temples grecs ou romains.

M. Astruc, de Pontchâteau, à qui fut confiée l’exécution de cet important travail, mérite aussi tous nos éloges pour le soin qu’il y a apporté.

Au reste, rien ne saurait mieux caractériser l’art religieux et expliquer d’une manière plus vivante les mystères de la Passion que les Anges qui couronnent l’édifice. Leur attitude, leurs gestes, leur expression expriment parfaitement le sentiment de la douleur.

Le premier à gauche, le regard fixé dans l’infini, enveloppe d’une main le bois de la lance dans les plis de son manteau, tandis que de l’autre, il la tient serrée contre lui. Le second semble accablé sous le poids de l’ignominie que dut ressentir le Christ en se voyant dépouillé de ses vêtements, pour subir le supplice de la flagellation dont l’ange porte les instruments. Avec quelle hardiesse l’artiste a gravé ce regard de compassion que jette ce séraphin sur la couronne d’épines qu’il tient si pieusement de ses deux mains. Rien n’est plus simple, plus expressif que cet ange qui, s’abandonnant tout entier à sa douleur, regarde sans les voir, les yeux voilés par les pleurs, les clous et le marteau qu’il tient à la main. Excellent d’allure celui qui, détournant les regards du vase d’amertume qu’il semble vouloir éloignerai enveloppe dans les plis de son châle le bois de la lance auquel est fixée l’éponge. On se sent pénétré de douleur à la vue de l’abattement de cet autre qui drape comme d’un suaire, dans les longs plis de son long manteau, cette croix en laquelle il cherche l’appui qui lui est nécessaire dans sa douleur; de sa main gauche, qu’il laisse retomber, s’échappe l’écriteau que dans leur haine dérisoire les juifs apposèrent au haut de cette croix.

Les anges, au nombre de six, de grandeur naturelle, ainsi que l’ornementation sculpturale de ce monument, sont l’œuvre de M. Potet, artiste consciencieux, dont le talent seul fait la réputation.

Le Christ du Bienheureux de Montfort

Nous avons le bonheur de posséder au Calvaire le Christ que le Bienheureux avait placé sur la principale croix. Je demandai à Monseigneur à le faire porter triomphalement par les hommes le jour de la bénédiction du Prétoire. — « C’est une excellente idée, me répondit Sa Grandeur, cette cérémonie sera d’un grand effet et nous attirera beaucoup de monde. »

Pour la préparer, le Révérend Père Grolleau publia l’article suivant dans la Semaine religieuse de Nantes.

Le Christ du B. Montfort au Calvaire de Pontchâteau

Nous avons annoncé déjà qu’on préparait, pour le 24 juin, une grande fête au Calvaire de Pontchâteau, et qu’on devait y porter en triomphe un Christ, le Christ du bienheureux Père de Montfort.

Nous croyons être agréable à nos lecteurs en faisant passer sous leurs yeux les différents souvenirs qui se rattachent à cette relique insigne.

Ceux d’entre eux, et le nombre en est grand, qui comptent assister à cette belle manifestation religieuse, présidée par Mgr l’Evêque de Nantes, y trouveront un aliment à leur piété.

Le Christ, de grandeur naturelle, sans être une œuvre d’art, ne manque pas d’expression, et cette expression c’est celle de la bonté et de la miséricorde infinies, qu’on lit dans tous les traits, et que disent aussi les bras largement étendus.

On sait que l’hérésie jansénienne s’appliquait à donner à l’image du Rédempteur une expression toute différente.

Nous sommes en 1707, en pleine lutte du jansénisme contre l’Eglise.

Montfort, encore au début de sa vie apostolique, fait partie, à Saint-Brieuc, d’une compagnie de missionnaires qui ne semble pas avoir résisté suffisamment aux influences de la secte. Celui qui a reçu ordre du Souverain Pontife lui-même, de courir partout sus à l’affreuse hérésie, ne restera pas longtemps dans cette société. Il en sera bientôt exclu sous un prétexte futile.

Or, la commande du Christ dont nous parlons, avait été faite à un artiste de la ville, par cette Compagnie elle-même. On a dit que Montfort, artiste lui aussi avait mis la dernière main à celte œuvre.

Ce qui est au moins hors de doute, c’est que le sculpteur de Saint-Brieuc avait travaillé sous son inspiration.

Les mêmes raisons qui amenèrent l’exclusion de Montfort de la Société, firent que celle-ci refusa, presque en même temps, le travail qu’elle avait commandé.

Montfort fait une quête dans la ville et réunit 80 livres qui, selon l’intention des pieux donateurs, le rendent possesseur du Christ rejeté.

Quelques semaines après, le saint missionnaire était obligé de quitter le diocèse de Saint-Brieuc. Son Christ l’accompagnait. Ce n’est que le commencement des exils et des proscriptions que doivent subir ensemble le maître et le serviteur, en attendant le triomphe.

Vers la fin de la même année 1707, le vaillant apôtre évangélisa sa ville natale, Montfort, au diocèse de Saint-Malo.

Il croit le moment venu d’exécuter le monument qu’il a conçu, en l’honneur de Jésus crucifié, pendant son séjour au Mont-Valérien.

Les travaux sont, un moment, poussés avec vigueur, mais bientôt interrompus, avant que s’élève la croix d’où son Christ eût dominé l’humble cité qui a vu naître notre Bienheureux. Les mêmes influences qui l’ont éloigné du diocèse de Saint-Brieuc ne lui permettent pas de rester plus longtemps dans le diocèse de Saint-Malo ; et il en sort avec son Christ, dont sa ville natale elle-même n’a pas voulu.

Une année s’écoule encore. C’est le diocèse de Nantes qui est le théâtre des missions de Montfort. Nulle part, sa voix ne trouve plus d’écho qu’à Pontchâteau. C’est cette voix qui assemble et qui anime, sur la lande déserte de la Madeleine, ces milliers d’ouvriers volontaires, pour accomplir le travail immense que l’on sait. Montfort est là, mais il y est avec son Christ. Dès le commencement des travaux, il l’a fait placer dans une grotte souterraine, où on ne le voit qu’à la lueur d’une faible lampe. Chaque soir, après les rudes fatigues de la journée, la grande récompense pour les pieux travailleurs, est de pouvoir s’agenouiller, les uns après les autres, devant la pieuse image, dont la seule vue fait naître les sentiments les meilleurs et couler bien des larmes.

Cependant le jour est venu, où le Christ apparaît sur la croix monumentale élevée au-dessus de la sainte montagne, d’où elle domine toute la contrée. On est à la veille de cette grande fête, préparée de longue main par le saint missionnaire, et à laquelle accourent de toutes parts des foules qui glorifieront, qui acclameront son Christ, (l’est à cette heure-là même que, d’après un ordre arraché à la Cour par les jansénistes, défense est faite à Montfort de bénir sou Calvaire. Ce n’est pas assez. Quelques jours après, ordre était donné de le détruire tout entier.

Il faut recourir à la force armée.

Toute une compagnie de soldats entoure la sainte montagne. On a réquisitionné dans les alentours tous les hommes valides.

Ce que l’on demande à ces braves gens c’est de renverser ce que leurs mains pieuses-ont édifié avec tant d’ardeur.

Ils ne s’y décideront jamais. Pendant trois jours, injures, menaces, mauvais traitements même sont employés en pure perte. C’est alors que le commandant s’avise d’un stratagème. Il ordonne aux soldats de scier le pied de la croix. Le Christ vénéré va être brisé dans la chute. C’est alors que les bons paysans s’offrent pour le descendre eux-mêmes. Alors aussi a lieu la scène la plus touchante.

Pendant que les uns remplissent pieusement l’office de Joseph et de Nicodème, tous les autres sont à genoux, prosternés sur la lande, la plupart fondant en larmes. Le commandant lui-même ne peut maîtriser son émotion. « Jamais, dit-il, on ne vit représentation plus vraie de la grande scène du Calvaire ».

Peu de temps après on ordonne au saint missionnaire, à qui tout ministère est interdit dans le diocèse de Nantes, de faire venir de Pontchâteau, où on les a déposés chez un saint prêtre, M. de la Carrière, son Christ et ses autres statues du Calvaire. Sans doute, on voulait lui ôter tout prétexte de reparaître dans la contrée.

Montfort, toujours obéissant, charge de la commission son frère Nicolas, et lui remet une lettre pour M. de la Carrière. Il y dit formellement, avec l’assurance du prophète, que si l’obéissance exige que son Christ soit transporté à Nantes, ce ne sera que pour retourner avec plus de gloire au Calvaire, lorsque la chapelle sera bâtie.

Toutefois, M. de la Carrière ne se rendit pas aux instances de cette lettre. L’homme de Dieu dut venir lui-même chercher son Christ, quatre ans après, en octobre 1714. Il le fit transporter avec les autres statues, en charrette, jusqu’au bord de la Loire. C’est là que, ne pouvant se faire aider par les bateliers qui ne lui répondaient que par des injures et des railleries, on le vit seul, dans un marais où il y avait de l’eau et de la boue jusqu’à mi-jambe, porter, sur ses épaules, jusqu’à la barque, son pieux fardeau.

A Nantes, Montfort fait déposer son Christ dans sa chapelle de Notre-Dame du Calvaire, aux Incurables. Il y est entouré de la vénération des fidèles ; mais ce n’est pas la glorification prédite et qui l’attend.

Une quinzaine d’années plus tard, à la suite d’une mission donnée à Saint-Similien, le Père Mulot, premier successeur de Montfort, obtient d’emporter son Christ à Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Vingt ans après, les fils de Montfort viennent donner une mission à Pontchâteau, ils entreprennent la restauration de l’œuvre de leur Père. Le Père Mulot y trouve dans la population le même élan qu’y avait trouvé Montfort lui-même. Mgr de la Muzanchère, aux applaudissements de tous, ordonne le transfert des statues de Sainte Madeleine et des deux Larrons, pour l’ornement du Calvaire restauré. Bien plus, d’après ses intentions les missionnaires doivent avoir là une résidence. La chapelle qu’ils doivent desservir est déjà construite au pied du Calvaire.

Il semblerait un moment que l’heure de la glorification prédite est venue. Mais non ! La secte jansénienne n’a point désarmé. Elle poursuit de sa haine les fils, comme elle a poursuivi le Père, et les force bientôt à s’éloigner.

Descendues dans la chapelle du Calvaire, les statues deviennent la proie des flammes en quatre-vingt-treize. Le Christ seul est sauvé à Saint-Laurent. Enfin, en 1821, M. Gouray, curé de Pontchâteau, entreprend et mène à fin, avec un zèle admirable, une seconde restauration du Calvaire du bienheureux Montfort. A sa prière le R. P. Deshayes, supérieur général des Communautés de Saint-Laurent, consent à ce que le précieux Christ aille y reprendre sa place.

Prévoyait-il que les temps approchaient où les enfants de Montfort allaient définitivement être commis à sa garde. C’est en 1866 que Mgr Jacquemet fonda au Calvaire une résidence de Pères de la Compagnie de Marie. Des circonstances spéciales en font bientôt un établissement considérable.

Montfort a non seulement là ses fils, mais aussi ses Filles de la Sagesse.

Le jour à lui où le serviteur de Dieu a été placé sur les autels. De tous côtés, des fêtes solennelles ont lieu en son honneur.

Mais Monseigneur l’Evêque de Nantes, dont la protection et la bienveillance sont depuis si longtemps déjà acquises à la double famille du Bienheureux, a voulu que nulle part, s’il était possible, le nom de Montfort ne fut plus acclamé, plus glorifié, qu’au pied de ce Calvaire, où il avait été abreuvé de tant d’humiliations.

Le souvenir des fêtes tout à la fois si pieuses et si grandioses de 1888 est encore présent. La journée du 24 juin les continuera.

Avec quelle joie, du haut du ciel, le bienheureux de Montfort verra le commencement de la glorification de son Christ, produite pour lui avec tant d’assurance.

Puissent des projets, hardis sans doute, mais qui ne peuvent manquer de réussir, encouragés et bénis par l’autorité épiscopale, bénis aussi, du haut du ciel, par Montfort, se réaliser bientôt ; et cette glorification sera complète.

L. GROLLEAU.

Le Prétoire et la Scala Sancta

Après l’article sur le Christ du Bienheureux de Montfort, la Semaine religieuse de Nantes en publia un second sur le Prétoire et la Scala Sancta. Nous allons le reproduire.

Au Calvaire de Pontchâteau – Le Prétoire et la Scala Sancta

La soirée de la fête du 24 Juin, au Calvaire de Pontchâteau, verra, nous l’avons dit, le triomphe du Christ du B. Montfort, dont nous avons parlé dans notre dernier numéro.

La matinée du même jour sera remplie par la bénédiction solennelle d’un nouveau monument que nous devons faire connaître à nos lecteurs.

Le Prétoire de Pilate fut, on le sait, pour N.-S. J.-C, la première station de sa voie douloureuse. C’est là qu’il fut interrogé, puis flagellé, couronné d’épines, et condamné à mort. C’est là que le gouverneur romain le montra au peuple en disant : Voilà l’homme, Ecce Homo.

Le nouveau monument, construit pour représenter le Prétoire de Pilate, s’élève au bas de la lande de la Madeleine, non loin de la fontaine bien connue des pèlerins.

La distance qui le sépare du Calvaire est la même qui se trouve à Jérusalem, entre les ruines de l’ancien Prétoire et le Golgotha.

La façade, en style grec, se compose de cinq grandes arcades de six mètres d’élévation et présente un aspect vraiment imposant. Le toit forme une terrasse entourée d’une balustrade du plus bel effet. Au-dessus de cette balustrade et sur chacun des piliers des arcades, six anges présentent les divers attributs de la Passion.

La croix domine tout, sur un léger fronton ; et dans le tympan de ce fronton est sculptée la couronne d’épines avec le roseau et les fouets.

Dans l’arcade du milieu, ou plutôt, sous la coupole qui y correspond, est placé l’autel du pèlerinage, dans des conditions telles qu’en supposant les plus grandes foules, tous pourront suivre des yeux les cérémonies de la sainte messe.

Sous les quatre autres coupoles, doivent être représentées en groupes sculptés, de grandeur naturelle, les grandes scènes dont nous avons parlé plus haut : l’interrogatoire, la flagellation, le couronnement d’épines, la condamnation à mort. Le jour de la fête, on ne pourra voir que le groupe de la flagellation.

La Scala Sancta véritable n’est autre que l’escalier qui donnait accès au Prétoire de Pilate. II se composait de vingt-huit marches, toutes conservées à Rome précieusement. N.-S. les monta pour être jugé. Il les descendit pour aller au Calvaire.

L’escalier monumental qui monte au nouveau Prétoire compte aussi vingt-huit marches, en beau granit bleu, et auxquelles seront attachées les mêmes indulgences qu’on peut gagner à Rome en montant à genoux les degrés de la véritable Scala Sancta.

Tel est le monument, unique en son genre, croyons-nous, qui, dans la matinée du 24 Juin, recevra une consécration solennelle des mains de Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque de Nantes, avant qu’il y célèbre lui-même les saints mystères.

Ce n’est, on le voit, que le commencement d’exécution d’un vaste plan, qui remonte au Bienheureux Montfort lui-même.

On verra marqué, par de simples croix, l’emplacement des autres monuments qui, selon sa parole prophétique, doivent faire de la lande de la Madeleine une autre Jérusalem, où viendront, en foule, ceux qui ne peuvent traverser les mers, pour faire le pèlerinage des Saints Lieux.

On sait quel élan et quelle générosité trouva Montfort, dans cette contrée, chez les ancêtres. On croit pouvoir compter sur le même élan et la même générosité, chez les descendants, qu’il n’a jamais cessé de protéger.

Une quinzaine de jours avant la Bénédiction du Prétoire et l’Inauguration de la Scala Sancta, Monseigneur l’Evêque de Nantes adressa la Lettre suivante au Clergé et aux Fidèles de son Diocèse.

Lettre Circulaire de Monseigneur l’Evêque de Nantes

annonçant un nouveau pèlerinage au Calvaire de Pontchâteau

Jules-François Lecoq,

par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège Apostolique,

Evêque de Nantes, assistant au trône pontifical, comte romain.

Au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse,

Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le Calvaire de Pontchâteau, Nos Très Chers Frères, ne vous est pas inconnu, Plus d’une fois sa touchante et dramatique histoire vous a été racontée. Dans le cours de son existence, qui ne compte pas encore deux siècles, que d’étonnants contrastes !

Une première fois il se dresse majestueusement aux applaudissements d’une foule ravie ; bientôt après, au milieu de la désolation universelle, il est violemment renversé. Dans la suite, comme dès son début, il aura ses heures de joie et ses heures de deuil, ses jours d’humiliation et ses jours de gloire. C’est l’un de ces jours sereins et radieux, qui, nous l’espérons, va bientôt se lever de nouveau sur la Sainte colline. La Sainte colline ! Qu’elle mérite bien ce nom ! Sainte en effet dans son principe générateur, sainte dans la matière même dont elle fut formée, sainte dans sa sublime destination. Ce n’est pas aux forces de la nature que nous la devons, mais bien au génie inspiré et prodigieusement fécond du Bienheureux Louis-Marie de Montfort. De sa parole ardente et vive comme la flamme, il sut électriser les populations d’alentour. A son appel, toutes se levèrent et accoururent au lieu indiqué. Qu’il fut beau le spectacle de ces vaillants chrétiens groupés, en légions pacifiques, autour de l’intrépide Missionnaire, pour le seconder dans l’accomplissement de son gigantesque dessein ! Avec quel élan on se mit à l’œuvre ! Aucun obstacle ne parut insurmontable. Aucune fatigue ne sembla trop pénible. Du matin au soir, sous la pluie, sous les frimas, au bruit de l’orage et parmi les rudes assauts de la tempête, on travaillait sans relâche, on priait sans cesse, on chantait toujours ; et les anges écoutaient, et la colline, couches par couches, s’élevait ; mais chacune de ces assises était successivement et abondamment trempée de cette sueur de bon ouvrier que Dieu, notre commun et tendre père, ne voit jamais couler sans en être ému, et qu’il place, dans son estime, immédiatement après le sang héroïque versé par le martyr et le soldat pour la défense de la foi et de la patrie.

La voilà maintenant debout, cette colline tant désirée ! De tous les points du large horizon qui l’entoure on peut aisément l’apercevoir. C’est le magnifique piédestal sur lequel doit bientôt apparaître la croix !

Ce coin de terre, jadis obscur, sera désormais célèbre. Il n’a à redouter ni l’indifférence, ni l’oubli. Tout doit changer à ses côtés : les institutions, les idées et les mœurs. Il n’en restera pas moins un lieu manifestement favorisé du ciel. Le peuple chrétien l’entourera constamment de sa vénération. Des multitudes d’âmes sont venues y prier avec ferveur, surtout aux époques les plus sinistres et les plus douloureuses ; et de nos jours, N. T. C. F., si la béatification du Père de Montfort a pour jamais illustré son tombeau, n’a-t-elle pas aussi fait briller d’un plus vif éclat son grand et immortel calvaire ? Ah! Son calvaire ! Comme il l’aima! Il ‘aime toujours. Pourrait-on croire que du haut du ciel, il ne regarde pas d’un œil de complaisance, tout ce qui se fait encore pour réaliser pleinement son idéal et compléter une œuvre si chère à son cœur ? Oui, c’est avec une sorte d’allégresse que du sein même de l’éternel bonheur, il contemple et cette Scala Sancta, monument grandiose, d’une si noble architecture ; et ce groupe de la flagellation, vrai chef-d’œuvre d’un artiste nantais, et ces anges de la passion, d’une attitude et d’une physionomie si expressive ; et enfin cette voie, souvenir de la voie douloureuse suivie par Notre-Seigneur allant du Prétoire au Golgotha, mais qui, transfigurée par la loi et l’amour, va devenir une voie triomphale.

Vous viendrez aussi nombreux que possible, N. T. C. F., inaugurer solennellement avec nous toutes ces pieuses merveilles. Ensemble nous parcourrons les diverses stations où Jésus eut à subir quelque nouvel outrage ou quelque nouveau tourment, en se rendant au lieu de son supplice : nous nous croirons à Jérusalem, pour y compatir, avec la Très Sainte Vierge Marie, aux ineffables douleurs de Jésus battu de verges, de Jésus couronné d’épines, de Jésus abreuvé de fiel, de Jésus percé de clous, de Jésus outragé, de Jésus abandonné de Dieu et des hommes, de Jésus enfin expirant sur la croix. C’est à ses pieds que nous nous arrêterons, pour y recueillir quelques gouttes de ce sang qui a sauvé le monde. C’est là que nous redirons, d’une même voix et d’un même cœur : O crux ave, spes unica. Salut, salut, ô croix, vous êtes notre unique espérance. Sans vous et loin de vous, il n’y a que ténèbres, illusions, désordre, misères profondes, chutes lamentables et irréparables malheurs. O crux, ave, spes unica.

O croix ! Vous êtes le flambeau destiné à guider notre marche à travers les flots sombres et tumultueux. Heureux celui qui s’avance les yeux toujours fixés sur vous; il passera, sans s’y briser, au milieu des écueils et arrivera heureusement au port.

O croix ! Vous êtes l’étendard du Roi des Rois. Vexilla Régis prodeunt, A l’ombre de vos plis glorieux, les armées du Christ, les Justes, les Saints ont combattu et remporté la victoire. Abrités par vous, nous lutterons à notre tour ; fermes et courageux, nous saurons triompher aussi du siècle pervers, de sa mollesse, de ses attraits, de ses perfidies, de ses trompeuses promesses comme de ses menaces vaines et impuissantes. In hoc signo vinces.

O croix ! O plaies de Jésus ! Vous êtes la source largement ouverte d’où coulent les eaux limpides et pures dont la fraîcheur peut seul apaiser la soif du voyageur qui traverse, haletant et épuisé, le désert aride de la vie. Haurietis aquas in gaudio de fontibus salvatoris.

Plus la croix sera connue, aimée, adorée, et plus l’homme aura le sentiment de sa valeur personnelle et de sa propre dignité ; plus il trouvera conséquemment en lui de vigueur morale et de puissante énergie pour se dégager des étreintes du mal et faire fleurir librement dans son âme les grandes et solides vertus.

Plus la croix sera connue, aimée, adorée, et plus le foyer domestique sera calme et honnête; plus les classes sociales, trop souvent hostiles, se rapprocheront dans les liens de la concorde et de la paix. Ah ! C’est de la croix et uniquement de la croix que descend la vraie fraternité. Au riche, elle inspire le détachement, l’esprit de sacrifice, la tendresse généreuse envers tous ceux qui travaillent, qui souffrent et gémissent au-dessous de lui. Le pauvre, de son côté, quand il regarde avec foi sur la croix son Sauveur et son Dieu, sent expirer ou au moins s’apaiser peu à peu au fond de sa poitrine en feu, les ardentes cupidités et les formidables colères. Il se résigne plus facilement à porter son lourd fardeau, en voyant comment Jésus a consenti à porter joyeusement le sien, quoique bien plus lourd encore. Jésus, proposito sibi gaudio sustinuit crucem.

Qu’on y songe et qu’on le comprenne bien, N. T. C. F. ; ni les découvertes de la science, ni le progrès matériel, ni les combinaisons les plus heureuses de l’économie politique, ni les lois les plus sages, ni la force qui réprime, ni le glaive qui se dresse, non, rien ne remplacera dans l’œuvre de la pacification des cœurs la vertu de la croix. Elle seule, avec ses suaves et divines effusions, peut, en effet, pénétrer jusqu’aux racines du mal et le guérir. In cruce infusio supernæ suavitatis.

Que penser donc de ces hommes qui méprisent la croix, qui la détestent, qui la proscrivent, qui voudraient en faire disparaître jusqu’aux derniers vestiges ? Ces hommes-là, saint Paul les connaissait déjà bien. Il les signalait aux fidèles ; en les signalant et les flétrissant il pleurait ; car, disait-il, ils vont à leur perte. Ajoutons, N. T. C. F., qu’ils sont, sans le savoir peut-être, les pires ennemis de leurs pays, de leurs semblables et de l’humanité ! Multi ambulant quos sæpe dicebam vobis, nunc autem et flens dico, inimicos crucis Christi : quorum finis interitus, quorum deus venter est, qui terrena sapiunt. (Phil., III, 18).

Pour vous. N. T. C. F., vous êtes par la grâce de Dieu, des chrétiens sincères. Dès votre enfance, vous avez connu et adoré la croix ; avec votre mère, vous vous êtes agenouillés devant elle. Elle est le plus auguste objet de votre foi où s’alimente votre charité.

Vous voulez qu’elle soit entre vos mains défaillantes, à l’heure de votre agonie ; vous voulez qu’elle protège vos tombes comme elle a protégé vos berceaux. C’est donc bien entrer dans vos vues que de vous dire : attachez-vous de plus en plus à la croix : multipliez en son honneur les pèlerinages et les fêtes, saluez-la toujours comme le soldat salue son drapeau, chantez ses triomphes ; faites des vœux pour que nos missionnaires puissent la porter au-delà des montagnes, au-delà des déserts, au-delà des océans, sur toutes les plages du monde. Jésus crucifié ne sera pas insensible à de tels hommages. Du haut de son calvaire il vous bénira ; et avec cette bénédiction, vous partagerez volontiers ses opprobres et ses souffrances.

Et après avoir bu à son calice amer, vous boirez à longs traits au calice de son éternelle gloire et de ses éternelles félicités.

A ces Causes :

Après en avoir conféré avec nos vénérables Frères, les Dignitaires, Chanoines et Chapitre de notre Eglise Cathédrale.

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Article premier. — Le mercredi 24 juin, à l’occasion de l’inauguration solennelle de la Scala Sancta, un pèlerinage, auquel sont invités les prêtres et les fidèles du diocèse, aura lieu au calvaire de Pontchâteau.

Art. 2. — L’organisation et la direction de ce pèlerinage, comme aussi de tous les pèlerinages qui se feront ultérieurement à ce même calvaire, est et demeure exclusivement confiée au Supérieur de la Maison des Pères de la Compagnie de Marie, ces dignes enfants du Bienheureux de Montfort, héritiers de son esprit, gardiens naturels de ses œuvres et de ses traditions.

Art. 3. — Pour assurer l’ordre et la dignité de ces pèlerinages, que nous désirons voir se multiplier de plus en plus, aucune paroisse ne devra se rendre processionnellement au calvaire avant que M. le Curé de cette paroisse n’ait préalablement averti le Père Directeur du jour et de l’heure de son arrivée.

Art. 4. — MM. les Curés qui ne pourront prendre part au pèlerinage du 24 juin sont autorisés à faire, ce même jour, à l’heure jugée la plus opportune, chacun dans leurs paroisses respectives, une procession à l’une des croix érigées dans le voisinage de leur église. Pendant cette procession on chantera l’hymne Vexilla régis et quelques cantiques appropriés à la circonstance.

Art. 5. —Au retour de cette procession, on donnera avec l’ostensoir la bénédiction du Très Saint-Sacrement, et immédiatement avant le chœur du Tantum ergo, on récitera cinq Pater et cinq Ave aux intentions du Souverain Pontife et en union avec les pieux pèlerins.

Et sera notre présent Mandement, ainsi que la Lettre circulaire qui le précède, lu et publié dans toutes les églises et chapelles publiques de notre diocèse, le dimanche qui en suivra la réception.

Donné à Nantes, en notre palais épiscopal, sous notre seing, le sceau de nos armes et le contreseing du Secrétaire général de notre Evêché, en la solennité de la fête du Sacré-Cœur de Jésus, le dimanche 7 juin de l’an de grâce 1891.

JULES. Evêque de Nantes.

Par Mandement de Monseigneur :

J. BOSSÉ. Ch. Sec. gén.

Fête du 24 juin 1892

Au Calvaire du Bienheureux de Montfort.

Annonçant à tout son diocèse le pèlerinage du 24 juin1, Monseigneur l’Evêque de Nantes rappelait que dans sa touchante et dramatique histoire, qui ne compte pas encore deux siècles, le Calvaire du Bienheureux de Montfort avait eu ses heures de joies et ses heures de deuil, ses jours d’humiliation et ses jours de gloire. Puis il ajoutait : c’est l’un de ces jours sereins et radieux qui, nous l’espérons, va bientôt se lever sur la sainte colline. »

Cette espérance, nous l’avions tous. Mais elle devait pourtant avoir son moment d’épreuve, lorsque dans la soirée du 23 juin, tandis qu’on activait, avec le plus d’ardeur, les préparatifs de la fête du lendemain, nous vîmes tout à coup les nuages s’amonceler de tous les points de l’horizon, au-dessus de la lande de la Madeleine. L’orage éclate bientôt et fait entendre ses sourds grondements, suivis d’une pluie torrentielle, qui ne semble pas devoir finir.

Cependant Monseigneur est arrivé au Calvaire ; et quelques heures après, le temps s’est suffisamment éclairci pour lui permettre de remonter au haut de la lande et d’y allumer le feu de joie préparé pour son arrivée.

De là, la lueur des flammes pétillantes est vue au loin ; elle annonce à toutes les populations d’alentour la présence du premier Pasteur. Détail imprévu, mais qui s’explique, parce qu’on est à la veille de la fête de saint Jean-Baptiste, de nombreux autres feux semblent répondre, des divers points de l’horizon, au signal donné du Calvaire.

Le lendemain, le soleil se lève vraiment radieux. L’orage de la veille ne paraît être venu que pour rafraîchir le sol. Nous n’aurons pas à craindre les nuages de poussière, et l’on peut voir que les décorations n’ont aucunement souffert.

Le parcours de la grande procession forme un vaste cercle embrassant tout l’espace qui sépare le nouveau monument du calvaire. C’est la voie triomphale. Elle portera désormais ce nom, par opposition à la voie douloureuse qui va plus directement du Prétoire au Calvaire.

Elle est marquée, en ce moment, par des mâts vénitiens plantés de distance en distance, et au sommet desquels flottent au vent des flammes multicolores.

Nous voudrions pouvoir compter tous les arcs de triomphe dont elle est ornée et n’en omettre aucun.

Toute la décoration si gracieuse et si remarquée de cette allée que va suivre Sa Grandeur, pour se rendre au nouveau monument, est due à la paroisse de Saint-Lyphard.

Sur la même voie, tout près de la Fontaine légendaire, Crossac a élevé ses deux arcs de triomphe, dont l’élégance et le bon goût décèlent la main d’un artiste.

Sur la grande voie, voici les arcs de triomphe de Saint-Joachim, de Campbon, de Missillac, de Sainte Reine, de Saint-Guillaume. Il en est d’autres que l’on doit à la piété discrète de plusieurs familles de Pontchâteau.

Sur le point le plus élevé de la lande, se dresse fièrement une porte de château moyen-âge, avec ses deux tours crénelées. On lit sur un écusson, ces simples paroles : Haïti à Montfort. C’est une prière que les futurs apôtres de cette île, abrités au Calvaire, font monter aujourd’hui vers le Ciel au milieu de la crise nouvelle que traverse leur chère mission. Puisse-t-elle être exaucée !

N’oublions pas la décoration de la chapelle du pèlerinage, dont toutes les lignes architecturales si élégantes sont marquées aujourd’hui par des guirlandes de feuillage d’une légèreté aérienne.

Quant au nouveau monument, dont on a déjà lu la description, il apparaît au bas de la lande sans autre parure que celle que lui ont faite la main et le ciseau des artistes, parure dont la blancheur immaculée resplendit, en ce moment, aux rayons du soleil levant.

L’office du matin a été fixé à 9 heures 1/2. Dès 9 heures, le son du clairon annonce l’arrivée d’une paroisse qui la première, conduite par son clergé avec sa croix et sa bannière, se dirige par la voie triomphale, vers la Scala Sancta. Bientôt une seconde la suit, puis une troisième, puis vingt autres. Nous les compterons plus facilement, ce soir, au triomphe du Christ, où aucune ne manquera.

1Voir le numéro d’Avril dernier.

Dans tous les rangs, ce sont les cantiques du Bienheureux P. de Montfort : Vive Jésus ! vive sa Croix! Chers amis tressaillons d’allégresse…, ou quelqu’un des chants nouveaux, composés en son honneur, que l’on redit avec un entrain et un enthousiasme indescriptibles.

Bientôt, c’est une foule de quinze à vingt mille personnes rangées en ordre autour du nouveau Prétoire.

C’est alors que, par l’autre voie dont nous avons parlé, apparaît Sa Grandeur, escortée d’environ deux cents prêtres, en habits de chœur. Monseigneur est assisté par M. l’abbé Marchais, vicaire général, MM. Brelet et Guihar, chanoines de la Cathédrale de Nantes.

On remarque dans le cortège le R. P. Chasserieau, premier assistant de la Compagnie de Marie, représentant le Supérieur général, M. le Curé de Saint-Nicolas de Nantes, M. le Curé de Pontchâteau, M. le Curé de Château-Chinon.

Le diocèse de Rennes est représenté par M. l’abbé Gendron, chanoine de la Cathédrale, M. le Curé de Redon et plusieurs autres prêtres. Du diocèse de Luçon, le R. P. Rigaudeau, curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre et gardien du tombeau de notre Bienheureux, M. le Curé des Essarts, etc. Du diocèse de Vannes, M. le doyen de la Roche-Bernard et un grand nombre d’autres prêtres. On compte aussi plusieurs Pères de la Compagnie de Jésus, des Pères Eudistes, des Missionnaires de l’Immaculée-Conception de Nantes.

Les rangs de la foule s’inclinent sous la main bénissant de l’Evêque et s’ouvrent pour laisser passage au cortège qui monte les degrés de cet escalier monumental, qu’on ne gravira plus désormais qu’à genoux.

C’est dans un religieux silence qu’on entend la voix de l’Evêque, prononçant les paroles liturgiques, et qu’on le voit asperger tour à tour le monument, la Scala Sancta, et le groupe de la Flagellation.

Le Saint Sacrifice de la Messe commence aussitôt.

Les chants sont soutenus, d’un côté, par la musique instrumentale de la paroisse de Crossac; de l’autre, par celle des Frères de l’Instruction chrétienne de Redon. Notons, en particulier, après l’Elévation, le chant du beau cantique : O l’Auguste Sacrement… dans lequel Montfort a su résumer admirablement, comme Saint Thomas d’Aquin dans le Lauda Sion, toute la doctrine de l’Eglise touchant le grand mystère Eucharistique.

Ce sont des milliers de voix qui s’unissent avec un ensemble parfait, et nous ne croyons pas qu’on puisse entendre un acte de foi plus expressif, plus ému.

Le Saint Sacrifice de la Messe s’achève. Du haut de la Scala, Monseigneur a béni solennellement la foule.

Lecture est faite en latin et en français du Bref de Léon XIII, accordant aux pèlerins du Calvaire les mêmes indulgences que peuvent gagner les pèlerins de Rome, en montant à genoux les marches de la Scala Sancta.

Toutes les voix chantent alors le cantique : O Montfort, O Bienheureux Père… Puis le silence se fait pour entendre la parole du R. P. Nauleau, de la Compagnie de Jésus.

Nous ne pouvons que rappeler quelques traits de ce beau discours :

Le Prétoire… Ce monument est un commencement d’exécution de la grande pensée du Bienheureux Montfort, qui voulait faire de cette lande une autre Jérusalem, où seraient représentées toutes les scènes de la Passion, depuis la maison de Pilate jusqu’au Calvaire

Cette pensée, ses enfants la reprennent aujourd’hui, et ils la réaliseront, sûrs de trouver chez les descendants le même zèle, la même ardeur que Montfort trouva, dans cette contrée, chez les ancêtres.

Nous sommes au Prétoire ! Mais, au lieu de la foule en délire qui demande à grands cris la mort de l’Homme-Dieu, je vois ici une foule qui l’acclame, qui célèbre ses louanges, et qui est venue au Calvaire pour fortifier encore sa foi et s’animer à la pratique de la vertu.

Que peut-il y avoir de meilleur pour atteindre ce but que les souvenirs mêmes du Prétoire de Jérusalem? C’est-là que Jésus a été flagellé, couronné d’épines, mis en parallèle avec Barabbas, condamné à mort. La voix de l’orateur fait vraiment revivre toutes ces grandes scènes devant l’immense auditoire qui partage son émotion et flétrit avec lui, tour à tour, la haine aveugle des Juifs, la lâcheté de Pilate, et la rage insensée des bourreaux.

Le peuple déicide fit entendre au Prétoire ce cri : « Que son sang retombe sur nous ». Nous pouvons la redire, cette parole. Mais qu’il retombe aujourd’hui sur nous, ce sang, en rosée de bénédictions, sur tous ceux qui assistent à cette fête, qui viendront prier à ce Prétoire, ou qui ont contribué d’une façon ou d’une autre à son érection !

La multitude se disperse alors, sous l’impression de cette parole, en attendant la cérémonie du soir. Il faut bien prendre quelque réfection et quelque repos.

Toutefois, il ne faudrait pas croire que, dans cet intervalle, la piété ne sait pas trouver son compte. Rien de plus édifiant peut-être, dans cette grande et belle journée, que l’empressement avec lequel la foule se montre avide, dès le premier moment, de gagner les indulgences en montant à genoux les marches de la Scala Sancta. D’un autre côté, on se presse à la chapelle, autour de l’autel du Bienheureux.

A la maison des Pères, à la fin du banquet fraternel qui réunit les prêtres autour de leur Evêque, le R. P. Barré, Supérieur, se lève pour remercier Sa Grandeur, non seulement d’avoir bien voulu présider cette fête, mais aussi de tous les témoignages de protection et de haute bienveillance qu’Elle ne cesse de donner à l’Œuvre du Calvaire.

Il exprime aussi sa reconnaissance à tous ceux qui l’ont aidé, encouragé, et d’une manière spéciale, aux

Curés des paroisses voisines qui, à l’exemple de leurs prédécesseurs du temps de Montfort, voient dans l’Œuvre du Bienheureux l’Œuvre de toute la contrée. L’architecte du monument, l’entrepreneur qui a conduit habilement les travaux, les artistes qui l’ont décoré ne sont point oubliés.

Monseigneur prend la parole à son tour. S’il ne nous appartient pas de louer cette parole, nous pouvons dire, au moins, que ceux qui travaillent à la réalisation complète de la pensée du Bienheureux Montfort ne pouvaient compter sur une récompense plus douce et plus aimable pour les travaux accomplis déjà, et sur des encouragements meilleurs pour ce qui reste encore à faire.

Cependant, on a ouvert le grand portail qui donne accès dans le jardin des Pères.

C’est là qu’apparaît sur son lit d’honneur le Christ du Bienheureux Montfort, dont les lecteurs de la Semaine savent déjà l’histoire. Disons que ce lit d’honneur, dont on admire la richesse et les proportions, est l’œuvre de M. le Curé de Saint-Lyphard.

Il se compose de trois gradins superposés, ornés de tentures de velours rouge, richement brodées et frangées d’or. Au-dessus du Christ s’élève un léger dais, orné de la même manière. Sur le second gradin, des Anges, rangés autour du Christ, semblent être là pour lui faire une escorte d’honneur. Il en aura bientôt une autre.

On fait, en ce moment, l’appel des vingt-deux paroisses qui ont tenu à honneur de fournir leur escouade de vingt-quatre hommes pour porter le Christ.

C’est un groupe de plus de cinq cents hommes, tous ayant une décoration spéciale, rangés sur quatre lignes, en attendant le moment de courber leurs épaules sous le pieux fardeau.

Mais il faut assister auparavant au défilé de l’immense procession formée par toutes les paroisses, marchant à la suite de leurs bannières.

Nous les comptons au nombre de trente, et nous craignons d’en omettre quelqu’une : St-Guillaume, Ste-Reine, Crossac, St-Joachim, St-Lyphard, Missillac, Campbon, Herbignac, St-Malo-de-Guersac, Donges, Besné, Prinquiau, la Chapelle-Launay, Ste-Anne-de-Campbon, Guenrouët, Fégréac, Avessac, St-Nicolas-de-Redon, Bouvron, Vay, Drefféac, St-Herblain, la Chapelle-des-Marais, du diocèse de Nantes : St-Dolay, Férel, Nivillac, Marzan, Camoël, du diocèse de Vannes ; Redon, du diocèse de Rennes.

On voit encore la bannière du pèlerinage des Vendéens à Rome, et celle du Comité catholique du diocèse de Nantes.

La musique instrumentale de Crossac a pris la tête de la procession. Celle des Frères de Redon marche un peu en avant du lit d’honneur du Christ, que précède immédiatement un groupe d’hommes portant de larges et magnifiques étendards, et aussi un groupe gracieux d’enfants qui sèment le chemin de fleurs.

Le clergé escortant Sa Grandeur termine cette marche triomphale. La procession fait d’abord l’ascension du Calvaire, puis contourne la colline pour reprendre bientôt la grande voie tracée sur la lande.

Sur tout ce long parcours, des milliers de voix redisent à l’envi : Vive Jésus ! Vive sa Croix !… Priez pour nous Bienheureux Montfort…. Cependant la foule s’est rangée de nouveau autour du Prétoire. Elle a presque doublée, depuis ce matin. On l’évalue, en ce moment, à près de 30.000 personnes.

Monseigneur a pris place, avec le clergé, sous les coupoles du monument. Le lit d’honneur est déposé un peu en avant de la Scala Sancta.

C’est alors que M. l’abbé Jarnoux, de la Collégiale de Saint-Donatien, fait entendre à toute la foule cette parole : Digitus Dei est hic, le doigt de Dieu est là.

Nous n’essaierons pas une pâle analyse de ce discours. Nous croyons savoir que la Semaine en donnera le texte à ses lecteurs.

Disons seulement qu’en entendant ce récit émouvant des épreuves du grand missionnaire, envoyant revivre sous ses yeux les grandes scènes dont cette lande fut témoin en 1709 et en 1710, où apparaît si grande et si noble la foi des aïeux, l’immense auditoire était visiblement ému. Volontiers, il se fut écrié avec l’orateur en terminant : O Christ, à vous nos cœurs, à vous nos vies ! Continuez votre marche glorieuse, achevez votre triomphe. Et nous, sur votre passage royal, à genoux dans l’adoration, ou bien serrés autour de votre croix, I comme des soldats prêts à combattre, prêts à mourir, nous redirons : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Le salut du Saint-Sacrement est donné par Sa Grandeur du haut de la Scala Sancta. On reporte le Christ à la maison des Pères.

La fête est terminée. Grande et belle journée, dont tous les pèlerins garderont un pieux souvenir, journée qui a été, nous le savons, pleine de consolations pour le cœur du premier Pasteur du diocèse, et d’encouragements pour ceux qui travaillent à la réalisation complète de l’Œuvre du Bienheureux de Montfort.

Discours prononcé au Calvaire du B. Montfort par l’Abbé Jamoux le 24 juin 1892.

Digitus Dei est hic

Le doigt de Dieu est là

Quel spectacle ! Que peut donc être la voix d’un homme comparée à cette éloquente manifestation ! !

Ah ! Que n’ai-je une voix de tonnerre, s’écriait en pareille circonstance le Bienheureux Montfort !

Ce désir, ce serait aussi le mien, alors que je voudrais vous montrer à grands traits les desseins de Dieu sur ce Christ, vous dire comment ces desseins se révèlent dès l’origine de son histoire, — comment ces desseins, longtemps combattus, entrent aujourd’hui dans la période du grand et définitif triomphe.

O Christ, inspire-moi !

O Bienheureux Montfort, donnez à mon cœur vos saintes émotions de missionnaire et que ma parole soit ici-même l’écho de votre puissante parole !

1. — Les origines extraordinaires de ce Christ annoncent le dessein de Dieu.

Vers 1707, à Saint-Brieuc, ordre est donné, de la part des Jansénistes, de sculpter une image du Christ mourant sur la Croix, un Christ au visage sombre, aux bras raccourcis.

Pourquoi l’ouvrier, qui tailla ce Christ dans un chêne breton, oublia-t-il les intentions et les ordres de ces hommes qu’une doctrine aux sévérités apparentes avait séduits, et qui ne comprenaient pas que l’amour de Dieu, plus que la crainte, peut opposer au sensualisme corrompu une digue infranchissable ?

Est-ce instinct du sens chrétien, est-ce habitude ou tradition de l’art religieux ?

Disons plutôt que Dieu lui-même guida à son insu la main de cet homme ; Dieu lui-même répandit sur cette face mourante une bonté sans mesure ; Dieu lui-même élargit les bras de la victime de l’universalité du genre humain.

Dès lors cette œuvre d’inspiration si franchement catholique, des mains souillées par l’hérésie devaient-elles, pouvaient-elles la recevoir ?

Aussi Dieu avait amené à Saint-Brieuc l’apôtre de la Croix et de Jésus crucifié. Le missionnaire eût-il déjà la céleste intuition des grandes destinées de cette figure que l’ouvrier allait jeter au rébus. C’est à croire.

Mais comment de l’atelier du maître, passera-t-elle en la possession de Montfort ? Le pauvre prêtre n’a pas le moindre argent pour payer le travail, il tend la main, il mendie à toutes les portes, et voici ou j’aperçois encore le doigt de Dieu : La charité s’émeut, et c’est la charité, ce principe de tous les dons de Dieu, qui cache et révèle Dieu lui-même, c’est la charité qui donne ce Christ à Montfort, et par Montfort à la Bretagne.

La Bretagne ! La terre des Calvaires ! Sculptés dans le chêne, taillés dans le granit, ils s’élèvent partout, sur les landes monotones, et à l’entrée des champs, entre les maisons de nos villages, sur les places de nos grandes villes, sur le sable des grèves et jusque sur les rochers de l’Océan. Et nous, nous en jalonnons encore les routes que la civilisation ouvre de toutes parts. Par leur calvaire, nos ancêtres ont merveilleusement écrit sur le sol breton leur foi tout d’abord, avec leur foi leur histoire faite de joie et de douleurs, et enfin leurs espérances éternelles.

Où donc sera élevé ce Christ, œuvre et don de Dieu ?

Le missionnaire, dont l’âme est restée patriote, se hâte vers son pays natal, vers Montfort, et veut lui faire là, en pleine Bretagne, un gigantesque piédestal.

Ce n’était pas la volonté de Dieu ; et les intrigues de l’hérésie comme la rage du démon, ne triomphèrent si facilement des efforts du Bienheureux que parce que ce territoire n’était pas celui où la Providence voulait dresser ce sublime trophée de la miséricorde et de l’amour.

Où donc est la terre choisie ? Voyez : — Entre la Bretagne et le pays Nantais, proche de la mer, inspectant de loin vers les rives de la Loire, s’étend une vaste lande solitaire entourée de vingt paroisses où vivent des familles de travailleurs aux mœurs simples, à la foi robuste, aux cœurs généreux, capables de tous les dévouements parce qu’ils sont restés purs et croyants.

Sur cette lande, Montfort indique l’endroit où doit s’élever la montagne de son Calvaire.

A ce signe qui est le signe de Dieu, tout s’ébranle. Pourquoi de tous coins de l’horizon ce concours d’ouvriers ? Pourquoi ce mélange sans confusion de tous les âges, de toutes les conditions, de presque toutes les nationalités ? Qui retient ces travailleurs qu’on ne paie pas, qu’on ne nourrit pas ? Pourquoi ce joyeux labeur d’esclave ? Comment expliquer ce mont qui s’élève au chant des cantiques et des Ave Maria ?

Le prestige lui-même d’un saint n’y suffirait. Où donc trouver le secret de cette merveille Mes frères, Dieu le veut ! Dieu le veut, et Montfort n’est que l’écho de sa voix.

Tout est prêt pour Ie triomphe ; les populations sont en marche, les étendards sont préparés et flottent déjà ; on s’encourage, on se félicite, on se dit : C’est demain ! Eh bien ! Non, Dieu a manifesté son dessein. Ce Christ doit régner ici. Cela suffit quant à présent. C’est maintenant, comme dans le grand drame de la Passion, l’heure de la puissance des ténèbres. Pourquoi ? Ne vous troublez pas. âmes faibles, impatientes, âmes ignorantes, les efforts du démon et du mal sont aux œuvres de Dieu ce qu’est à vos chênes l’orage impétueux qui fait pénétrer plus avant leurs racines dans le sol et assure dans l’avenir à leurs branches une majesté, une force inébranlable.

II — La ressource commune du démon contre le Christ, contre ses œuvres, contre ses saints, c’est la calomnie.

La calomnie s’éleva donc de l’Enfer comme le nuage malsain qui monte de vos marais, nuage qui voilà pour un temps la vérité aux yeux mêmes des Supérieurs ecclésiastiques, nuage qui aveugla à ce point le pouvoir public qu’on fit croire à ce dernier que ces douves, que cette montagne, cette croix enfin étaient un travail de rebelles, un danger pour l’Etat.

Nos Calvaires, ce sont des montagnes d’où descendent la paix et la douce fraternité. La Croix, c’est encore le meilleur sceptre de justice et de gouvernement. Nos Christs sur leur chaire de pierre ou de bois, ils prêchent la fidélité, l’obéissance jusque dans la mort.

Ces calomnies d’ailleurs et ces haines contre la croix ne sont pas d’hier, et je ne m’étonne pas que la sinistre toile, crié pour la première fois sur une place de Jérusalem, ait encore retenti sur cette lande. Alors apparut combien était profonde en l’âme de nos Pères l’amour pour le Christ de Montfort.

Abattez la Croix, commande la force appuyée par des troupes de soldats !

Non! répondirent nos aïeux, intrépides devant les menaces, intrépides devant la mort. Arrachez ce Christ ! — Non ! Non ! Détruisez ce Calvaire ! — Non! Non! — Et parmi ces braves gens, il n’y eût pas un lâche, pas un traître, pas un vendu, pas un Judas !

Oh ! Le brave et noble entêtement breton qui n’a point encore disparu, que vous acclamez ! Ce non, éclos aux lèvres de nos martyrs nantais, renforcé par les voix de quinze générations, nous le jetons encore fièrement nous, les fils, nous les derniers venus, à toutes les tyrannies, à toutes les impiétés. Non, nous ne briserons pas nos Croix ! Non, nous ne détruirons pas nos traditions. Non, nous n’apostasierons pas ! Non ! Non !

Quand les soldats se mirent à scier le bois de la Croix, quand l’image sainte allait se briser en tombant de sa hauteur, à genoux, les bras tendus, au milieu des sanglots, comme autrefois au Calvaire, nos pères la recevaient et l’emportaient pour lui donner en leurs maisons une sûre hospitalité.

L’enfer ne se contenta pas de ce premier succès. Les fidèles reviendront, dès demain peut-être, recommencer une œuvre qui doit être anéantie à tout prix.

On vit alors le Bienheureux Montfort obligé de venir lui-même prendre la sainte relique. Est-ce pour lui chercher une autre montagne? Certes, il ne manquait pas de populations dévouées, au milieu desquelles un troisième essai avait chance de réussir.

Non, la patrie de ce Christ, ce n’est pas à Nantes, ce n’est pas sur le sol Vendéen, c’est ici, c’est sur la lande de la Madeleine. «Où qu’on le porte, écrit le Saint, divinement inspiré, ce ne sera que pour revenir à Pontchâteau. »

Ce premier exil dura plus de 30 années, et voilà que les fils de Montfort reconstruisent avec nous la Montagne abattue, l’Evêque de Nantes visite et bénit les travailleurs. Par son ordre, le Christ revient, reparaît aux applaudissements de tous les gens de bien.

Est-ce enfin le triomphe? Non. La calomnie arme à nouveau l’autorité seigneuriale, et les disciples de Montfort, attendant une époque meilleure, vont déposer leur Christ à Saint-Laurent-sur-Sèvre.

L’âme et les ossements du Saint qui avait terminé là sa carrière apostolique, durent tressaillir à cette soudaine apparition.

Ils me haïssent, ils me persécutent, ils veulent me détruire, disait l’emblème sacré. Me voici venu me reposer en paix auprès de toi ; tu m’as porté, bon et fidèle serviteur, sur tes épaules, tu as veillé sur moi. Maintenant je veux m’abriter près de ta tombe pour attendre l’heure de la résurrection et du triomphe.

C’est le second exil, exil où m’apparaît encore la volonté de Dieu. L’impiété se nuit à elle-même ; en cette circonstance, elle fait sans le vouloir et sans le savoir comme toujours, l’œuvre de la Providence.

En effet, les mauvais jours approchent. Ici, ce qui reste de statues, de croix, d’images saintes, tout est brisé, jeté aux flammes révolutionnaires !

Que fût-il advenu, si votre Christ eût été ici? — Non, le Christ est dans le bocage vendéen, en sûreté dans ce pays où l’on se bat, où l’on meurt pour la Croix, inspirant peut-être, de cette humble vallée de la Sèvre, les héroïsmes gigantesques et les martyrs de la Vendée.

III. — A tout considérer,

l’œuvre du Calvaire ne courut jamais un danger plus grand. Autour de votre Christ, l’amour des enfants du Père de Montfort, la présence des reliques du Missionnaire, la foi enfin du pays vendéen formaient un triple rempart.

Or, quand la grande idée du siècle précédent reprend vie dans le cœur du curé de Pontchâteau, quand, à son signal et à son exemple, par le travail de toute la contrée, les douves se creusent encore, la montagne se relève, le triple rempart s’abaisse de lui-même, et comme s’il n’eût pas réellement existé, le Christ revient, de même que l’exilé reprend spontanément, après les grands troubles finis, sans que les étrangers veuillent le retenir, le chemin de la Patrie.

Comment! Enfants de Saint-Laurent, vous laissez partir cette insigne relique de votre père, sans regret, sans résistance I Comment ! Vous ne l’élevez pas sur l’une de vos ravissantes collines, à deux pas de la tombe de votre fondateur !

Ah ! Vraiment, le doigt de Dieu est là manifestement, de Dieu qui abaisse sans effort les plus hautes montagnes, de Dieu, dont les desseins, assez longtemps combattus, doivent enfin triompher.

Le temps des luttes est en effet passé. Plus de vaines terreurs politiques, plus de dissidences religieuses. C’est tout un peuple, présidé par son Evêque, qui acclame dès 1821 cette belle aurore du grand triomphe.

Car ce n’était qu’une aurore. Ne convenait-il pas que la mémoire du Père de Montfort se leva d’abord glorieuse pour que cette gloire projetât sur le Christ lui-même une clarté bien vive, bien indiscutable ? Ne convenait-il pas que l’emplacement prédestiné s’entourât de gardiens et de serviteurs ?

Tandis que tout cela se prépare, s’accomplit avec la lenteur majestueuse des Œuvres de Dieu, le Christ attend dans l’ombre de la solitude souvent troublée par d’éclatants témoignages de piété et d’amour.

Mais Léon XIII a parlé et proclamé Bienheureux l’ouvrier du Calvaire : tout s’anime vers la lande déjà peuplée, avec l’heure où commence le grand triomphe.

Le voilà : les peuples venus de loin, les acclamations, l’enthousiasme, les cantiques, les prêtres, le Pontife lui-même, des milliers de voix unies dans l’amour et l’adoration. Oui, vraiment, c’est le grand triomphe! Singulière coïncidence ! Le Christ apparaît à une heure solennelle de l’histoire. De toutes parts, on s’avoue qu’il n’y a plus de salut que dans la Croix. Tous les autres remèdes sont essayés, la force, la politique, la science, les mille inventions. Malgré tout cela, et sans doute parce que tout cela est en dehors de Dieu et souvent contre Dieu, les sociétés semblent arrivées à une impasse où l’on devra s’égorger pour savoir qui seront les maîtres.

Il me souvient, Monseigneur, qu’un soir du dernier Congrès où vous présidiez les catholiques de l’Ouest, après d’émouvants discours qui mettaient à nu la plaie sociale, vous vous êtes levé, portant dans votre grande âme d’Evêque les soucis du présent et de l’avenir, nous laissant entrevoir dans votre geste la lumière et l’espérance, et vous avez dit devant la foule : Le Salut, c’est vous, ô mon Jésus crucifié. — Cette parole, je m’en empare, Monseigneur, et je la crie en votre nom à tous : Le Salut, c’est Jésus crucifié.

Que cela soit !

O Christ triomphant, nous vous acclamons, nous acclamons vos victoires passées, votre victoire présente, vos victoires prochaines !

Il semble que cette lande tressaille, que les ancêtres ressuscitent, ceux qui ont travaillé, qui ont chanté, qui ont prié, souffert ici. Ils ont droit d’être à l’honneur, ayant été à la peine. Ne sentez-vous point passer en vos âmes leur amour, leur enthousiasme ? Je crois entendre leurs voix, leurs acclamations, que domine la voix du Bienheureux, et toutes ces voix, tous ces hommages, venus du passé, venus du Ciel, je les unis à vos voix, à vos hommages, et je les dépose, ô Christ, humblement, à vos pieds adorables!

O Christ ! A vous nos cœurs, à vous nos vies ! Continuez votre marche glorieuse ! Intende, prospere procede et regna. Achevez votre triomphe! Et regna ! Et nous, sur votre passage royal, à genoux dans l’adoration, ou bien serrés autour de votre Croix comme des soldats prêts à combattre, prêts à mourir, nous crions et nous crierons toujours : Vive Jésus ! vive sa Croix !

Une immense acclamation répondit à ces paroles, et par trois fois la foule enthousiasmée s’écria: Vive Jésus ! Vive sa Croix !

L’AMI DE LA CROIX

OCTOBRE 1891 – 6 JUIN 1940

L’Ami du Calvaire 

N° 3 décembre 1891

Nouveaux travaux au Calvaire (Jardin des Oliviers)

Ceux qui ont lu notre Notice sur le Calvaire (Guide du Pèlerin) savent que dans le plan conçu par notre Bienheureux, il y avait une place pour le Jardin des Oliviers. Il voulait mettre sous les yeux les souvenirs que rappelle ce premier théâtre de la Passion du Divin Maître. Et quels souvenirs ! Ses dernières recommandations à ses chers apôtres, sa prière prolongée pour nous, dans sa divine agonie, cette sueur de sang dont le sol fut inondé dans la grotte de Gethsémani ; puis la trahison et le baiser de Judas, et enfin l’amour d’un Dieu qui le fait se livrer lui-même à ses bourreaux pour nous !

Il y a quelques jours, nous recevions, ici, un pèlerin de Jérusalem qui naguère encore avait le bonheur de s’agenouiller dans chacun de ces lieux sanctifiés par les souffrances de Notre-Seigneur. Aidés par ses souvenirs encore si récents, et ayant sous les yeux le plan de Jérusalem, nous avons fixé, sur la pente de la lande de la Madeleine, l’emplacement qui paraît le plus convenable pour figurer le Jardin des Oliviers.

Il y aura là évidemment une somme de travaux considérables, puisqu’il s’agit d’abord de faire une enceinte au jardin, puis de creuser ensuite la grotte de l’agonie. Cette grotte, pour représenter celle de Gethsémani, devra atteindre d’assez grandes proportions, puisque celle-ci peut contenir, dit-on, jusqu’à cent personnes, et qu’elle occupe une surface de douze à treize mètres de diamètre.

Nous ne parlons pas encore de creuser le torrent du Cédron que Notre-Seigneur dut traverser, pour se rendre au Jardin des Oliviers.

Mais, en annonçant ces travaux, nous avons l’assurance que la nouvelle en sera bien accueillie par les fils des anciens travailleurs du Calvaire de Montfort. Nous savons qu’ils ont la même bonne volonté, la même ardeur que leurs ancêtres, qu’il suffira de faire un appel auprès d’eux pour qu’il soit entendu, et que tous seront heureux de mêler leurs sueurs à cette terre qui leur rappellera celle arrosée du sang d’un Dieu.

Ces travaux doivent commencer incessamment, et nous savons qu’ils seront poussés activement, de sorte que l’année ne se passera pas sans que nous puissions offrir une station nouvelle et des plus touchantes à la piété des pèlerins du Calvaire.

N° 5 Février 1892

Continuations des travaux du Jardin des Oliviers

En commençant le compte-rendu des journées du 10 et du 17 décembre, qui ont inauguré les travaux entrepris pour la représentation du jardin des Oliviers et de la grotte de Gethsémani, sur la lande de la Madeleine, bien des réflexions se présentent à notre pensée. Nous serions tentés, en particulier, d’inviter ceux qui redisent trop facilement peut-être avec nos ennemis que la foi a disparu, surtout parmi les hommes, de venir voir ici la foi en acte, transportant sinon les montagnes, du moins les collines, sans s’arrêter devant les blocs de rocher les plus énormes.

Mais rien ici ne peut valoir le simple exposé des faits.

Il parut bon, pour diverses raisons, d’adresser la première invitation à la paroisse de Crossac, toujours si bien disposée quand il s’agit de la gloire de notre Bienheureux. La mission de Crossac apparaît dans sa vie, comme une de ses missions les plus victorieuses. Ce fut, dans toute la population, un véritable renouvellement d’esprit chrétien, qui s’y est conservé jusqu’à nos jours.

Le vendredi 4, j’accompagnais le P. Supérieur dans sa visite au presbytère de Crossac, où M. le Curé nous recevait avec sa bonne grâce habituelle. Il nous parut satisfait de ce que ses paroissiens avaient été choisis pour marcher en avant, et voulut bien se charger lui-même de leur transmettre notre invitation, au prône de la messe du dimanche. Au jour fixé, le jeudi 10 décembre, dès qu’il fait jour, les premiers groupes de travailleurs apparaissent au bas de la lande, la pioche ou la pelle sur l’épaule. Le P. Supérieur est là pour leur souhaiter la bienvenue. Ils sont bientôt au nombre de cent cinquante, prêts à commencer le travail qui leur sera demandé. Quelques mots suffisent à le leur expliquer. Et c’est en chantant à pleine voix : Vive Jésus, vive sa Croix! que tous se rendent au lieu désigné.

Là, les uns s’occupent à dégager le rocher principal auquel doit être adossée la grotte, les autres commencent un mur d’enceinte. D’autres enfin, en plus grand nombre, déracinent d’abord des blocs énormes à moitié enfouis dans la terre, et les traînent ensuite autour du rocher central, où ils seront employés à former les parois de la grotte. Tel de ces blocs oppose de temps en temps une assez longue résistance, même aux efforts des cent cinquante hommes réunis. Mais, enfin, il finit par céder. Et c’est alors que se fait entendre avec plus d’élan l’un des refrains populaires :

Priez pour nous

Bienheureux Montfort !

Conduisez-nous

Au céleste port.

A midi, les travaux sont suspendus, pour faire un repas bien frugal. Chacun déploie le linge ou le papier qu’il portait le matin sous le bras et qui contient les petites provisions.

Avant de recommencer les travaux, tous montent au Calvaire en chantant : Chers amis, tressaillons, d’allégresse. Une courte allocution rappelle les souvenirs du passé et fait comprendre à tous la beauté de l’œuvre à laquelle ils prêtent leurs bras. Et c’est encore en chantant qu’on retourne au chantier ouvert dans la matinée.

M. le curé de Crossac n’avait pu accompagner ses chers travailleurs dès le matin ; mais au grand contentement de tous, il apparut quelques instants dans l’après-midi. Notons un détail : En allant de groupe en groupe et distribuant çà et là quelques paroles d’encouragement, il s’arrêta étonné, en fixant des jeux l’un des travailleurs, et laissa échapper ces mots : « Vous, ici ! » « Eh bien, oui. M. le Curé, dit simplement cet homme, moi aussi, je suis venu travailler, pour que le P. de Montfort me guérisse. » Ce fut tout. Quelques pas plus loin, l’excellent Curé nous disait que trois ou quatre jours seulement auparavant, celui qu’il avait interpellé avait éprouvé un de ces accidents qui sont l’indice d’une poitrine bien compromise et qui demande les plus grands ménagements. La journée n’était pas belle. La brume était épaisse, lourde et froide. Il ajouta : « On ne peut pourtant pas leur faire un crime d’avoir trop de foi et de confiance. » Cette journée de travail se termina par la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement et le baisement de la relique du Bienheureux. C’est là le salaire bien apprécié de tous.

Dans cette semaine même, nous recevions la visite du vénérable Curé de Saint-Joachim, qui, lui-même nous exprima le désir de voir marcher ses hommes immédiatement après ceux de Crossac. L’appel qu’il fit le dimanche fut entendu. Le 17, dès le matin, malgré la distance plus grande, qui doit être, pour la plupart, de trois lieues, les hommes de Saint-Joachim fournissent sur la lande un groupe de travailleurs en nombre égal à celui que nous avions vu la semaine précédente.

Il s’agissait de continuer le même travail et dans le même ordre. Ce fut aussi la même ardeur, la même activité, le même entrain. C’était merveille d’entendre les chants, de voir la facilité avec laquelle se déracinaient et roulaient les plus gros rochers. Disons que nous avions là, parmi nos travailleurs, d’anciens contre-maîtres et ouvriers des Chantiers de la Loire, habitués à manier le cric et le vérin et à soulever des poids énormes.

Dès la matinée, le câble, très fort cependant, qui avait servi jusqu’alors, vint à se rompre jusqu’à deux fois. Tout le monde était d’avis qu’il fallait le remplacer par une chaîne de fer, qui ne se laisserait pas entamer comme le câble, par les aspérités de la pierre. Mais cette chaîne, on ne l’avait pas… Un des travailleurs se rappelle soudain que la longue chaîne qui lui servait pour amarrer son bateau était sans emploi, depuis que le bateau lui-même ne marchait plus. Vite, un char-à-bancs est attelé, et deux heures après la chaîne était à la disposition des travailleurs. Elle fit merveille toute la soirée. Ajoutons qu’à la fin du travail le propriétaire fit savoir au Père Supérieur que, n’ayant pas encore eu l’occasion de faire de cadeau au bon P. de Montfort, il était heureux de lui offrir celui-là, s’il voulait bien l’accepter.

L’un des vicaires de Saint-Joachim, M. l’abbé Pabois, dans toute l’après-midi, n’avait pas quitté un instant les travailleurs, et s’était fait honneur de tirer, lui aussi, à la chaîne. Ce fut lui qui, à la fin de la journée, donna la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement et fit vénérer les reliques du Bienheureux.

Au départ, tous les visages rayonnaient de contentement. La journée avait été vraiment belle et bonne. Le temps lui-même s’était mis de la partie, et, ce qui est rare dans celte saison, avait été constamment clair et beau.

Aujourd’hui, mardi 22 décembre, nous avons le bonheur de recevoir notre Supérieur général, le R. P. Maurille. Nous n’avons pas à parler de démonstrations plus intimes, à l’intérieur de la Communauté. Mais c’est aussi le jour où ont été convoqués les hommes de la Chapelle-des-Marais, pour la continuation des travaux du Jardin des Oliviers et de la grotte de Gethsémani. Nous connaissions leur bonne volonté et même leur désir d’être invités à marcher à la suite des travailleurs de Crossac et de Saint-Joachim. M. le Curé, nous le savons, du haut de la chaire, dimanche dernier, les a engagés chaleureusement à répondre à cette invitation. Les voilà qui arrivent nombreux, malgré la rigueur du froid. Us montent, en chantant, la colline, et se dirigent vers le champ du travail, et paraissent pleins d’entrain et d’ardeur.

Après le dîner, le B. P. Maurille veut bien aller les encourager un instant par sa présence. Le Père Supérieur le présente aux travailleurs comme le représentant et le successeur de celui que leurs ancêtres ont connu et entendu, et à qui ils ont voué eux-mêmes un culte si reconnaissant. C’était le moment où, après avoir pris leur légère réfection et fait une courte visite à la Scala, ils venaient reprendre leur travail en chantant : Chers amis, tressaillons d’allégresse… Nous saluons au milieu d’eux M. le Curé de la Chapelle-des-Marais et son vicaire. Chacun reprend le poste qui lui avait été assigné dans la matinée.

Nous sommes obligés de nous arrêter, et nous n’en pouvons dire davantage, aujourd’hui. Mais nous en avons dit assez pour montrer sur quelle ardeur et sur quelle bonne volonté nous pouvons compter ; et que tout fait espérer la prompte et heureuse réalisation des nombreux projets entrepris à la gloire de Jésus crucifié et de son humble serviteur Montfort.

N° 6 Mars 1892

Les travaux du Jardin des Oliviers

Nos lecteurs qui s’intéressent à ces travaux doivent se rappeler que, vers le 7 ou 8 janvier, il y avait eu suspension forcée à cause de la neige et du mauvais temps.

Mais, voici que dès le 26 au matin, une belle journée s’annonce. Nous entendons, dans le lointain, un chœur de voix bien nourri. C’est l’air d’un de nos cantiques bien connu. Les voix se rapprochent de plus en plus du Calvaire. Ce sont les hommes de Drefféac, qui, n’ayant pu venir à un premier jour fixé, nous font cette surprise.

Il paraît que l’excellent Curé s’était contenté de leur dire : « Au premier beau jour ! » Et les voilà au nombre de plus d’une centaine, chiffre énorme relativement à la population.

Qu’ils soient les bienvenus! Tous sont bientôt à l’œuvre, avec ardeur. Les uns achèvent les travaux préparatoires pour la construction de la grotte de Gethsémani, les autres travaillent au nivellement du terrain qui entoure le Prétoire. C’est le même entrain que nous avons déjà vu, la même piété dans la visite au Calvaire, au milieu de la journée.

Lorsque le vénérable Curé de Drefféac apparaît dans la soirée, accompagné de son vicaire, il y a une explosion de joie et de contentement bien significative, et qui montre bien l’union qui existe entre le Pasteur et le troupeau.

M. le Curé nous fait remarquer lui-même, parmi les travailleurs, deux vieillards de 75 et 76 ans que n’ont point arrêtés ni la longueur de la route, ni les fatigues de la journée.

Il paraît visiblement heureux, le soir, montant à l’autel pour donner à ses chers travailleurs la bénédiction du T. S. Sacrement, et faisant aussi vénérer à chacun les reliques de notre Bienheureux. Les chants joyeux du matin reprennent au départ.

C’est le lendemain de cette journée, mercredi 27 janvier, que nous avons l’honneur de recevoir M. A. Gerbaud, en compagnie de M. le Curé de Missillac, lui-même si dévoué à notre Œuvre. Nous l’attendions, et c’est lui qui veut bien, avec un dévouement dont nous ne saurions lui être assez reconnaissants, prendre en main la direction des travaux de notre Jardin des Oliviers et de notre grotte de Gethsémani.

En visitant les Saints-Lieux, il y a déjà quelques années, pouvait-il prévoir qu’il serait appelé à diriger un travail de ce genre? Toujours est-il qu’au Jardin des Oliviers, en particulier, après avoir satisfait sa piété, il songea, comme bien d’autres pèlerins, à emporter quelques souvenirs. Il recueillit de sa main quelques graines d’arbustes croissant non loin de la grotte de l’Agonie. De ces graines semées à son retour en France, une seule a germé. C’est aujourd’hui un petit arbuste déjà haut de 50 à 60 centimètres. M. Gerbaud a voulu l’apporter et l’offrir au Calvaire, dès sa première visite ; et il aura certainement une place de choix dans l’ornementation de notre futur Jardin des Olives.

Il ne nous appartient pas de faire connaître, à l’avance, les plans arrêtés par le nouveau Directeur de la pieuse entreprise, dans l’étude qu’il fit sur place, ce jour-là même, du terrain et des matériaux mis à sa disposition.

Mais, ce que nous pouvons dire, c’est que dès le lendemain matin, il faisait manœuvrer sans hésitation le nombreux bataillon de travailleurs volontaires que lui fournit Saint-Guillaume.

On reconnaît, à première vue, celui qui a commandé, sur un autre champ, d’autres manœuvres. Du reste, quand même on eût ignoré au Calvaire le passé de M. Gerbaud, il devait se rencontrer, comme nous le verrons, parmi les travailleurs, des braves qui ne pouvaient manquer de saluer, en le voyant, l’ancien officier aux Zouaves pontificaux.

Mais parlons de Saint-Guillaume et des travaux de cette journée. Saint-Guillaume, c’est presque le Calvaire. Les bons paroissiens de Saint-Guillaume sont nos excellents et plus proches voisins. Aussi les a-t-on toujours vus au premier rang, quand il s’est agi de faire quelque chose pour le Calvaire. Il en était ainsi dès le temps du Bienheureux.

Ils auront, encore cette fois, l’honneur d’avoir placé la première et principale pierre des assises de la grotte de Gethsémani.

C’est un bloc énorme, et qui sans doute, fixé où il était par la main de Dieu, semblait bien devoir y dormir toujours.

Cependant, à force de patience et de travail, au moyen des crics et de la chaîne, glissant insensiblement sur des rouleaux, il est venu prendre la place qui lui était préparée, et se dresser droit en face de l’entrée de la grotte, non sans être salué par les bruyantes acclamations de tous les travailleurs.

Il gardera le nom de pierre de Saint-Guillaume.

Dans cette même journée, furent aussi faits des travaux de nivellement considérables au Prétoire. Nous ne serions pas complets, si nous ne disions qu’un certain nombre d’hommes des villages de la paroisse de Pontchâteau les plus rapprochés du Calvaire, s’étaient joints d’eux-mêmes, ce jour-là, aux travailleurs de Saint-Guillaume. La journée se termina pieusement comme à l’ordinaire par le salut du T. S.-Sacrement donné par M. le Curé.

Vendredi, 29 janvier.

Le lendemain, vendredi 29 janvier, il n’y avait pas de paroisse convoquée; et cependant, il y avait quelques déblaiements urgents à faire au fond de la grotte, pour préparer les travaux plus considérables de la semaine suivante.

Honneur et merci aux habitants des villages de la Moriçais, de Beaulieu, de la Salmonais, de Pie, de Malabris, des Caves de Beaumare, d’Epars et du Calvaire, tous de la paroisse de Pontchâteau, qui, sur un simple, avis donné la veille au soir, se trouvèrent au poste dès le lendemain malin!

Mardi, 9 février.

Ce sont les mêmes paroles que nous avons à dire, les mêmes remerciements que nous avons à adresser aux hommes des villages de la Cacognais, de la Madeleine, du Haut-Bodio (paroisse de Pont-Château) et de Montmara (paroisse de Sainte-Reine), venus ce jour-là, au premier signal, prendre la place d’une paroisse qui avait dû remettre à plus tard sa journée de travail.

Mercredi, 3 février. — Saint-Gildas-des-Bois.

Entre les deux dates que nous venons d’indiquer, nous avons eu encore une belle journée. Au mois d’octobre dernier, la paroisse de St-Gildas toute entière nous avait donné le spectacle d’un pèlerinage on ne peut plus édifiant. Bien édifiant aussi a été le spectacle donné par les hommes seuls, dans leur journée de travail, le 3 février.

Ils ont à leur tête, pendant tout le jour, le Vicaire délégué par M. le Curé, qui, à son grand regret, n’a pu venir. L’ordre est parfait. Ils arrivent en chantant un de ces cantiques qui marquent le pas. C’est, assure-t-on, un moyen d’abréger la longueur de la route. Ils en useront ce soir encore, au départ.

Ce jour-là, les travaux d’aplanissement autour du Prétoire avancent considérablement. De beaux blocs de pierre sont amenés à pied d’œuvre, au Jardin des Oliviers. St-Gildas pourra choisir celle qui portera son nom.

Notons un détail: Le R. P. Supérieur, en faisant sa convocation, proposait le jeudi. M. le Curé y vit des difficultés et le mercredi fut fixé. Le mercredi, temps superbe. Le lendemain, jeudi, pluie torrentielle. Jusqu’à présent, malgré la saison si variable, il n’y a pas eu un seul jour où les travaux aient été interrompus par le mauvais temps.

Nos lecteurs savent maintenant quelle part la piété a toujours dans chacune de ces journées, et en particulier, le soir. Nous ne le répéterons pas.

Mercredi, 10 février. — Missillac

M. le Curé de Missillac nous a enlevé jusqu’à présent l’honneur de donner l’hospitalité de nuit à M Gerbaud. C’est donc avec les travailleurs de la journée que celui-ci nous arrive aujourd’hui.

L’excellent Pasteur de Missillac, qui porte un si vif intérêt à notre Œuvre, a eu la bonne pensée de partager sa grande paroisse en plusieurs sections, de manière à procurer plusieurs journées de travail. Du reste, il eut été difficile d’occuper tous les bras qui se seraient présentés à un même appel. La seule section d’aujourd’hui fournit sa centaine de travailleurs. M, l’abbé Landeau, vicaire, dirige la marche avec son entrain ordinaire.

Dès le commencement de la journée, il est décidé que celui-ci s’occupera, avec une bonne partie des travailleurs, d’amener au chantier une pierre remarquable entre les autres par sa longueur, et pour laquelle M. Gerbaud a une place désignée. Cette pierre d’un poids considérable était presque au milieu de la lande, sur un plan incliné. Il fallait d’abord la charger sur un traîneau roulant, et lui faire gravir ensuite la pente. Il serait difficile de donner une idée de la somme de travail et d’efforts dépensés pour arriver au résultat désiré. Dix fois, lorsque, tout semblait fini, tout fut à recommencer. Mais, enfin, à force de constance, la pierre s’ébranla, monta la pente, au milieu de hurrahs enthousiastes, et arriva enfin au lieu marqué. Il fallut la voir debout, à la place qu’elle occupe, au milieu de la vaste ouverture de la grotte, qui aura ainsi sa porte d’entrée, et sa porte de sortie.

Il était nuit, mais tous s’en allaient contents et joyeux.

Jeudi, 11 février. — Crossac.

C’est déjà la seconde fois que nous trouvons le nom de cette paroisse sur le registre de nos travaux. Mais à la première convocation, il n’était venu personne d’un certain nombre de villages très écartés, et qui, il faut le dire, ont beaucoup moins de rapports avec le Calvaire, et même avec l’église paroissiale, que les autres habitants de Crossac. Une invitation spéciale leur fut adressée. On avait demandé une trentaine d’hommes. Ils sont venus au nombre de 67, bien comptés. Tous excellents travailleurs ! Nous avons remarqué un bon vieillard bien infirme et qui ne voulait céder son rang à personne, persuadé que la fatigue de cette journée, bien loin d’aggraver son mal, lui apporterait quelque soulagement.

Nous savons que ces braves gens des villages de Mandrais, de Quémené, de la Brionniôre, de Hault, de la Pelletraie et des Eaux, sont repartis enthousiasmés. Moins habitués que d’autres à ce qui se passe au Calvaire, ils ont raconté aux villages plus éloignés encore, que le Père missionnaire était resté toute la journée avec eux, leur avait fait chanter des cantiques, les avait prêches, leur avait raconté de belles histoires, etc., etc. Ces villages plus éloignés nous viendront bientôt, eux-mêmes.

Vendredi, 12 février. — Campbon

Ce sont les Campbonnais ! vraiment, ils vont au travail, comme à la bataille. Et c’est la marche d’une compagnie d’élite. Je comprends que le vénérable et digne Curé ait tenu à marcher en tête en traversant la ville de Pontchâteau. C’est aujourd’hui que M. Gerbaud retrouve de ses connaissances de Rome, au régiment des Zouaves pontificaux ! Comme ces braves sont heureux de lui serrer la main !

Nous nous informons auprès de M. le Curé, du nombre de zouaves fournis par la paroisse de Campbon.

Trente-huit, nous répond-il, en y comprenant, il est vrai, quelques volontaires de l’Ouest, qui ont combattu sous Cathelineau.

Au travail, faut-il le dire, M. Gerbaud eut, plus d’une fois, besoin de modérer sa troupe, faisant remarquer, qu’en tirant trop vivement un bloc de rocher, ils couraient risque d’en renverser un autre déjà placé, et qu’ainsi la besogne n’avancerait pas. Mais en réalité la besogne avança et se fit bien.

Vers la fin de la journée, nous eûmes sous les yeux un spectacle qui rappelait, sans qu’on y eût songé, un fait de la vie de notre Bienheureux, à sa mission de Campbon (1709). Voulant faire disparaître un abus, qui allait à transformer les églises en cimetières, il fit rester, un jour, les hommes seuls, après son instruction. Puis, leur ayant expliqué, en quelques mots, son dessein de rendre leur église plus convenable et les voyant bien disposés: « Allons, mes enfants, leur dit-il, mettez-vous huit sur chaque tombe, quatre sur celles qui sont moins pesantes, et deux sur chaque pavé. » Cet ordre fut exécuté, sur le champ. Maintenant, ajoute-t-il, « prenez la pierre sur laquelle vous êtes placés et la portez dans le cimetière. » Ce fut fait dans un instant, et dans une demi-heure au plus, l’église fut débarrassée.

M. Gerbaud, lui, fit placer d’abord ses Campbonnais, armés de leurs pioches et de leurs pelles, sur deux lignes, se faisant face; un peu au-dessous du Jardin des Oliviers. Puis passant entre les rangs, faisant avancer ceux-ci, rentrer un peu ceux-là, les lignes de droites qu’elles étaient devinrent sinueuses. « Et maintenant, dit-il, que chacun, avec son instrument, enlève la première couche de terre qui est devant lui. » En un moment, le cours du torrent de Cédron fut dessiné sur le sol. Il n’y aura qu’à creuser plus profondément son lit.

Mardi, 23 Février. — Férel

Après une semaine employée toute entière au Calvaire, à des occupations bien différentes, les travaux du Jardin des Olives reprennent aujourd’hui. Mais, c’est la dernière limite qui nous est donnée pour terminer ce compte-rendu.

Saluons la première paroisse du Morbihan, qui veut bien nous apporter son concours. C’est Férel situé sur les bords de la Vilaine à cinq lieues d’ici. Pour arriver à pied, avant huit heures, il en est qui se sont mis en route à trois heures et demie du matin. Et au moment de ce départ nocturne, la pluie tombait en abondance sur Férel. L’excellent Curé est arrivé le premier, pour procurer à ses paroissiens l’avantage d’entendre la sainte messe, dans la chapelle du pèlerinage, avant de commencer les travaux. Quel courage et quel dévouement de la part de tous ! Ils en ont été récompensés par une journée très belle, ensoleillée, et admirablement remplie par le travail et la piété.

Tous nous quittent, le soir, en nous assurant qu’ils reviendront plus nombreux.

Nos lecteurs comprendront sans peine que l’élan généreux de nos travailleurs volontaires nous a entraînés plus loin que nous ne pensions, et que nous renvoyons à plus tard certains sujets que nous pensions aborder aujourd’hui.

A la dernière heure le R. P. Supérieur reçoit une lettre de Sa Grandeur Mgr l’Evêque de Nantes, où il est dit: Je vois avec un vrai bonheur que les travaux pieux dont vous vous occupez, avec tant de zèle, sont toujours eu bonne voie.

N° 7 Avril 1892

Les travaux du Jardin des Oliviers

Une longue et difficile tâche nous est encore imposée aujourd’hui par les travailleurs qui se sont succédé au Calvaire, depuis un mois, parce qu’eux-mêmes ont accompli de beaux et grands travaux. Disons que maintenant les contours de la grotte sont terminés, cimentés, et qu’on va incessamment commencer le travail de la voûte.

Mercredi, 24 février. — Paroisse de Missillac – (2e Section).

C’est Missillac qui a l’honneur d’ouvrir cette nouvelle série de travaux. Et c’est la partie de cette grande paroisse qui porte le nom de Frèrie de Ste-Luce, qui a sa chapelle particulière sous ce vocable, et où l’on dit chaque dimanche une messe matinale.

C’est à cette messe que M. l’abbé Landeau a convoqué chaleureusement pour aujourd’hui les braves habitants de Ste-Luce, et cette convocation a été renouvelée par M. le Curé, à la grand’messe.

Les voilà, au nombre de quatre-vingts. M. le Curé et M. le Vicaire, qui ne les quittent pas de toute la journée, doivent être contents d’eux. Ils ont chanté avec entrain et travaillé de même.

Ce jour-là, nous avions la visite de M. J. Vallet, l’artiste nantais à qui nous devons le beau groupe de la Flagellation. Il était venu examiner notre grotte de Gethsémani, à un point de vue particulier que l’on devinera sans peine. Il ne pouvait se lasser d’exprimer sa satisfaction du spectacle qu’il avait sous les yeux. Le Salut fut donné par M. le Curé. Jeudi,

25 février. — Paroisse de Donges.

Nous ne blesserons personne en disant que nous avions tout particulièrement à cœur devoir les paroissiens de Donges venir prendre part à nos travaux. Un grand nombre d’entre eux habitent des villages très éloignés de l’église, où ils ne paraissent que très rarement. Cependant, nous savions qu’ils gardaient religieusement le souvenir du bon Père de Montfort.

Le R. P. Supérieur est allé les visiter dans leurs maisons, pour raviver ce souvenir, et a reçu partout le meilleur accueil.

Au jour fixé pour venir au Calvaire, ils sont là plus de cinquante. Et si le temps n’avait été très pluvieux le matin, ils auraient dépassé la centaine. Du reste, la journée est belle, tout s’y passe admirablement, non seulement pour le travail, mais pour le chant des cantiques, la récitation du chapelet, le Salut du soir. Nul doute que le vénérable, Curé de Donges n’en ait emporté une vraie consolation et de bonnes espérances.

Quant aux travailleurs, ils expriment hautement, au départ, leur désir d’être convoqués une autre fois, pour revenir plus nombreux.

Vendredi, 26 février. — Paroisse de St-Dolay.

C’est la seconde paroisse morbihannaise qui vient prendre part à nos travaux. Les paroissiens de St-Dolay, souvent évangélisés par les Fils de Montfort, connaissent bien et aiment son Calvaire. Aussi c’est au nombre de cent qu’ils nous viennent sous la conduite des deux Vicaires. L’un d’eux dit, en arrivant, la sainte messe, à laquelle tous assistent. L’autre fait chanter le beau cantique : Je suis Chrétien, qu’on ne se lasse jamais d’entendre répéter par des voix d’hommes, avec cet accent de conviction.

Nous ne dirons rien des travaux, sinon qu’ils se firent de manière à satisfaire pleinement celui qui les dirige; et c’est le meilleur éloge que nous en puissions faire.

Au milieu du jour, c’est un délassement pour les travailleurs, après avoir satisfait leur piété au Prétoire, de monter sur la plate-forme, d’où l’on découvre toute la partie du Morbihan qui se trouve en deçà de la Vilaine.

Mardi, 1er mars. — Paroisse d’Herbignac

C’est à M. le Curé-Doyen d’Herbignac qu’appartient l’excellente pensée d’inviter ses paroissiens à faire de cette journée, employée si mal et si follement par tant d’autres, un jour consacré à la piété et au travail en l’honneur de Jésus agonisant. Cent cinquante hommes ont répondu à son appel et nous arrivent avant huit heures, bien que la distance soit de quatre lieues. Tous assistent à la sainte messe, dite par M. le Doyen, dans la chapelle des pèlerinages. M. l’abbé Paquelet, vicaire, dirige admirablement les chants. Le travail va ensuite à merveille.

Les historiens du Calvaire font remarquer que lors des travaux dirigés par Montfort, il n’y avait pas de distinction entre le seigneur et le paysan quand il s’agissait de porter la hotte. Nous constatons aujourd’hui que M. A. de la Chevasnerie, qui habite un château sur la paroisse d’Herbignac, tient à conserver cette tradition, et ne cède sa place à personne quand le moment est venu de tirer à la chaîne. Il ne s’épargnera pas davantage, dans la soirée, à la plantation des arbres de l’allée qui monte du Prétoire au Jardin des Oliviers. Il est aidé dans ce travail par M. le Doyen, tandis que M. l’abbé Paquelet reste au milieu de ceux qui continuent les travaux de la grotte. Là une des pierres monumentales placée à droite, en entrant, restera comme souvenir de cette journée.

Avons-nous besoin de dire que c’est avec bonheur que, le soir, l’excellent Pasteur donna la bénédiction à ses chers travailleurs.

Tous rentrent dans leur famille le cœur plus content et plus joyeux assurément que ceux qui, plus tard dans la nuit, rentreront du cabaret.

2 mars — Mercredi des Cendres.

Nous ne pouvions, ce jour-là, convoquer une paroisse. Nous avions fait seulement appel aux hommes de quelques villages assez rapprochés du Calvaire, la Cossonnaie, Coimeux, Quinta, la Bassinaie et L’Ornaie, de la paroisse de Crossac. Tous sont venus assister pieusement à la Cérémonie des Cendres, dans notre chapelle. Ils vont ensuite avec ardeur au travail. Sans nul doute, cette journée leur comptera pour beaucoup dans ce qu’ils doivent faire pour Dieu, pendant la sainte Quarantaine.

3 mars — Saint-Malo-de-Guersac.

Population de marins et aussi d’ouvriers des Chantiers de la Loire. C’est dire que nous ne pouvions compter là sur le grand nombre. Ils sont une cinquantaine au plus, mais des hommes habitués à braver toutes les intempéries des saisons. Le froid piquant qu’il faisait ce jour-là ne les a point arrêtés. Ils sont habitués aussi à remuer les plus lourds fardeaux. Un simple hasard nous fait connaître, travaillant au milieu des manœuvres, un ancien entrepreneur retiré des affaires et qui a dirigé les travaux les plus importants à Saint-Nazaire et ailleurs. M. le Curé reconnut lui-même une dizaine de capitaines retraités. Avec de tels hommes, le travail ne pouvait manquer d’aller très bien. Aussi, M. Gerbaud crut-il devoir les féliciter chaudement à la fin de la journée. Du côté religieux, tout fut aussi parfait.

4 mars, Vendredi — Ste-Anne-de-Campbon.

Certes, la paroisse de Sainte-Anne-de-Campbon a montré de la bonne volonté. C’est au nombre de deux cents que ses travailleurs arrivent sous la conduite de M. le Vicaire, chantant des cantiques. Tous ne pouvaient être occupés en même temps aux pierres de la grotte. On résolut de transporter la terre du lit du Cédron pour faire des terrassements derrière la grotte même. Pour cela, il fallait un certain nombre de charrettes. Au premier signal, nos bons voisins des villages de la Pintaie, des Métairies, de la Berneraie, nous les amenèrent. Le temps était un peu dur.

Le vénérable Curé de Ste-Anne passa toute la journée, au milieu des travailleurs, et leur donna le Salut du soir.

Le samedi, 5 mars, quelques hommes du Buisson-Rond, convoqués seulement la veille au soir, vinrent avec la meilleure bonne volonté, continuer les travaux.

La semaine suivante M. Gerbaud, l’infatigable directeur de nos travaux, prenait un congé.

Du reste, si on se le rappelle, le temps devint tel que la continuation des travaux de la grotte eût été impossible. Toutefois, dans cette semaine de froides giboulées, il y eut un jour plus doux, accordé, pensons-nous, aux prières des pieuses Briéronnes de St-Joachim.

Le Bienheureux Montfort, en élevant son Calvaire faisait chanter autrefois :

Travaillons tous, à ce divin ouvrage

Dieu nous bénira tous

Grands et petits, de tout sexe et tout âge.

Bref, les paroissiennes de St-Joachim témoignaient hautement le désir de renouer la tradition sur ce point. Un jour leur fut fixé, le mercredi, 9 mars. Elles se trouvèrent quatre cents, dès huit heures du matin, à la messe que dit leur vénérable Curé, dans la chapelle du pèlerinage. On se rendit sur la lande, en récitant le chapelet. Le travail qui leur fut demandé, pour être facile, n’en était pas moins méritoire.

On les vit, spectacle curieux, suivant chacune son sillon, recueillir, les unes dans des paniers, les autres dans leur tablier, tous les petits cailloux, qu’on trouve, ici, en abondance, dans les champs. Toutes portaient leur cueillette au tombereau qui attendait sur le chemin et transportait les cailloux autour du Prétoire, pour faire un drainage qui rendra le monument bien plus abordable en tout temps.

Un certain nombre étaient occupées de la même manière au transport du sable qui devait être étendu sur les cailloux.

Nous ne dirons pas que, pendant tout le travail, la lande de la Madeleine resta silencieuse, mais on y eut toujours le spectacle d’une réunion pieuse accomplissant un acte de foi.

Au milieu du jour, la visite au Calvaire apparut comme une véritable procession, montant les longs escaliers. Le Rosaire, en entier fut récité dans la journée, bien des cantiques chantés et, le soir, le salut fut très solennel.

Il nous reste encore à redire les faits et gestes de la seconde semaine de Carême, jusqu’au jour de la fête de S. Joseph.

Dès le lundi, M. Gerbaud nous est arrivé, pour préparer avec quelques hommes seulement le travail de la semaine.

Mardi, 15 mars. — paroisse d’Assérac

A leur allure vive, à leur chant bien nourri, nous reconnaissons les habitants des bords de la mer. Il en est qui viennent de la pointe de Pennebé (fin de la terre). Nous ne les verrions pas à une heure si matinale, si tous les véhicules de la paroisse n’avaient été requis à l’avance, de manière à permettre à tous de faire en voiture une partie de la route qui, pour le plus grand nombre, est de 6 à 7 lieues.

Tous assistent à la messe dite par M. le Curé. On y chante de beaux cantiques. Rappelons qu’on désigne assez souvent Assérac en disant : C’est la paroisse où tout le monde chante aux offices, hommes et femmes ; et où, même aux vêpres, les hommes sont toujours aussi nombreux que les femmes.

Quels excellents auxiliaires M. Gerbaud trouva, toute la journée, dans cette troupe d’élite, composée en majeure partie de jeunes gens, d’après le conseil qu’avait donné M. le Curé lui-même. Nous ne pouvons entrer dans le détail des travaux qui furent faits. L’excellent pasteur exprimait bien haut la satisfaction qu’il éprouvait. Si nous ne craignions d’être indiscret nous pourrions citer des paroles montrant bien qu’il n’échangerait pas facilement pour d’autres ses paroissiens. Et nous savons que, d’autre part, ses paroissiens tenaient un langage analogue.

Le soir, en se quittant, on se disait de tout cœur : Au revoir !

Mercredi, 16 mars

Fidèles et dévoués habitants de Crossac, toujours prêts à venir prendre la place d’une paroisse, qui, pour une cause imprévue, fait défaut. C’était le cas, ce jour-là. Mais nous ne pouvions nous attendre à vous voir si nombreux, n’ayant convoqué que les villages de la Gaine, de la Giraudaie, du Souchay, de Rault et delà Bussonnaie!

Le Bienheureux Montfort ne peut manquer de vous continuer cette protection, qui a paru si spéciale, que les autres ont pu s’en montrer jaloux.

Jeudi, 17 mars — Paroisse de Sévérac.

Sévérac a répondu grandement à l’appel qui lui a été fait. Ils sont venus, près de deux cents hommes, exprimant le regret que nous partagions nous-mêmes, de n’avoir pas, à leur tête, leurs prêtres retenus par le ministère. La journée a été édifiante et bien remplie. Le lit du Cédron a été creusé plus profondément. Les terres qui en ont été extraites, transportées pour faire des terrassements derrière la grotte, par des charrettes amenées des villages de la Madeleine, de la Plaie, de la Noë et de Travers. La grotte elle-même a été remplie d’une grande quantité de rondins de bois, qui tiendront lieu d’échafaudage pour la construction de la voûte.

Vendredi, 18 mars — Paroisse de Prinquiau.

Prinquiau situé dans une direction opposée, nous envoie, des bords de la Loire, une cinquantaine de travailleurs bien décidés.

La grande partie de la journée fut occupée à déraciner, et à transporter à une assez grande distance une pierre énorme, qui fut dressée ensuite à la manière des pierres levées ou menhirs des anciens druides. D’après quelques explications entendues dans la journée, les bons travailleurs de Prinquiau avaient compris qu’outre la grotte de Gethsémani, il entrait dans les plans de marquer, dans le jardin, l’emplacement de diverses scènes de la Passion. Leur pierre une fois dressée, quelqu’un demande si ce ne serait pas la pierre des Apôtres. On fit remarquer qu’elle n’était pas disposée pour cela, les Apôtres s’y étant étendus pour dormir. Pourvu, du moins, que ce ne soit pas la pierre de la trahison de Judas! s’écrièrent ensemble plusieurs voix. M. Gerbaud s’empressa de rassurer tout le monde; et en attendant, ce sera la pierre de Prinquiau qui jouit, au contraire, d’un renom bien mérité de fidélité aux bonnes et anciennes traditions.

Samedi, 19 mars. — Fête de Saint-Joseph.

Notre excellent directeur des travaux nous dit lui-même qu’il a attendu ce jour pour la pose d’une pierre importante dans sa construction.

Le pilier, qui est à peu près au centre de la grotte, est formé par trois gros blocs reliés ensemble, et atteint déjà une certaine hauteur.

Mais il faut le surélever encore, en y ajoutant une pierre d’un mètre de haut, au moins, et d’une pesanteur considérable. Là, le nombre et la force des bras ne suffiraient pas.

Par une coïncidence remarquée, c’est un excellent maître charpentier de Crossac qui prête l’instrument nécessaire, et que M. Gerbaud laisse commander la manœuvre. Les préparatifs demandent quelque temps. Mais lorsque tous les câbles sont bien amarrés, que la pierre elle-même est bien fixée dans sa ceinture de fer, on la voit s’élever doucement, sans secousse, et enfin se poser comme d’elle-même, à la place marquée. Il n’y a plus qu’à la cimenter et le tout paraît d’une solidité parfaite.

Puisse saint Joseph, dont nous célébrons aujourd’hui la fête avec toute la solennité possible, joindre sa haute protection à celle de notre Bienheureux, et nous continuerons d’être préservés dans nos travaux de tout accident fâcheux.

N° 8 Mai 1892

Bénédiction de la Grotte de Gethsémani au Jardin des Oliviers

Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque de Nantes a bien voulu en fixer la date au lundi, 6 juin, par la lettre suivante que nous nous empressons de communiquer aux lecteurs de l’Ami de la Croix.

ÉVÊCHÉ DE NANTES le 22 avril 1892.

Mon bon Père,

Je suis extrêmement heureux d’apprendre que les travaux de la Sainte Grotte sont très avancés. Le lundi de la Pentecôte me semble tout désigné pour l’inauguration du pieux monument. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour présider cette grande et touchante cérémonie. Je ne doute pas que ce jour-là surtout Notre-Seigneur ne se plaise à répandre ses plus précieuses bénédictions sur toute l’assistance, mais très spécialement sur ces milliers d’hommes qui sont venus, avec tant de zèle et de foi, travailler à la construction d’un édifice sacré entre tous, et dont chaque pierre redira aux générations futures que même à la fin de notre XIXe siècle il s’est rencontré dans nos régions, de fermes et vaillants chrétiens dont le cœur ne s’est laissé ni troubler, ni amollir par le souille mauvais de l’impiété contemporaine. On ne saurait trop les en féliciter.

Agréez, mon bon Père, l’assurance de mon affectueux dévouement en N–S.

JULES, Ev. de Nantes.

Le Jardin des Oliviers et la Grotte de Gethsémani

Voici venir l’anniversaire de la grande nuit des souffrances et des humiliations de l’Homme-Dieu, et qui commence au Jardin des Oliviers. A cette heure même, les dernières pierres de notre Grotte de l’Agonie seront peut-être posées. Ce soir-là, dans mille églises chrétiennes la voix du prédicateur fait revivre pour l’auditoire ces grands souvenirs, et jamais, sans toucher les cœurs.

Mais quel avantage ne sera-ce pas d’en avoir, ici, la représentation fidèle sous les yeux ; ce torrent du Cédron que Jésus franchit, en prononçant les dernières paroles de son beau et si louchant discours après la Cène. — L’entrée du Jardin de. Gethsémani, où il dit à ses Apôtres : Reposez-vous là, pendant que je vais moi-même prier… prier pour vous.

Un peu plus loin dans l’intérieur du Jardin, c’est jusque-là qu’il a permis à Pierre, Jacques et Jean de le suivre. Voilà le rocher sur lequel tous les trois se sont endormis, malgré la recommandation du Maître, qui leur adresse ce doux reproche : « Vous n’avez pu veiller une heure avec moi ».

Et c’est à la distance seulement d’un jet de pierre que s’ouvre la sombre grotte où Jésus agonise. Le voilà prosterné, inondant la terre, non seulement de ses larmes, mais aussi de son sang, redisant la même prière : « Mon Père, s’il est possible, que ce calice s’éloigne de moi ! » Voici l’Ange descendant du ciel pour le consoler, le conforter, dit l’Evangile, et la grande parole qui décida du salut du monde : «Non pas ma volonté, ô mon Père, mais que la vôtre se fasse, » est dite. Et il se relève, prêt à tout souffrir pour nous.

Et déjà le traître qui doit le livrer à ses bourreaux vient de pénétrer par une entrée plus secrète dans le Jardin.

Voici la place où après avoir terrassé d’une parole les soldats qui viennent pour l’arrêter, et reçu le baiser de Judas, il se livre lui-même, pour être conduit à la mort du Calvaire.

A l’heure, où nous commençons ces lignes, pour continuer de rendre un hommage mérité à tous ceux qui prêtent un si généreux concours à la création de notre Jardin des Oliviers, nous ne pouvions nous défendre de rappeler ces grands souvenirs.

Et maintenant, tout d’abord, que M. Gerbaud reçoive, ici, de nouveau, l’expression de notre reconnaissance pour s’être dépensé, ainsi qu’il l’a fait, dans la direction du travail grandiose, dont il a bien voulu se charger.

22 Mars. — La Chapelle-Launay

C’est, croyons-nous, la vingtième paroisse qui répond à l’appel qui lui a été fait de venir concourir à l’exécution des projets conçus par le Bienheureux lui-même, et qui lient à montrer qu’elle n’a point dégénéré depuis le passage de Montfort dans la contrée.

Les travailleurs sont au nombre de quatre-vingts. C’eût été un grand bonheur pour l’excellent Pasteur d’être à leur tête. Mais retenu par une indisposition, il est remplacé par M. le Vicaire, qui dit la sainte messe, dès que tous sont réunis dans la Chapelle du Pèlerinage. On ne peut s’empêcher d’être touché de l’attitude recueillie de ces braves chrétiens, de l’accent de foi avec lequel ils redisent les refrains que le grand missionnaire apprit autrefois à leurs Pères.

Au travail, tout se passe dans un ordre parfait. M. l’abbé passe la journée entière au milieu, ou plutôt, au nombre des travailleurs.

Une particularité de cette journée fut une première plantation au Jardin des Oliviers. Nous n’avons guère l’espoir d’acclimater, ici, l’olivier lui-même. L’essai cependant en sera fait. Mais en attendant, la pensée est venue de faire un petit massif de chênes-verts, dont la feuille cendrée imite assez bien celle de l’olivier. Si les plants ne réussissaient pas, ce ne serait point que les travailleurs de la Chapelle-Launay n’auraient pas suffisamment fouillé la lande. Certes là, comme ailleurs, ils tenaient à bien faire.

Le même jour, des charrettes de la Viotterie, des Métairies, du Buisson-Rond transportaient des pierres autour du Prétoire.

23 Mars. — Paroisse de Férel

C’est la seconde fois que nous inscrivons le nom de cette paroisse morbihannaise.

On n’a pas oublié, peut-être, que la première fois, une averse terrible qui menaçait de se prolonger, n’avait point arrêté M. le Curé et bon nombre de ses paroissiens. Mais aussi un bon nombre d’autres exprimaient hautement leur regret de n’avoir pas fait partie de la première expédition. Voilà comment les paroissiens de Férel sont ici aujourd’hui, près d’une centaine. Ils sont conduits par le Vicaire, M. l’abbé Guyot, nom cher aux congrégations fondées par le Bienheureux de Montfort, C’est lui qui dit, le matin, la messe des travailleurs et qui les accompagne partout dans la journée. Comme ancien pèlerin de Jérusalem, il s’intéresse particulièrement à tous les détails de la pieuse entreprise. Le travail est actif autour du Prétoire et autour de la Grotte.

M. le Curé, si dévoué à notre œuvre, a dû être content le soir, en apprenant comment la journée avait été si bien remplie.

Nous n’oublions pas, ici, le cantique si bien chanté de Notre-Dame-de-Bon-Garant, dont la légende est si gracieuse et que tous les habitants de Férel invoquent comme leur protectrice spéciale.

Ce même jour, plusieurs villages de la paroisse de Pontchâteau ont fourni des charrettes pour le transport des pierres et du sable. Ce sont les villages de la Jouberaie, de Beaulieu, d’Epart et de Cottrais.

27 Mars. — Paroisse de Saint-Roch

Les habitants de Saint-Roch sont fidèles aux anciennes traditions. Ils aiment le Calvaire et sont pleins de confiance dans l’intercession du Bienheureux.

Aussi se sont-ils empressés de répondre à l’appel qui leur a été fait. Saint-Roch qui est aujourd’hui une belle et bonne paroisse faisait partie, il y a peu de temps encore, de celle de Pontchâteau. Il ne faut pas s’étonner si nos travailleurs d’aujourd’hui fraternisent si bien, avec les habitants de quelques villages de la paroisse de Pontchâteau même, qui sont venus se joindre à eux. Ce sont les villages de la Moriçais, de Beaumare, de Beaulieu, des Caves, qui ont amené leurs attelages pour transporter le sable et la pierre.

Le travail est actif partout, mais semble s’animer encore, quand apparaît, dans l’après-midi, M. le Curé de Saint-Roch, non seulement pour encourager ses paroissiens, mais pour mettre avec eux la main à l’œuvre.

Bonne journée pour nous sans doute, mais aussi, nous le savons, pour le Pasteur et pour le troupeau.

31 Mars. — Paroisse de Donges

Nous avions salué, avec une satisfaction particulière, dans notre dernier numéro, les travailleurs de Donges. Ils étaient venus nombreux, malgré le temps qui paraissait menaçant le matin ; et ils s’en étaient retournés si contents et si joyeux! Mais combien d’autres hommes de cette grande paroisse exprimaient hautement leurs regrets de n’avoir pas été de cette journée. Il a fallu une nouvelle convocation. Et voici un nouveau bataillon de Dongeois, aussi nombreux que le premier, arrivant sous la conduite de M. l’abbé Dautais, vicaire de la paroisse.

C’est aujourd’hui qu’on va pouvoir juger de l’effet que produira la voûte de notre Grotte. La première partie est terminée.

Les travailleurs emploient la matinée à retirer la quantité énorme de bois qui a tenu lieu d’échafaudage. Il faudra tout le replacer, ce soir, pour l’exécution de la seconde partie. Ce travail est accompli, par les Dongeois, dans un ordre parfait.

M. Gerbaud a pu constater que rien ne manque à la solidité de sa construction, et tous le félicitent en jugeant par ce que l’on a déjà sous les yeux de ce que sera l’ensemble.

On remarque parmi les travailleurs plusieurs vieillards, dont l’un a présents tous les souvenirs de la dernière restauration du Calvaire en 1821, qu’il rappelle en détail. C’est ainsi que se conservent les traditions. La paroisse de Donges qui avait pris part aux travaux de 1821, en souvenir du bon Père de Montfort, vient de s’assurer de nouveau sa protection, par les deux excellentes journées qu’elle nous a données.

5 Avril. — Paroisse de Nivillac.

C’est la grande paroisse morbihannaise de ce côté de la Vilaine. Aussi a-t-elle tenu à être bien représentée. Deux cents travailleurs ! Un bon nombre a fait la route à pied, et même quelques-uns à jeun (six lieues). Et ils sont là, dès le matin à sept heures, entendant la messe dite par M. le Recteur. M. l’abbé Lelarge est aussi venu apporter le précieux concours de sa voix pour le chant des cantiques, et en même temps le concours de ses bras pour le travail. Car on chante et on travaille, et avec une ardeur qui ne laisserait pas supposer la fatigue de la longue route faite le matin.

Mentionnons pourtant ce fait : Vers onze heures, on vit un des travailleurs s’appuyer péniblement sur un des rochers qui entourent la Grotte. Croirait-on que ce brave breton rentré tard, la veille, d’un autre voyage, à la maison, n’ayant pas dormi, de peur de manquer le départ pour le Calvaire fixé à deux heures, puis arrivé ici, suivant les autres à la Chapelle pour entendre la messe et ensuite sur la lande, était resté à jeun jusqu’à cette heure?

Nous ne saurions dire tout le travail accompli. Le cours du Cédron est prolongé, plusieurs énormes blocs de pierre mis en place. M. le Directeur des travaux témoigne sa satisfaction. Le vénérable Recteur, de son côté, paraît enchanté de cette journée.

Le soir, au salut solennel, on n’entend pas sans émotion ces deux cents voix d’hommes chanter ce refrain qu’ils ont redit bien des fois :

Je n’ai qu’une âme

Et je veux la sauver !

7 Avril. — Paroisse de Crossac

Après une première convocation générale de sa paroisse, et deux autres partielles déjà faites, M. le Curé a bien voulu encore une fois faire appel au bourg et à quelques villages, la Haie, Bosla, etc. C’est avec la même bonne volonté que ses paroissiens y ont répondu. Sa visite, dans la soirée, est accueillie avec la satisfaction la plus marquée. Il est là quand ses braves travailleurs dégagent la seconde partie de la Grotte dont la voûte est terminée; et comme on peut désormais juger de l’ensemble, l’appréciation qu’il en fait ne peut être indifférente ni à M. le Directeur des travaux, ni à nous.

Quant aux paroissiens de Crossac, nous n’avons qu’à leur souhaiter pour récompense de continuer d’être les privilégiés du bon Père de Montfort, comme ils aiment à se nommer.

11 Avril. — Paroisse de Missillac.

C’est un nom déjà inscrit sur notre liste. C’est la troisième section de cette grande paroisse convoquée par M. le Curé.

Des travailleurs, nous dirons tout en affirmant qu’ils se sont montrés, en tout, dignes de leurs devanciers des deux premières sections.

Personne n’ignore dans la contrée quelle union existe à Missillac, pour le bien de tous, entre l’autorité religieuse et l’autorité civile.

Nous remercions M. le marquis de Montaigu et M. le Curé, d’avoir bien voulu montrer, en venant ensemble prendre part à cette journée, qu’ils étaient aussi unis dans les mêmes sentiments de sympathie pour notre œuvre.

12 Avril. — Paroisse de S.-Joachim

Quels vaillants hommes que ces bons Briérons de S.-Joachim. Voyez-les plutôt, commandés par M. l’abbé Pabois, qui certes ne ménage pas sa voix, tirer à la chaîne avec ensemble. Il n’y a pas de rocher qui puisse résister.

S’ils sont au travail dignes d’éloges, ils n’édifient pas moins par leur foi et leur piété.

A la visite, qui se fait après-midi au Prétoire, ils demandent eux-mêmes à monter tous ensemble la Scala Sancta à genoux. C’est l’avant-veille du jour où Jésus teignit de son sang les degrés de l’escalier de Pilate.

Quels sentiments profonds de dévotion à la Passion du divin Maître, Montfort a su imprimer dans les âmes, autour de son Calvaire !

Tout le monde remarque dans cette journée un bon vieillard de 81 ans. Il a fait, ce matin, trois lieues à pied et ne reste pas inactif. Quand on l’aborde il tire en souriant de sa poche un petit livre bien maculé, bien usé. La date d’impression est du milieu du siècle dernier, mais le vieillard tient à montrer une note, où l’auteur du livre déclare qu’il l’a écrit près du tombeau de Notre Seigneur à Jérusalem en 1654. Le petit livre est illustré de vieilles gravures sur bois qui n’ont rien d’artistique. Mais avec quel contentement son heureux possesseur vous montre la grotte de Gethsémani, le torrent de Cédron, la pierre des Apôtres ! Surtout, avec quel accent de foi, il ajoute : « C’est mon petit livre à moi, je n’en lis pas d’autres. Mais dès que j’ai un peu de temps, je prends mon petit livre. C’est si beau de voir là, tout ce que le bon Dieu a fait pour nous ! »

N° 9 Juin 1892

Fête du 6 Juin 1892 au Calvaire de Pontchâteau : Bénédiction de la Grotte de l’Agonie

Les lecteurs de l’Ami de la Croix, savent que le Bienheureux Montfort avait conçu lui-même le projet de transformer la lande de la Madeleine, à Pontchâteau, en une autre Jérusalem, où seraient représentés tous les grands faits de la Passion de l’Homme-Dieu. L’année dernière, presque à la même époque, avait lieu l’inauguration du monument représentant le Prétoire de Pilate, où l’on voit le groupe de la Flagellation, œuvre du sculpteur nantais J. Vallet, qui fait l’admiration de tous les connaisseurs. Cette année, c’est une représentation du Jardin des Oliviers, avec sa Grotte de l’Agonie qui va être offerte à la piété des pèlerins. On y verra le Torrent du Cédron, le Rocher des Apôtres, où Pierre, Jacques et Jean s’endormirent, pendant que leur Maître priait, l’emplacement de la trahison de Judas.

La Grotte, nouvellement construite, est une reproduction aussi fidèle que possible de la vraie Grotte de Gethsémani. Elle a environ douze mètres de profondeur, sur cinq ou six de largeur. Trois gros piliers soutiennent la voûte.

Elle semble creuser dans le flanc de la colline; mais toutes les pierres qui en forment les parois et dont plusieurs sont des blocs énormes, ont été amenées et placées là, à force de bras, sans qu’on ait eu recours aux machines perfectionnées.

Tout ce grand travail a été dirigé avec autant d’habileté que de dévouement par un excellent chrétien de la Ville de Nantes, M. A. Gerbaud, ancien zouave pontifical, ancien pèlerin de Jérusalem.

Trente paroisses environ y ont pris part, et nous ont envoyé tour-à-tour plus de trois mille travailleurs volontaires. Ceux qui ont été témoins de ce qui s’est passé, ici, depuis plusieurs mois, ont pu se croire transportés aux jours où Montfort lui-même animait de sa grande voix celte solitude et y construisait son Calvaire. C’était le même élan, la même ardeur, la même foi. C’était le chant des mêmes cantiques, qu’il composa ici-même, et qu’il faisait redire à ses travailleurs. C’était la récitation du Rosaire telle qui l’apprit autrefois aux habitants de cette contrée. C’est ce spectacle qui inspirait à Sa Grandeur Mgr l’Évêque de Nantes, fixant la date de notre fête au 6 juin, la pensée d’écrire ces lignes :

« Je ne doute pas que ce jour-là surtout Notre-Seigneur ne se plaise à répandre ses plus précieuses bénédictions sur toute l’assistance, mais très spécialement sur ces milliers d’hommes qui sont venus, avec tant de zèle et de foi, travailler à la construction d’un édifice sacré entre tous et dont chaque pierre redira aux générations futures que même à la fin de notre XIXème siècle il s’est rencontré dans nos régions do fermes et vaillants chrétiens dont le cœur ne s’est laissé ni troubler, ni amollir par le souffle mauvais de l’impiété contemporaine. On ne saurait trop les en féliciter. »

Ceux qui ont été au travail et à la peine, doivent être aussi à l’honneur.

A la grande procession du 6 juin, tous les travailleurs, portant une décoration spéciale (Croix rouge de Jérusalem sur fond blanc), formeront une escorte d’honneur à la statue de Jésus agonisant qui sera portée triomphalement à la novelle Grotte de Gethsémani.

DISPOSITIF DE LA FÊTE

Toutes les paroisses, qui ont pris part aux travaux du Jardin des Oliviers, tiendront à venir à la fête du 6 juin avec croix et bannières.

Le matin, à 10 heures 1/2.

Messe à la Scala Sancta.

Allocution par le R. P. Cerisier, missionnaire de l’Immaculée-Conception de Nantes.

Bénédiction des deux statues de Jésus agonisant et de l’Ange consolateur.

Le soir, à 1 heure 1/2.

Procession générale.

Les deux statues sont portées en triomphe de la Scala à la Grotte.

Allocution par le R. P. Breny, de la Compagnie de Marie.

Bénédiction de la Grotte.

On retournera à la Scala pour le salut du Très Saint-Sacrement.

N. B. On imprime, en ce moment le petit Manuel du Pèlerin, spécial pour la fête du 6 juin. Outre le dispositif de la Fête, il contient tous les cantiques qui seront chantés tant à la cérémonie du matin, qu’à celle du soir. Deux de ces cantiques ayant pour titre : Le Cœur de Jésus agonisant, et Jésus au Jardin des Olives, dont les paroles sont du P. Montfort lui-même, ne se trouvent pas dans les autres recueils.

Travaux au Jardin des Oliviers

Nous tenons à rendre hommage à toutes les paroisses qui ont apporté à cette œuvre un si généreux concours.

C’est bien là que les derniers invités ont les mêmes droits que ceux qui ont été appelés les premiers.

Nous le disons surtout pour ceux qui voudront bien répondre à notre appel jusqu’au dernier moment. Notre grande fête du 6 juin approche ; et il reste encore beaucoup à faire.

Nous avons dès aujourd’hui à enregistrer les noms de trois paroisses qui n’avaient pas encore paru : Besné, Guenrouët et Bouvron.

21 Avril. — Paroisse de Besné.

Besné n’est pas très éloigné du Calvaire. Ses habitants peuvent y venir sans perdre de vue leur clocher qu’ils aiment bien et qu’ils ont bien des raisons d’aimer. Si le Calvaire a son Bienheureux,

Besné a ses saints, Saint Friard et Saint Second, dont il garde les tombeaux, depuis des siècles.

La paroisse de Besné travaille en ce moment même à la construction d’une église, véritable monument qui attestera aux âges suivants sa piété et sa reconnaissance envers ses saints protecteurs. Mais, un appel fait à cette religieuse paroisse, au nom du B. Père de Montfort, ne devait pas moins être entendu.

M. le maire de Besné, lui-même, était à la tête de l’escouade de travailleurs qui nous arriva le 21 avril.

Le travail fut très actif, dans toute la journée.

Dans la soirée, M. le Curé parut au grand contentement de tous, et voulut bien donner lui-même, avant le départ, le salut du Très Saint-Sacrement.

25 Avril. — Paroisse de Guenrouët.

Encore une paroisse qui a de grands sacrifices à faire, en ce moment, pour la construction de son église, après avoir déjà construit ses écoles libres, et qui cependant a voulu apporter son concours à nos travaux du Calvaire.

Il y a 20 kilomètres de Guenrouët au Calvaire. M. l’abbé Avenard les avait franchis, à pied, de bonne heure, pour être prêt à offrir le Saint Sacrifice de la Messe, dans notre chapelle, à l’arrivée dos travailleurs. On le verra, pendant toute la journée, au fort de la mêlée. Certes, il se fit ce jour-là, un travail considérable.

Il faut dire aussi qu’il fut facilité par la venue d’un certain nombre de bons paroissiens de Sainte-Reine, du village de Cusia, qui avaient amené jusqu’à cinq charrettes pour transporter les terres extraites du lit du Cédron, autour de la Grotte.

M. le Curé de Guenrouët donna le dernier complément à cette bonne journée, en présidant à la Chapelle, le pieux exercice du soir.

26 Avril. — Bouvron.

Bouvron est trop éloigné du Calvaire, pour qu’on ait pu songer à y venir à pied pour donner une journée de travail. Quelques-uns ont pris le chemin de fer, jusqu’à la ville de Pontchâteau. Le reste arrive en vingt chars-à-bancs requis dans toute la paroisse à cet effet, pour cette journée.

Les deux vicaires sont à la tête de cette vaillante troupe. L’un d’eux dit la Sainte Messe, dès que tous sont réunis.

Tous les deux paient grandement de leur personne pendant la journée entière.

On devine aisément quel travail dut se faire. De beaux blocs de pierre vinrent compléter la façade de la Grotte. Le lit du Cédron fut creusé plus profondément. Sainte-Reine nous avait encore envoyé du secours, ce jour-là. C’étaient les bons habitants du village de l’Organais, qui avaient amené leurs charrettes pour transporter la terre.

Un épisode de cette journée demande à être rappelé.

Dans l’après-midi, à l’heure où le travail était le plus actif autour de la Grotte, l’attention de ceux qui s’y trouvaient fut attirée vers le Calvaire. Un groupe d’une trentaine de jeunes hommes, ayant à leur tête quelques ecclésiastiques, y montaient en chantant l’Hymne à la Croix. Après une courte station sur la plate-forme, on les vit descendre à la Chapelle du pèlerinage, puis à la Scala, et de là se diriger vers le Jardin des Oliviers.

Or, voici ce qui se passait, au moment même où ils arrivaient. Les travailleurs de Bouvron avaient chargé sur un chariot à roues basses, une énorme pierre. Puis se mettant aux câbles, ils l’avaient amenée, sans trop de difficultés, à environ cent mètres de la Grotte. Mais, là, ne faisant pas attention que la terre était fraîchement remuée, et qu’on venait d’y combler un fossé, ils voient tout à coup le chariot s’enfoncer, les roues disparaissant presque à moitié. Vains sont les efforts réitérés pour sortir de là. Celui qui marchait à la tête du groupe dont nous venons de parler n’eut qu’à faire un signe. Soixante mains vigoureuses de plus avaient saisi les câbles. L’obstacle était franchi, et en un clin d’œil, l’énorme pierre se trouvait à la place qui lui avait été marquée.

Plus tard seulement, nous apprîmes que ces jeunes hommes appartenaient à l’élite de la société nantaise. Pourquoi et comment ils se trouvaient là, nous n’avons pas à le dire. Celui qui les conduisait n’était autre que le R. P. du Lac, de la Compagnie de Jésus.

Excellente journée, qui se termina comme à l’ordinaire, à la Chapelle, par la piété.

Depuis la fête de notre Bienheureux, notre Directeur des travaux prend un congé de quinze jours. C’est avec la pensée de remettre la main à l’œuvre, avec plus d’activité que jamais, après cette suspension momentanée.

Mais en attendant cette reprise des travaux, dont nous ne pourrons rendre compte désormais, qu’après notre fête du 6 juin, nous ne pouvons passer sous silence la bonne volonté dont a fait preuve une paroisse, qui, du reste, s’est toujours montrée très dévouée à l’Œuvre du Calvaire. Nous voulons parler de la Chapelle-des-Marais.

M. le Curé avait bien voulu convoquer son monde, pour le mercredi 4 mai. Mais, ce jour-là, la pluie tombait en abondance le matin, et semblait devoir continuer à tomber. L’avis presque général fut de renvoyer à un autre jour. Mais, une dizaine de braves vinrent au Calvaire et fournirent, dans la soirée, une tâche considérable. Le lendemain, il n’y avait pas de convocation nouvelle, que fallait-il faire? Une nouvelle escouade d’une dizaine de travailleurs vint offrir ses bras; et il en fut de même le surlendemain.

Mais nous savions que les habitants de la Chapelle-des-Marais attendaient un second appel. Il leur a été fait. Ils sont aujourd’hui au nombre de soixante. Ils ont l’honneur d’ouvrir cette dernière campagne dans laquelle, nous l’espérons, les travaux seront menés à bonne fin et achevés pour le jour de l’inauguration du Jardin des Oliviers.

N° 10 Juillet 1892

Fête au Calvaire de Pontchâteau – 6 Juin 1892

C’est le jour annoncé, attendu au Calvaire, pour le triomphe de Jésus agonisant, et qui doit être aussi un jour de triomphe pour son pieux serviteur Montfort.

Les Préparatifs

Rien n’a été négligé dans la précédente semaine pour compléter les préparatifs de ce triomphe.

Il faut voir tout d’abord notre Jardin des Oliviers, qui attend aujourd’hui même son Hôte divin. Il nous a été permis de mettre à contribution les bois voisins, et nous avons pu lui donner ainsi cette ceinture verdoyante qui l’a fait changer d’aspect. Sur les flancs de la colline à laquelle est adossée la grotte de l’Agonie surgissent comme par enchantement de jeunes pins dont la verdure fait mieux ressortir les contours sévères des rochers. A l’intérieur, et à l’extérieur même de la grotte, quelques touffes de mousse et de sedum, semées çà et là, lui donnent déjà un certain air de vétusté qui lui sied bien.

Dans la vallée, le torrent du Cédron, inachevé encore, fait cependant bonne figure avec ses bords et son lit caillouteux, qui rappellent ce paysage de pierres, dont parle Chateaubriand, dans son itinéraire à Jérusalem. On ne s’étonnera pas de le trouver desséché, dans les jours où nous sommes, si l’on se rappelle ce que les relations nous disent du vrai Cédron. Des joncs marins, quelques iris aux longues feuilles, des arums lui donnent une fraîcheur suffisante.

L’entrée du jardin est marquée par deux stèles ou colonnes de près de cinq mètres de hauteur. Les inscriptions qu’on y lit ne sont autres que la traduction en français de l’Evangile de St Luc, où est retracée toute la scène du jardin des Oliviers, depuis l’entrée de Jésus avec ses apôtres jusqu’à sa sortie après la trahison de Judas, alors qu’il s’est livré lui-même aux mains de ses bourreaux.

St. Luc est le seul des Evangélistes qui nous parle de l’Apparition de l’Ange et de la sueur de sang. Les cadres qui portent cette inscription, en bois de bouleau brut, s’harmonisent très bien avec les rochers de la Grotte et du Cédron.

De là, le regard embrasse d’un seul coup-d’œil toute l’étendue de la lande entourée d’une double rangée de mâts surmontés d’oriflammes qui indiquent le parcours de la grande procession du soir. Aux deux extrémités, le Prétoire et le Calvaire sont également pavoises.

Sur la route, les deux entrées de la voie de procession sont ornées d’ares de triomphe. Le premier dresse ses tours aux baies ogivales presque en face de la maison des Pères. C’est seulement avec le buis, la bruyère et la mousse que les enfants de l’Ecole Apostolique sont venus à bout de ce travail plein d’élégance et de fraîcheur.

L’autre arc de triomphe, plus sévère, apparaît non loin du légendaire Moulin de la Madeleine. Ses tours crénelées qui semblent noircies par le temps rappellent bien une des entrées sinon de la Jérusalem antique, du moins de Jérusalem conquise et fortifiée par les Croisés. C’est l’œuvre du Grand-Séminaire d’Haïti.

Tous les préparatifs dont nous venons de parler s’achevaient avec beaucoup de joie et d’entrain, lorsque nous fut apportée une nouvelle qui ne laissa pas que d’exciter dans tous les cœurs les plus vifs regrets. Monseigneur l’Evêque de Nantes, d’après l’ordre formel des médecins, partait pour les eaux de Royat : « A mon très grand regret, écrivait-il lui-même, je serai privé du bonheur de présider voire belle cérémonie à laquelle je souhaite tout l’éclat et tout le succès possible. »

Il ajoutait quelques mots attestant sa grande confiance dans l’intercession de notre Bienheureux, demandant qu’on le priât bien pour lui. Ce ne sont pas seulement ceux à qui s’adressait plus particulièrement cette demande, mais tous ses chers diocésains réunis si nombreux le 6 juin au Calvaire, qui ont prié, de tout cœur, pour l’affermissement complet d’une santé si chère.

C’est M. l’abbé Marchais, vicaire-général, que Monseigneur a bien voulu déléguer lui-même pour le représenter au milieu de nous.

L’arrivée des paroisses.

L’heure de la cérémonie du matin n’est pas encore venue; mais déjà les diverses processions des paroisses, croix et bannières en tête, arrivent sur tous les chemins qui aboutissent au Calvaire. Elles se sont annoncées par leurs chants ; car c’est chantant et en récitant le Rosaire que toutes ont l’ait deux, trois, quatre lieues et plus.

Les paroisses les plus éloignées ne sont pas en retard. Ainsi Férel occupe, une des premières, la chapelle du Pèlerinage pour vénérer les reliques du Bienheureux. Férel est suivi de près par Nivillac, autre paroisse du Morbihan. Il était beau, tout à l’heure, de voir les longues files de sa procession serpenter entre les blés, dans le chemin qui relie la grande route de la Roche-Bernard à celle de Guérande. Nivillac clôturait hier une grande mission. Les RR. Pères Rédemptoristes qui l’ont prêchée ont voulu prendre part à la joie de ce beau lendemain et marchent au milieu des rangs de la procession avec le clergé de cette excellente paroisse. Qu’ils soient les bienvenus au milieu de nous !

Par une autre voie, voici Crossac précédé de sa musique instrumentale habilement dirigée par M. le Vicaire. Toute la paroisse est là. Il n’y a, nous dit-on, que trois ou quatre personnes restées à la garde de chaque village.

Saint-Joachim suit de près avec sa longue, très longue procession. C’est cette paroisse qui offre à Jésus agonisant, pour qui elle a une dévotion spéciale, son Ange consolateur.

D’un autre côté c’est Campbon, Besné, la Chapelle Launay, puis encore la Chapelle-des-Marais, Drefféac, Missillac qui s’avance comme une petite armée, au son de ses tambours et de ses clairons.

Nous ne pouvons signaler ici, toutes ces processions partielles qui n’en formeront qu’une seule ce soir. Toutes vont se masser, sans se confondre grâce au groupement qui se fait autour des bannières, dans le vaste rectangle tracé en face de la Scella. La foule déborde bien au-delà.

Messe à la Scala

C’est alors qu’apparaît, descendant de la Chapelle des Pères à la Scala, le cortège officiel précédé par la musique de Crossac. Il se compose seulement des élèves de l’Ecole apostolique, d’un groupe nombreux de Filles de la Sagesse, du Grand-Séminaire d’Haïti et des prêtres venus en dehors des processions de paroisses.

M. le Vicaire-Général est assisté par le T. R. P. Maurille, supérieur général de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse, par M. le Curé de Saint-Nicolas de Nantes et plusieurs chanoines.

Dès que tous ont pris place sous les coupoles du Prétoire, M. le Curé de Campbon monte à l’autel.

C’est un grand et beau spectacle que le Saint-Sacrifice de la Messe, offert ainsi en plein air devant une foule qu’on peut évaluer à dix ou douze mille personnes, toutes unies dans les sentiments de la même foi. Au son de l’humble clochette, tous les fronts s’inclinent, les mains se lèvent en même temps pour tracer le signe de la croix. L’altitude de tous est profondément recueillie. Le temps aussi est à souhait, très calme et légèrement couvert.

Au commencement de la messe, nous entendons un premier chant en l’honneur du Bienheureux P. de Montfort ; mais bientôt c’est lui-même, c’est sa parole que nous entendons dans son beau cantique : O l’auguste Sacrement... qu’on n’a pas craint de comparer au Lauda Sion de Saint Thomas d’Aquin. C’est la même précision théologique, le même bonheur et la même simplicité d’expressions, malgré la hauteur du sujet, la même onction. C’est sans contredit l’un des plus remarquables et des plus populaires que notre Bienheureux nous ait laissés. Tous l’ont chanté aux jours de la première communion. Nul ne l’a oublié. Il est facile de s’en apercevoir lorsque sur divers points, en même temps, quelques voix en ont fait entendre les premières paroles. C’est vraiment toute la foule qui chante. Dans ce concert de milliers de voix, la mesure, sans doute, est mal gardée ; mais l’effet d’ensemble est beau et saisissant. Ce sont des vagues sonores qui, comme à certains jours celles du bord des mers, se poursuivent, se mêlent, s’entrecroisent sans se briser, et viennent l’une après l’autre expirer doucement au pied de l’Autel eucharistique.

Allocution du R. P. Cerisier

Le Saint-Sacrifice de la Messe terminé, le R. P. Cerisier apparaît au sommet de la Scala. Je comprends qu’il ne sente pas le besoin de recourir à un texte pour indiquer son sujet, il n’a qu’à tendre la main et à montrer à la foule le groupe saisissant qui est là sous ses yeux : l’Agonie de Jésus.

Prenant le premier la parole dans cette journée, il croit devoir commencer par rendre hommage à tous ceux qui ont contribué à la préparation de cette magnifique fête. Honneur et gloire à celui qui le premier a conçu le projet de reproduire en ces lieux les scènes si touchantes de la Passion du Sauveur. Honneur et gloire au Bienheureux Montfort ! Honneur à ses fils, si fiers de se conformer aux désirs du bien-aimé Père ! Honneur à cet homme si intelligent et si dévoué qui, après avoir combattu pour l’Eglise et pour la France, est heureux de consacrer, ici, ses loisirs à glorifier Jésus crucifié ! Honneur à tous ceux qui l’ont aidé, à ces vaillantes populations qui n’ont craint ni peine ni fatigues, pour transporter les blocs énormes qui forment la sainte grotte ! Honneur à l’artiste qui a tiré de ses mains et surtout de son cœur le chef-d’œuvre que nous avons sous les yeux ! Honneur enfin à la famille1, à la paroisse qui ont fait don des deux statues.

L’orateur rappelle alors d’après l’Evangile les phases diverses de l’agonie du divin Sauveur, les sentiments de crainte, d’ennui, de douleur et de tristesse qui envahissent son âme, au point qu’il dit lui-même : Mon âme est triste jusqu’à la mort ; tristesse qui étreint tellement son cœur qu’elle détermine cette sueur de sang dont le sol de la grotte de Gethsémani est inondé.

Il tient à faire ressortir surtout les causes de cette tristesse, de cette douleur. Ces causes ne sont autres que nos péchés, nos ingratitudes, ainsi que le dit lui-même le B. Montfort dans ce cantique, que tous ont entre les mains et chanteront aujourd’hui :

Jésus voit la mort affreuse….

L’enfance, l’adolescence, la jeunesse, l’âge mûr, la vieillesse ont eu leur part dans ces douleurs, dans cette tristesse. Il n’est donc personne qui ne doive en être touché, y compatir. Et, de fait, nous ne croyons rien pouvoir dire de meilleur à l’éloge du prédicateur, sinon qu’il nous semble bien être interprète fidèle, lorsqu’au nom de tous il fait amende honorable au Cœur de Jésus agonisant.

Il rappelle en terminant comment autrefois Montfort faisait acclamer la croix dans ces lieux et demande à la foule émue de l’acclamer avec lui : Vive la Croix !

Bénédiction des Statues

Ensuite, au milieu d’un religieux silence, M. le Vicaire général revêtu de la chape bénit solennellement les deux statues de Jésus agonisant et de l’Ange consolateur.

La cérémonie du matin est terminée. Pendant que le clergé rentre au Séminaire, la foule se disperse.

Chez les Pères

A midi, les Pères offraient l’hospitalité au Clergé, et à quelques invités. M. l’abbé Marchais, vicaire général, avait à sa droite M. Pahier, maire de Pontchâteau, à sa gauche, M. le Curé de Saint-Nicolas de Nantes. Le T. R. P. Maurille, faisant les honneurs de la table avait à sa droite M. Le Cour, conseiller général de Savenay, à sa gauche M. Corbun de Kérobert, conseiller général d’Herbignac. Nommons encore M. Dubois, conseiller d’arrondissement et adjoint de Pontchâteau, M. le comte de Baudinière, MM. de la Chevasnerie, Gerbaud, Vallet, et, parmi les ecclésiastiques, M. l’abbé Grimaud, supérieur de l’Institution Saint-Charles, au diocèse de Rennes, accompagné à nos fêtes par deux jeunes Haïtiens qui font leurs études dans sa maison et qui nous ont édifiés pendant plusieurs jours par leur piété et leur excellente tenue.

A la fin du repas, le R. P. Barré, supérieur du Séminaire, prend la parole, et prie M. le Vicaire Général de vouloir bien transmettre à sa Grandeur ses regrets, les regrets de tous, en même temps que leurs vœux pour le parfait et complet rétablissement de sa santé. Puis, il adresse ses remerciements à M. l’abbé Marchais lui-même, à M. Pahier, maire de Pontchâteau, à tous MM. les Curés de la contrée. Il tient à dire bien haut à ceux-ci, que l’Œuvre du Calvaire est leur œuvre, puisque ce sont eux qui la réalisent, en venant ici, comme on les a vus venir, dans le courant de cette année, à la tête de leurs chrétiennes et vaillantes populations. Il félicite aussi M. Gerbaud, l’habile et dévoué directeur des travaux de la Grotte, M. Vallet, l’éminent artiste.

M. le Vicaire Général exprime les regrets que Sa Grandeur Mgr l’Evêque de Nantes éprouve de ne pas assister â cette belle fête. Mais sa pensée plane ici partout, dit-il, dans cette journée, et y préside en réalité.

Puis, s’adressant en particulier au R. P. Supérieur, il le remercie à son tour d’avoir préparé avec tant de zèle, de nous avoir procuré à tous le spectacle si réconfortant que nous avons sous nos yeux. Parfois, aux jours où nous sommes, on serait tenté de douter de l’avenir. Les contrées les meilleures, sans doute, ne sont pas complètement à l’abri du vent de scepticisme et de matérialisme qui souffle partout, menace de tout envahir et défaire disparaître l’antique foi. Mais non, le fonds n’est pas atteint. Ce n’est à la surface, qu’une poussière. Un jour, le souffle de Dieu passe et emporte cette poussière et l’on voit que les fils ne sont pas dégénérés de leurs pères.

M. l’abbé Marchais s’unit ensuite au R. P. Supérieur pour remercier, dans les termes de la plus exquise délicatesse, tous ceux qui ont concouru à l’éclat de cette fête, directeur des travaux, artiste, simples travailleurs. Et il porte un toast à l’épanouissement complet, au plein succès de l’Œuvre du B. Montfort au Calvaire.

Nous n’avons pas à louer la parole de M. le Vicaire-Général, mais c’est un devoir pour nous de dire qu’elle a été, à plusieurs reprises, vivement applaudie.

1La statue de Jésus agonisant est un don de Mme la Comtesse de Montaigu.

La Procession.

Au dehors, déjà s’organise la grande procession. Le point de départ est la Scala Sancta où reste exposé le magnifique brancard sur lequel apparaît le groupe de Jésus agonisant. C’est là que se réunit le clergé qui doit le suivre immédiatement. En même temps, les paroisses se sont groupées autour de leurs bannières, d’après l’ordre indiqué, dans tout l’espace qui s’étend de la Scala à la maison des Pères et sur la route qui monte au Calvaire, tandis que les hommes portant la décoration des travailleurs se sont aussi réunis par paroisses, en arrière de la Scala, pour être appelés successivement à l’honneur qui leur est réservé.

Au signal donné, tout s’ébranle. La fanfare de Missillac, la musique instrumentale de Crossac jettent leurs notes vibrantes dans les airs, le chant des cantiques pieux retentit partout à la fois, les croix brillent au soleil, les bannières et les oriflammes flottent au vent. Quarante hommes, et ce sont les travailleurs de Pontchâteau qui les premiers sont appelés à cet honneur, ont soulevé sur leurs épaules le brancard de Jésus agonisant. Vingt autres l’entourent, portant de riches étendards. C’est un spectacle vraiment grand, surtout édifiant, car tout y porte le cachet d’une foi vraie, d’une piété profonde. Ce spectacle a quelque chose de particulièrement intéressant quant au Calvaire on voit ce fleuve humain monter et descendre sans interruption les soixante-deux marches des longs escaliers.

Nous avons signalé les étendards ou bannières qui entourent Jésus agonisant. Il en est une qui attire particulièrement les regards, portée par M. Gerbaud, au milieu d’un groupe de travailleurs. Elle a son histoire, que nous nous faisons un devoir de donner textuellement d’après l’Espérance du Peuple, qui l’a recueillie avant nous : C’est la reproduction exacte de la célèbre bannière du Sacré-Cœur qui, au champ de Patay, a si fièrement flotté devant l’ennemi. Cette nouvelle bannière a été brodée par Mlle Henriette de Charette et donnée par le Général à son ancien zouave, en témoignage particulier d’estime et de reconnaissance. Il y a trois ou quatre ans, lors du premier pèlerinage français à Rome, M. Gerbaud avait porté cette bannière dans la basilique de Saint-Pierre, et le cardinal Langénieux avait attiré sur elle l’attention du Saint-Père, qui, en souvenir des zouaves pontificaux, a daigné la bénir et la baiser.

M. Gerbaud était là à l’honneur. C’était juste et il était juste que ses travailleurs y fussent tous aussi. Cependant le cortège de Jésus agonisant avait atteint les hauteurs de la lande et approchait du but.

C’est alors que le Père chargé de régler les pauses et le changement des porteurs se voit pressé de réclamations nombreuses apportées soit par un notable de la paroisse, soit par le Pasteur lui-même : « Nous n’avons pas encore été appelés, notre tour ne viendra pas. »

Il fallut, en effet, multiplier les pauses pour satisfaire l’empressement, le désir de tous. Et quand on arriva à l’entrée de la Grotte, deux mille hommes, au moins, avaient courbé leurs épaules sous le pieux fardeau. Un grand nombre d’autres durent se contenter de l’honneur équivalent de porter tour à tour les bannières du cortège.

Au Jardin des Oliviers. — Sermon du R. P. Brény.

La foule s’est accrue notablement depuis ce matin. On le voit, ici surtout, maintenant qu’elle remplit toute la vaste enceinte du Jardin des Oliviers. Un curieux bien placé près du Calvaire disait tout a l’heure : « J’ai compté, à diverses reprises, combien de personnes, par minute, descendent cet escalier. J’arrive toujours, approximativement, à la centaine, et voilà cinq quarts d’heure que cela dure, et ce n’est pas encore fini. » Ce seraient donc huit mille personnes environ qui auraient fait processionnellement l’ascension du Calvaire. Nous ne croyons pas exagérer en fixant à peu près au même chiffre le nombre de ceux qui formaient la haie sur tout le parcours et de ceux qui, pour diverses raisons, sont restés au pied du Calvaire. C’est cette double foule qui est réunie, en ce moment, au Jardin des Oliviers. Le sommet même de la Grotte est envahi. Le R. P. Brény a peine à se frayer un passage pour y arriver. C’est de là que nous allons l’entendre.

Rappelant le monument élevé par Josué après le passage du Jourdain, l’orateur se pose à lui-même la question que Josué avait prévue de la part des descendants d’Israël : Quid sibi volunt lapides isti! Que veulent dire ces pierres, les rochers qui forment cette grotte?

Il y voit : Un souvenir, un témoignage, une promesse.

Ce souvenir est fait des paroles tombées des lèvres divines, dans cette dernière soirée au Jardin de Gethsémani, après la Cène, dernières instructions du Maître à ses chers disciples et qui résument tout le dogme, toute la morale évangélique. Ce souvenir est aussi fait de l’exemple de toutes les vertus donné là, par le môme Maître divin : Humilité, patience, douceur, soumission à la volonté de son Père, charité incompréhensible envers le traitre lui-même. Enfin ce souvenir c’est celui du Bienfait suprême. C’est là qu’est accepté le calice cl y est assurée définitivement notre rédemption.

Au souvenir du Maître divin l’orateur ne craint pas de joindre le souvenir de l’humble mais fidèle serviteur. Montfort n’a-t-il pas trouvé, ici même, son jardin de Gethsémani, où il accepta héroïquement un calice des plus amers?

Ces pierres sont, en second lieu, un témoignage, Elles témoignent du dessein de Dieu sur ce coin de terre, sur cette lande, dessein révélé autrefois à Montfort : Dieu veut que la Passion de son divin Fils soit, ici, spécialement glorifiée — Dieu le veut ! Ces pierres témoignent aussi et témoigneront dans la suite des âges de la foi bretonne qui en a fait ce pieux monument. C’est là que le R. P, Brény rend à son tour un hommage aussi senti que mérité, à nos vaillantes phalanges de travailleurs, à leur vaillant chef, M. Gerbaud.

Enfin, il y a là une promesse : Promesse du secours de Dieu pour la continuation de cette Œuvre grandiose. Car le doigt de Dieu est là ! Digitus Dei est hic.

Appel à toutes les bonnes volontés qui peuvent el doivent y concourir.

Promesse aussi de nouvelles grâces. La Grotte de Gethsémani est une source nouvelle ouverte pour l’effusion de ces grâces et bénédictions sur toute la contrée.

On comprendra que nous regrettons de ne pouvoir donner qu’une analyse bien pâle d’un discours dans lequel l’ardent missionnaire a dépensé si largement intelligence et cœur pour une Œuvre qui lui est chère à plusieurs titres, et à laquelle il s» montre si dévoué.

Nos lecteurs auront remarqué que nous nous sommes contentés d’enregistrer les éloges adressés à l’artiste qui nous a donné, après le groupe de la Flagellation, celui de l’Agonie de Jésus, objet extérieur du triomphe de cette journée. Nous voulions le voir, à la place qui lui était destinée. Il y est, et plus on le considère, plus on voit que l’artiste chrétien a médité, approfondi son grand sujet. On sait les termes accumulés par les Evangélistes pour exprimer les sentiments du Divin Agonisant : Cœpit pavere et tœdere… Contristari et mœstus esse… La crainte, l’ennui mortel, la douleur amère, la tristesse qui étreint le cœur, tous ces sentiments ont passé sur ce visage adorable ; mais celui qui y est empreint à cette heure, c’est cette tristesse profonde, vaste comme la mer, selon l’expression d’un prophète, et qui va jusqu’à l’abattement. Le Divin Agonissant s’est affaissé sur le rocher, sa tête est retombée sur l’un de ses bras, la main reste pendante. C’est le moment où Dieu le Père envoie du Ciel son Ange. Il apparaît au fond de la Crotte, les ailes déployées. D’une, main, il montre le ciel: Oportuit pati Christum…

Il faut que le Christ souffre, non seulement pour entrer dans sa gloire, mais pour y faire entrer avec lui cette multitude des élus que, de son autre main, penchée vers la terre, l’Ange semble montrer.

Ajoutons que la tristesse empreinte sur tous les traits de Jésus agonisant est divinement touchante, nous allions dire, attirante.

Trois jours après l’inauguration, un jeune pèlerinage accomplissait ses dévotions au Calvaire. C’était un petit pensionnat dirigé par les Sœurs de Sr-Gildas à l’Immaculée-Conception de St-Nazaire. Nous étions à la Grotte lorsque ces enfants y entrèrent. Rien ne les empêchait d’approcher le groupe de très près. Au premier mouvement nous vîmes passer sur tous les fronts l’expression du sentiment de compassion qu’on éprouve à la vue de la tristesse et de la souffrance. Puis, les deux plus rapprochées, des plus jeunes, (7 ou 8 ans), instinctivement avaient saisi l’une des mains du Divin Agonisant et la couvraient de leurs baisers.

Rien ne manque à la nouvelle Grotte pour être un sanctuaire on ne peut plus favorable au recueillement et à la prière. Elle a son autel, don de M. Gerbaud, où pourra être offert, de temps en temps, le Saint-Sacrifice. Il est certain, dès maintenant, en y voyant l’affluence et la piété des pèlerins que la journée du 6 juin a fait faire un grand pas à la réalisation des projets de Notre B. Père de Montfort.

Chronique du mois

Après le récit de notre grande fête, bien peu d’espace nous reste. Nous devons en user tout d’abord pour rendre justice et hommage aux paroisses qui ont répondu avec tant de générosité à notre appel, jusqu’au dernier moment, alors que leur concours nous était d’autant plus nécessaire que le terme approchait.

Le lundi 16 mai, Assérac nous envoyait, des bords de la mer, une nouvelle phalange de travailleurs qui ne le cédait en rien à celle que nous avions vue il y a quelques mois. Elle était dirigée par M. le Vicaire, en l’absence du vénéré Pasteur.

Le mardi 17, Drefféac, si dévoué à l’Œuvre du B. de Montfort, a voulu revenir en aussi grand nombre que la première fois.

Le mercredi 18, deux paroisses limitrophes fraternisaient ensemble. Théhillac avait à sa tête son excellent Recteur. Missillac, nommé pour la quatrième fois, était conduit par M. l’abbé Landau, vicaire, qui, d’après les habitudes que nous lui connaissons, se dépensa largement au milieu de ses braves travailleurs. Le vendredi 19, c’est Herbignac. Nous avons déjà vu les travailleurs d’Herbignac à l’œuvre, M. le Doyen étant présent. Aujourd’hui il a dû déléguer l’un de ses vicaires. De plus, M. Corbun de Kérobert, maire nouvellement réélu, son fils et M. de la Chevasnerie sont là, prenant part à tous les travaux de la journée.

Le lundi 23, deux paroisses, Saint-Dolay, du diocèse de Vannes, et Saint-Lyphard, du diocèse de Nantes, rivalisent d’ardeur pour l’achèvement de nos travaux. Toutes les deux ont déjà beaucoup fait pour notre Œuvre.

Signalons, outre la présence de MM. les vicaires de Saint-Dolay et Saint-Lyphard, celle de l’ancien vicaire de cette dernière paroisse, M. l’abbé Le Cerf, aujourd’hui vicaire à Soudan, heureux de se retrouver au milieu de ceux dont il avait partagé les travaux l’année dernière, au Calvaire. Plusieurs villages de Pontchâteau étaient déjà venus prendre part à nos travaux. Le lundi 28, c’est la ville elle-même qui est représentée par une escouade de travailleurs pleins de bonne volonté.

Plusieurs autres Pontchâtelains n’ayant pu venir ce jour-là, nous ont très opportunément apporté le secours de leurs bras, au moment des derniers préparatifs de la fête.

Le mardi, 31 mai, a été la dernière et incontestablement une des plus belles de ces grandes journées de travail volontaire consacrées à Jésus agonisant.

A quelle heure les cent vingt volontaires de Marzau avaient-ils franchi la Vilaine, distante au moins de quatre lieues? Ils étaient ici dès 5 heures 1/2, pour entendre la messe dite par M. le Recteur.

De son côté, M. le Curé de Besné arrivait, un peu plus tard, également à la tête d’une centaine de travailleurs. Partout, quel entrain et quelle ardeur ! De plus, une paroisse plus éloignée, Massérac accomplissait au Calvaire un pèlerinage de piété, ce jour-là même, sous la conduite de M. le Curé et de trois autres ecclésiastiques. Travaux, prières et chants pieux formaient sur la lande un ensemble des plus édifiants.

Ici se termine le récit de cette campagne glorieuse des travailleurs du Jardin des Oliviers.

Un dernier mot : Le soir même de la fête, entrant dans la Grotte de l’Agonie, après que la foule se fût écoulée, nous aperçûmes un ex-voto déjà scellé presqu’en face de Jésus agonisant. La plaque de marbre portait ces simples mots : Action de grâces. 6 juin 1892. Et pour toute signature : la petite croix de Mentana. Nous comprîmes tout sans peine.

C’était l’accomplissement d’une promesse faite dès le commencement par notre excellent Directeur des travaux, si tout allait bien, sans accident. Et Dieu sait que dans plus d’une circonstance, il eût été difficile de ne pas voir une protection spéciale sur nos bons travailleurs.

Notre registre des recommandations et des actions de grâces est là, ainsi que notre correspondance. Les récits intéressants de guérisons, de conversions ne manquent pas. Nous sommes obligés de renvoyer tout à plus tard.

La fête terminée, M. le Vicaire général de Nantes adressait au R. P. Supérieur cette question, qui, du reste, était sur bien des lèvres : « Et l’année prochaine, que nous donnerez-vous ? » « Nous ne demandons pas mieux, fût-il répondu, que de marcher en avant et d’entreprendre la voie douloureuse ; mais pour cela des ressources sont nécessaires. » Les lecteurs de l’Ami de la Croix, en faisant connaitre de plus en plus autour d’eux l’Œuvre, les projets de notre Bienheureux Père de Montfort, peuvent certainement beaucoup pour nous les procurer. Ils n’y manqueront pas.

N° 14 Novembre 1892 – La conque du P. de Montfort

Nous aurions dû dire, peut-être, la Corne du P. de Montfort, puisque c’est le terme dont on se sert le plus souvent pour désigner l’objet dont nous voulons parler. Mais, en réalité, c’est une véritable conque marine, gros coquillage univalve, largement évasé. D’une teinte rosée à l’intérieur, l’extérieur est d’une couleur plus sombre.

Le côté opposé à l’ouverture naturelle, et qui se termine en pointe, a été coupé ou limé de manière à former une seconde ouverture dans laquelle un doigt peut pénétrer. C’est en soufflant par cette seconde ouverture qu’on obtient un son bien nourri, et qui, prolongé surtout, se fait entendre au loin.

Aujourd’hui, dans les plus petits ports, c’est le sifflet de la chaudière, un jet de vapeur qui avertit les passagers du moment de l’embarquement. Mais, nous nous rappelons avoir embarqué autrefois, sur une simple chaloupe, dont le patron se servait d’un instrument semblable à celui que nous avons sous les yeux. Quel marin fit cadeau de cette conque au saint missionnaire? Dans quelles circonstances en devint-il propriétaire? La tradition ne nous dit rien à ce sujet. Mais il est certain qu’il s’en est servi, et, notamment ici, pendant la construction de son Calvaire.

Dans cette lande déserte, il n’y avait pas autrefois de cloche pour marquer le commencement, l’interruption, la reprise des travaux; pour annoncer que le missionnaire allait parler ou qu’il allait entonner un cantique. La conque servait à tout cela. Puis, l’ardent missionnaire, pendant les quinze mois que durèrent les travaux du Calvaire, n’avait pas interrompu le cours de ses missions. De Missillac, d’Herbignac, de Camoël, d’Assérac, où il prêcha, dans cet intervalle, il venait, dès qu’il avait un jour libre, visiter et encourager ses chers travailleurs. La conque annonçait qu’il était là, qu’on était sûr de l’y voir et surtout de l’entendre. Enfin, tous savent que Montfort ne prêchait pas l’seulement dans les églises et les lieux consacrés, mais sur les places publiques, sous les halles, dans une grange vide lorsqu’il s’en rencontrait. Traversait-il un village, quelques sons de sa conque en avaient bientôt averti tous les habitants qui se pressaient pour entendre quelque bonne parole d’exhortation ou d’encouragement.

Après cela, il est facile de comprendre que les gens de la contrée tinrent à garder précieusement un objet qui rappelait de tels souvenirs.

En 1748, lors de la première restauration du Calvaire, il est probable que la conque du bon P. de Montfort fut remise entre les mains du P. Audubon, qui, pour surveiller les travaux, séjourna près de deux ans à la maison voisine du Deffais. Il est probable qu’il s’en servit lui-même.

Puis, elle resta déposée dans la chapelle bâtie à cette époque à côté du Calvaire. On l’y voyait encore aux jours qui précédèrent la grande Révolution.

Nous avons raconté ailleurs qu’un jour, pendant la Terreur, des misérables vinrent mettre le feu à cette chapelle. C’est dans cet incendie que disparurent toutes les statues que Montfort avait fait sculpter pour son Calvaire, à l’exception du Christ qui avait été transporté à Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Quant à la conque, nous ne savons si des mains pieusement prévoyantes l’avaient mise auparavant en sûreté, ou si elle fut retirée des décombres après l’incendie. Elle avait déjà passé en plusieurs mains, lorsque M. Vergé, curé de Sainte-Reine, la retrouva dans une maison voisine du Calvaire, au petit village des Métairies. C’était peu de temps avant l’établissement de la résidence actuelle des Pères de la Compagnie de Marie. M. Vergé, qui avait contribué plus que personne à cette fondation, s’empressa d’offrir la précieuse relique aux Enfants du Bienheureux, dès leur arrivée au Calvaire.

Nous la gardons pieusement. De temps en temps, des pèlerins sollicitent la faveur de la voir et même de l’entendre. C’est ainsi qu’elle a dû résonner plusieurs fois, le jour où nous avions le bonheur de posséder les pèlerins de Saint-Laurent-sur-Sèvre.

Voici que le temps approche où les travaux devront recommencer sur la lande de la Madeleine. Il y a encore beaucoup à faire au Jardin des Oliviers, et surtout au torrent du Cédron. Et puis, l’on songe à tracer, à élever au-dessus du sol la Voie douloureuse.

Nous sommes assurés à l’avance de la bonne volonté de tous. Sous quelque forme qu’il soit fait, l’appel sera entendu. Mais, au besoin, nous n’en doutons pas, quelques sons de la conque du bon P. de Montfort, jetés du haut du Calvaire aux échos d’alentour, suffiraient à donner courage aux timides, à réveiller les endormis, s’il ne s’en trouvait jamais.

P.-S. — Nous avons fait allusion à la reprise prochaine de nos travaux. Voici qui montre bien que la bonne Providence ne nous oublie point.

Le R. P. Jérôme, vicaire custodial de Terre-Sainte, depuis quelque temps en France, nous annonce sa visite pour les premiers jours de Novembre. C’est un témoignage de sympathie pour notre œuvre, dont nous lui sommes reconnaissants à l’avance. Nous serons heureux aussi de profiler des conseils, qu’avec sa haute compétence, il voudra bien nous donner, pour l’exécution de nos projets.

Bien des personnes qui s’intéressent au Calvaire, seraient heureuses, nous le savons, d’entendre le Révérend Père nous parler de la Terre-Sainte.

Dès que nous serons fixés sur les jours qu’il peut nous donner, surtout s’il s’y trouve un dimanche, nous ferons de notre mieux pour en donner avis, an moins dans les environs.

N° 15 décembre 1892

Visite au Calvaire du R. P. Jérôme, Vicaire Custodial de terre Sainte

Cette visite, nous l’annoncions à la fin de notre numéro de Novembre. Nul de nos lecteurs n’aura eu de peine à comprendre que nous y attachions un haut prix, une réelle importance.

Le R. P. Jérôme nous est arrivé le Lundi 6 Novembre, au soir. Il était accompagné du R. P. Norbert, lui aussi franciscain de Terre-Sainte et Gardien du Couvent de Tibériade.

C’est après avoir rempli les fonctions de Gardien du Couvent de son Ordre à Bordeaux d’abord, puis à Paris, qu’il y a huit ans, le P. Jérôme était appelé à la charge importante de Vicaire custodial des Saints Lieux.

La Custodie franciscaine de Terre-Sainte compte environ quatre cent cinquante religieux. C’est un véritable gouvernement, dont le siège est au Couvent de Saint-Sauveur, à Jérusalem. Une soixantaine de religieux ont là leur résidence. Ce sont les Gardiens du Saint-Sépulcre, autour duquel, ils veillent jour et nuit. C’est l’usage que tout religieux franciscain arrivant en Terre-Sainte y fasse un nouveau noviciat, qui consiste à demeurer quatre mois entiers au Saint-Sépulcre, sans sortir de la Basilique. Les autres gardiens se relèvent, tous les huit jours.

C’est au couvent de Saint-Sauveur que se trouve l’Eglise paroissiale catholique de Jérusalem. La grande hôtellerie de Casanova, pour les pèlerins latins, y est aussi annexée, et est desservie par les Frères franciscains.

Les autres religieux dépendant de la Custodie sont dispersés sur toute la surface de la Palestine, en un certain nombre de couvents, où ils ont la garde de divers sanctuaires, à Bethléem, à Nazareth, à Tibériade, au Mont-Thabor, etc., etc.

Il est bon de remarquer, en passant, que ce titre de Gardiens donné aux Pères Franciscains de Terre-Sainte, n’est pas pour eux un titre simplement honorifique. Il s’agit, là, d’une garde très effective, qui tient ceux qui la montent, continuellement en alerte, et en éveil, et où l’occasion s’est présentée souvent et se présente encore de faire le sacrifice de sa vie.

Depuis la fondation de la Custodie de Terre-Sainte, l’Ordre de Saint-François compte quatre mille martyrs qui ont répandu leur sang sur cette Terre de Palestine arrosée du sang de Jésus-Christ, et que le Saint Patriarche d’Assise avait tant désiré arroser lui-même de son propre sang. Et tout ce sang a été versé pour assurer aux fidèles la liberté de prier sur le tombeau du Divin Maître, et dans les divers sanctuaires qui rappellent son passage sur la terre.

Depuis longtemps, ce n’est plus du fanatisme musulman, que les Gardiens des Saints Lieux ont surtout à souffrir, ce n’est plus le cimeterre qu’ils ont à redouter. Ce sont surtout les empiétements des schismatiques grecs qu’ils ont à combattre. De ce côté, la lutte est toujours ardente, continue, acharnée. Et, de nos jours encore, on le sait, cette lutte va jusqu’à l’effusion du sang.

Il nous serait facile d’ajouter, ici, bien d’autres détails sur la situation actuelle des Saints Lieux, sur la Ville Sainte en particulier, d’après les communications si intéressantes, qu’ont bien voulu nous faire nos hôtes de quelques jours. Nous y reviendrons peut-être.

Mais le R. P. Jérôme et son compagnon étaient venus ici, pour notre Œuvre à nous, pour notre nouvelle Jérusalem; et c’est d’elle encore plus particulièrement, qu’il a été question, pendant leur court séjour au milieu de nous.

Le P. Jérôme avait eu déjà connaissance de notre projet, ou plutôt du projet de notre Bienheureux Père, par la petite brochure : Le Calvaire du B. Montfort, qui lui était parvenue à Jérusalem même. Il s’y était intéressé par ce qu’on lui en avait dit, depuis son séjour de quelques mois en France. Lui, chargé de recevoir là-bas, nos pèlerins et, en particulier, nos beaux pèlerinages de pénitence, qui malgré tout ce qu’on peut faire ne seront jamais suivis que par un petit nombre de privilégiés, se sentait disposé mieux que personne à accueillir l’idée de faire participer un plus grand nombre d’âmes aux grâces incomparables attachées à la visite des Saints Lieux.

En arrivant ici, il a été frappé de voir comment le site du Calvaire, l’espace dont nous pouvons disposer, les matériaux que nous avons sous la main, tout se prêtait admirablement pour l’exécution du plan qui a été conçu.

Il a donné ensuite son approbation à ce qui est déjà fait. Les distances sont bien gardées. Notre grotte de Gethsémani est aussi ressemblante que possible. Notre Jardin des Oliviers n’a qu’à être entouré et orné de fleurs ; car le Jardin des Oliviers à Jérusalem est aujourd’hui un beau parterre. Le Prétoire qui sert maintenant de caserne aux soldats musulmans, devait présenter autrefois au regard, la belle façade que nous lui avons donnée.

Puis de là, le R. Père nous indique avec une très grande précision, la direction de la Voie douloureuse vers le Calvaire, tous ses détours dans les rues de Jérusalem, l’emplacement de chacune des stations, et ce qui signale chacune d’elles.

Cette voie, il la connaît si bien ! Il l’a parcourue tant de fois! Il rappelle à cette occasion, que tous les vendredis, entre deux et trois heures, les Pères du couvent de Saint-Sauveur, toujours accompagnés d’un certain nombre de fidèles, se rendent au Prétoire, pour faire le Chemin de Croix. Pendant qu’on est à genoux devant la première station qui est dans la cour même de la Caserne musulmane, les soldats gardent un respectueux silence. Bien que les autres stations soient, pour la plupart, dans des rues relativement étroites, le pieux exercice se fait toujours au milieu d’un grand calme et avec, grande édification. Pendant ce temps, toutes les cloches des églises de Jérusalem, font entendre le glas funèbre.

C’était déjà beaucoup pour nous que toutes ces indications si précises et si sûres. Mais, le R. P. Jérôme tient à faire plus pour notre Œuvre. Il nous laisse dès maintenant des Reliques précieuses. Il nous en promet d’autres encore plus insignes. Il nous enverra une pierre de chacune des stations de la Voie douloureuse, qui sera enchâssée, d’une manière très apparente dans chacun des monuments qui représenteront ces mêmes stations sur la lande de la Madeleine. Les quatorze croix aux quelles seront attachées les indulgences de notre Via Crucis, seront faites du bois précieux des oliviers qui, d’après la tradition, ont été témoins de l’Agonie de Notre-Seigneur.

Avant le départ, le R. P. Vicaire Custodial nous dit et nous répète que son grand désir est de voir notre Pèlerinage devenir véritablement une succursale, une annexe du grand Pèlerinage de Jérusalem. II ne doute pas que nous n’obtenions prochainement la faveur de toutes les indulgences si nombreuses, attachées à la visite des Saints Lieux.

Encore un détail avant de terminer : Plusieurs Revues franciscaines datent déjà d’assez loin ; mais la Custodie de Terre-Sainte n’avait pas jusqu’à ces derniers temps d’organe spécial. La Revue de Terre-Sainte, qui comble cette lacune, a commencé à paraître l’année dernière, précisément à la même époque que notre petit Ami de la Croix. Il y aura échange entre nous. La Revue de Terre-Sainte nous apportera, chaque mois, des nouvelles de Jérusalem qui nous intéresseront toujours vivement, et que nous pourrons parfois communiquer à nos lecteurs. Et le R. P. Jérôme en ouvrant l’Ami de la Croix, voudra bien se souvenir du Calvaire du B. Montfort.

Qu’il veuille bien encore nous permettre de lui offrir, ici, de nouveau, l’expression de notre vive reconnaissance, pour les précieux encouragements que nous a laissés son passage au milieu de nous I —

Les RR. PP. Jérôme et Norbert, en ce moment se sont embarqués à Marseille, pour retourner à leur glorieux poste de combat.

Reprise des travaux au Jardin des Oliviers

Après de tels encouragements, personne ne s’étonnera de nous entendre dire que la reprise de nos travaux est pleine d’entrain et de confiance. Elle a lieu aujourd’hui même 22 novembre.

La paroisse de Crossac a toujours été en première ligne pour son dévouement au Calvaire. Il y a deux ans, les hommes de Crossac travaillaient des premiers aux fondations du Prétoire. L’année dernière, ce sont eux qui ont remué les premières pierres qui servent d’assise à la Grotte de Gethsémani. Ce sont eux qui ont encore l’honneur d’ouvrir la série des travaux de cette année.

M. le Curé les avait invités, Dimanche dernier, du haut de la chaire. Ce matin, dès huit heures, ils remplissent notre chapelle pour assister au saint sacrifice de la messe, au nombre de près de cent cinquante. En les voyant ensuite monter au pas la côte du Calvaire, tous la pelle ou la pioche sur l’épaule, tous chantant à pleine voix un air de marche, on se croirait vraiment en présence d’un bataillon redoutable, si on ne le savait pas si pacifique.

Ils offrent un spectacle plus beau peut-être encore, quand après le court repas de midi, on les voit faire le tour de la colline du Calvaire, non plus leurs outils sur l’épaule, mais le chapelet à la main qu’ils récitent tous ensemble, à haute voix.

Mais, il faut aussi les voir au travail. Il s’agissait d’entourer d’un large fossé le Jardin des Oliviers. Là, la terre est facile à remuer, mais de distance en distance, un bloc de pierre se présente en travers. Aucun obstacle ne résiste. Et le soir, le fossé, sur une longueur d’au moins deux cents mètres est terminé, le talus planté d’acacias épineux, qui, au printemps, nous l’espérons, formeront une clôture impénétrable à la pieuse enceinte. La récompense, c’est le beau Salut du Très Saint-Sacrement, donné, le soir, par l’excellent Pasteur lui-même, qui fait aussi vénérer à tous les Reliques du Bienheureux.

N° 16 Janvier 1893

Chronique du mois

Depuis la fête du 6 Juin, jour de l’inauguration et de la bénédiction de notre Grotte de Gethsémani, nous ne pourrions donner une idée de toutes les démonstrations de piété dont elle a été témoin. Il faut dire cependant que, depuis quelques semaines, les pieux pèlerins, en y arrivant, éprouvaient une certaine déception.

Ils n’y voyaient plus Jésus agonisant et l’Ange consolateur. Les deux statues qui étaient simplement moulées en plâtre ont dû disparaître. Elles ont été transportées pour servir de modèles, dans l’atelier de l’artiste qui, en ce moment, sculpte dans la pierre le groupe qui nous restera définitivement.

Mais, la Providence pourvoit à tout. Un désir a été seulement exprimé ; et aussitôt, un pinceau bien connu dans toute la contrée a fait revivre sur la toile, la scène si touchante de la Grotte de Gethsémani.

C’est le moment le plus solennel de la divine Agonie. Le divin Sauveur a prié longtemps, prosterné la face contre terre, et bien qu’affaissé encore sous le poids de la douleur, il s’est relevé sur ses genoux. L’Ange debout à sa droite montre le calice, ce calice de souffrance et d’amertumes qui n’est autre que la croix de demain apparaissant à demi-voilée dans l’ombre de la grotte. Il semble entendre tomber des lèvres du divin Agonisant les paroles de, notre salut: « Non mea voluntas, sed tua fiat. Non pas ma volonté, ô mon Père, mais que la vôtre se, fasse. »

En affirmant à l’avance que cette toile, œuvre do premier jet, fera beaucoup méditer, prier et pleurer, nous croyons en faire l’éloge le meilleur, et celui qu’agréera plus facilement le pieux et excellent artiste.

Ajoutons que notre Grotte va être enrichie prochainement d’une riche grille, en fer forgé, fermant la double entrée. C’est la même main généreuse qui a donné le plan, et en fait tous les frais.

Nous avons à remercier d’autres bienfaiteurs.

Ceux qui ont visité le Calvaire, savent que l’élévation de terrain figurant pour nous la montagne des Oliviers était dénudée comme le reste de la lande, sans aucun arbre, sans aucun arbuste.

Sur ce point, il fallait une transformation complète. C’est sous de frais ombrages que nous nous représentons Notre-Seigneur, vers la fin d’une, journée chaude et fatigante, se retirant à Gethsémani, pour prendre quelque repos avec ses chers disciples, et plus souvent pour prier à l’écart.

Nous n’ignorons pas que surtout quand il s’agit d’ombrages à créer, il faut savoir attendre et compter sur le temps. Mais, grâce à la générosité de Mr D… nous croyons pouvoir offrir sur ce point, quelque satisfaction à nos pèlerins dès le printemps prochain.

Il nous a laissé puiser si largement dans ses plants et pépinières de toute sorte d’essences!

Mentionnons en particulier de très beaux sycomores, puisqu’au moins c’est un nom biblique, bien que, croyons-nous, ce ne soit pas le même arbre qui croît en Palestine et dont il est parlé dans nos Livres saints.

Les sujets qui ont été plantés ces jours-ci, ont déjà un développement considérable, et toutes les précautions ont été prises, pour qu’ils n’aient pas trop à souffrir du changement de terrain.

La transformation de notre Gethsémani, se complétera bientôt, nous l’espérons, par une nouvelle plantation d’arbres verts.

Nous devions déjà à M. D… les bouquets d’arbres qui entourent le Prétoire, et la belle allée qui part de là, pour aller au Jardin des Oliviers. Que Dieu récompense sa pieuse générosité!

Nous avons aussi un devoir de reconnaissance à remplir envers ceux qui, pendant ce mois, nous ont apporté si généreusement le concours de leurs bras, pour la continuation de nos travaux.

Mardi 29 Novembre. — Paroisse de Drefféac.

Ce sont les hommes de Drefféac, qui, pour cette campagne, ont été invités, après ceux de Crossac, à prendre la seconde place sur la liste de nos travailleurs.

De loin, leurs chants se font entendre sur la route de Pontchâteau, et témoignent de la joie avec laquelle, ils répondent à l’invitation qui leur a été adressée. A huit heures, ils sont tous réunis au nombre de cent à la Chapelle, où ils entendent pieusement la sainte Messe.

Dans la journée, ils achèvent d’enclore le Jardin des Oliviers. Ils préparent le terrain par les plantations qui doivent avoir lieu bientôt. Ils transportent aussi les premières pierres qui doivent servir d’assises au pont du Cédron.

C’est une journée bien remplie, qui se termine par le Salut du Très S.-Sacrement et la vénération des reliques du Bienheureux. Tous partent content. Les chants qui ce matin, annonçaient l’arrivée reprennent au départ, et se perdent peu à peu dans le lointain.

Jeudi 1er Décembre. — Paroisse de Saint-Joachim.

De St-Joachim, nous savons que c’est toujours le petit nombre de ceux qui désireraient venir travailler au Calvaire, qui peuvent se procurer cette satisfaction. Bien des fois, des regrets nous ont été exprimés à ce sujet. La grande majorité des hommes de St-Joachim est engagée dans les chantiers de la Loire et ne peut disposer d’une journée.

Malgré cet obstacle, la paroisse est bien représentée, puisque nous comptons nos travailleurs jusqu’au chiffre de cent trente.

Ils sont très heureux de voir au milieu de la journée leur nouveau Curé, qui passe avec eux le reste de la soirée.

Comme preuve de la bonne volonté de ses paroissiens, il nous dit en passant, qu’ayant eu la bonne pensée de faire quelques réunions spéciales pour les hommes, pendant le mois d’adoration, c’est au nombre de sept cents que la veille au soir, après une journée de travail pénible, ils remplissaient son église.

Nos travailleurs de St-Joachim ont placé les premières assises du pont du Cédron. Elles sont solides; tous pourront passer sans crainte. Ce jour-là aussi, un premier envoi des plants d’arbres dont nous avons parlé, avait été fait. Ils ont été tous mis en place avec soin. La journée s’est terminée pieusement à la chapelle du Pèlerinage.

Mardi 6 décembre. — Paroisse de Ste-Reine.

Ste-Reine est toujours la paroisse dévouée à la mémoire du saint Missionnaire, qui, en passant dans la contrée, a laissé là des souvenirs tout particuliers.

Par suite d’un oubli, l’heure de la messe des travailleurs n’avait pas été indiquée. Plusieurs sont arrivés à une heure un peu tardive, mais pour tous la journée a été bonne et bien remplie. Les travaux du Cédron ont considérablement avancé.

C’est un plaisir, ces jours-là, de rencontrer quelques-uns de ces bons vieillards qui gardent précieusement les souvenirs du passé et aiment à les rappeler. Il y en a deux aujourd’hui, qui vont atteindre 80 ans. Ils racontent aux jeunes, comment ils étaient là, dès 1821, alors qu’on relevait la colline du Calvaire, dont il ne restait presque plus rien après la grande révolution.

Vendredi 9 décembre. — Paroisse de la Chapelle-des-Marais.

Le matin de ce jour, pluie et tempête soudaine, au moment même où nos travailleurs de la Chapelle-des-Marais doivent se disposer à partir pour venir au Calvaire. Ici, nous en avons pris notre parti. Il ne faut pas y compter. Ils ne se mettront pas en chemin.

Mais, là-bas, les météorologistes (il y en a un peu partout aujourd’hui), soutiennent que ce n’est qu’un grain, occasionné par le coucher de la lune, s’il vous plaît. Pas d’hésitation ! Voilà que tout le monde nous arrive un peu trempé, sans doute, mais nullement découragé.

Et de fait, à peine le travail est-il commencé, que le soleil se montre et fait disparaître en quelques instants, tous les mauvais effets de l’averse. On se félicite mutuellement. Les travaux vont à merveille. C’est une bien belle et bonne journée.

Le vénéré Pasteur de la Chapelle-des-Marais voyant le courage de ses paroissiens n’avait pas voulu rester en arrière. Lui aussi était venu sous la pluie. Il est heureux, le soir, de donner lui-même à ses braves et chers travailleurs la bénédiction du T. S.-Sacrement.

Mardi 13 décembre. — Bergon en Missillac.

Les Bergonnais forment une section importante de la grande paroisse de Missillac. Ils sont heureux d’avoir été convoqués les premiers et de marcher en avant.

Ils ont montré, ce jour-là, que non seulement ils étaient prompts et ardents au travail pour le bon Dieu, mais- qu’ils tenaient singulièrement à ne pas laisser sur le chantier une besogne commencée. Il s’agissait, dans la soirée, d’amener au Cédron une énorme pierre, devant former à elle seule, ce qu’on peut appeler l’arche du pont, ses deux extrémités reposant sur les piles solides établies de chaque côté.

Cette pierre se trouvait à une assez grande distance. Il fallut du temps pour la placer sur une espèce de chariot. Il en fallut aussi pour mettre le chariot en mouvement. Un incident survint, qui grâce à Dieu et à la protection du B. Montfort, ne fut pas un accident.

Cependant, l’heure à laquelle finissent les travaux dans cette saison était passée. Vainement l’observation en fut faite à plusieurs reprises. Vainement rappelait-on à ces courageux Bergonnais qu’ils avaient deux grandes lieues à faire pour rejoindre leur village. Les bras ne consentirent à se reposer que lorsque la pierre fut venue à l’endroit marqué. A cette heure tardive, ils ne voulurent pas néanmoins partir sans avoir reçu la bénédiction du Saint-Sacrement qui leur fut donnée par un de MM. les Vicaires de Missillac.

Jeudi 15 Décembre. — Paraisse de Saint-Guillaume.

Les paroissiens de Saint-Guillaume sont nos plus proches et excellents voisins, chez qui nous trouvons toujours le même bon accueil, la même bonne volonté.

Ce sont eux qui, ce jour-là, plantent l’avenue de sycomores qui conduit au pont du Cédron. Ce sont eux aussi qui mettent en place la pierre qui a coûté tant d’efforts aux travailleurs de Bergon.

M. le Curé et son Vicaire passent la journée sur le chantier, s’intéressant à tout, présidant, quand le moment est venu, à la récitation du chapelet, au chant des cantiques, et aussi à la cérémonie du soir, en notre chapelle.

Nous achevons d’écrire ces lignes, quand nous arrive une heureuse surprise. C’est la visite de l’excellent M. Gerbaud. Nous sommes persuadés que plusieurs de nos lecteurs auraient été étonnés de ne pas trouver son nom dans les premières pages de ce compte-rendu sur la reprise de nos travaux. Il n’a pas pu nous venir plus tôt. Il était retenu dans une autre partie du diocèse par un travail pressé, tout de dévouement, cela va sans dire : c’était une construction de Calvaire.

Mais, il nous reste toujours, et nous pouvons compter sur lui, pour la campagne qui sera désormais la campagne de 93. Car il faudra bien que 93, malgré son mauvais renom, donne à notre Jérusalem nouvelle son monument nouveau.

N° 17 Février 1893

Chronique du mois

Au moment où s’ouvre notre chronique, il est grandement question de la reprise des travaux interrompus depuis près d’un mois. Elle ne sera pas close, nous l’espérons, sans que nous avions à signaler la présence de plusieurs vaillantes troupes de travailleurs, invités pour la dernière quinzaine de janvier. Mais, pour ne pas nous exposer à un oubli regrettable, disons, dès à présent, un mot de la journée du :

Mardi 20 décembre. — Paroisse de Missillac.

A la Frairie de Saint-Guy, en Missillac, était échu l’honneur de donner la dernière journée de travail au Jardin de Gethsémani, dans l’année quatre-vingt-douze. Nous n’en rappellerons qu’un fait, mais qui montre bien avec quelle abnégation, nos chers Bretons se dévouent, se dépensent pour L’Œuvre de Montfort.

Dans la matinée, après quelques travaux préparatoires, la troupe presque entière, dirigée par le R. P. Supérieur lui-même, était allée à une certaine distance, dans le but de dégager d’abord, puis de charger et d’amener ensuite un bloc de pierre qui semblait nécessaire pour l’achèvement du pont du Cédron. Le travail se prolongea et devint tellement animé, que personne ne songea que l’heure de dîner était venue. En vain la cloche de la chapelle avait tinté l’Angélus, elle ne fût pas entendue. Tous manœuvraient de plus belle, aux leviers ou à la chaîne. Ce fut seulement quand la pierre eût été déposée à l’endroit voulu, qu’en regardant les montres on s’aperçut qu’elles marquaient deux heures de l’après-midi.

Personne ne songea à se plaindre. Et ils étaient partis du village, le matin à cinq heures, n’ayant pris que très peu de chose. Après une légère réfection, tous reprenaient joyeusement le travail pour le reste de la soirée, pendant laquelle ils furent heureux de voir au milieu d’eux leur excellent Curé, et l’un de leurs vicaires, M. l’abbé Landau.

Et maintenant, en attendant l’heure de féliciter les nouveaux travailleurs volontaires, qui doivent nous venir bientôt, qu’il nous soit permis de faire une excursion…

La reprise des travaux

Elle était fixée au 16 janvier. Nos invitations étaient faites. M. Gerbaud était arrivé de Nantes, avec tout l’attirait d’un petit chemin de fer Decauville, pour accélérer et rendre plus faciles les terrassements projetés. Nous avions eu un peu trop confiance dans la clémence de l’hiver. Après lui avoir abandonné, sans même essayer la lutte, toute la première quinzaine de janvier, nous pensions qu’il aurait été gracieux pour nous dès le commencement de la seconde. Il n’en a pas été tout-à-fait ainsi. Le lundi 16, et le mardi 17, le temps était tel que nos invités de Férel et de Saint-Dolay, ne purent pas songer un instant à se mettre en chemin. Il était trop évident d’ailleurs, que tout travail était impossible au Calvaire. Certes, ce n’est ni la bonne volonté, ni le courage qui manquaient à nos braves Morbihannais, et nous savons bien qu’ils sont décidés à en donner la preuve au premier jour favorable.

Mais, dès le mercredi 18, le dégel s’est assez prononcé dans la matinée, pour qu’il soit question de tenter un essai. A 11 heures, deux messagers rapides partent et font une tournée dans les villages les plus rapprochés de nous, et qui sont de la paroisse de Pontchâteau. A 1 heure, les travailleurs sont là en nombre suffisant.

Les uns piochent la terre, les autres chargent les wagonnets, d’autres enfin les font rouler, ou les déchargent à l’arrivée. Tout se fait avec beaucoup d’ordre et d’activité, sans difficulté, sans encombre. Nous n’avons pas à signaler quelques déraillements peu sérieux et surtout peu dangereux.

Le soir contentement général, et félicitations de la part de M. le Directeur des travaux.

Reste à nommer les villages de Pontchâteau qui ont pris part à l’inauguration de notre Decauville. Ce sont les villages de Beaulieu, de la Madeleine, du Sabot d’Or, de Montmara, de Malabrit, de la Salmonais-de-Pie, de la Moriçais, de la Bichardais, des Caves et de Beaumare.

Jeudi 19 janvier. — Paroisse de Besné.

Les volontaires de Besné sont fidèles au rendez-vous. Plusieurs comptant sur le bac pour traverser le Brivet qui en ce moment est très débordé ont été trompés dans leur attente. Le bac était coulé. Il leur a fallu pour nous venir faire un détour qui a considérablement allongé leur route.

Ils n’en sont pas moins ardents et dispos.

Le travail est le même qu’hier. Mais comme les bras sont plus nombreux, il a fallu établir une nouvelle voie parallèle et ouvrir une nouvelle tranchée.

M. le Curé de Besné fait grand plaisir à tous, en passant une partie de la soirée sur le chantier.

Inutile d’ajouter que le travail comme par le passé est accompagné des actes de dévotion accoutumés: Chant de cantiques, récitation du chapelet, visite à la Scala. Et le soir, bénédiction du Très Saint-Sacrement et vénération des reliques.

Vendredi 20 et Samedi 21

Nous n’avions pas de paroisses convoquées pour ces deux derniers jours de la semaine. Mais pour que les travaux ne soient pas interrompus, et pour suppléer à ce qui a manqué, les deux premiers jours, il a suffi de faire un appel à quelques gros villages.

Le vendredi, c’est le village d’Herr, de la paroisse de Donges, et le village des Eaux, de la paroisse de Crossac, qui répondent généreusement à cet appel, fraternisent ensemble et nous donnent une excellente journée. Nous remarquons, un moment, quelques jeunes, tentés d’imprimer une allure vraiment trop vive aux wagonnets chargés. Mais, ils se rendent facilement aux observations des anciens qui sont là pour les modérer.

Le samedi, nous reconnaissons nos bons ami des villages de la Brionnière et de Quémené, eu Crossac. Plusieurs paraissent déjà pour la seconde fois, dans cette nouvelle campagne. Mais c’est toujours avec la même bonne volonté, le même entrain, la même reconnaissance et le même dévouement envers celui qu’ils reconnaissent comme leur Protecteur, et qu’ils appellent toujours le Bon Père, ou encore notre Saint, bien que l’Eglise ne lui ait donné jusqu’à ce jour que le titre de Bienheureux.

18 Mars 1893

Chronique du mois

Fête du dernier dimanche de Janvier

Dans bien des familles chrétiennes, où chacun a son jour de fête, suivant le nom qu’il a reçu au baptême, on tient en outre, à ne pas laisser passer inaperçu l’anniversaire de la naissance du chef de famille, en particulier.

Désormais, c’est l’usage au Calvaire. En attendant le 28 avril, notre Bienheureux a sa fête secondaire de fin janvier. Il est vrai que nous avons ici, des raisons spéciales de célébrer cet anniversaire, puisque c’est au même jour que se rattache le souvenir de la merveilleuse apparition des croix et des étendards au-dessus de l’emplacement occupé aujourd’hui par le Calvaire.

C’est après avoir rappelé en quelques mots bien sentis ces touchants souvenirs, que le B. P. Payrat nous a montré Montfort conduisant les âmes à Jésus par Marie. Nul doute que son auditoire, si attentif, l’entendant parler avec tant d’onction du saint Esclavage de Jésus en Marie, n’ait formé le sincère désir d’entrer de plus en plus dans la pratique de cette pieuse dévotion.

Le temps très doux permet de faire la procession autour de la plus large enceinte du Calvaire. La statue du Bienheureux y est portée triomphalement sur son brancard, par nos apostoliques.

Le soir venu, le sommet du Calvaire et la plateforme du Prétoire, apparaissent couronnés de lanternes vénitiennes. De temps en temps des torches enflammées font ressortir admirablement les grandes arcades du monument grec. Des deux points que nous venons d’indiquer, deux chœurs font entendre tour à tour des chants et des acclamations sans fin, en l’honneur de Montfort, en l’honneur de la Croix par lui plantée en ces lieux, et qu’il a tant aimée.

Après ces quelques mots au sujet de cette fête de famille, en l’honneur de notre Bienheureux, nous avons hâte d’exprimer notre reconnaissance à tous ceux, qui, depuis un mois, sont venus en si grand nombre l’honorer d’une autre manière, en lui offrant leur journée de travail. La liste que nous avons sous les yeux est tellement longue, et l’espace dont nous disposons tellement restreint, que nous ne pourrons donner qu’une bien courte mention, à chaque paroisse.

Lundi 23 janvier. — Paroisse de Marzan

Marzan, situé au-delà de la Vilaine, est à vingt kilomètres du Calvaire.

Un défilé de voitures attire toujours la curiosité, même en ville. Celui que nous vîmes ce jour-là, sur la rampe de notre colline était vraiment beau. La voiture de M. le Recteur, tenait la tête de file. Elle était suivie de trente autres, bien comptées, s’avançant dans un ordre parfait. Ce n’étaient pas, sans doute, des voitures de gala ; mais chacun de ces modestes chars-à-bancs, était monté par cinq ou six braves Bretons, tous munis de leurs instruments de travail : au total, près de deux cents hommes. Pensez-vous que l’excellent Recteur n’avait pas le droit d’être un peu fier d’une semblable escorte ? Il n’eut aussi qu’à se féliciter avec nous, pendant toute la journée, de la bonne volonté, de l’ardeur au travail, de la piété de ses bons paroissiens, qui nous ont laissé les meilleurs souvenirs.

Mardi 24 janvier. — Paroisse d’Herbignac

M. l’abbé Paquelet remplace M. le Doyen a qui n’a pu venir. Nous revoyons d’anciennes et excellentes connaissances : M. Corbun de Kérobert, conseiller général et maire d’Herbignac, est là avec son fils, ainsi que M. de G. de la Chevasnerie et M. X…, président du Conseil de Fabrique. Ces Messieurs nous rappellent que l’an dernier, ils ont eu à s’occuper de la plantation des arbres de la grande allée, qui va du Prétoire au Jardin de Gethsémani. Et précisément, aujourd’hui encore, ils vont avoir à diriger la plantation de la même allée, continuée vers le Calvaire. Ils sont secondés de la même manière par d’ardents travailleurs. Tous font remarquer que l’année, dernière, la plantation s’était faite un peu tardivement. Et cependant elle a parfaitement réussi. Nous ne pouvons donc avoir que de bonnes espérances pour celle-ci, qui se fait dans des conditions meilleures.

M. l’abbé Paquelet et M. le Président de Fabrique nous confient que, pour eux, ce pèlerinage de travail, à la Jérusalem nouvelle, est une préparation au grand pèlerinage de la Jérusalem ancienne. Tous les deux sont inscrits pour le pèlerinage eucharistique du mois d’avril prochain.

Mercredi 25 janvier. – Paroisse de Guenrouët

Guenrouët est séparé de nous par une grande distance. Mais, notre Bienheureux y est bien connu. Il y est invoqué avec confiance. Et récemment plusieurs personnes de cette paroisse sont venues, ici, en pèlerinage d’action de grâces, pour le remercier de précieuses faveurs obtenues, par son intercession. Nous pouvons citer, en particulier, un bon vieillard dont les plaies variqueuses qui semblaient incurables ont disparu, après qu’il eut promis un voyage au Calvaire. De plus, M. l’abbé Avenard, vicaire, est si plein de zèle pour l’Œuvre du Calvaire. Il nous amène aujourd’hui, une troupe de travailleurs d’élite, qui tous manifestent leur joie de pouvoir donner cette journée au bon P. de Montfort. A voir leur entrain et leur ardeur, on ne se douterait pas que plusieurs ont fait à pied, ce matin, une si longue route.

Jeudi 26 janvier. — Paroisse de Saint-Gildas

Chaque année, la paroisse de Saint-Gildas nous édifie par son pieux pèlerinage, où tous chantent et prient avec tant de ferveur. Les travailleurs qu’elle nous envoie aujourd’hui, sont animés du même esprit de foi. M. le vicaire est au milieu d’eux et tient à payer de sa personne. Les bons Frères de la Doctrine chrétienne ont voulu aussi nous donner leur jeudi. C’est d’un bon effet de voir, dans chaque groupe, un travailleur en soutane dont la pioche ou la pelle ne chôme certes pas plus que les autres.

Lundi 30 janvier. — Férel et Camoël

Camoël évangélisé autrefois par le B. P. de Montfort, mais encore plus éloigné de nous que Férel a tenu à se joindre à cette dernière paroisse qui nous était déjà venue, l’année précédente.

Les deux bons Recteurs n’ont pas eu de peine à s’entendre pour organiser cette pieuse expédition. Pasteurs et troupeaux fraternisent ensemble admirablement. M. Gerbaud, que nous attendions est là pour diriger ces braves Morbihannais, qui tous accomplissent leur tâche, aussi docilement que courageusement. C’est avec un élan remarquable que tous répondent aux couplets de cantiques connus, que chante avec tant d’âme M. le Recteur de Férel.

Mardi 31 janvier. — Paroisse de Saint-Roch

Nous savons quel bon accueil avait reçu l’invitation faite à Saint-Roch. Mais c’est une journée d’averses presque continuelles surtout dans la matinée. Les plus éloignés, en particulier, ne peuvent songer à se mettre en chemin. Cependant une troupe de vaillants a bravé tous les obstacles, et tient à montrer pendant toute la soirée son courage et son dévouement. Dans cette troupe se trouve un vieillard disant bien haut qu’il serait venu tout seul, s’il l’eut fallu. Menacé l’an dernier, de perdre totalement la vue, il n’y voyait presque plus, quand il a invoqué le bon Père de Montfort et lui a promis un voyage au Calvaire. Ses yeux lui ont été rendus, et il croit qu’il n’en pourra jamais trop faire pour témoigner sa reconnaissance à notre. Bienheureux.

Mercredi 1er février. — Paroisse de Missillac

C’est la troisième section de cette excellente paroisse, composée en grande partie, croyons-nous, du bourg même de Missillac. M. l’abbé Landau est là soufflant partout l’ardeur avec son entrain ordinaire.

C’est un des jours où les déraillements sont plus fréquents, peut-être un peu, à cause du trop d’empressement de ceux qui dirigent les wagonnets. Mais, on ne se décourage pas pour si peu. Les wagons sont déchargés, remis sur la voie, puis rechargés et atteignent enfin le but marqué.

Le vendredi de la même semaine, quelques villages de Crossac, la Cassonnais, Coimeux, Quinta, l’Arnais et Bosla viennent au premier signal, pour quelques travaux qui semblent pressés.

Lundi 6 février. — Paroisse de Sévérac

Monsieur le Curé de Sévérac nous arrive à la tête de 150 hommes. C’est assurément une des belles journées de cette campagne de travail. Tout se passe dans un ordre parfait. Nous en voyons qui jalonnent un fossé avec la sûreté de coup d’œil de vrais géomètres.

Voici un vieillard de 73 ans qui, craignant d’arriver en retard, est parti de chez lui, à deux heures du matin. Pour ne pas se charger, il n’a pas pris de pain, pensant faire sa provision en passant à Pontchâteau. Mais, il doit attendre longtemps que les boulangeries s’ouvrent. Sans ce retard, il arrivait le premier au Calvaire.

Le cœur du Pasteur devait éprouver de la joie, le soir, en bénissant ses chers travailleurs.

Mercredi 8 février. — Paroisse de Nivillac

C’était aussi un beau bataillon d’hommes qui avait suivi, ce jour-là, M. le Recteur de Nivillac, accompagné d’un de ses vicaires, M. l’abbé Gourier. Malheureusement le temps a été peu favorable. La journée a dû être abrégée. Mais la grande paroisse de Nivillac n’en a pas moins montré sa bonne volonté et son attachement au Calvaire du B. Montfort

Jeudi 7 février. — Paroisse de Donges

En revoyant M. le Curé de Donges, nous ne pouvons-nous empêcher de lui dire qu’il a rajeuni depuis l’an dernier. C’est qu’il est encore sous l’impression de la mission si fructueuse qu’il vient de faire donner à sa paroisse. Nul doute que ses paroissiens qui l’ont suivi aujourd’hui au Calvaire, pour donner au bon Dieu et au P. de Montfort cette excellente journée de travail, ne s’en retournent plus décidés encore à garder leurs bonnes résolutions.

Jeudi 16 février. — Paroisse de Crossac

La semaine de la Quinquagésime devait rester libre ; mais pour répondre à un désir plus d’une fois exprimé, les femmes de Crossac ont été convoquées pour le jeudi, lendemain des Cendres. La matinée est pluvieuse, mais ce n’est qu’un léger retard. Dès dix heures, le temps s’est élevé. Sur divers chemins apparaissent des groupes de vingt, de trente s’avançant en bon ordre. A midi, les travailleuses sont environ deux cents réunies. Dans la soirée, le temps est à souhait. Sans doute, on a ménagé pour ce jour-là quelques travaux faciles, plantations d’arbustes et de fleurs au jardin de Gethsémani, démarcation d’allées par des pierres de moyenne grosseur, placées les unes à côté des autres et formant chapelet, etc.

Mais les travailleuses de Crossac montrent bien que des tâches plus pénibles ne les effraient pas. Toutes sont venues avec des instruments de travail repassés à neuf.

On raconte, à ce sujet, que, les jours précédents, la boutique du forgeron de Crossac était littéralement encombrée de clientes demandant à faire aiguiser, qui sa tranche, qui sa pelle. Et savez-vous quelle était la réponse invariable de ce bon ouvrier quand on lui demandait : Combien sont-ils ?

C’est pour le bon Dieu et pour le P. de Montfort, ça suffit.

Nous ne pouvons pas ne pas noter l’ensemble parfait de ces deux cents voix aux chants liturgiques de la Bénédiction du T. S. Sacrement, qui est donnée par l’excellent Pasteur de Crossac. On comprend qu’un peuple aime à fréquenter l’Eglise, quand les offices y sont ainsi chantés.

Dans la première semaine de Carême, nous arrivent le Lundi, la paroisse de la Chapelle-Launay ; le Mardi, la paroisse de Drefféac. Mais, nous ne pourrons rendre compte de ces deux journées, que dans notre prochain numéro.

A côté de ces démonstrations collectives en faveur de notre Œuvre, il en est de particulières bien touchantes, que nous ne pouvons mentionner qu’en petit nombre.

Quelle lettre charmante écrit ici, un jeune soldat du 21e chasseur, en garnison à Pontivy. Il se rappelle que l’an dernier, à la grande fête du 6 juin, il était au nombre des porteurs du brancard de Jésus agonisant, et qu’auparavant, au mois d’avril, il était venu prendre part aux travaux de la Grotte. Ne pouvant donner cette année, sa journée il en envoie le prix, la modique somme de deux francs, comptant, dit-il, que le bon père Montfort, voudra bien continuer de le protéger, comme il l’a fait jusqu’à présent, dans sa nouvelle vie de soldat.

Pouvons-nous taire le zèle du R. P. Brény, qui nous envoie encore une liste de vingt abonnés nouveaux à l’Ami de la Croix, de Coron (Maine-et-Loire). Le succès de la mission qu’il vient de donner dans cette paroisse a dépassé toutes les espérances. La clôture marquée par l’érection d’un nouveau Calvaire paroissial, a été un véritable triomphe pour la Croix. Il y a eu, pour la circonstance, création d’un nouveau corps de cavalerie : les Lanciers de la Croix, qui n’ont pas peu contribué à rehausser l’éclat de la Cérémonie. L’espace nous manque pour les détails.

N° 19 Avril 1893

Travaux et projets

I. – A Gethsémani

Le temps est venu, ce nous semble, de donner à nos lecteurs une vue d’ensemble des résultats de notre campagne d’hiver.

Dès leur arrivée au Calvaire, les pèlerins qui ne nous ont pas visités, depuis l’an dernier, peuvent voir, au premier coup d’œil que cette campagne a été aussi féconde que laborieuse. Cette grande allée, large de dix mètres, qui s’ouvre sur la grande route, dans la direction de Gethsémani, n’existait pas. Elle est aujourd’hui bordée de beaux châtaigniers, dont nous attendons incessamment le feuillage. En la suivant, vous verrez apparaître bientôt de larges plantations d’arbres et d’arbustes divers, tant en deçà qu’au-delà du Cédron. Sans doute, sur ce point même, tout n’est pas fait. Il en est qui exprimeront peut-être le regret de voir que toute une partie de notre Gethsémani, ne présente encore aux regards qu’une surface dénudée. La réponse est bien simple : il faut savoir attendre, tout ne peut passe faire d’une seule fois.

Mais, ce qui est fait suppose un travail considérable, dont nous ne saurions trop féliciter tous ceux qui y ont pris part. C’est aussi l’occasion d’exprimer notre reconnaissance à d’autres bienfaiteurs. Et tout d’abord, à M. Delozes qui nous a fourni si généreusement tant de beaux plants de peupliers, de platanes, d’acacias, de châtaigniers, de sycomores. Nous devons ces pins déjà si élancés, à M. le comte de Bodinière. La forêt voisine de la Madeleine, avec la permission gracieuse de M. le comte de la Villeboisnet a été aussi mise à contribution.

Nous voici arrivés au pont du Cédron, dont les travaux ont été dirigés par M. Gerbaud. On y reconnaîtra, du reste, le cachet de son excellent goût. La forme antique qu’il lui a donnée est bien celle qui convient. Construit comme la grotte avec des blocs énormes, il s’harmonise parfaitement avec elle.

La grotte elle-même a reçu quelques modifications légères, mais très heureuses qui lui donnent encore quelque chose de plus mystérieux.

Tout est donc disposé là maintenant, pour exciter la piété du pèlerin.

L’Evangile à la main, il peut, pour ainsi dire, suivre pas à pas la divine Victime, dans cette soirée à jamais mémorable qui précéda le jour de la grande immolation du Calvaire.

Le discours après la Cène, ce suprême entretien du divin Sauveur avec ses apôtres n’était pas terminé, quand il leur dit : « Levez-vous, sortons. » Et, il continua de parler en se dirigeant vers Gethsémani.

Il arrivait sur les bords du Cédron, quand, les yeux levés vers le ciel, il fit à son Père pour les siens, cette prière si touchante, recueillie des lèvres divines, par l’Apôtre bien-aimé.

A peine a-t-il franchi le Cédron que se tournant vers ses apôtres, il leur dit : a Reposez-vous, tandis que je vais là pour prier. » C’est donc là, sur la gauche, à l’entrée môme du jardin que s’arrêtèrent les apôtres, à l’exception do Pierre, de Jacques et de Jean, auxquels Jésus permet de le suivre un peu plus avant dans le jardin. A peine a-t-il fait, en prenant à droite une cinquantaine de pas, que l’ennui, une tristesse mortelle ont envahi son âme.

Il le dit aux trois privilégiés : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. » Et il ajoute : « Attendez-moi, ici, et veillez. » Voici le rocher sur lequel ils s’étendent pour dormir bientôt d’un profond sommeil, tandis que leur maître, à une petite distance, dans un endroit plus caché, qui n’est autre que la grotte de Gethsémani elle-même, est tombé la face contre terre et entré dans sa terrible agonie. Trois fois il se relève, et revient vers les siens. La première et la seconde fois les trouvant endormis, il se contente de leur adresser un doux reproche.

A la troisième il leur dit : « Donnez maintenant et reposez-vous, l’heure est venue. » Puis soudain : « Levez-vous, marchons! Voici que celui qui me livre est proche. » En face au fond du jardin, on voit à la lueur des torches, briller les armes des misérables qui ont à leur tête Judas. Jésus s’avance de ce côté. Voici le lieu où il reçoit le baiser du traître! C’est là aussi que pour montrer une fois encore sa toute-puissance et bien faire voir que s’il le voulait, ils ne pourraient rien sur lui, il terrasse d’une seule parole tous ceux qui sont venus pour l’arrêter. Mais, il se livre lui-même et se laisse garrotter. Voici le chemin creux et raboteux, par lequel ses ennemis l’entraînent.

Ce chemin descend au Cédron. Mais là, il n’y a pas de pont. Quelques pierres qui émergent au fond du torrent, et sur lesquelles s’appuie le pied, permettent seules de le passer. D’après la tradition, le divin Sauveur, poussé par des soldats grossiers, aurait fait une chute dans le torrent. Au de la, le chemin se continue et conduit par divers détours, d’abord chez Anne, puis chez Caïphe, et enfin au Prétoire de Pilate. La troupe qui s’est emparé de Jésus l’a choisi pour éviter les grandes voies, où eût pu se rencontrer quelque rassemblement du peuple, dévoué encore alors au Fils de David, parce qu’il n’avait pas encore été trompé par les Scribes et les Pharisiens.

On le voit, dès maintenant, dans notre Gethsémani, le pieux pèlerin, peut suivre pour ainsi dire, pas à pas, comme s’il les avait sous les yeux, les grands faits que nous venons de rappeler, d’après l’Evangile.

II – La voie douloureuse

Seules, les saintes femmes qui accompagnaient Marie, sa divine mère, et aussi la courageuse Véronique apparaissent sur le chemin du Calvaire, pour offrir au divin Sauveur quelque adoucissement, quelque consolation. Un groupe nombreux de Filles de Jérusalem se montre aussi, et lui témoigne de la compassion. De là est venue la pensée de réserver plus particulièrement les travaux de notre Voie douloureuse, aux femmes chrétiennes des paroisses environnantes. Et, de fait, elles seules y ont mis la main jusqu’à ce jour.

Nous n’oublions pas non plus que notre Bienheureux voulait que tous eussent part aux travaux de son Calvaire :

Travaillons tous à ce divin ouvrage,

Dieu nous bénira tous,

Grands et petits, de tout sexe et tout âge.

Mais, en quoi consistent les travaux de cette voie douloureuse et où en sont-ils ?

A Jérusalem, la Voie douloureuse, que parcourent avec tant de piété les pèlerins des Saints-Lieux, est formée d’une suite de rues étroites et mal pavées, qui conduisent par divers détours, de l’ancien Prétoire de Pilate, à l’Eglise du Saint-Sépulcre. Nous avons déjà dit que notre Prétoire est, à peu de chose près, à la même distance du Calvaire, que l’est à Jérusalem, l’ancien prétoire, du Golgotha. Avec un plan très exact à la main, il n’a pas été difficile de tracer sur la lande cette même voie avec ses détours, et de marquer d’une manière très précise l’emplacement de chaque station.

On lui a donné une largeur de quatre mètres, ce qui est la largeur moyenne des rues de Jérusalem.

Voici maintenant le travail exigé pour la construction de cette voie. Il suffit de relever de chaque côté, sur la bande large de quatre mètres une certaine quantité de terre pour lui donner une hauteur de 70 à 80 centimètres.

Puis, sur cette terre, on place de manière à les faire se toucher l’une à l’autre, des pierres de moyenne grosseur, de forme arrondie plutôt que plates, et qui font ainsi une espèce de pavé assez ressemblant, dit-on, au pavé des rues de Jérusalem. Disons-le tout de suite, cette voie n’est pas faite pour être fréquentée. Elle est destinée uniquement à recevoir les statues des divers personnages qui figurent à chaque station. Mais, de plus, de chaque côté, sont tracées deux autres allées parallèles, larges chacune de dix mètres, et qui permettront aux foules les plus nombreuses, de suivre aisément, quand il aura lieu, l’exercice du Chemin de Croix.

Comme il est facile de le comprendre, il s’agit d’un travail à la portée des femmes et même des enfants, et déjà très avancé, au bout de quelques journées seulement, sur une longueur d’environ 120 mètres. C’est déjà l’espace demandé pour les trois stations de Jésus chargé de la Croix, Jésus tombant sous le poids de la Croix, et Jésus rencontrant sa sainte Mère. Il n’est donc pas à craindre que les travaux à exécuter sur place, soient en retard. Nos préoccupations sont d’un autre côté. Nous voudrions, cette année même, pour le premier pèlerinage présidé par Mgr Laroche, l’inauguration des trois stations que nous venons de nommer, tout à l’heure. Non pas que nous ayons la pensée d’avoir immédiatement ces trois stations au complet.

Cela dépasserait de beaucoup trop nos ressources.

Mais nous nous contenterions des quatre statues principales qui doivent y figurer : Jésus chargé de sa Croix, Jésus tombé sous sa Croix, et enfin Jésus et sa sainte Mère. L’accompagnement des soldats et des juifs, et la suite de Marie viendraient plus tard.

L’achat de ces quatre statues, en fonte ciselée, un peu plus grandes que nature, pour qu’elles puissent mieux ressortir, représente une somme déjà considérable, mais que nous ne désespérons pas d’atteindre, si nous sommes aidés.

Nos lecteurs verront plus loin que nous faisons un appel à tous les amis du Calvaire de Montfort, sous une forme qui n’est pas nouvelle dans l’histoire des Œuvres qui n’ont d’autre budget que celui de la charité. Nous avons la confiance que cet appel sera entendu de tous ceux qui ont à cœur la gloire de Jésus crucifié et du Bienheureux, son fidèle serviteur.

Nos travailleurs volontaires

Lundi 20 février. — La Chapelle-Launay

Monsieur le Curé est visiblement heureux et fier de se voir à la tête d’un si beau groupe de travailleurs. Il ne quitte pas de la journée, ses chers paroissiens. Il est avec eux à la récitation du chapelet, au chant des cantiques, au travail. Il les bénit le soir. C’est un de ces jours où notre excellent directeur des travaux voit avancer, à son gré, le pont du Cédron, et en témoigne hautement sa satisfaction.

Mercredi 22 février. — Paroisse de Fégréac

M. le Doyen de Fégréac avait bien le droit d’être aussi satisfait à la fin de la journée qu’il nous a donnée, avec ses paroissiens. Le travail est très animé. Nous ne pouvons pas ne pas noter au passage M. de Barmon, camérier de cape et d’épée de S. S. Léon XIII, adjoint au maire de Fégréac, et visiblement très sympathique à ses administrés. A un moment donné nous le voyons, à la tête d’une colonne, descendre la côte au pas de course, en venant à la maison. Il fallait environ une corde de bois pour étayer le pont en construction sur le Cédron. Chacun après lui, prend, dans le tas, le premier morceau qui se présente, et le met sur son épaule, puis la côte est remontée du même pas.

Il eut fallu du temps pour atteler, charger et décharger un chariot. En un clin d’œil, la corvée était faite. Dans la soirée, à un moment favorable, M. de Barmon prend la photographie du Jardin, de la Grotte et du groupe des travailleurs présents. Nous en avons reçu une épreuve très bien réussie.

Lundi 27 février. — Paroisse d’Assérac

Nous ne saurions trop louer le courage et le dévouement des paroissiens d’Assérac, et de leur excellent Curé, qui par un temps défavorable, nous sont venus, ce jour-là, de si loin et jusque des bords de la mer. Malgré la pluie, nombreux comme ils l’étaient, ils ont accompli dans cette journée une tâche assez considérable.

Signalons cette attention délicate : Ils avaient apporté un certain nombre de plants de chênes-verts et de pins, pour servir à l’embellissement de notre ville de Gethsémani.

Nous avons déjà fait remarquer, que pour qu’il n’y ait pas d’interruption dans un travail, qui doit se continuer, tous les jours, comme le pont du Cédron, nous n’avons qu’à faire un appel aux villages les moins éloignés.

Nous avons à donner aujourd’hui, de ce chef, une liste assez longue. Nous prions nos amis de croire que s’il y a quelque oubli, ce ne peut être, de notre part, qu’un oubli tout-à-fait involontaire.

Le vendredi, 24 février, nous comptons vingt hommes des Métairies, de Cala et du Buissonrond, tous de la paroisse de Saint-Guillaume.

Le samedi, 25 février, un nombre égal de la Plaie, de Hinguet, de la Porcheraie, de la Lauraie, et de la Berneraie, encore de la paroisse de Saint-Guillaume.

Le mercredi, 1er mars, les villages de la Gaine, de la Giraudaie, de Bault, du Soucher, tous de la paroisse de Crossac, nous envoient soixante travailleurs.

Le vendredi, 7 mars, ce sont les villages de Travers, de Lanoë, de la Buronnerie, de la Tasnière, en Sainte-Reine, qui sont représentés.

Le samedi, 4 mars, c’est le seul mais important village de Cusia, aussi de la paroisse de Sainte-Reine. Pas une maison qui n’ait envoyé un ou plusieurs des siens.

Il nous reste maintenant à parler des journées de Travailleuses volontaires.

Vendredi 23 février. — Paroisse de St-Joachim

Les femmes de Saint-Joachim, qui, dès l’année dernière, ouvrières de la première heure, étaient venues si nombreuses, ne pouvaient manquer à l’appel fait par leur nouveau pasteur lui-même. Aussi, n’avons-nous pas été étonnés de les voir remplissant, à la lettre, la Chapelle du Pèlerinage, à la messe dite par M. le Curé, dès 8 h.1/2. Et après, quelle joie, et quel entrain au travail ! La grande allée est, en peu de temps, nivelée, aplanie. Elle reçoit sa bordure de pierres, disposées en chapelet.

Les vaillantes travailleuses n’hésitent point à se mettre à la chaîne pour amener à pied d’œuvre, un des gros blocs de pierre, réclamés pour la construction du Cédron.

Beaucoup de cantiques sont chantés. Mais nous constatons, surtout, avec plaisir, au Salut du soir, qu’à St-Joachim aussi, les hymnes liturgiques sont chantés et bien chantés, par toute l’assistance.

Jeudi 2 mars. — La Chapelle-des-Marais.

C’est après leur désir, plus d’une fois exprimé, que les femmes de la Chapelle-des-Marais ont été invitées à venir ce jour-là. Elles sont au nombre d’environ deux cents.

Après avoir entendu pieusement la sainte messe, ce sont elles qui les premières, mettent la main aux travaux de la Voie douloureuse. Nous avons dit plus haut en quoi consistent ces travaux. Parmi les travailleuses, les unes relèvent la terre de chaque côté de la voie, qui, au préalable a été exactement tracée. Les autres vont çà et là, chercher les pierres ou cailloux qui doivent la paver.

Mais toutes s’occupent avec la même ardeur. De temps en temps, se fait entendre sur toute la ligne, le Bénissons à jamais… ou bien Par l’Ave Maria...

Le soir, beau salut du T. S.-Sacrement. Puis, au moment du départ, une demande faite avec un tel ensemble et de telles instances, qu’il est vraiment impossible de la refuser. C’est la faveur de revenir dans huit jours, le jeudi suivant. Et c’est ainsi que les pieuses paroissiennes de la Chapelle-des-Marais, nous donnent encore la journée du jeudi, 9 mars. Nous n’en dirons rien de particulier, sinon que plus nombreuses encore que la première fois, elles font paraître en tout le même dévouement, le même esprit de foi.

Jeudi 16 mars. — Paroisse de Sainte-Reine.

Deux fois, les travailleuses de la Chapelle-des-Marais ont été vues, entendues, traversant le bourg de Sainte-Reine en chantant les cantiques du Calvaire. N’était-ce pas assez, trop peut-être, pour exciter un peu l’envie ou du moins un vif désir de venir aussi travailler à l’Œuvre du bon Père de Montfort. Ce désir a été satisfait le jeudi, 16 mars.

Les femmes de Sainte-Reine, ont bien montré, ce jour-là, que leur paroisse reste toujours attachée, entre toutes les autres, à la mémoire et au culte de notre Bienheureux; lui dont la première pensée fut d’élever son Calvaire à côté de la chapelle de Sainte-Beine, aujourd’hui église paroissiale.

Cette journée a fait avancer considérablement les travaux de la Voie douloureuse. Le mouvement est donné. Demain même, c’est toute une section de la paroisse de Missillac qui doit nous arriver.

Signalons, en terminant, un fait d’initiative privée, qui n’a pas été sans nous être fort agréable. Dans les anciens souvenirs, la grande paroisse de Montoir de Bretagne, est indiquée, comme une de celles qui donna le concours le plus actif à notre Bienheureux, lorsqu’il entreprit la construction de son Calvaire ; et sans se rendre compte du pourquoi, il semblait douteux que cette tradition pût être aujourd’hui renouée.

Or, voici qu’un brave chrétien, ancien capitaine au long-cours, prend sur lui de faire appel à son entourage. Il nous arrive le jeudi, 9 mars, à la tête d’un groupe bien décidé, et déjà assez nombreux. Ces braves travaillent toute la journée, au jardin de Gethsémani, pendant que les femmes de la Chapelle-des-Marais, sont occupées à la Voie douloureuse.

Le soir, tous nous disaient : La preuve est faite, le doute n’existe plus. Il nous faut une convocation générale et officielle.

La date en a été fixée à la semaine de la Quasimodo

N° 20 Mai 1893

Mercredi 22 mars – Frairie de Sainte-Luce, en Missillac

La Frairie de Sainte-Luce et de Bergon, n’est qu’une section de la paroisse de Missillac. Mais évidemment, personne n’a voulu rester en arrière. On dirait une paroisse entière, tant sont nombreuses les vaillantes chrétiennes qui ont voulu faire leur part du travail de la voie douloureuse. Elles occupent presque toutes les places disponibles dans notre chapelle, pour y entendre pieusement la sainte messe.

Nous n’avons pas à redire l’emploi de la journée qui se partage entre la piété et le travail, le chant des cantiques et le maniement de la bêche ou de la pelle. Tout cela forme un ensemble vraiment beau et édifiant.

Dès le matin, M. l’abbé Landau était là pour encourager et diriger le travail. Dans la soirée la visite de M. le Curé est accueillie par tout le monde, avec bonheur.

Jeudi 23 mars. — Pontchâteau

C’est un petit groupe de pieuses personnes de notre voisinage, appartenant à la paroisse de Pontchâteau, qui ont voulu, ce jour-là, montrer, en particulier, leur zèle et leur bonne volonté.

Elles ont surtout semé et planté. Dans cette contrée ce sont les femmes qui font ordinairement les semailles. Une des grandes allées parallèles à la voie douloureuse, a été semée de gazon, et le talus de la voie douloureuse planté, des deux côtés, d’une espèce de sedum très vivace. Si, malgré la sécheresse, nous avons, au mois de juin, un peu de fraîcheur sur la lande, nous leur en serons redevables.

Mardi 28 mars et mardi 18 avril. — Paroisse de Prinquiau

La paroisse de Prinquiau mérite une mention toute spéciale. Nous l’inscrivons sous deux dates différentes et l’on va voir pourquoi.

Le 28 mars qui était le mardi de la semaine sainte, son vénérable Pasteur, accompagné de son vicaire, nous venait à la tête d’un beau bataillon d’hommes, pour travailler à l’achèvement du jardin de Gethsémani. Ils ont, ce jour-là, en particulier, transporté une énorme pierre, qui marque l’emplacement où s’arrêtèrent les huit apôtres, qui durent rester à l’entrée, près du Cédron, pendant que N.-S. s’avançait plus loin, avec Pierre, Jacques et Jean.

M, le Curé de Prinquiau ne se trompait point assurément, quand il disait que c’était là une excellente préparation pour ses paroissiens à la célébration des grandes fêtes prochaines. Aussi est-ce avec une joie bien visible qu’il bénissait, le soir, ses chers travailleurs.

Mais, dès ce moment, il avait dû promettre à ses paroissiennes non moins zélées qu’elles auraient aussi leur jour, pour travailler à la voie douloureuse. C’est le mardi, 18 avril, qu’elles nous sont venues nombreuses et pleines d’ardeur. Prinquiau est bien loin d’ici. Il y avait quelques voitures, sans doute, mais bien insuffisantes pour satisfaire tous les désirs. Beaucoup ont fait la route à pied, et dans ce nombre de bonnes anciennes qui comptent 70, 75 ans. D’autres au départ, nous assure-t-on, voyant qu’elles ne pouvaient trouver de place dans les voitures, et ne se sentant vraiment pas la force d’affronter une si longue route, versaient des larmes. Belle et édifiante journée !

Jeudi 13 avril. — Paroisse de Drefféac.

Nous pouvons bien dire la même chose de la journée, que nous avaient donnée la semaine précédente, les pieuses chrétiennes de Drefféac. A Drefféac, on aime tant et on invoque si souvent le bon P. de Montfort! Il n’y a pas de villages, presque pas de maisons où l’Ami du la Croix ne soit reçue, lu en famille. Aussi chaque famille était-elle représentée, ce jour-là, pour avoir sa part aux travaux de la Voie douloureuse. Il y avait une bonne vieille de 84 ans, venue à pied au Calvaire, fin 1821, elle avait déjà de 11 à 12 ans. Elle avait accompagné ses parents et porté sa bottée de terre pour aider à relever la sainte colline, vers laquelle se dirige la voie qu’on trace aujourd’hui.

Vendredi 14 avril. — Frères de S.-Gildas.

Nous terminons par un pèlerinage de travail qui devait avoir et qui a eu son cachet particulier. Dans tous les autres, sans doute, l’ordre règne et la ferveur est grande. Mais, ce jour-là, c’était la régularité et la ferveur religieuses.

Les bons Frères de la Communauté de S.-Gildas avaient pris eux-mêmes les devants et demandé qu’ont voulût bien leur assigner un jour.

Ils étaient tous, quarante environ, venus de très bonne heure au Calvaire, pour entendre la sainte messe. Et quel spectacle édifiant, ils nous ont donné, pendant toute la journée! La prière en commun, le chant pieux des cantiques, ce travail si bien dirigé et accompli avec une exactitude si parfaite. On sentait partout l’esprit de foi d’hommes vraiment heureux de mêler leurs sueurs à une terre qui leur rappelait celle qui fut, un jour, arrosée du sang d’un Dieu.

Nous remercions la belle et si prospère Communauté de S.-Gildas, de nous avoir rappelé une fois de plus, et d’une manière si délicate, les liens de parenté qui l’unissent à la famille religieuse de Montfort.

P.-S. — Aujourd’hui même, jeudi 20 avril, les femmes de la paroisse de S.-Guillaume, qui trouvaient que le jour de convocation pour travailler à la voie douloureuse se faisait bien attendre, sont à l’œuvre. Et, avec quelle ardeur, elles ratissent, aplanissent cette voie dont l’inauguration ne peut désormais se faire attendre longtemps !

Où en sont nos projets pour la Voie douloureuse !

Il nous semble que nos lecteurs nous adressent eux-mêmes cette question. Nous leur avons fait part, dans notre dernier numéro, du désir que nous avions d’en voir inaugurer une partie notable, dès cette année. Ce serait l’objet de la fête du premier grand pèlerinage que doit présider au Calvaire Mgr Laroche. Après le triomphe du Christ de notre Bienheureux, et le triomphe de Jésus agonisant, ce sera le triomphe de Jésus portant sa Croix.

Eh bien ! nous avons hâte de le dire, depuis un mois, le projet a marché et fait des progrès, au-delà de nos espérances.

Tout d’abord, grâce au zèle et à l’activité des travailleuses volontaires, les préparatifs qui étaient à faire sur la lande, sont plus avancés même qu’il n’est besoin pour le moment. Nous nommons ailleurs les paroisses dont les femmes chrétiennes, désireuses de faire revivre les traditions du passé, sont venues prendre part à ces travaux qui leur étaient réservés. Dès aujourd’hui, à peu de chose près, la voie douloureuse est achevée jusqu’à l’emplacement de la septième station, qui est la seconde chute de Notre-Seigneur sur le chemin du Calvaire. C’est plus de la moitié de son parcours; car les dernières stations sont beaucoup plus rapprochées l’une de l’autre. Les deux grandes allées parallèles ou latérales sont aussi aplanies.

Seulement, ici, comme en beaucoup d’endroits sans doute, nous demandons instamment un peu de pluie, pour que le gazon qu’on y a semé puisse germer et nous donner, au lieu de poussière, un tapis de verdure pour le jour de nos grandes fêtes.

Mais, ce travail préparatoire n’est pas tout. Et, les statues artistiques, en fonte ciselée qui doivent animer cette voie douloureuse et la rendre si parlante, les aurons-nous? Oui, dès ce moment, nous pouvons en donner l’assurance, et nous les aurons même en plus grand nombre que nous l’avions annoncé tout d’abord.

Notre appel a été entendu. Zélateurs et zélatrices se sont offerts pour présenter les listes de notre loterie ou tombola. C’est ce dernier terme, paraît-il, qu’il est mieux d’employer. Quoi qu’il en soit, nous savons que partout ils ont été favorablement accueillis. Il en est plusieurs qui en nous rapportant une première liste remplie, en ont demandé une seconde. La liste générale n’est point close. Nous connaissons certains centres, mêmes assez voisins, où l’occasion ne s’est pas encore présentée de faire connaître la bonne œuvre, et qui entreront dans le mouvement, dès qu’il leur en sera parlé.

Mais, dès aujourd’hui, nous atteignons un chiffre qui a permis de faire la commande non seulement des quatre statues dont nous avions parlé, savoir : Jésus chargé de sa Croix, Jésus tombant pour la première fois, et Jésus et sa sainte Mère, mais aussi de Simon le Cyrénéen aidant Jésus à porter sa Croix. Nos zélateurs et zélatrices pensent bien qu’avec leur généreux concours, nous ne refuserons pas d’aller plus loin. Qu’ils reçoivent dès maintenant l’expression de notre bien vive reconnaissance !

Cette reconnaissance, nous la devons aussi à tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont envoyé des objets pour être donnés en lot. Il nous a été donné, ces jours-ci, à l’occasion d’un déballage, de voir ce qui n’est évidemment qu’une faible partie de l’exposition qui se prépare. Il y avait là nombre de statues et statuettes, plusieurs Notre-Dame de Lourdes, un charmant groupe de la Sainte Famille, puis des bibelots de tout genre, de jolis chapeaux et autres coiffures pour enfants, des chaînes avec breloques, de nombreuses boîtes garnies de dragées et de bonbons de choix, etc., etc. On nous a montré une garniture de lit, brodé au crochet, d’une valeur réelle. Nous savons que, de divers côtés, d’autres envois sont préparés.

Incessamment, nous devons recevoir la première de nos statues, Jésus chargé de sa Croix. Bien que la pose définitive ne doive avoir lieu que plus tard, nous pourrons bientôt juger à l’avance, sur place, de l’effet produit. Nos lecteurs seront certainement contents d’apprendre, que dans le grand atelier de Paris, où il lui était donné, ces jours-ci, une dernière préparation, cette statue faisait l’admiration de tous les visiteurs.

N° 21 Juin 1893

Travaux sur la Voie douloureuse

Ce mois de Mai, a vu encore deux de ces belles journées de travail volontaire, données à Dieu et au P. de Montfort, par les femmes chrétiennes de la contrée. Leur convocation était motivée par le succès inespéré de l’appel fait pour l’achat des premières statues de la Voie douloureuse.

On sait qu’au début, nous ne comptions guère aller au-delà de la quatrième station : Rencontre de la Sainte Vierge, mais dès ce moment, il a été évident que nous pouvions aller plus loin.

Mardi 9 mai. — Paroisse de Donges

Les femmes de Donges bien que fort éloignées du Calvaire sont venues en grand nombre.

C’était le moment où tous les regards se tournaient vers le Ciel pour demander la pluie. Et, de fait, apparurent ce jour-là quelques nuages plus ou moins menaçants.

Nous en fîmes l’observation, en passant, à quelques-unes de nos braves travailleuses : « Ah ! dirent-elles, nous avons demandé, de tout notre cœur, ce matin, au Bon Dieu et au P. de Montfort de faire nos deux ou trois lieues, ce soir, trempées d’eau, puissions-nous être exaucées. »

Les pieuses paroissiennes de Donges se rappelleront que ce sont elles qui ont fait les derniers préparatifs sur la Voie douloureuse pour recevoir le groupe de Jésus aidé par Simon le Cyrénéen à porter sa croix.

Le Maître aussi s’en souviendra.

Mardi 16 mai. — Paroisse de Sainte-Anne de Campbon

Les travailleuses de Sainte-Anne s’annoncent, de bonne heure, par leurs chants. Elles ont devancé l’heure fixée pour entendre la Sainte Messe, et dès 7 h. 1/2, elles remplissent notre chapelle. Quel beau rôle que celui de Sainte Véronique sur le chemin du Calvaire, et avec quelle piété, quel courage elle le remplit ! Nous sommes persuadés que les paroissiennes de Sainte-Anne partageaient ses sentiments, en faisant sur la Voie douloureuse les derniers préparatifs, pour l’emplacement de la sixième station. Elles peuvent compter aussi avoir part à la récompense de Sainte Véronique.

M. le Curé et son vicaire vinrent visiter les travaux, et ce fut M. le Curé qui donna le salut du soir.

Le 6 Juin, fête semblable présidée par M. l’abbé Marchais, vicaire général, pour l’inauguration et la bénédiction de la Grotte de Gethsémani, au Jardin des Oliviers.

La lande de Pontchâteau avait revu les merveilles d’autrefois. Pendant toute la saison d’hiver, les travailleurs volontaires étaient venus par centaines, au chant des cantiques et récitant le chapelet, offrir leur temps et leurs sueurs, pour la construction de cette Grotte de l’Agonie de Jésus. Et, au jour de la fête, ils étaient plus de trois mille, tous décorés de la Croix de Jérusalem, et se disputant l’honneur de porter en triomphe, sur leurs épaules, Jésus agonisant.

Cet élan ne s’est point ralenti. Non seulement, depuis l’année dernière, les travaux du Jardin des Oliviers ont été complétés, mais la Voie douloureuse, qui, à l’imitation de celle de Jérusalem, doit relier le Prétoire au Calvaire, est plus d’à moitié achevée. Nous n’avons pas à décrire, ici, ce travail. Nous dirons seulement, qu’en souvenir du rôle des saintes femmes de l’Evangile, au Calvaire et sur le chemin du Calvaire, ce travail, qui leur semblait réservé, a été accompli entièrement par les femmes chrétiennes de la contrée.

Au moins six des grandes et belles statues en fonte ciselée, qui doivent rendre notre voie douloureuse si vivante et si animée, seront placées pour le 24 juin: Jésus chargé de sa Croix, Jésus tombant pour la première fois, Jésus et sa sainte Mère, Jésus aidé par Simon le Cyrénéen.

Ces statues seront bénites solennellement par Sa Grandeur Mgr Laroche, qui a bien voulu accepter de présider le pèlerinage, au lendemain même des fatigues de sa première visite pastorale.

MM. les Curés des paroisses voisines nous ont déjà fait savoir que nous pouvions compter sur eux, comme pour les précédentes fêtes. D’autres plus éloignés viendront certainement avec un groupe plus ou moins nombreux de leurs paroissiens.

Le 24 juin 1891

vit le triomphe du Christ du B. Montfort. Le 6 juin de l’année dernière, ce triomphe a été renouvelé, en l’honneur de Jésus agonisant. Cette année, c’est la statue de Jésus chargé de la Croix qui sera portée triomphalement, à la grande procession du soir.

Ces lignes sont écrites au moment où se manifestent des inquiétudes, des craintes de plus en plus vives au sujet des récoltes compromises par la sécheresse continue. On entend dire de toutes parts, que le Ciel semble irrité contre nous. Il en est, sans doute, qui verront un excellent moyen de le fléchir, dans la résolution prise à l’avance de concourir au triomphe de Celui qui, en chargeant un jour sur ses épaules la Croix, a pris aussi sur lui les péchés du monde tout entier.

L’invitation qu’on vient de lire est générale ; mais, comme nous l’avons dit, nous devons à nos chers lecteurs de l’Ami de la Croix quelque chose de plus spécial. Combien nous serions heureux de les voir tous ce jour-là réunis au Calvaire ! N’y ont-ils pas tous leur place marquée ?

Ce sont eux qui auront préparé cette fête, qui l’auront rendue possible et plus belle que nous l’osions espérer.

C’est grâce à l’empressement avec lequel ils ont accueilli notre projet que la tombola a si bien réussi. Zélateurs et zélatrices se sont mis en campagne et partout ont fait merveille. Là, si nous voulions citer tous les traits édifiants, nous ne finirions pas.

Un jour, le P. Supérieur fait la remarque qu’une paroisse de la contrée, assez distante du Calvaire, n’a probablement pas connaissance encore de ce qui se fait pour l’achat des statues de la Voie douloureuse. A qui s’adressera-t-il, pour y faire parvenir une liste ?

Sur une des bandes d’abonnements à l’Ami de lu Croix, il avise un nom et envoie à tout risque.

Trois semaines après, le P. Supérieur se voit abordé par un brave homme dont le visage est rayonnant de joie et qui lui présente sa liste bien remplie : « J’aurais voulu venir plus tôt, lui dit-il, mais, je n’ai que le dimanche, et il m’a fallu trois dimanches pour finir. » « Vous ne me connaissez pas, mon Père, ajoute-t-il, mais, croiriez-vous que pendant que mes enfants lisaient le dernier numéro de l’Ami de la Croix, où il était question de ces listes, j’avais demandé au P. de Montfort de m’en envoyer une pour que j’eusse le plaisir de faire quelque chose pour lui. Et justement votre liste m’est arrivée, la voilà ! »

Cet homme est un bon et simple cultivateur resté veuf avec six enfants jeunes encore, qu’il élève dans la crainte de Dieu et dans une confiance sans bornes au B. P. de Montfort dont le nom est invoqué tous les jours dans cette maison.

Voici une de ces bonnes Sœurs du tiers-ordre, si zélées pour tout bien et qui rapporte, je crois, sa seconde liste. Elle a dû faire bien des pas et des démarches, parcourir bien des villages éloignés les uns des autres. Elle croit pouvoir faire connaître la pieuse intention, qui la soutenait, quoique bien faible, au milieu de ses fatigues. On sait que malheureusement, même dans les contrées les plus chrétiennes, le respect du saint nom de Dieu n’est pas toujours gardé, et qu’il existe, sur ce point, des habitudes déplorables : « Eh bien ! dit cette pieuse fille, j’ai un petit neveu qui grandit. Tous les jours je demande au bon Dieu de le préserver de ce malheur ; et toutes mes fatigues je les ai offertes au P. de Montfort pour obtenir par son intercession, que jamais un blasphème ne sorte de la bouche de cet enfant. »

Tandis que les plus humbles bourses s’ouvraient pour y puiser les vingt-cinq centimes, prix d’un billet de la Tombola, nous apprenions que quelques personnes avaient eu la bonne inspiration d’offrir des dons plus considérables.

Il y a quelques semaines, une lettre de MM. Delin, frères, sculpteurs à Paris, donnait ici cet avis : Un noble visiteur s’est présenté à notre atelier, demandant à voir la statue de Jésus chargé de sa Croix. Après l’avoir examinée, il nous a dit qu’il se chargeait d’en faire le paiement et que nous pouvions en avertir qui de droit.

Quelques jours après, nous apprenions que le noble visiteur et généreux donateur n’était autre que M. Jules de Lareinty, marquis de Tholozan et Député de la Loire-Inférieure, dont le nom restera attaché à la seconde station de notre Voie douloureuse.

Nous croyons de plus pouvoir compter sur sa présence à notre fête du 24 juin.

Presqu’en même temps, une pieuse chrétienne de la paroisse de Frossay, pleine de reconnaissance pour une faveur qu’elle attribue à l’intercession du B. Père de Montfort offrait le prix de la statue de Marie rencontrant son divin Fils sur le Chemin du Calvaire.

Pourquoi le tairions-nous? Nous avons confiance que de si nobles et si généreux exemples trouveront des imitateurs.

En attendant, nous n’avons qu’à exprimer notre bien vive reconnaissance à tous ceux qui sont entrés avec tant de zèle dans les vues de notre Bienheureux P. de Montfort.

L’envoi de lots pour la tombola se multiplie toujours. Peut-être y a-t-il eu oubli d’accusés de réception. Je me crois obligé, en particulier, de signaler l’envoi d’un très beau lapis brodé, de la maison de Braqueville-Toulouse.

Le jour du tirage n’est point encore fixé. Tout fait prévoir que nous serons obligés de le renvoyer après la grande fête du24 juin. Ce sera une seconde fête, moins solennelle sans doute que la première, mais qui ne manquera pas d’intérêt pour ceux qui voudront en être témoins.

Dispositif de la fête du 24 Juin 1893 au Calvaire de Pontchâteau

Cérémonie du matin

Bénédiction des Statues de la Voie douloureuse

Les Paroisses venant en Procession se rangeront devant le Prétoire dans l’ordre qui leur sera indiqué.

A 10 heures 1/4, Monseigneur sera conduit processionnellement à la Scala Sancta.

Chants pendant la Marche :

Dieu le veut. — Vive Montfort.

A 10 heures 1/2, Messe dite par M. le Curé de Pontchâteau.

Chants pendant la Messe :

Premier Credo de Dumont.

Après l’Élévation : 0 l’auguste Sacrement.

Avant le Sermon : Vive Jésus, vive sa Croix.

Sermon par M. l’abbé Bouter, Supérieur du Petit Séminaire de Guérande.

Bénédiction des Statues.

Le Clergé reconduit Sa Grandeur à la Maison des Pères de la Compagnie de Marie. Chant : 0 Montfort, ô bienheureux Père.

CÉRÉMONIE DU SOIR

Triomphe de Jésus chargé de sa Croix.

A 1 heure 1/2, les Paroisses se mettront en Procession dans l’ordre qui leur sera indiqué.

Les divers groupes de porteurs se rangeront dans le Jardin des Pères.

Chants pendant la Procession :

1° Vive Jésus, vive sa Croix.

2° Vive Montfort, l’Apôtre du Rosaire.

3° Dieu le veut…., etc.

A la « Scala Sancta »

Allocution.

Salut du Très Saint-Sacrement donné par Sa Grandeur.

Chant : Bénissons à jamais…

La fête du 24 juin 1893 au Calvaire de Pontchâteau

Oh ! qu’en ce lieu l’on verra de merveilles !

Cette prédiction faite autrefois par le Bienheureux Montfort à ses chers travailleurs du Calvaire reçoit de plus en plus visiblement son accomplissement. Aux manifestations déjà si éclatantes dont la lande de la Madeleine a été le théâtre, il faut maintenant ajouter celle du 24 juin de cette année. La cérémonie de la bénédiction des statues du chemin de la croix, annoncée déjà dans la Semaine Religieuse, s’est accomplie au milieu d’un grand concours de peuple, et ne le cède en grandeur et en magnificence à aucune des fêtes précédentes.

Les préparatifs de la fête

Dès la veille il était facile de remarquer que la décoration de la chapelle et du parcours de la procession s’harmonisait admirablement avec le double caractère de la fête du lendemain. Les élèves de l’Ecole apostolique étaient chargés de la chapelle. Au fond du chœur courent de larges banderoles sur lesquelles on lit : Calix meus inebrians quam præclarus est ! Ite et vos in vineam meam, et quod justum fuerit dabo vobis. C’est que le lendemain en effet, la première cérémonie de la journée non donnera le spectacle si émouvant d’une ordination de missionnaires.

Le nouvel autel du Bienheureux, dû à la générosité de M. le marquis de Montaigu, attire tous les regards. Deux tableaux d’une remarquable fraîcheur y représentent le B. Montfort encourageant ses travailleurs du Calvaire, et s’entretenant avec la Sainte Vierge. Depuis plusieurs semaines, les séminaristes d’Haïti consacraient leurs moments libres aux décorations extérieures. En Orient, les peuples, pour perpétuer le souvenir d’une victoire ou d’un fait remarquables, élevaient de hautes colonnes de pierre sur lesquelles on gravait l’événement à signaler. C’est le genre de décoration qu’offrait la lande du Calvaire cette année. Quatorze stèles sur lesquelles un titre de chaque station du chemin de la Croix avait été inscrit, et correspondant aux quatorze stations, orneront un des côtés du parcours de la procession, et de l’autre, sur chaque stèle correspondante, les noms des paroisses qui concourent par leur dévouement à l’œuvre du Bienheureux Montfort.

Réception de Monseigneur

Tout est prêt pour la grande fête du lendemain, et voici qu’en effet déjà, de divers côtés, de nombreux cavaliers arrivent au Calvaire. Sous la direction de M. de Kérobert fils, ils forment bientôt un escadron de vrais chevaliers de la Croix, dont ils portent tous à la main, et sur la poitrine, le signe sacré. Ils se dirigent vers la gare, heureux et fiers d’aller faire escorte à Sa Grandeur. Après une brillante réception à Pontchâteau et le salut donné à l’église, Monseigneur entouré de son cortège triomphal part pour le Calvaire. Sur la route, Sa Grandeur doit s’arrêter jusqu’à trois fois pour allumer des feux de joie préparés spontanément par les braves habitants des villages d’alentour. C’était comme le prélude des nombreux feux qui devaient, à la nuit tombante, éclairer tout l’horizon. Ce sera la réponse joyeuse et l’accueil de toute la contrée au signal donné par monseigneur du haut de la lande du Calvaire. Soudain la cloche annonce l’arrivée du premier pasteur du diocèse. Le R. P. Barré, Supérieur du Calvaire, lui souhaite la bienvenue. Il lui exprime tout le bonheur qu’ont ressenti les enfants de Montfort, surtout ceux du Calvaire, à la nouvelle que le diocèse de Nantes allait l’avoir pour Evoque, puis en quelques mots fait connaître à Sa Grandeur les œuvres qui fleurissent ici. Monseigneur répond et remercie dans les termes les plus aimables et les plus délicats. Il est heureux de venir encourager les œuvres du Calvaire; il rappelle l’allusion faite par le R. P. Supérieur à la croix qui brille dans ses armes, et en donne les raisons. Monseigneur daigne manifester l’intérêt particulièrement affectueux qu’il porte aux Pères de la Compagnie de Marie et rappelle que c’est un de ses membres, le R. P. Blin, qui sut le premier discerner en lui le germe de la vocation ecclésiastique. — Sa Grandeur confère ensuite le Sacrement de confirmation à une dizaine d’élèves de l’Ecole apostolique, et M. le chanoine Briand, qui l’accompagne, donne la bénédiction du T. S. Sacrement. Après le souper, Monseigneur visite pieusement la grotte du jardin des Oliviers si favorable à la prière et si habilement construite par M. Gerbaud, le médaillé de Montana, et tous les travailleurs volontaires de l’an passé. Il y admire aussi les statues de Jésus en agonie et de l’ange consolateur, œuvres de M. Vallet, l’éminent artiste nantais.

Le matin de la fête. — Cérémonie de l’ordination

Nous sommes au matin du grand jour. Dès l’aube, les pèlerins affluent. Beaucoup sont partis de grand matin, pressés par leur religieux désir d’assister à l’ordination. En effet, de bonne heure, Monseigneur, que n’arrête aucune fatigue, daigne ordonner, en faveur de la mission d’Haïti, vingt-six séminaristes dont six prêtres qui partiront dans quelques semaines dépenser leur vie pour le salut des âmes qui les attendent là-bas.

La sainte messe. — Cérémonie de la bénédiction des statues

Pendant cette cérémonie les paroisses, dont plusieurs viennent de très loin, arrivent processionnellement. Bientôt tous les chemins aboutissant au Prétoire sont couverts de pèlerins qui viennent se ranger en ordre devant la Scala Sancta. A 10 h 1/4, au chant des cantiques, Monseigneur se rend processionnellement à la Scala Sancta précédé de l’Ecole apostolique, du grand séminaire et d’un nombreux clergé. Monsieur le Curé de Pontchâteau commence aussitôt le Saint-Sacrifice. Les chants pendant la messe, le Credo, les cantiques : O l’auguste Sacrement, Vite Jésus, vive sa croix, sont exécutés par les 10,000 fidèles présents, avec beaucoup d’ensemble et de piété. On a particulièrement remarqué l’ardeur et l’assurance avec lesquelles ce peuple de foi a affirmé ses croyances. Puis M. l’abbé Bouyer, supérieur du petit Séminaire de Guérande, prend la parole. Malheureusement vers le milieu de ce discours si éloquent et de nature à produire une si profonde impression, une pluie malencontreuse est venue distraire un peu l’attention de l’auditoire pourtant si recueilli.

Après le Saint-Sacrifice, Monseigneur, précédé de l’Ecole apostolique et du clergé, bénit solennellement les statues qui animent déjà la première partie de la voie douloureuse.

En même temps qu’elle accomplît les rites liturgiques, Sa Grandeur admire, avec les 120 prêtres présents, le talent artistique de MM. Delin frères, de Paris, chargés du chemin de croix monumental dont nous n’avons que les premières statues. Toutes fidèles qui se pressent à la suite de Monseigneur rendent à Jésus chargé de sa croix, à Jésus tombant sous le poids de sa croix, à Jésus rencontrant sa sainte Mère, à Jésus aidé par Simon le Cyrénéen, à Jésus consolé par sainte Véronique, les premiers des nombreux hommages qu’il doit recevoir dans ces lieux. En même temps le clergé et la foule chantent avec ardeur : Vive Jésus, vive sa croix.

Quelques instants après, une gracieuse hospitalité réunissait dans la maison des RR. Pères Missionnaires, autour de Monseigneur, MM. les curés des paroisses représentées et quelques invités parmi lesquels nous remarquons le T. R. P. Maurille, supérieur général, M. le chanoine Nail, M. le Curé de Saint-Josse-de-Bruxelles, M. Jules de Lareinty, député, qui a offert la première statue de Jésus chargé de sa croix, MM. Ginoux de Fermon, Henri Le Cour, Corbun de Kérobert et de Faouëdic, conseillers généraux, M. Deloze, ancien conseiller général, MM. le Gouvello, de Baudinière, Pahier, maire de Pontchâteau, Dubois, conseiller d’arrondissement, M. Delin, M. Anthime Ménard, etc.

Au dessert, le R. P. Barré, supérieur, exprime sa reconnaissance à Monseigneur pour l’intérêt tout spécial qu’il porte à l’œuvre du Calvaire et dont il donne aujourd’hui un si éclatant témoignage. Il remercie MM. les Curés et tous les travailleurs du généreux concours qu’ils y ont apporté. Le R. P. a un mot délicat pour chacun des convives qui ont un titre particulier à sa gratitude.

Après lui, M. de Lareinty, député, se lève et dans un noble langage explique sa présence à cette manifestation, après avoir salué en Sa Grandeur le guide autorisé des catholiques de ce religieux diocèse. Il vient comme catholique et il a pensé qu’ayant l’honneur de représenter à la Chambre cette chrétienne population, sa place était toute marquée à cette fête. Il rend hommage à la grande, intelligence du Souverain Pontife Léon XIII et à sa paternelle sollicitude pour notre chère France. Sa Grandeur félicite les RR. PP. du zèle infatigable qu’ils déploient pour mener à bon terme l’œuvre de leur B. Père et maintenir la foi dans ces chrétiennes populations. Notons enfin que l’excellente musique du Pensionnat de N.-D. de Toutes-Aides, qui déjà, à la cérémonie du matin, avait été si remarquée à cause de la parfaite exécution de ses morceaux et qui tout-à-l ‘heure encore, à la procession du soir, va contribuer si puissamment au triomphe de Jésus chargé de sa croix, est venue charmer les convives pendant la fin du repas.

Procession du soir. — Triomphe de Jésus chargé de sa croix.

Mais déjà la cloche annonce la cérémonie du soir et voici que la statue si expressive de Jésus chargé de sa croix apparaît (dans le jardin des Pères) su son brancard monumental, magnifiquement décor avec velours rouge et entouré de 20 oriflammes. Les hommes qui doivent la porter se groupent à la suite, pendant que les paroisses se réunissent autour de leurs croix et bannières, à la place qui leur a été assignée. Bientôt la procession se met en marche. En tête, c’est Missillac avec ses clairons, puis viennent les paroisses morbihannaises de Péaule, Marzan, Férel, Nivillac dont les enfants de Marie portent la statue du bon Père Montfort. Soudan, avec sa musique, jeune encore il est vrai, mais qui donne se si belles espérances, est bien là, au milieu de la procession, pour exciter encore si c’est possible, l’élan de la multitude.

Suivent Guenrouët, S.-Guillaume, Campbon, la Chapelle-Launay, Vay, Besné, Prinquiau, Herbignac, Méans, Ste-Reine, Nozay, Paimbœuf, Blain, la Chapelle-des-Marais, S.-Joachim. Les Filles de la Sagesse, filles aussi de l’Amant passionné de la croix, avaient tenu à venir en grand nombre honorer Jésus chargé de sa croix. Enfin c’est le clergé et Monseigneur que précède le brancard porté par 40 hommes.

La procession contourne le Calvaire, puis se développe sur la hauteur de la lande. Bientôt les premières paroisses arrivent à la Scala Sancta. De là le spectacle est vraiment grandiose. Ce qui touche le plus, c’est toute cette multitude répandue sur le parcours, qui chante et qui prie avec la plus vive ardeur et la plus grande piété. Devant le Prétoire, chaque paroisse continue à chanter et à prier jusqu’au moment où arrive Jésus chargé de sa croix avec son cortège triomphal. Il s’avance majestueusement, dominant la foule. On sent qu’il est vraiment roi de tout ce peuple qui l’acclame avec enthousiasme, de tous ces cœurs qui l’honorent avec tant d’empressement.

Aussi, après le salut donné par M. le Chanoine Nail, est-ce l’éloge de la foi bretonne qui jaillit des lèvres de Monseigneur, dans l’allocution chaleureuse qu’il adresse à ces quinze mille auditeurs si avides de recueillir ses paroles. Il félicite tous les témoins de cette belle fête de ce magnifique acte de foi : ils s’honorent ainsi en méprisant le respect humain qui fait aujourd’hui tant d’esclaves. Il les félicite d’être venus honorer Jésus chargé de croix, car la croix est l’expression la plus éclatante de l’amour de Dieu pour l’homme. Il les félicite enfin d’être venu honorer Montfort, le héraut zélé du mystère de la croix. Il leur promet, comme fruit de cette journée, des grâces de choix et leur en donne le gage par sa bénédiction solennelle. Puis, la foule s’écoule lentement, emportant de cette touchante cérémonie, une profonde et impérissable impression.

N° 27 Décembre 1893

Chronique du mois

En attendant, il ne faudrait pas croire que nous restons tout-à-fait inactifs. C’est le temps des plantations d’arbres et d’arbustes. Et certes, ce n’est pas une petite affaire que de pourvoir, sur ce point, à l’ornementation d’une surface nue de cinq à six hectares. Il faut planter, planter beaucoup; mais, il faut planter aussi avec intelligence et goût. Et, pour cela il faut certaines connaissances spéciales, qui ne sont pas le fait du premier venu.

Vous qui avez lu la vie de notre Bienheureux Père, vous souvient-il comment, lorsqu’il avait besoin d’un aide pour quelqu’une de ses Œuvres, la Providence lui mettait pour ainsi dire, sous la main, le sujet convenable ? Sur le point de commencer ses courses apostoliques, il sent le besoin d’un compagnon de voyage. Il voit un jeune homme à genoux, dans une église de Poitiers, il lui dit comme autrefois le Maître à ceux qu’il avait choisis: Suivez-moi. Et le Frère Mathurin, admirablement doué pour son emploi, le suit, en effet, dans toutes ses missions, chantant les Cantiques, et faisant le catéchisme aux petits enfants.

Il vient de dédier à Notre-Dame de la Sagesse, dans son ermitage de St-Lazare, un oratoire restauré. Il lui faut quelqu’un pour le garder et l’entretenir : C’est vous, dit-il à une vertueuse fille, qui se trou-rait dans l’auditoire, c’est vous qui serez la gardienne de Notre-Dame de la Sagesse. Et Guillemette Rousel, qui n’avait jamais songé à pareil emploi, accomplit pieusement la tâche qui lui avait été confiée, pendant vingt-sept ans, jusqu’à la fin de sa vie.

A certains faits, nous serions tentés de croire que grâce sans doute à l’intercession du Bienheureux, la Providence continue d’agir de même, pour la continuation de son Œuvre du Calvaire.

Il y a quelques mois, un ancien élève d’une ferme-école chrétienne, où l’on s’occupait très particulièrement d’horticulture, vient frapper à la porte de notre maison du Calvaire. Après avoir rempli les fonctions de maître-jardinier, dans plusieurs maisons importantes et en dernier lieu dans une maison religieuse du Midi, il avait senti le besoin et le désir de revenir en Bretagne, d’où il était parti.

Ayant entendu parler des travaux du Calvaire, il venait simplement offrir ses bras et sa bonne volonté au B. de Montfort. Il ne demandait pour tout salaire, qu’une cellule où il pût se retirer et prier, après avoir bien travaillé. Sa proposition acceptée, l’installation ne se fit pas attendre. Et dès le lendemain, il était à l’œuvre.

Les plates-bandes et les massifs du Jardin de Gethsémani sont régularisés et profondément fouillés. La grande sécheresse avait fait de grands ravages dans nos plantations. Les sujets desséchés sont remplacés par des sujets nouveaux. Puis, voilà toute une réserve de jeunes plants soigneusement piqués, pour les besoins de l’avenir. Nos grandes allées étaient simplement marquées par deux rangées d’arbres à haute tige ; maintenant des arbres et arbustes verts en complètent la décoration. La Voie douloureuse attendait, elle aussi, ses deux rangées d’arbres. Ils viennent d’être plantés, avec toute la régularité et le soin désirables. Et ce n’est qu’un début, mais qui nous fait espérer pour le printemps prochain, un changement d’aspect tout à l’avantage de notre pèlerinage. Nous craignons bien que l’humble tertiaire de Saint-François, qui est en cause dans ces lignes, ne soit un peu fâché, en les lisant. Mais ce qui le consolerait, croyons-nous, c’est si ces mêmes lignes donnaient à quelques personnes la bonne pensée de lui procurer certains plants qu’il convoite, et qu’il lui est plus difficile de se procurer. Ce sont précisément ceux qui donneraient surtout la couleur locale à son Jardin de Gethsémani ; quelques plants du cèdre, voire même quelques palmiers…

Qu’il serait heureux aussi d’avoir en quantité suffisante des rosiers de Bengale pour en border la Voie douloureuse!

Pour lui permettre d’accomplir ce qui est déjà fait, des mains généreuses se sont ouvertes ou plutôt réouvertes. Et c’est bien le moins que de nouveau aussi, nous en exprimions ici notre reconnaissance.

Tandis qu’ont lieu ces embellissements extérieurs, des mains pieuses ne se lassent pas de travailler à orner, dans la chapelle, l’autel de notre Bienheureux.

C’est ainsi qu’il y a peu de jours encore, on mettait sous nos yeux, un beau tour d’autel, brodé au crochet, d’un goût exquis, d’un travail achevé. Que d’heures il a fallu donner, pour mener à bonne fin un ouvrage si délicat. Et ce qui rend le sacrifice de ces heures plus méritoire, c’est que la jeune orpheline auteur de ce travail, les a prises sur ses récréations si peu nombreuses. Elle fait partie de l’Ouvroir de la Petite Providence, rue du Lycée, à Nantes. Nous avons une raison particulière d’indiquer ainsi d’une manière bien précise, cette excellente maison. Dans un de nos derniers numéros, nous avons parlé d’un dessus d’autel également offert par une orpheline de la même maison, et dont le travail méritait les mêmes éloges que nous donnons aujourd’hui au travail de sa compagne. Mais nous avons, par erreur, mis le nom d’un autre Ouvroir pour celui de la Petite Providence. Cette erreur nous tenons à la réparer. Ce sont bien deux enfants de la Petite Providence qui ont voulu ainsi offrir à l’autel du Bienheureux une parure complète.

Lui ne s’y sera pas trompé, et nous sommes sûrs qu’il n’a point manqué d’abaisser tout particulièrement ses regards bienveillants sur une maison, dont le nom seul lui plaisait tant, puisqu’il ne voulait pas autrefois habiter d’autre maison que la Maison de la Providence. Partout, dans ses missions, la maison où il descendait, du moment qu’il y avait mis le pied, s’appelait la maison de la Providence.

N° 28 Janvier 1893

Travaux et embellissements à la Voie douloureuse.

Disons tout d’abord que malgré toute la bonne volonté et l’ardeur dépensées dans notre dernière campagne de travaux pour la Voie douloureuse, ces travaux furent trop précipités pour arriver à un achèvement complet. Ce qu’il fallait surtout obtenir alors, c’est que la Voie apparût bien marquée sur la lande du moins dans le parcours destiné à recevoir les statues dont l’inauguration et la bénédiction devaient avoir lieu le 24 juin. Ce but fut atteint, et la grande et belle cérémonie eut lieu.

Mais, de l’avis de tous, il restait beaucoup à faire pour donner à cette Voie l’aspect qu’elle doit avoir, dans l’ensemble du pèlerinage dont elle est comme le centre.

Sur un assez long espace, du côté qui aboutit à la route, elle n’était qu’ébauchée. Sur le reste du parcours, les pierres qui en font le revêtement avaient été jetées un peu pêle-mêle. Celles en particulier formant arête de chaque côté n’étaient ni alignées, ni consolidées. Au-dessous le talus en terre était très irrégulier et sans consistance.

Nous parlions dans notre dernier numéro, de plantations et en particulier de deux rangées d’arbres qui bordent non pas la Voie douloureuse elle-même, mais les deux allées parallèles qui l’encadrent dans toute sa longueur. Cette plantation très soignée faisait ressortir encore davantage les défectuosités de la Voie principale.

Mais, au sujet de cette plantation même, qu’il nous soit permis d’ouvrir une parenthèse. Les arbres choisis pour faire cette bordure sont des plants d’acacia. L’acacia a un feuillage touffu et des fleurs odorantes. Parmi les plants, les uns sont à fleurs blanches, les autres à fleurs roses et sont entremêlés. Toutefois ce ne sont ni ses fleurs, ni son feuillage qui ont déterminé le choix.

L’acacia est aussi l’arbre aux dures épines. Il en est, en particulier, une variété, dont on peut voir quelques spécimens dans nos parcs et squares, et que l’on dit très commune en Judée, dont les épines sont extrêmement longues et acérées. D’après une tradition respectable, c’est cet arbre qui aurait fourni aux soldats romains les épines cruelles dont ils entrelacèrent la couronne de joncs marins qu’ils placèrent sur la tête de Notre-Seigneur au Prétoire. Et cette couronne le divin Sauveur la porta tout le long de la Voie douloureuse jusqu’au Calvaire.

Une fois, sur cette pente du symbolisme, la pensée vint de donner à la Voie douloureuse elle-même une bordure de rosiers à fleurs rouges. Le rosier aussi a ses épines. Et plusieurs saints Docteurs ont vu dans la rose rouge qui est regardée comme le symbole de l’amour, surtout le symbole de la Passion, qui est en effet l’amour porté à ses dernières limites.

S. Bernard, en particulier, dans un de ses beaux sermons sur la Passion, développe avec amour cette pensée, seulement bon nombre de ses expressions nous semblent intraduisibles en notre langue :

« Voyez, dit-il, en parlant de Notre-Seigneur, regardez ses mains l’une après l’autre, n’y voyez-vous pas deux roses du rouge le plus vif? Regardez ses pieds, ne sont-ils pas fleuris de la même manière. Regardez l’ouverture de son côté, n’y voyez-vous pas la rose la plus belle, bien que d’un rouge un peu plus pâle, à cause de ce mélange mystérieux de sang et d’eau qui sortit de son cœur, d’après le témoignage de l’Evangéliste S. Jean. »

Quelqu’un se souvient peut-être qu’il y a un mois, nous exprimions, ici, au nom de notre bon Frère-tertiaire horticulteur le désir d’avoir un nombre suffisant de plants de rosiers de Bengale rouges. On peut dire que ce désir a été prévenu. Dans les jours mêmes, nous recevions d’Orléans un colis assez volumineux. Ce colis contenait mille très beaux plants de rosiers tels qu’ils étaient désirés. L’envoi était fait au nom du R. P. Rivalland, Supérieur de la Résidence des Pères de la Compagnie de Marie, dans ladite ville. Qu’il reçoive ici l’expression de notre bien vive reconnaissance!

Il n’y avait plus qu’à se mettre à l’œuvre. Il fallait pour cela un certain nombre de travailleurs volontaires. Et, il a suffi pour les avoir de faire appel à nos amis des villages les plus rapprochés du Calvaire.

Le premier jour, mardi 5 décembre, ce sont les villages de Quémené, de la Brionnière, du Rot, de la Mondrais, de l’Hôtel-Guérif, tous de la paroisse de Crossac, qui nous envoient une vaillante troupe.

Le surlendemain jeudi 7 décembre, quatre autres villages de la même paroisse de Crossac nous envoient un groupe de travailleurs à peu près égal in nombre au premier. Ce sont les villages de Coismeux, de Quinta, de Bosla et de Lornais.

La semaine suivante, trois paroisses différentes sont représentées, le même jour vendredi 15décembre, chacune par un de leurs villages. La paroisse de St-Guillaume par le village des Métairies, celle de Ste-Reine par le village de Travers, et enfin Crossac par le village de la Cossonnais.

Le samedi, 16 Décembre, deux villages de la paroisse de St-Guillaume, le Buisson-Rond et Calla mettent la dernière main aux travaux projetés, pour ce moment, du moins.

Or, voici maintenant le résultat de ces quatre journées, en y comprenant, il est vrai, le travail continu de notre bon frère Cyprien, (c’est le nom de notre tertiaire horticulteur dont il a été déjà fait mention):

La voie douloureuse a été complètement achevée et a reçu son revêtement de pierres jusqu’à la route. Dans toute la longueur du parcours, chaque pierre formant arête des deux côtés de la voie a été mise en ligne et consolidée. Puis, au ras de terre, a été établie une seconde rangée de pierres à demi enfoncées dans le sol. Enfin, entre ces deux lignes a été rapportée une quantité de terre arable formant un talus en pente douce, large de cinquante à soixante centimètres. C’est sur ce talus qu’a été faite, avec, tout le soin possible la plantation des mille rosiers de Bengale.

Que l’hiver veuille bien continuer de nous ménager ses rigueurs, et dès le printemps prochain, nos pèlerins verront s’épanouir les roses et notre lande s’étonner de porter une pareille floraison !

Tous aussi verront mieux encore qu’auparavant, combien il est désirable que promptement, notre Voie douloureuse qui doit être si monumentale achève de se peupler et de s’animer, en complétant les groupes déjà commencés, et en y ajoutant ceux qui manquent encore totalement. Nous avons confiance que plusieurs prendront à cœur de nous aider à faire de ce désir une réalité.

A l’occasion des travaux et embellissements dont nous venons de parler, nous sommes invités à rappeler un avis qui a été donné plus d’une fois, ici, de vive voix, mais qui n’est pas parvenu, sans doute, aux oreilles de tous ceux qui visitent le Calvaire : C’est que sous aucun prétexte les pèlerins ne peuvent se permettre de monter, ni de marcher sur la chaussée de la Voie douloureuse proprement dite.

Il est évident, à première vue, que cette chaussé n’a pas été faite pour qu’on y puisse marcher. Les pierres qui la recouvrent sont très irrégulières et mal jointes. Le moins qui puisse être dit, c’est que vouloir y marcher, c’est s’exposer à de légers accidents. Les deux voies parallèles semées de gazon sont assez larges pour la circulation des pèlerins. Il n’y a pas de raison de s’approcher plus près pour mieux voir. Et si, en particulier, le pèlerin partant du Prétoire suit la voie qui est à gauche, il est au vrai point de vue pour bien voir les statues qui toutes sont légèrement tournées et inclinées de ce côté.

On ne saurait non plus invoquer je ne sais quels motifs de piété. Dernièrement encore, j’aperçus moi-même un groupe de pèlerines déjà bien engagées sur la voie et qui paraissaient, malgré les difficultés, bien décidées à la parcourir toute entière, contrairement au présent avis. Je me contentais tout d’abord de faire observer combien il était, plus simple et plus facile de marcher à côté sur la pelouse : « Ah! mais, mon Père, me fût-il répondu tout d’une voix, c’est pour gagner des mérites. » Je ne pouvais, sans doute, qu’être édifié de la réponse. Mais je dus cependant faire remarquer qu’il y avait mérite aussi à ne pas contrevenir à un règlement établi pour de sérieux motifs, et que dans le cas présent, le mérite de l’obéissance me semblait plus sûr que les autres. Nous ne doutons pas que ce ne soit aussi l’avis de nos lecteurs. La défense sera respectée de tous. C’est une mesure de bon ordre sans laquelle nous ne pourrions en particulier, ni entretenir, ni conserver la bordure de rosiers qui vient d’être plantée avec tant de précautions et de soins.

N° 29 Février 1894

Un autel à la Sainte Famille dans la chapelle du Pèlerinage

Nous célébrons, aujourd’hui, en union avec toute l’Eglise, pour la première fois, la Fête de la Sainte-Famille, dans notre Chapelle du Pèlerinage.

Léon XIII, en instituant cette fête de la Sainte-famille, a voulu, qu’au moins une fois chaque année, tous les chrétiens fussent invités à contempler, pendant quelques instants, le ravissant spectacle qu’offrait autrefois l’humble maison de Nazareth. Spectacle alors inconnu des hommes, mais que les Anges contemplaient avec admiration du haut du Ciel, et qui nous a été révélé depuis.

Léon XIII a exprimé, de plus, le désir de voir dans chaque famille chrétienne, dans chaque communauté religieuse, une image, une représentation de la Sainte-Famille.

Ce désir, il l’a exprimé, dans une circonstance solennelle, d’une manière très particulière aux Enfants du B. Montfort, les engageant à user de tous les moyens en leur pouvoir, pour répandre et promouvoir la dévotion à la Sainte-Famille.

Aussi, est-ce un bonheur pour nous de pouvoir annoncer qu’il va nous être donné d’entrer très spécialement dans les vues du grand Pontife, par l’érection prochaine d’un autel à la Sainte-Famille, dans notre Chapelle du Pèlerinage.

Nous le devrons au vénérable vieillard, qui a déjà doté cette même chapelle de l’autel du Bienheureux, et dont le pinceau toujours jeune a retracé les deux scènes si gracieuses de l’Apparition de Marie à son Serviteur, sous les vieux chênes de la forêt, et de Montfort haranguant ses pieux travailleurs au pied de la colline du Calvaire.

Déjà le pieux artiste a repris ses pinceaux, et mis la main à l’œuvre.

Ses grandes lignes sont arrêtées, nous ne les connaissons pas. Mais, nous croyons pouvoir, cependant, dire sans indiscrétion que la principale pensée qui le guide dans cette Œuvre est de prêcher, à sa manière, la sanctification du travail par l’exemple de la Sainte-Famille.

Puisse le séjour qu’il va faire en Touraine lui donner de nouvelles forces et les meilleures inspirations sur ce beau sujet !

Ce sont bien en effet des familles de travailleurs, d’ouvriers qui viendront prier devant cet autel. Travailleurs du sol, ouvriers de l’usine, ouvriers des grands Chantiers de la Loire, ce sont eux qui forment toujours la grande majorité dans nos pèlerinages. Et nous l’avons fait remarquer plusieurs fois, c’est en famille qu’ils viennent au Calvaire, père, mère, enfants.

Nous les verrons, après s’être agenouillés quelques instants, comme ils ont coutume de le faire devant l’Autel du Bienheureux, s’avancer de quelques pas pour s’agenouiller aussi devant l’Autel de la Sainte-Famille. Et la leçon parlante qui sera sous leurs yeux sera comprise de tous, même des jeunes enfants.

La pose de cet autel servira, nous l’espérons, de prélude à la construction et à l’inauguration de la Maison même de la Sainte-Famille, telle qu’on la voyait autrefois à Nazareth, et qui, nos lecteurs le savent, a sa place marquée dans notre pèlerinage. Ce sera aussi un encouragement de plus pour ceux qui seront invités à venir prendre part aux travaux de notre Nazareth, ou plutôt du Nazareth de Montfort.

N° 30 Mars 1894

Notre Maison de Nazareth

C’est à la piété, à la générosité d’une honorable famille chrétienne de notre voisinage, que nous devrons d’avoir, ici, bientôt, une image, une représentation exacte de la Maison de Nazareth, ou Santa-Casa.

Tout est préparé à l’avance pour cela. Les plans qui seront suivis pour la construction de la sainte Maison ont été dressés à Lorette même, par un homme de l’art, et avec une exactitude scrupuleuse jusque dans les moindres détails. Nous sommes donc assurés d’avoir une reproduction fidèle quant à la forme de l’édicule et à ses diverses dimensions.

Quant aux matériaux mêmes, on sait que les murs de la Sainte Maison sont construits en petits moellons d’une pierre crayeuse, à teinte rougeâtre, dont on se sert encore aujourd’hui pour bâtir à Nazareth. Précisément, la Providence a placé non loin de nous certaines carrières dont la pierre est à peu près de la même teinte, et qui peut être facilement taillée, de manière à imiter assez bien les moellons de Nazareth, dont nous venons de parler.

Ce travail de préparation est déjà assez avancé; et aujourd’hui même, dimanche 18 février, un appel a été fait à tous nos bons cultivateurs des environs, pour vendredi prochain. Nous sommes assurés qu’ils se trouveront nombreux, à l’heure dite et au lieu fixé, en Sainte-Anne de Campbon, avec leurs attelages, pour transporter de la carrière au Calvaire chacun leur part des matériaux qui serviront à la construction de la Sainte Maison.

Cette construction n’est, elle-même, qu’une partie du travail projeté. Il faudra des terrassements pour figurer la petite colline à laquelle était adossée la Sainte Maison, colline dans le flanc de laquelle se trouvait creusée une grotte qui complétait l’habitation de la Sainte Famille. C’est dire assez que nous aurons plus d’une fois, cette année encore, à faire appel à nos travailleurs volontaires.

Pendant ce temps, la main d’un artiste préparera le groupe de l’Annonciation, ou de la visite de l’Archange Gabriel à Marie pour lui annoncer qu’elle va devenir la Mère de Dieu.

Nous avons la confiance que cette simple annonce intéressera les lecteurs de l’Ami de la Croix, à la continuation de notre Œuvre du Calvaire, qui est aussi la leur. Mais, nous nous proposons de revenir avec eux sur la merveilleuse histoire de la Santa-Casa : Merveilles qui s’y sont passées et dont elle a été témoin, merveilles accomplies par Dieu pour la préserver de toutes les profanations, de toutes les dévastations, et pour la conserver à son Eglise, merveilles de grâces de toute sorte, qui ne cessent d’y être répandues, surtout depuis qu’y afflue la foule des pèlerins ; faveurs précieuses accordées par les Souverains Pontifes à la visite de ce lieu béni et privilégié entre tous, et auxquelles nous espérons bien, par l’affiliation, avoir part un jour.

Léon XIII, glorieusement régnant, vient d’y ajouter encore, en accordant, par Lettres apostoliques, un Jubilé, pour le six-centième anniversaire de la Translation miraculeuse de la Sainte Maison, à Lorette. En recommandant la Dévotion à Notre-Dame de Lorette, il rappelle la Dévotion à la Sainte Famille, qui lui est si intimement liée, et qu’il a tant à cœur.

Nous ne donnons aujourd’hui que de simples indications, sur ces divers points. Contentons-nous de rappeler ce qui, sur ce sujet, doit intéresser plus particulièrement les dévots fidèles du Bienheureux Montfort, et leur donner l’assurance que, du haut du Ciel, il sourit à la nouvelle entreprise, et ne manquera pas d’y mettre lui-même la main.

Tous savent sa dévotion très spéciale pour le premier mystère du saint Rosaire, l’Incarnation du Verbe éternel de Dieu, dans le sein de Marie, qui, d’après ses propres paroles, est le Mystère de Jésus-Christ le plus caché, le plus élevé, le moins connu, et un abrégé de tous les autres mystères renfermant la volonté et la grâce de tous.

C’est le 25 mars, jour de l’Annonciation de la Sainte Vierge, qu’il désigne comme fête spéciale à ceux qui veulent entrer dans la Dévotion du Saint Esclavage de Jésus en Marie.

Nous avons rappelé déjà son pèlerinage à Notre-Dame-de-Lorette. Il trouva là tant d’attraits et de délices, qu’il y séjourna près de quinze jours, malgré son désir d’arriver promptement à Rome. C’est après l’avoir vu célébrer la sainte Messe à l’autel de Notre-Dame, avec une ferveur angélique, qu’un pieux habitant de la petite ville l’invita à loger chez lui, et à y prendre ses repas.

C’était sur la fin de mars, et il est probable que le grand dévot de Jésus et de Marie a célébré le Mystère de l’Incarnation le 25, dans la demeure même où il s’était opéré dix-sept siècles auparavant, à pareil jour.

Dans le nouvel ouvrage qui vient de paraître sur Notre-Dame-de-Lorette, à l’occasion du sixième centenaire de la Translation, l’auteur a un chapitre, l’un des plus intéressants du livre, intitulé : Témoignages des Saints et des Bienheureux.

Il n’a point oublié Montfort, et il rapporte même de lui certaines paroles que nous ne trouvons chez aucun de ses historiens, mais qui, peut-être, ont pu être conservées par la tradition, à Lorette même.

Nous citons textuellement le commencement de ce chapitre :

« La Mère du pur amour a rempli sa demeure de l’odeur du baume le plus précieux ; et de même que les vases retiennent l’odeur des parfums qu’ils ont contenus, ainsi est imprégnée des parfums célestes cette Maison qui a contenu la source de tout ce qui est suave au Ciel et sur la terre.

» La présence de Jésus, Marie et Joseph se fait toujours sentir dans la chère Demeure : Il semble, comme le disait le Bienheureux Grignon de Montfort, qu’on les voit, et qu’on les entend converser ensemble ; la Lumière du monde paraît toujours illuminer la chambre, et le sourire de Marie, la réjouir. »

Ce qui, du moins, ne peut faire doute, c’est que, là, il fut comblé des grâces les plus précieuses, et y goûta les consolations les plus douces.

Qu’il nous aide donc à construire notre nouveau Nazareth, et qu’il nous obtienne d’y avoir part, au moins dans une certaine mesure, à ces grâces et à ces consolations !

Journées de travail volontaire

Les travaux les plus importants et de nature à être plus remarqués, sans doute, qui vont avoir lieu pour la construction de notre Nazareth, ne doivent pas nous faire oublier des travaux plus modestes accomplis avec une bonne volonté digne de tous les éloges.

Sur une aussi vaste étendue de terrain que l’est l’enceinte du pèlerinage, on remarque et l’on remarquera probablement longtemps encore, des points où le travail est resté inachevé et qui laissent beaucoup à désirer pour la beauté, et la régularité de l’ensemble. C’est, ici, le nivellement d’une allée très défectueuse et qui demanderait à être corrigé; là, des amoncellements de pierres qui devraient être transportées ailleurs; là encore, une provision de bonne terre végétale, inutile à la place qu’elle occupe et qui serait d’un grand profit au pied de nos jeunes plantations, etc.

C’est pour des travaux de ce genre que les bons habitants du village de Cusia (paroisse de Ste-Reine) nous ont donné leur première journée de Carême, le Mercredi des Cendres. C’était vraiment une journée de pénitence, mais qui a été bravement acceptée. La pluie fine et presque continue qui tombait n’est point parvenue à ralentir leur ardeur au travail.

Les villages de la Gaine et de la Giraudais, do la paroisse de Crossac, convoqués pour le jeudi de la semaine suivante ont été, au contraire, favorisés par un très beau temps ; et leur journée a été fructueuse.

Aujourd’hui même, se sont des travailleurs volontaires de Drefféac, qui déblaient avec ardeur le terrain où doit s’élever notre Nazareth. De temps en temps, se fait entendre le chant : Ave Maria. C’est bien de circonstance, au milieu du travail qui a pour but l’édification de la maison même de l’Ave Maria.

C’est après-demain vendredi, que tous les chariots des environs se rendront à la carrière pour le transport des pierres qui formeront les murs de la Sainte Maison. On ne parle de rien moins que d’une cinquantaine d’attelages. Nous y reviendrons.

2 Avril fête du Lundi de la Quasimodo

C’est à ce jour qu’est renvoyée, cette année, la célébration de la Fête de l’Annonciation de la Sainte Vierge. C’est aussi à ce jour qu’est fixée la bénédiction de la première pierre de notre Maison de Nazareth. Cette fête sera présidée, et la bénédiction sera faite par M. le Curé-Doyen de Savenay, chanoine honoraire.

Dans la matinée, grand’messe à 9 heures. La bénédiction de la première pierre aura lieu, dans l’après-midi, vers deux heures.

Elle sera précédée d’une allocution par un prêtre membre de l’honorable famille qui fait, si généreusement les frais de la construction du pieux monument.

N° 31 Avril 1894

Travaux volontaires pour la construction de la Maison de Nazareth

La journée du vendredi, 23 février, a tenu ce qu’elle promettait. C’était, ainsi que nous le disions, dans la Chronique de notre dernier numéro, le jour fixé, pour amener de la carrière à pied-d ‘œuvre les pierres destinées à la construction de notre Maison de Nazareth.

C’est bien une cinquantaine de chariots attelés, qui se trouvèrent au rendez-vous, dès le matin. Etaient représentées les paroisses de Pontchâteau, de Sainte-Reine, de Crossac, de S.-Guillaume, et de Sainte-Anne-de-Campbon.

La distance du Calvaire est d’environ huit kilomètres. Ce qui rendait l’opération plus difficile, plus pénible, et par conséquent plus méritoire, c’est que la carrière est située à une certaine distance de la grande route. Et, précisément, ce jour-là, les terres avaient été détrempées par un dégel très prononcé.

Tout s’est néanmoins passé dans un ordre parfait et sans le plus léger accident.

Nous n’étions pas au départ de la carrière, mais nous avons assisté, ici, à l’arrivée et au déchargement. Conducteurs et chevaux sont un peu fatigués, sans doute, mais l’entrain et la bonne humeur ne font pas défaut. Un mot recueilli au passage peint les sentiments de ces braves gens si dévoués à l’Œuvre du Calvaire. Comme au départ, et pour les mêmes raisons, il y avait à l’arrivée, un passage difficile. Il fallait quitter la grande route, pour aller décharger dans le champ, à l’endroit où sont creusés, en ce moment, les fondations de la Maison de Nazareth. Il y avait un chemin tracé, il est vrai, mais tout-à-fait rudimentaire. Les pierres qu’on y avait jetées n’étaient pas solides sous les pieds des chevaux.

C’est le tour d’un bon vieux qu’à la couleur de ses vêtements et à sa coiffure spéciale, il est facile de reconnaître pour le propriétaire d’un des nombreux moulins à vent que l’on voit du Calvaire. Au passage difficile, le cheval hésite un moment. Or, voici de quelles paroles est accompagné un léger coup de fouet : « Allons, mon vieux… N’aie pas peur… Tu ne peux pas te faire de mal !… C’est pour le bon Père Montfort ! »

Telle est la confiance de nos bons villageois en la protection du Bienheureux. Et c’est toujours à sa voix qu’ils répondent, en venant au Calvaire. C’est pour lui qu’ils travaillent. C’est à lui qu’ils ne savent rien refuser.

Dans la circonstance présente, ils savent bien, sans doute, qu’il s’agit de la construction de la Maison de Nazareth, de la maison de la Sainte Vierge. Mais dans leur pensée, c’est encore au Père de Montfort que cette maison sera donnée, pour que lui-même en fasse hommage à la Reine du Ciel.

Le mercredi de la semaine suivante, 28 février, a été, ici, une belle journée de printemps, et aussi une belle journée de travail volontaire.

Il fallait bien une avenue, pour aborder à notre Maison de Nazareth ; et, même pour qu’elle fût plantée cette année, le temps pressait. Tous se rappelaient qu’il y a quatre ans, au début des travaux, était échu à nos plus proches et excellents voisins de Saint-Guillaume, l’honneur de mettre les premiers la main à l’œuvre, en traçant et en aplanissant la première allée qui conduit au monument du Prétoire.

Cette allée est déjà bien belle aujourd’hui avec ses rangées de tilleuls qui ont prospéré et grandi, et dont les bourgeons vont bientôt s’ouvrir, avec sa haie d’aubépine et ses fusains qui lui font une décoration de verdure même en hiver.

C’est encore aux bons paroissiens de Saint-Guillaume, que l’appel avait été adressé pour l’avenue de Nazareth.

Elle est parallèle à l’allée dont nous venons de parler, mais n’a que la moitié de sa longueur. Aussi, nos soixante braves n’ont-ils pas eu de peine à remplir leur tâche. Un détachement, même, a trouvé le temps de défoncer un vaste carré de terre en face du prétoire, dont le gazon avait besoin d’être renouvelé.

L’avenue de Nazareth est maintenant encadrée de deux rangs de pommiers, en attendant d’autres plants, qui, de chaque côté de la Sainte Maison, formeront ce qui s’appellera désormais le Verger de la Sainte Vierge, le Verger de Marie.

Les habitants de Saint-Guillaume, nous a-t-on dit, tiennent à la réputation de bons chanteurs. Aussi, plus d’une fois, dans cette belle journée, nous entendions du côté de Nazareth, des voix vibrantes redisant avec ensemble le Refrain du Bienheureux :

Par l’Ave Maria

Le Péché su détruira.

Par l’Ave Maria

Toute grâce nous viendra.

M. le Curé qui avait bien voulu accompagner, ici, les siens, donna, avant le départ la Bénédiction du Très Saint-Sacrement.

Nous ne devons pas oublier de mentionner ici, d’autres travaux volontaires moins remarqués, parce qu’ils se font isolément au jour le jour, mais qui ne sont pas moins méritoires.

Nous voulons parler du charroi des moellons ordinaires, qui entrent en quantité considérable dans les fondations et dans l’intérieur des murs de la sainte Maison, et surtout dans la construction de la grotte.

Jusqu’à présent, ce sont les bons cultivateurs des villages de la Cossonnais, de Coimeux, de Quinta, de la Bassinais, de La Noë, de Travers, de la Tanière, de Saint-Cado, de la Buronnerie, tous des paroisses de Crossac et de Sainte-Reine, qui ont rempli cette tâche. D’autres, après eux, nous en avons la confiance, la continueront avec le môme dévouement.

Un dernier mot: Nous devions certainement nous attendre à des réclamations, même vives, si dans les travaux et la construction de la Maison de Nazareth, une part n’avait été réservée aux travailleuses volontaires.

Un commencement de satisfaction va leur être donné. Dès la semaine de Pâques, on compte sur un certain nombre d’entr’elles pour aplanir les alentours de la sainte Maison, en faciliter l’abord, dégager le terrain qui sera plus tard le verger de la Sainte Vierge.

En un mot, elles auront à tout disposer, à tout mettre en ordre pour la fête de la Bénédiction de la première pierre, fixée ainsi que nous l’avons dit, au Lundi de Quasimodo.

La voie douloureuse

La construction de Nazareth, et la Représentation du premier mystère du Saint Rosaire, ne peut pas et ne doit pas nous faire oublier notre grande entreprise de la voie douloureuse.

Voici précisément venir le grand anniversaire de ces scènes sanglantes et divinement touchantes qui commencent à la grotte de Gethsémani, pour se terminer au sommet du Calvaire. N’est-ce pas le moment opportun, d’intéresser de nouveau nos lecteurs, à cette œuvre, qui dans la pensée de notre Bienheureux devait servir à la glorification de la Passion et de la Croix de son divin Maître, et aussi au salut de bien des âmes qui trouveraient là leur conversion ou leur affermissement dans le bien ?

Nous l’avons déjà dit à nos lecteurs, en leur témoignant notre reconnaissance; c’est grâce à la générosité avec laquelle ils ont répondu à notre appel, de toutes parts, l’an dernier, en prenant quelques billets de loterie que nous avons eu notre belle fête du 24 juin, marquée par la bénédiction des huit grandes statues en fonte, qui ont commencé d’orner et d’animer notre Via Crucis. C’est encore le produit de cette humble loterie auquel sont venus se joindre les dons de quelques personnes généreuses, qui a permis de faire la commande de sept autres statues composant la station complète de Jésus consolant les Filles d’Israël sur le chemin du Calvaire.

A en juger par les modèles photographiés que nous avons eus sous les yeux, ce groupe doit être du plus grand effet.

Mais, nos zélateurs et zélatrices ne veulent point s’en tenir là. Déjà plusieurs sont en campagne, ayant entre leurs mains la belle photogravure de la Vue générale du Pèlerinage, peinte par M. Gerbaud. Un exemplaire en est offert à toute personne qui veut bien se faire inscrire pour deux billets, (cinquante centimes). Ceux qui ne souscrivent que pour un seul billet (vingt-cinq centimes) reçoivent un chromo, portrait du Bienheureux, avec ses litanies. C’est un moyen de le faire prier et invoquer plus souvent et par un plus grand nombre.

Nous avions donné à penser que le Panorama du pèlerinage pourrait être adressé à chacun de nos abonnés, en même temps que l’Ami de la Croix. La grandeur du format ne le permet pas. Mais, nous croyons savoir que, sous peu de temps, il sera adressé par paquets, partout où nous avons un certain nombre de lecteurs. Nous avons la confiance que les personnes qui recevront cet envoi voudront bien en tirer parti, pour l’Œuvre du Bienheureux, comme les personnes dévouées dont nous venons de parler.

Nous avons déjà dit que la bénédiction de la Station de Jésus consolant les femmes de Jérusalem est fixée au Lundi de la Pentecôte. Le prochain numéro donnera le programme complet de cette fête. Mais, dès aujourd’hui nous pouvons annoncer que la cérémonie sera présidée par M. l’abbé Créton, curé de Saint-Nicolas, de Nantes, et que le sermon sera donné par M. l’abbé Camper, vicaire de la Roche-Bernard.

N° 32 Mai 1894

Travaux de Nazareth

Les travailleuses volontaires de la paroisse de Ste-Reine, annoncées pour la semaine de Pâques et qui devaient tout disposer autour des fondations de la Sainte Maison, se sont parfaitement acquittées de leur tâche, en y ajoutant même quelques travaux urgents sur la Voie douloureuse. Le travail était animé par le chant : Ave, Maria, qui, pendant la journée retentit bien des fois sur la lande.

C’est le mercredi, 11 avril, qu’a eu lieu le second convoi, pour amener des carrières de Sainte-Anne-de-Campbon les pierres spécialement employées pour la construction de la maison de Nazareth, Pontchâteau, Sainte-Reine et Missillac y prenaient part avec la même bonne volonté qu’à la première fois. Notons en passant ce petit fait : Les derniers chariots étaient un peu surchargés, et la montée est rude dans la Rue de la Gare de Pontchâteau. Plusieurs braves Pontchâtelains se sont empressés de, donner le coup de main, que les conducteurs sont obligés de réclamer quelquefois, mais dont ils sont toujours heureux de remercier, surtout quand il leur est offert aussi spontanément.

Aujourd’hui môme, jeudi 19 avril, une vaillante troupe de travailleuses venues de Saint-Malo-de-Guersac, commence les travaux de la petite colline à laquelle sera adossée la Maison de Nazareth.

N° 33 Juin 1894

Travaux à la Maison de Nazareth

Le compte-rendu de nos fêtes, ne nous laisse pas de place, cette fois, pour la continuation de l’Histoire de la Sainte Maison. Nous y reviendrons bientôt. Mais nous ne pouvons renvoyer à plus tard de féliciter ceux qui sont venus avec tant de bonne volonté prendre part aux travaux de notre Nazareth. Certes, ils en ont montré du courage et de la bonne volonté, ceux que nous avons à signaler les premiers, comme ouvrant cette nouvelle série.

Saint-André-des-Eaux est une paroisse peut-être ainsi nommée parce que d’un côté elle est à une assez petite distance de l’Océan, et que de l’autre elle se rapproche de la Grande-Brière qui n’est qu’un vaste lac pendant toute la saison d’hiver. Les habitants de Saint-André des-Eaux ont toujours été dévoués au Bienheureux Montfort. C’est une tradition certaine que leurs ancêtres furent des plus ardents à le seconder dans la construction de son Calvaire. Or, pendant qu’il était ici question d’entrer en pourparlers, afin de renouer cette tradition, voici que le R. P. Brény, très dévoué à l’Œuvre du Calvaire, vient y prendre quelques jours de repos.

Saint-André est presque son pays natal. Il y a là de nombreux membres de sa famille. C’est lui qui, du reste assuré du succès, se charge d’aller faire les premières propositions. L’appel adressé du haut de la chaire par le vénérable Curé est accueilli avec enthousiasme. Le jour fixé est le Vendredi, lendemain de l’Ascension. Le matin, cent cinquante hommes sont là présents pour le départ, armés de leurs instruments de travail. La route est longue de plus de sept lieues. Bien des chars-à-bancs ou carrioles ont été réquisitionnés, mais en nombre encore très insuffisant. Tous ceux qui n’ont pas de place prennent le chemin dit de la Grande-Brière. Ils espèrent bien trouver, et trouvent en réalité quelques bateaux pour les passages qu’il est impossible de franchir à pied. Et de fait, ils nous surprennent arrivant les premiers au Calvaire, formant un bataillon serré, et débouchant sur une voie par laquelle ils n’étaient point attendus. Tous sont bientôt réunis à la Chapelle, pour entendre la messe dite par M. le Vicaire de Saint-André. Ils y chantent avec un magnifique entrain les cantiques d’usage. Puis le travail commence. C’est merveille de voir certains talus de fossés disparaître, et les terres s’accumuler pour former la colline de Nazareth. Quelques bons fermiers des environs ont amené leurs chariots, qui sont remplis et déchargés en un clin-d ‘œil. De temps en temps, toutes ces voix d’hommes s’unissent pour jeter aux échos de la lande un pieux refrain. C’est vraiment une de ces Journées à la fin desquelles tous ceux qui y ont pris part se félicitent mutuellement. Quelqu’un nous cite le mot d’un de ces braves travailleurs, rendant bien la situation. « C’est nous qui sommes les vainqueurs !… Nous serons sur la feuille, le mois prochain ! » La feuille n’est autre que l’Ami de la Croix. Ils y sont autant que nous pouvons les y mettre tous les braves de Saint-André-des-Eaux, regrettant de ne pouvoir inscrire tous leurs noms.

Nous avons déjà dit que M. le Vicaire remplaçait le vénérable Curé. M. le Maire aussi était là, avec son adjoint, prenant part à tous les travaux et payant largement de leur personne.

Jeudi, 10 Mai

Ce jour-là, ce sont nos bons amis de Bergon qui viennent nous prêter main-forte, avec leur bonne volonté ordinaire. Ils vont être dirigés par M. Gerbaud, qui nous arrive sans avoir pris le temps de se reposer du voyage qu’il vient de faire pour assister aux fêtes d’Orléans. Tandis qu’on lui amène de la crête de la lande, sur un traîneau ingénieusement construit, les blocs de pierre, il les dispose avec son goût ordinaire; et bientôt l’on voit se dessiner l’entrée de cette grotte qui faisait partie de l’habitation de la Sainte Famille à Nazareth. La colline en même temps s’élève, et c’est avec une agréable surprise que tous peuvent constater le soir, les progrès accomplis dans la journée. Honneur aux braves travailleurs de Bergon !

La journée du lendemain, 11 mai, n’est pas moins fructueuse. C’est toute la chrétienne paroisse de la Chapelle-des-Marais qui est aujourd’hui représentée. Et au nombre des travailleurs, il est permis de conjecturer que bien peu de familles n’ont pas là quelqu’un des leurs. Tous ne se regardent-ils pas comme solidaires dans la reconnaissance pour les bienfaits reçus ? Et n’est-ce pas une marque évidente de la protection spéciale du B. Montfort sur la paroisse que la guérison de cet enfant, racontée par nous dans notre dernier numéro? Quoi qu’il en soit, les travailleurs de la Chapelle-des-Marais ont montré, une fois de plus, leur zèle pour l’Œuvre du Calvaire, et ont fait grandement avancer les travaux.

Sans doute, il reste encore beaucoup à faire; mais déjà l’on peut entrevoir ce que sera notre Sainte Maison avec sa colline et sou verger fleuris, rappelant Nazareth (la ville, des Fleurs).

P.-S. — Il ne nous est pas permis d’oublier que pour la pose du groupe de Jésus consolant les Filles de Jérusalem, de nombreuses et dévouées travailleuses nous sont venues des villages de Quémené et de la Brionnière. Elles ont mis la dernière main à l’aplanissement et à l’appropriation de la voie douloureuse, et ont eu quelque temps à donner encore aux travaux déjà commencés de Nazareth

Fête du lundi de la Pentecôte, bénédiction de la VIIIe station de la voie douloureuse

Nous empruntons avec plaisir au Nouvelliste de l’Ouest le compte rendu de cette fête.

L. G.

C’était fête, le lundi de la Pentecôte, au Calvaire de la Madeleine, et c’était grande fête. On savait dans toute la contrée — car rien de ce qui touche le Bienheureux Père Montfort n’y est inconnu — qu’un prêtre éminent devait bénir une des stations du grand Chemin de la Croix, la VIIIe, et qu’un orateur à la voix connue et aimée devait prendre la parole en cette circonstance.

A 10 heures, la fête a commencé par le Saint Sacrifice de la Messe. Déjà la foule était nombreuse.

Après la consécration, tout d’une voix, elle a chanté le Credo. La messe dite, les visites particulières ont été faites aux différentes stations et particulièrement à la VIIIe (Jésus console les filles de Jérusalem) que chacun admire pour la première fois.

A 1 heure et demie, les pèlerins se réunissent auprès de la chapelle du Bienheureux et la procession se met en marche.

En tête, sont déployées les bannières de la paroisse de St-Joachim — paroisse la plus assidue, peut-être, et la plus dévouée aux travaux du Calvaire. — Devant le clergé, sur un trône monumental, orné de velours rouge et de broderies d’or, on a placé la statue de Jésus chargé de sa croix. Cinquante hommes portent le brancard. Ils sont pris dans toutes les paroisses et se relèvent tour à tour.

Le cortège s’avance majestueusement au chant des cantiques. Arrivé en face du Prétoire, il s’arrête. En ce moment la foule massée au pied du monument dépasse cinq mille personnes. Le clergé gravit le grand escalier et prend place sous les coupoles. En face de l’autel est assis M. le Curé de Saint-Nicolas de Nantes qui préside.

Après le sermon, la procession a suivi la Voie Douloureuse. M. le Curé de Saint Nicolas a béni le groupe de la VIIIe station, puis a donné la bénédiction du Saint-Sacrement, au retour, à la Scala Sancta.

Tous les assistants de cette belle fête sont retournés chez eux, le cœur plein du souvenir du P. de Montfort.

La Roche-Bernard, 15 mai.

Vicomte Odon du Hautais.

N° 34 Juillet 1894

Les travaux de Nazareth

Ils sont pour ainsi dire terminés.

La Sainte Maison est couverte à la manière orientale. Son unique fenêtre a reçu son treillis. On pourrait même dire qu’elle est déjà meublée, puisqu’il ne doit y avoir d’autres meubles que les humbles placards qui ont été ménagés dans la muraille.

C’est ainsi que, pour nous servir d’une expression bien connue, la clef de la Maison pourrait dès aujourd’hui être remise aux mains de la céleste propriétaire. Mais ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle doit venir s’y fixer.

Le jardin ou verger de la Sainte Vierge, tracé par M. Gerbaud et planté par notre bon F. Cyprien, commence déjà à fleurir. C’est la première lettre du nom de Marie, M, qui se montre de plus en plus lisible, à mesure que s’épanouissent les fleurs.

La petite colline à laquelle est adossée la Sainte Maison, va aussi se couvrir bientôt de verdure et de fleurs. On y fait en ce moment même les semis et plantations.

Tout cet ensemble nous promet véritablement une image de Nazareth, ville des fleurs.

Mais, pour en arriver là, bien des bras ont été mis en mouvement. Il a fallu donner bien des coups de pelle et de pioche. Bien des mains ont tiré la chaîne pour mettre en place les rochers qui émergent jusqu’au sommet du tertre.

Tous, travailleurs et travailleuses ont rivalisé de bonne volonté, d’entrain et de zèle pour accomplir la tâche qui leur était assignée. Tous mériteraient en particulier d’être mis à l’ordre du jour; mais tous comprendront aussi que, dans le cas présent, nous devons nous borner à une simple nomenclature des journées de travail, avec le nom des paroisses ou villages qui y ont pris part.

Le mardi 22 mai : travailleuses des villages de Mazin, de Lony et de Pandille, de la paroisse de Saint-Joachim.

Le mercredi 23 mai : les travailleuses sont venues, des villages de la Cossonais, de Coimeux, de Lornais, de Bosla, de la Haie, tous de la paroisse de Crossac.

Le jeudi 24 mai, c’est la Chapelle-des-Marais représentée toute entière par un grand nombre de travailleuses.

Le vendredi 25 mai, c’est un groupe de braves travailleurs que nous envoie la paroisse de Saint-Joachim.

Le mercredi 30 mai, les femmes de la Chapelle-des-Marais reviennent plus nombreuses encore que la semaine précédente.

Le mardi 5 juin, les travailleuses viennent de loin, de Guenrouët, et elles sont très nombreuses. M. l’abbé Avenard leur dit la messe, et leur donne le salut, avant le départ.

Le jeudi 7 juin, ce sont les hommes de Campbon, la paroisse des zouaves pontificaux, dont plusieurs ont heureux de renouveler connaissance avec M. Gerbaud. Le vénérable pasteur est là, encourageant les travaux. Il est accompagné d’un de ses vicaires.

Le vendredi 8 juin, la paroisse de Crossac est représentée toute entière par des travailleuses, en grand nombre.

Le mercredi 13 juin, les travailleuses do Saint-Guillaume déjà bien nombreuses voient se joindre à elles un groupe assez nombreux de Bergon, en Missillac.

Le vendredi 15 juin, c’est le grand village de Féderin, paroisse de Saint-Joachim, qui a dû si trouver à peu près désert, si nous en jugeons par le nombre des travailleuses.

Enfin le mardi 19 juin, groupe nombreux et ardent de Saint-Malo-de-Guersac.

Si, involontairement, nous avions fait quelque oubli, ceux ou celles qui en auraient été l’objet peuvent se consoler en pensant que du moins ni Marie pour qui était le travail, ni le Bienheureux Montfort ne peuvent les oublier.

N° 35 Août 1894

Notre Maison de Nazareth

Nous assistons avec plaisir aux derniers préparatifs qui se font à notre Nazareth, pour la réception de l’hôtesse céleste qui doit en prendre possession très prochainement désormais.

Le jardin fleurit de plus en plus et se garnit même de quelques légumes. La petite colline revêt peu à peu son manteau de verdure. A l’extérieur, les abords de l’humble maison sont débarrassés des restes de matériaux qui l’encombraient, aplanis, sablés. L’intérieur est blanc et propret, comme il devait l’être alors que Marie y entretenait elle-même l’ordre et la propreté, seul luxe qu’elle ne connût jamais. Le plafond est bleu d’azur comme à Lorette. L’autel, rappelant celui que l’apôtre saint Pierre consacra lui-même dans la maison de Marie, vient d’être placé. Le tombeau de cet autel n’a d’autre ornement que le chiffre de la Sainte Vierge, d’or sur fond d’azur, entouré d’un chapelet aux grains d’argent. Les places réservées pour la représentation du mystère de l’Annonciation, celle de l’archange Gabriel apparaissant du côté de l’Epitre, et celle de Marie assise au travail, du côté de l’Evangile, sont encore vides. Mais, nous attendons incessamment de Paris, l’annonce de l’envoi de ce beau groupe.

Tout étant ainsi prêt et assuré, au point de vue matériel, hâtons-nous de dire qu’il n’y a pas non plus à craindre de retard du côté des avantages spirituels.

Le Titre d’agrégation de notre maison de Nazareth à la sainte maison de Lorette vient d’arriver de Rome et a déjà été visé par l’Evêché de Nantes.

D’après ce titre, signé par Son Eminence le cardinal Rampolla, préfet de la Congrégation de Lorette, notre maison de Nazareth participe à tous les privilèges, à toutes les faveurs, accordés par les Souverains Pontifes avec tant d’abondance à la Santa casa elle-même. Nos pèlerins pourront gagner, ici, les mêmes indulgences que ceux qui font le pèlerinage de Lorette, en Italie.

Qu’il nous suffise pour aujourd’hui de dire, qu’outre de nombreuses indulgences partielles, des indulgences plénières sont fixées aux fêtes de la nativité de N. S., de l’Immaculée-Conception, de la Nativité, de l’Annonciation de la Sainte Vierge, de la Translation de la Sainte-Maison, à Lorette.

Ils pourront donner dans le prochain numéro la traduction du texte complet de ce Titre d’agrégation qui, du reste, sera sans doute affiché dans le nouveau sanctuaire.

La fête de l’inauguration et la bénédiction de notre maison de Nazareth est définitivement fixée au dimanche dans l’Octave de l’Assomption, 19 aout, jour auquel l’Eglise célèbre la mémoire de Saint Joachim, père de la Bienheureuse Vierge Marie. La maison de Nazareth était, selon la tradition la plus commune, la maison de saint Joachim et de sainte Anne, et Marie en devint propriétaire en recueillant l’héritage paternel.

La fête du 19 août sera présidée par le R. P. Guiot, de la Compagnie de Marie; et lui-même fera la bénédiction solennelle.

Nos lecteurs n’ont pas oublié que c’est son excellente famille, qui a fait généreusement les frais de construction du nouveau sanctuaire. Sans doute, on remarquera, ce jour-là une place vide… celle de la pieuse Mère de famille que le bon Dieu a voulu appeler à lui, et qui, nous assure-t-on, jusque dans ses derniers moments, tournait pensée vers la Maison de Nazareth. Mais, tous pourront se consoler en pensant que, du haut du Ciel elle n’est pas étrangère à la fête.

Pour donner à un plus grand nombre la facilité d’y prendre part, il y aura double cérémonie :

Dans la matinée, à 10 h., bénédiction de la Maison de Nazareth, suivie de la messe qui y sera célébrée.

Dans la soirée, vers 2 h., bénédiction solennelle du groupe de l’Annonciation précédée d’une procession.

C’est alors surtout, que tous pourront chanter à pleine voix :

O Maison bénie

Vrai trésor du Ciel

*****************

Ave, Ave, Ave Maria !

L’autel de la Sainte Famille

Il sera placé dans la Chapelle du Pèlerinage, pour la belle fête de l’Assomption de la Sainte Vierge.

Cet autel est un ex-voto qui a sa légende.

Il y a un an environ, la santé du vénérable châtelain, à qui nous devions déjà le bel autel de notre Bienheureux, inspirait à tout son entourage les plus vives inquiétudes. Au moment où il était dans le plus grand danger, quelqu’un qui l’approchait, lui rappelant ce qu’il avait déjà fait pour le Bienheureux Père de Montfort lui suggéra de promettre, s’il revenait à la santé, d’entreprendre un travail du même genre, pour un autel dédié à la Sainte famille, et qui avait sa place marquée, non loin du premier.

De fait, le pieux et vénérable artiste revenu bientôt à un état de santé parfaite, n’a pas tardé à tracer un plan et à reprendre le pinceau, pour accomplir sa promesse.

Il y a quelques jours, nous répondions à la gracieuse invitation qui nous était faite de voir le travail presque achevé.

L’autel, en vieux chêne, comme celui du Bienheureux ne se distingue que par la pureté et la sobriété des lignes. Quant au tableau, formant retable, deux textes de l’Ecriture Sainte qui lui servent d’encadrement en indiquent tout le sujet : Et erat subditus eis… Il leur était soumis — In laboribus à juventute meâ … J’ai été exercé au travail, dès ma jeunesse.

Nous sommes dans l’atelier de Joseph. Celui-ci vient de terminer, dans la pièce de bois qu’il travaille, la mortaise destinée à recevoir une autre pièce qui doit y être adaptée, et que, sur son ordre, Jésus est allé chercher et lui présente, Joseph s’est relevé, essuyant, sans doute la sueur de son front, et tandis qu’il décharge Jésus du fardeau qu’il porte, son regard qui exprime tout à la fois l’amour le plus tendre et je ne sais quel étonnement mêlé d’admiration s’arrête fixé sur le rayonnant visage de l’Enfant divin. De l’autre côté, Marie ! Le fuseau qu’elle tient dans sa main délicate a cessé de tourner un instant, et son regard se rencontre avec celui de Joseph, sur le même point et dans l’expression du même sentiment.

C’est une prédication sur l’obéissance et la sanctification du travail dans la famille chrétienne, qu’a voulu faire le pieux et vénérable artiste, ainsi qu’il nous l’a dit lui-même. Nous pouvons affirmer que son sermon sera très goûté et compris.

N° 36 Septembre 1894

Dernières préparatifs à Nazareth

Les lecteurs de l’Ami de la Croix connaissent déjà notre Nazareth, à l’extérieur du moins. Nous le leur avons décrit. Du reste, il n’a fait que s’embellir depuis un mois. La colline est plus verdoyante. Il y a plus de fleurs épanouies. Mais, alors l’intérieur était encore vide. Il n’en est plus de même aujourd’hui.

C’est vraiment une représentation bien vivante de cette entrevue solennelle du messager céleste avec l’humble Vierge de Nazareth, que nous avons sous les yeux, entrevue dans laquelle se débattait le salut du monde tout entier.

D’un côté l’archange apparaît, comme sur un nuage, à un mètre environ du sol. Son vêtement est riche, son port est noble et majestueux, comme il convient à l’ambassadeur du Roi des rois. Mais ses paupières modestement abaissées, son attitude toute entière marquent bien qu’il reconnaît dans l’humble Vierge son Auguste Souveraine. Une de ses mains porte un lis d’une blancheur immaculée, l’autre montre le Ciel d’où il vient.

De l’autre côté, Marie, dans le costume tout à la fois si modeste et si gracieux des filles d’Israël, est assise sur un simple escabeau. Sa main vient de déposer la quenouille qu’elle filait. Son regard limpide comme l’azur du Ciel et fixé sur l’apparition radieuse marque encore quelque étonnement ; mais il semble que ses lèvres si pures s’entrouvrent déjà, pour faire entendre la parole de salut qu’attendent le Ciel et la Terre : Ecce ancilla Domini Fiat : Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.

Impossible, à cette vue de ne pas entrer doucement dans la méditation de ce premier et si doux mystère du saint Rosaire.

Tout est donc prêt pour la fête du dimanche, 19 août, et pour l’inauguration de notre Santa Casa.

N° 37 Octobre 1894

LE R. P. JEROME ancien Vicaire custodial de la Terre-Sainte au CALVAIRE

Le R. P. Jérôme, ancien Vicaire custodial de la Terre-Sainte, n’est pas un inconnu pour les lecteurs de l’Ami de la Croix. Ils se rappellent sans doute que le Calvaire avait déjà reçu sa visite il y a deux ans, à peine.

C’est par ses conseils appuyés sur sa parfaite connaissance de la topographie de Jérusalem, si longtemps habitée par lui, qu’ont été déterminés plusieurs points importants de notre pèlerinage, notamment la direction de la Voie douloureuse et l’emplacement des quatorze stations de cette même voie.

C’est à lui aussi que nous devons de posséder plusieurs souvenirs intéressants, reliques précieuses des divers sanctuaires de la Terre-Sainte, et en particulier les quatorze petites croix faites du bois des oliviers de Gethsémani, qui seront bénites et placées à chacune des stations de notre Chemin de Croix monumental, lorsqu’il sera, un jour, inauguré.

N° 39 Décembre 1894

Projets de travaux au Calvaire

De tous côtés, nous le savons, parmi les amis nombreux, qui s’intéressent à l’Œuvre du Calvaire, se posent, en ce moment, ces questions : Quels travaux vont être entrepris, cette année, sur la lande de la Madeleine? A quoi seront occupés les travailleurs volontaires ? Quelle tâche va leur être demandée ? Et parmi ceux qui parlent ainsi, il en est un grand nombre, en effet, qui songent à nous apporter le concours de leurs bras et de leur bonne volonté. Sans pouvoir, peut-être encore, donner une réponse précise et complète à ces questions il nous est permis cependant de satisfaire, au moins en partie, une très légitime curiosité.

Tous ceux qui ont visité dernièrement le pèlerinage et ceux mêmes qui en ont eu seulement sous les yeux le plan pris à vol d’oiseau savent que la Voie douloureuse en occupe le centre, partant du monument du Prétoire situé au bas de la lande et se dirigeant vers le Calvaire. Cette voie a ceci de très particulier qu’elle est une reproduction aussi exacte que possible de la Voie douloureuse de Jérusalem : d’abord pour la longueur totale du chemin, qui est, à peu de chose près, la même; puis par la distance respective des stations entre elles; et enfin par les détours qu’on y remarque et qui correspondent aux détours que doit faire à Jérusalem le pèlerin, en se rendant du Prétoire de Pilate au Golgotha. De plus, chaque station doit être formée par un groupe de stations posées sur la voie même et représentant d’une manière aussi saisissante que possible la marche vers le Calvaire. Présentement, cette voie s’arrête brusquement, un peu au-delà de l’emplacement du la huitième station : Jésus console les femmes de Jérusalem qui le suivent. Dans ce parcours même, c’est-à-dire de son point de départ à la limite que nous venons d’indiquer, elle est loin d’être achevée et complète. La huitième station seule dont nous venons de parler et qui a été inaugurée et bénite solennellement le Lundi de la Pentecôte, de cette année, peut donner une idée de ce que sera un jour notre Chemin de Croix monumental. Les autres stations ne sont encore marquées que par une ou deux statues, les principales il est vrai, mais sans le cortège qui doit les accompagner. Ce cortège leur sera donné, à mesure seulement que des ressources seront fournies à l’Œuvre pas les âmes pieuses et charitables.

Pour le moment, on songe à continuer la voie jusqu’au sommet du Calvaire. Hâtons-nous de dire que grâce à un arrangement conclu à la satisfaction de tous, entre la Fabrique de Pontchâteau et la Compagnie de Marie chargée de desservir le pèlerinage, rien ne s’opposera plus à l’exécution de ce projet.

Mais, c’est un travail considérable et qui demandait à être étudié sérieusement pour arriver à un plan réunissant toutes les conditions désirables.

En effet, il faut tout d’abord ménager au flanc de la colline une pente assez douce pour qu’on puisse y monter processionnellement, sans enlever à cette colline l’aspect abrupt que donne au Golgotha, la Tradition. De plus, il faut également ménager sur le sommet, ou presque sur le sommet un emplacement convenable pour la représentation des grandes scènes qui s’y sont passées; c’est-à-dire, outre la Mort de Jésus en Croix, celles qui sont désignées dans le Via Crucis, sous ces différents titres : Jésus est dépouillé de ses vêtements, Jésus est attaché à la Croix par les bourreaux, Jésus est descendu de la Croix et remis entre les bras de sa sainte Mère. Enfin, il faut prévoir l’emplacement du Saint-Sépulcre, de manière à ce que l’abord en soit rendu facile en descendant du Calvaire.

C’est en tenant compte de toutes ces conditions et des difficultés qu’elles présentent, qu’après une étude sérieuse a déjà été esquissé un plan que nous avons eu sous les yeux, et qui nous semble, sauf quelques légères modifications, devoir être généralement approuvé. En nommer l’auteur sera déjà une recommandation pour nos lecteurs qui n’ont pas oublié M. A. Gerbaud, l’excellent Directeur de nos travaux antérieurs, et en particulier le créateur do notre Jardin des Oliviers et de la Grotte de Gethsémani.

Il y a quelques jours, causant ensemble, il nous parlait de la nuit passée par lui sur le Calvaire, dans l’Eglise du Saint-Sépulcre à Jérusalem, dans des termes qui nous donnaient à penser que dès lors il était comme appelé au rôle si important qu’il a bien voulu accepter avec tant de dévouement et de générosité, dans l’exécution des projets de Notre Bienheureux Père de Montfort.

Personne n’ignore que l’aspect du Calvaire de Jérusalem tel qu’on le voit aujourd’hui, est tout différent de ce qu’il était au grand jour de la mort du Fils de Dieu. II n’en saurait être autrement après les transformations ordonnées par un empereur païen pour faire oublier par la profanation la plus odieuse ce lieu saint entre tous; après les fouilles faites par sainte Hélène et les appropriations jugées nécessaires pour la construction de sa basilique monumentale ; après surtout les incendies et les dévastations qui dans l’enceinte de cette même Eglise ont accumulé ruines sur ruines. Mais, il n’est personne aussi qui ne comprenne, que sur les lieux mêmes, en tenant compte des profondeurs, des distances et aussi de l’aspect d’autres collines des environs de Jérusalem qui n’ont pas subi les mêmes transformations, une reproduction assez exacte devient possible.

Quoi qu’il en soit, ce plan doit être présenté très prochainement à l’approbation d’une commission qui, elle aussi, nous croyons pouvoir nous permettre de le dire, offre toutes les garanties désirables.

Elle doit être présidée par un délégué de Sa Grandeur Mgr l’Evêque de Nantes, et se compose en outre de trois représentants de la Fabrique de Pontchâteau et de trois représentants de la Compagnie de Marie chargée de desservir le pèlerinage du Calvaire.

Le délégué de Sa Grandeur Mgr l’Evêque de Nantes est M. l’abbé Allaire, vicaire-général. Les trois représentants de la Fabrique de Pontchâteau sont : M. l’abbé Richard, curé-doyen; M. Cousin, président de la Fabrique et M. de Marcé, conseiller.

Les représentants de la Compagnie de Marie sont : le R. P. Le Bagousse, secrétaire du Supérieur général de la Compagnie de Marie et des Filles de la Sagesse; le R. P. Barré, directeur du pèlerinage, et le Père Directeur de la Revue de l’Ami de la Croix.

Nous avons pensé que nos lecteurs, tous amis et bienfaiteurs du Calvaire avaient quelque droit à connaître ces détails. Nous espérons bien qu’ils auront pour résultat d’encourager encore leur zèle à nous seconder, surtout en propageant de plus en plus la connaissance de l’Œuvre autour d’eux, dans les différents milieux qu’ils habitent.

Que pourrions-nous ajouter encore? Voici que les grands travaux de l’automne touchent à leur fin. Les semailles sont terminées. Déjà même les blés sortis de terre verdissent les sillons. Le moment est venu de faire appel aux travailleurs volontaires. Cet appel, ils l’entendront très prochainement. Dans quel ordre et sous quelle forme leur sera-t-il adressé ; nous ne pouvons rien préciser encore. Il faut pour cela une entente préalable avec les excellents et vénérés Pasteurs des paroisses qui nous entourent et que nous savons tous disposés à nous prêter leur précieux concours. C’est là pour nous, est-il besoin de le dire, un gage assuré de succès, et ce qui nous permet de tout entreprendre avec la plus grande confiance.

Il en est qui peuvent désirer que des jours différents soient assignés à diverses sections de leur paroisse. Il en est qui aimeront mieux que l’appel soit adressé à la paroisse entière pour plusieurs jours, laissant à chacun la liberté de choisir son temps et son heure. Il va sans dire qu’on sera toujours heureux de se ranger à leur avis.

Nous ne nous dissimulons point qu’il s’agit de travaux plus considérables que ceux qui ont été exécutés, les années précédentes, avec tant de facilité et un entrain si admirable. Il faudra plus d’efforts, plus de bras. Mais ces efforts seront faits, et nous l’espérons bien, les bras ne nous manqueront pas.

Il s’agit cette fois de travailler au Calvaire même. Ce sont des travaux tout à fait semblables à ceux entrepris et si admirablement dirigés jadis par le saint Missionnaire, apôtre et protecteur de cette contrée. C’est à cette même place, c’est ce même sol que nous allons fouiller, cette même terre arrosée de ses sueurs et des sueurs de ses vaillants travailleurs, arrosée plus tard de leurs larmes lorsque vinrent les jours mauvais, et qu’ils virent renverser et détruire sous leurs yeux ce qu’ils avaient édifié avec tant de courage et d’ardeur, et avec une constance telle que les travaux se poursuivirent pendant quinze mois sans être interrompus. Si nous rappelons ces grands et pieux souvenirs, ce n’est certes pas dans la pensée qu’ils peuvent être oubliés autour de nous. Oh non ! nous savons bien au contraire que ces souvenirs sont ici vivants, très vivants dans toutes les mémoires, qu’on les redit souvent au foyer de chaque famille, et qu’on y tient avec raison comme à un titre d’honneur.

Ici les fils n’ont pas dégénéré de leurs pères. Ce que les pères ont fait, les fils animés de la même foi, sont prêts à le faire avec la même bonne volonté, le même courage, le même désintéressement, la même ardeur.

Tous entendront l’appel qui leur sera fait, comme précédemment, au nom de celui qu’ils vénèrent et invoquent comme leur Protecteur et leur Père. Cet appel, en effet, s’adressera à tous. Les travaux projetés, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ne différeront guère de ceux exécutés autrefois sous les ordres du Père de Montfort lui-même. Tous pourront y prendre part. Il faudra surtout remuer, transporter, monter beaucoup, beaucoup de terre.

Si la brouette est plus expéditive, la hotte et les paniers d’autrefois ne sont pas à dédaigner. Nous les verrions avec plaisir reparaître. Du moins, désirons-nous que tous puissent mettre la main à l’Œuvre et que ce soit véritablement l’Œuvre de tous, comme au temps du Bienheureux Père.

Encore quelques jours, et les échos de la lande de la Madeleine rediront à l’envi ce vieux refrain des premiers et vaillants travailleurs de Montfort :

Travaillons tous à ce divin ouvrage,

Dieu nous bénira tous.

Grands et petits, de tout sexe et tout âge,

Faisons un Calvaire à Dieu,

Faisons un Calvaire.

Et du haut du Ciel, comme encouragement, il nous semblera entendre la voix du Bienheureux lui-même nous répondant par ce couplet prophétique :

Oh ! qu’en ce lieu l’on verra de merveilles !

Que de conversion,

De guérisons, de grâces sans pareilles ;

Faisons un Calvaire ici,

Faisons un Calvaire !

N° 40 Janvier 1895

Réunion de la Commission pour les travaux du Calvaire

C’est le mercredi, 12 décembre, que s’est réunie ici, la Commission de surveillance des travaux du Calvaire, sous la présidence de M. l’abbé Allaire, vicaire-général de Mgr l’Evêque de Nantes.

Tous les membres de cette Commission, dont les noms sont déjà connus de nos lecteurs, étaient présents.

M. A. Gerbaud est invité à présenter le plan dont nous avons dit quelques mots dans notre dernier numéro. Pour en mieux juger la Commission se transporte sur le terrain, où les travaux doivent être exécutés. Là, d’après les explications données, avec une clarté parfaite, par notre excellent Directeur des travaux, il est permis à chacun de se faire une idée nette de l’aspect que présentera le monument du Calvaire, après la restauration projetée. Les points indiqués pour l’emplacement des diverses scènes qui seront représentées, permettent à chacun de constater que les groupes de statues se détacheront distincts, sans se confondre. Tous peuvent s’assurer aussi que les pentes et les détours de la voie sont ménagés de manière à faciliter le déploiement des processions, aux jours de nos plus grandes solennités. Quant aux moyens d’exécution, bien qu’il s’agisse de remblais très considérables, l’avis des Commissaires est, que les terrains environnants en peuvent fournir les éléments nécessaires.

Après cet examen attentif la Commission adopte, à l’unanimité des voix, le plan présenté par M. Gerbaud, et vote à l’avance les encouragements les plus chaleureux à tous ceux qui prêteront leur concours à son exécution. Dès le lendemain, ainsi qu’on va le voir, elle aurait eu déjà à voter des félicitations.

Commencement des travaux du calvaire

A peine la Commission s’était-elle séparée, et nos honorables hôtes avaient-ils quitté le Calvaire, que le R. P. Barré, directeur du Pèlerinage, parcourait déjà quelques-uns des villages voisin. Dans cette saison, les jours sont courts, la nuit vient vite, et, à la campagne surtout, l’on rentre de bonne heure, à la maison. Bien des portes sont déjà fermées. Mais sa voix est entendue, la porte s’entrebâille, quelqu’un paraît sur le seuil. Un mot suffit : — « C’est demain que commencent les travaux du Calvaire, et c’est vous qui êtes invités les premiers. » — « Comptez sur nous, à demain !» — « Oui, à demain tous les hommes de Guémené, de Calla, de la Brionnière, du Buissonrond, et dans huit jours, vos femmes et vos filles, » – Oui, oui, répondent de l’intérieur d’autres voix !

Et le lendemain, ils étaient là, tous les hommes des villages que nous venons de nommer, au nombre de cinquante environ. Et après le chant de quelques couplets, les pioches et les bêches creusaient, à l’envi, le sol; et les pelles chargeaient la terre; et les brouettes roulaient pour la transporter à l’endroit marqué, où les douves doivent être comblées pour donner entrée au Calvaire. A la fin de la journée, tous ces braves travailleurs se réunissent à la chapelle pour recevoir la bénédiction du Très Saint Sacrement, et en sortaient pour retourner heureux et contents dans leur demeure. Nul doute qu’à la veillée, l’on ne parle surtout du beau plan du Calvaire, tel qu’il sera après les travaux qu’ils viennent de commencer, et qu’ils ont vu de leurs yeux.

A la même heure, l’infatigable Directeur du Pèlerinage, parcourt d’autres villages qui le lendemain répondront avec la même fidélité, avec le même ensemble à l’appel qui leur est fait.

Ce lendemain même, nous nous absentions, pour une semaine, du Calvaire. A notre retour, presqu’à la veille des fêtes de Noël, nous pouvons constater tout d’abord que les travaux ont avancé considérablement. La voie est ouverte et praticable, dans toute la largeur de la douve, et déjà les terres s’amoncellent dans la première enceinte de la colline. Un résultat semblable, au bout de huit jours seulement suffirait à rassurer les timides, s’il s’en était trouvé autour de nous.

Mais, ce n’est pas assez de cette brève mention pour témoigner notre reconnaissance à nos travailleurs de la première heure, ou plutôt de la première semaine. Heureusement, nous avons sous les yeux un document précieux, qui nous permet, bien qu’ayant été absent, de rendre justice à chacun.

Çà été assurément une excellente idée, d’ouvrir ici, un Registre, qui porte déjà le nom de Livre d’or des travailleurs du Calvaire, et sur lequel chacun d’eux est invité à signer, à la fin de sa journée. Si nous avions un document de ce genre datant des jours de Montfort, combien nos braves d’aujourd’hui seraient heureux d’y retrouver le nom de leurs aïeux ! Cette joie pourra être ménagée, un jour, à leurs petits-fils, et arrière-neveux.

La première page de ce Registre est remplie par une copie du procès-verbal de la séance tenue par la Commission des travaux du Calvaire le Mercredi 12 Décembre 1894.

A la seconde page, se lisent les noms de tous ceux, qui sont accourus, au premier appel, des divers villages que nous avons nommés plus haut, et qui ont eu l’honneur de commencer la campagne, le Jeudi 13 Décembre.

Convoqués le soir de ce même jour les habitants île villages de Coimeux, de la Bassinais, de Cunta, de Lornais et de Bosselas, venaient le lendemain 14 décembre avec le même élan, le même entrain que ceux qui les avaient précédés la veille. Ils travaillaient avec le même courage, la même ardeur. Leurs noms remplissent la troisième page de notre registre.

Un incident est à signaler dans cette seconde journée de travail. Ce même jour, un groupe nombreux de bonnes paroissiennes de Saint-Joachim étaient venues en pèlerinage au Calvaire, conduites par un motif de piété très touchant dont nous aurons à dire ailleurs un petit mot. Elles avaient accompli dans la matinée, très dévotement les exercices du Pèlerinage, fait le Chemin de croix, récité le Rosaire. L’heure de midi était venue, l’heure du frugal repas des travailleurs, qu’ils viennent prendre d’ordinaire dans les salles du parloir, ou sous l’abri qui est en face. Sans doute, les pieuses pèlerines guettaient ce moment; car, à peine le chantier est-il vide qu’on les voit s’emparer des divers instruments laissés épars çà et là, pelles, pioches et brouettes, puis bientôt les manœuvrer avec une ardeur incroyable. Elles semblent persuadées, non sans raison probablement, que la grâce qu’elles sont venues demander au bon Père de Montfort, leur sera d’autant plus sûrement accordée qu’elles auront mêlé plus de sueurs à la terre de son Calvaire. Elles ne mettent bas les armes qu’au moment où elles voient s’avancer le groupe des travailleurs qui viennent reprendre leur journée.

Le Samedi, 15 Décembre, troisième journée, les travailleurs présents ont eu pour nous venir, à parcourir une plus longue route que les précédents. Mais, ce n’est pas une distance de huit ou dix kilomètres à franchir, qui peut arrêter les braves habitants de Bergon, quand il s’agit de travailler au Calvaire du P. de Montfort. Il va sans dire qu’une fois au travail, il n’y paraît rien. La quatrième page du Registre ne suffit pas à contenir leurs noms, et ils empiètent notablement sur la cinquième.

Le village d’Aignac, en Saint Joachim, est au moins aussi éloigné du Calvaire que Bergon, mail du haut de la chaire le vénéré Pasteur a fait appel à cette fraction de sa grande paroisse, pour qu’elle donne au Calvaire la journée du lundi 17 décembre. En faisant cet appel, il n’ignorait pas que la partie la plus robuste des hommes de ce quartier est toute entière occupée dans les chantiers de la Marine, mais il savait aussi qu’il restait sur place une bonne réserve pleine de courage et d’énergie sur laquelle on pouvait compter. L’événement a bien montré qu’il ne se trompait point. La page du registre qui porte les noms des travailleurs de ce jour offre ceci de particulier, qu’un bon nombre ont tenu à inscrire leur âge à la suite de leur signature. Or, nous relevons les chiffres de 68, de 70, de 71 deux fois, de 75, de 77 deux fois, de 78. Le dévouement de ces courageux vieillards partis de leur demeure à 6 heures du matin pour n’y rentrer qu’à huit heures du soir, faisant dix kilomètres le matin, dix kilomètres le soir, et travaillant toute la journée comme des jeunes, n’est-il pas au-dessus de tout éloge?

Le mardi 18 décembre, ce sont les villages de la Guène, de la Giraudais et du Souchet, qui ont envoyé au Calvaire un groupe de vaillants. Pour la première fois, la pluie vient contrarier grandement l’ardeur de tous. C’est une épreuve que tous aussi supportent sans se plaindre, et assurément une occasion de mérite de plus.

Le mercredi 19 décembre s’ouvre une série de trois journées de travail accompli uniquement par de courageuses femmes chrétiennes qui tiennent singulièrement à ne pas rester en arrière de leurs aïeules du temps de Montfort. Ce sont des paroissiennes de Missillac, du village de Bergon qui viennent les premières et qui déploient pendant toute cette journée une activité merveilleuse. Aussi le remblai avance-t-il à vue d’œil. Le soir la douve est entièrement comblée, et chacune des travailleuses tient à conduire au-delà sa brouettée déterre dans la première enceinte du Calvaire.

Les femmes de Quémené, de la Brionnière, du Buisson rond attendaient sans doute avec quelque impatience l’octave du jour où leurs maris et leurs frères étaient venus inaugurer cette campagne de travaux. Cette date, si l’on s’en souvient, leur avait été fixée. Nulle parmi elles ne l’avait oubliée. Rivalisant d’ardeur pendant toute la journée, elles ne consentent à cesser le travail qu’à cinq heures du soir, heure déjà tardive pour la saison.

Le vendredi 21 décembre est aussi le jour octave pour les femmes de Coimeux, de Bosselas, de la Cossonnais et des autres villages dont les noms figurent à la date du vendredi de la semaine précédente. Elles en font mémoire de la même manière que leurs compagnes de la veille, en travaillant et priant avec la même foi, la même ardeur.

A partir de ce jour les travaux sont suspendus jusqu’à la fête de Noël. Mais, dès pour le lendemain, 26 décembre, M. le Curé de Saint-Joachim a jugé opportun de faire appel aux braves ouvriers du village de Fédrin, ou plutôt de l’îlot de Fédrin, comme on dit dans la Grande-Brière. Il savait qu’un grand nombre d’entr’eux embauchés dans les chantiers de la Loire pourrait plus facilement disposer de cille journée. Aussi formaient-ils un bataillon compact en arrivant au Calvaire. En ouvriers entendus, ils ont fait dans cette journée, avec une régularité parfaite une besogne prodigieuse. Nous les avons admirés non-seulement au travail, mais aussi à la Chapelle, lorsqu’ils chantaient avec ensemble et tant de cœur les prières liturgiques pour le Salut du Très Saint-Sacrement qui a été donné par M, l’abbé Pabois, l’un de leurs vicaires.

Aujourd’hui jeudi 28 décembre, ce sont les femmes des villages de la Guène, de la Giraudais, de, Rault, de la Ricordais, qui sont venues, huit jours aussi après leurs maris et leurs frères, continuer les travaux. La pluie qui tombait assez drue ce matin ne les a point arrêtées. Et, de fait, dans le reste de la journée, le temps est on ne peut plus favorable. Elles poussent le remblai jusque dans la seconde enceinte du Calvaire.

Il y a quinze jours, peut-être eût-on pu rencontrer, ici, quelques timides se disant tout bas que le plan arrêté, très beau sans doute, pourrait bien dépasser ce qu’il était possible de réaliser. Mais, aujourd’hui pour ceux-là mêmes, nous croyons que la preuve est faite. L’élan est donné, et il ne fera que s’accentuer dans l’année 1895. Les bonnes volontés s’offrent de toutes parts.

Nous tiendrons nos lecteurs, au courant de tout. Ils voudront bien, de leur côté, nous continuer, chacun à leur manière, leur précieux concours.

N° 41 Février 1895

Continuation des travaux du Calvaire

Ces travaux, à peine interrompus, pendant quelques jours, au déclin de l’année qui vient de finir, ont repris avec plus d’ardeur et d’entrain encore, dès le lendemain du premier jour de l’an 1895. Ce n’est pas en vain que l’infatigable Père Directeur du Pèlerinage est allé prêcher la croisade dans les paroisses du voisinage. Sa voix s’est fait entendre successivement à St-Joachim, à Missillac, à Besné, à Saint-Roch, à Saint-Dolay (Morbihan), à Drefféac. Et, partout, elle a trouvé de l’écho. Telle paroisse s’est engagée à fournir une journée de travail par semaine, pendant quatre semaines consécutives. Telle autre a pris le même engagement pour cinq semaines, telle autre pour six. Et tous, sans y manquer, font honneur à leur parole. Chose extraordinaire, malgré les variations de la température, dans la saison où nous sommes, il n’y a pas eu un seul jour où les travaux aient été empêchés. Nous n’avons pas échappé complètement au verglas, et il y a eu dans le mois quelques jours où la pluie rendait le travail tout-à-fait impossible. Mais, il est arrivé providentiellement que ces jours étaient les jours marqués pour le repos, c’est-à-dire le Dimanche… ou le samedi, qui d’un commun accord avec les Pasteurs des paroisses, a été excepté des jours où l’on viendrait travailler au Calvaire. Nous avons vu ainsi, après deux jours d’un temps détestable, le lever un beau soleil, le lundi matin. Depuis le commencement du mois, ce sont donc régulièrement cinq jours par semaine, pendant lesquels les pioches n’ont pas cessé de creuser la terre, les pelles de la charger, et les vagonnets de rouler, pour la transporter au flanc de la colline.

De la fenêtre de notre chambre, à deux cents mètres au plus, nous avons ce spectacle sous les yeux. Il ne manque certes pas d’animation et de pittoresque. Surtout il est édifiant quand on sait de quels sentiments sont animés travailleurs et travailleuses.

Dans les conditions que nous venons de dire, la somme de travail déjà fournie est considérable, et étonne même les visiteurs. M. Gerbaud, qui n’avait pu nous venir plus tôt, mais qui est, ici, en ce moment, s’en montre lui-même très satisfait. Sous sa direction, le plan nouveau du Calvaire va commencer à se dessiner avec plus de netteté.

Tout fait prévoir d’ailleurs que l’entrain et l’ardeur dont nous sommes témoins, bien loin de se ralentir, ne peuvent qu’aller croissant, grâce au zèle du Père Directeur du Pèlerinage, secondé par son jeune aide-de-camp, le R. P. Sarré. Ici, se présente à nous, une véritable difficulté. Nous serions heureux d’adresser un mot de remerciement, et d’éloge si bien mérité, à chacun des groupes de travailleurs et de travailleuses qui se, sont succédés, ici pendant ce mois. Mais, visiblement l’espace nous manque. Et puis, nous serions obligés de nous répéter à chaque ligne, puisqu’aussi bien, tous, travailleurs et travailleuses ont montré la même bonne volonté, rivalisé d’ardeur pour le travail, et grandement édifié ceux qui les ont vus à l’œuvre.

Voici ce qui seul nous semble pratique : Ouvrant le Registre du Livre d’or des travailleurs, sur lequel ils aiment à inscrire leurs noms, comme clients du Père de Montfort, nous nous contenterons d’indiquer à la date de chaque jour de travail, le nom de la paroisse ou des villages qui ont fourni le groupe des travailleurs de cette journée :

Le Mercredi, 2 janvier, c’est un groupe d’hommes de la paroisse, de Saint-Joachim qui ouvre la série des travaux de 1895. Leur excellent curé, M. l’abbé Gaillard, a tenu à les accompagner et à les encourager de sa présence.

Le Jeudi, 3 janvier, les travailleurs présents sont tous des villages de la paroisse de Pontchâteau les plus rapprochés du Calvaire. Ils ont à leur tête M. Félix Dubois, conseiller d’arrondissement et adjoint au maire de Pontchâteau, notre très bon voisin. Pendant toute la journée, il paie largement de sa personne. Dans la soirée, M. le Curé vient visiter et féliciter ses bons paroissiens.

Le Vendredi, 4 janvier, c’est la paroisse de Sainte-Reine qui fournit le contingent des travailleurs. Elle est largement représentée par les hommes des villages de Travers, des Noës, de l’Organais, de Monmara, de la Bironnerie, etc., etc.

Presque, chacun de ces villages si dévoués au culte du B. Montfort, garde un souvenir particulier de son passage. Au village des Noës, on montre la maison où il a séjourné plus d’une fois, pendant la construction du Calvaire ; à l’Organais, un petit coffre qui lui a servi de siège.

Le Lundi, 7 janvier, la paroisse de Crossac, qui n’est pas à sa première journée de travail, envoie un nouveau groupe d’hommes, les uns du bourg même de Crossac, les autres des villages de la Ricordais, de la Haye, de la Peltraie, de la Cossonnais, des Eaux, etc.

Le Mardi, 8 janvier, est la première journée donnée par la paroisse de Besné, qui doit revenir chaque mardi, pendant quatre semaines consécutives. Malgré la résolution prise en commençant ce compte-rendu, il nous est impossible de ne pas signaler l’ardeur et l’entrain des travailleurs de cette journée, sous la vigoureuse impulsion de M. l’abbé Niel, leur Curé. MM. les Vicaires de Besné et de Trans le secondaient du reste très bien. Nous pourrions donner le chiffre exact des brouettées de terre, conduites dans cette journée, au pied de la colline, par M. le Curé seul. Tout en étant exact, c’est fabuleux!

Le Mercredi 9 Janvier : Travailleuses de Saint-Joachim, nombreuses bien qu’elles ne soient qu’une des six sections de cette grande paroisse qui doivent venir successivement, pendant six semaines, chaque mercredi. La section d’aujourd’hui est celle même du bourg de Saint-Joachim.

Jeudi 10 Janvier : Paroissiens de Saint-Guillaume. Ils ont répondu si nombreux à l’appel qui leur a été fait, qu’on est obligé de dire qu’il eut été mieux de former deux sections. M. le Curé était présent ainsi que son vicaire. Le salut du soir est donné par M. le Curé.

Vendredi 11 Janvier : Frairie de Saint-Dié, de la paroisse de Missillac. C’est une des quatre ou cinq sections de cette excellente paroisse qui doivent venir successivement donner leur journée de travail au Calvaire. Tous ces bons travailleurs sont heureux de voir au milieu d’eux leur excellent Pasteur, M. l’abbé Gaudin, qui est venu pour les encourager et les féliciter.

Lundi 14 Janvier : Vaillante petite escouade du village de Burin, en Saint-Dolay (Morbihan). Elle eut été bien plus nombreuse sans des circonstances tout-à-fait indépendantes de la volonté de tous. Nous savons, du reste, que les braves paroissiens de Saint-Dolay, ne nous ont pas dit leur dernier mot.

Mardi 15 Janvier : Seconde journée de la paroisse de Besné, qui rappelle en tout la première par l’entrain et l’ardeur au travail. La pluie qui tombait le matin n’a retenu personne.

Mercredi 16 Janvier : Ce sont les deux villages de Manzin et de Pandille, formant l’une des six sections de la grande paroisse de Saint-Joachim qui nous ont envoyé cette troupe de vaillantes clin’ tiennes si intrépides au travail.

Jeudi 17 Janvier : Ce jour-là, tous les hommes des villages qui entourent Casso, maison d’habitation de M. du Favouëdic, conseiller général de Pontchâteau, ont à leur tête M. de Marcé son gendre, qui prend part à tous leurs travaux. Nous parlons plus loin de cette journée marquée par la visite de Nosseigneurs les Evêques de Vannes et de La Rochelle.

Vendredi 18 Janvier : Nouvelle section de la paroisse de Missillac. Ce sont les habitants du bourg même, et des villages les plus rapprochés de l’église. M. l’abbé Landau, vicaire, bien connu déjà pour la part qu’il a prise aux travaux du Calvaire, est présent.

Lundi 21 Janvier : Grande foire à Pontchâteau. Presque tous nos bons villageois y ont des affaires. Et c’est un va-et-vient continuel sur notre route. Malgré cela, un groupe d’excellents paroissiens de Sainte-Reine, et en particulier du village de Cusia nous a donné une bonne journée de travail.

Mardi 22 Janvier : Nous revoyons pour la troisième fois, M. le Curé de Besné et son vicaire, toujours infatigables, à la tête de leurs infatigables travailleurs.

Mercredi 23 Janvier : Quatrième journée donnée par la paroisse de Saint-Joachim. Ce sont les Femmes de l’îlot de Fédrin. Elles ont le nombre, mais aussi le courage et l’ardeur au travail.

Jeudi 24 Janvier : Saint-Roch, petite mais bien bonne paroisse représentée toute entière et largement dans cette journée. Infatigables, les travailleurs sont parvenus à pousser les vagonnets presque jusqu’au sommet de la colline actuelle. M. l’abbé Yviquel, leur curé, heureux au milieu d’eux, n’a pas quitté le chantier, et a donné, le soir, le salut du Très-Saint Sacrement.

Vendredi 25 Janvier : La Frairie de Sainte Luce, en Missillac, clôture aujourd’hui brillamment la série des travaux dont il nous est permis de rendre compte, dans le présent numéro.

Précieux encouragements aux travailleurs du Calvaire.

Dans la journée du jeudi 17 janvier, les travailleurs du Calvaire recevaient des encouragements, bien précieux et tout-à-fait inattendus. C’étaient, ce jour-là, les habitants des villages de la paroisse de Pontchâteau, qui entourent Casso, maison de campagne de M. du Favouëdic, conseiller général. M. de Marcé, son gendre était à leur tête. Dans l’après-midi alors que tous avaient pris leur frugale réfection, et se trouvaient à leur poste de travail, on voit s’arrêter au sommet de la côte, un attelage. Monseigneur l’Evêque de Vannes et Monseigneur l’Evêque de la Rochelle en descendent, à deux pas des travailleurs occupés à charger les wagonnets. Le R. P. Directeur du Pèlerinage, M. le Curé de Pontchâteau qui venait d’arriver pour féliciter ses bons paroissiens, et M. de Marcé s’avancent aussitôt pour aller à la rencontre de Leurs Grandeurs. Après avoir prié un instant au pied du Calvaire Nosseigneurs da Vannes et de La Rochelle visitent tout le chantier, témoignant partout leur satisfaction, ayant partout une bonne parole pour les travailleurs, les félicitant, les bénissant.

Pendant les courts instants qu’ils pouvaient nous donner, ils ont eu le temps encore de descendre la Voie douloureuse, jusqu’au monument du Prétoire, de visiter notre Maison de Nazareth, de s’agenouiller devant l’autel du Bienheureux dans la Chapelle du Pèlerinage. Monseigneur de Vannes a demandé qu’on y allumât une lampe à son intention, pendant un mois.

Leurs Grandeurs quittaient ensuite le Calvaire, laissant à nous tous, à nos chers travailleurs volontaires un souvenir de leur passage, qui n’est pas près d’être oublié. Ajoutons que Monseigneur de Vannes et Monsieur de La Rochelle ont très gracieusement à l’avance fait valoir leurs droits a être invités pour la grande fête qui couronnera les travaux actuels de restauration du Calvaire.

Pour Monseigneur de Vannes, ses diocésains aujourd’hui, comme au temps de Montfort, ont une large part dans tous les travaux qui se font, ici. Il suffît de nommer les paroisses de Saint-Dolay, de Nivillac, de Marsan, de Férel, etc.

Quant à Monseigneur de La Rochelle, il tient à grand honneur de rappeler que ce fut l’un de ses prédécesseurs de sainte mémoire, Mgr de Champflour, qui accueillit à bras ouverts le saint missionnaire obligé de quitter le diocèse de Nantes ; que, dans le diocèse de La Rochelle, il accomplit es grands et derniers travaux, et enfin rendit le dernier soupir. Assurément, ceci non plus ne sera point oublié.

N° 42 Mars 1895

Continuation des travaux du Calvaire

N’est-ce point une distraction? Ne serait-ce pas plutôt : Interruption des travaux du Calvaire, qu’il eut fallu écrire. Par les temps si rigoureux que nous venons de traverser et dont nous ne voyons pas encore la fin, est-ce qu’il n’y a pas eu forcément chômage partout? Avec la couche de neige couvrant la terre, et le verglas jetant par-dessus son miroir poli de glace, avec ce vent du Nord soufflant toujours impitoyablement, est-ce qu’il y avait autre chose à faire, à la campagne surtout, que de se renfermer de son mieux dans sa demeure, est-ce que tous les travaux en plein air, tous les travaux des champs n’étaient pas nécessairement et partout suspendus ? Oui, ils l’étaient partout autour de nous, excepté cependant au Calvaire.

Il faut bien le dire, nos braves ouvriers volontaires eux-mêmes en étaient stupéfaits. Lorsque, le soir, par un temps affreux, une voix se faisant entendre dans le village, disait : « C’est sur vous mes amis, que l’on compte pour travailler demain au Calvaire. » Les portes s’entr’ouvraient, quelqu’un apparaissait sur le seuil. Et à l’invitation répété l’on répondait : « Le temps n’a pas l’air de changer. Il fera demain comme aujourd’hui. » — «Mais aujourd’hui, reprenait la voix, on a travaillé au Calvaire, ce sont vos amis de tel et tel village que nous ont donné aujourd’hui même une excellent journée de travail. » — « Hé bien ! nous irons ! » Et le lendemain matin, ils étaient là. Au commencement, il fallait se servir de la barre de fer pour faire se détacher la croûte de terre si profondément glacée. Puis les pics et les pioches ouvraient la tranchée et bientôt les vagonnets commençaient rouler pour ne plus s’arrêter. Tous semblaient oublier le froid et la bise qui cependant continuait toujours de souffler. A midi, tous, chantant un refrain de cantique descendaient du Calvaire, pour prendre leur légère réfection, et la soirée se passait avec la même ardeur au travail que la matinée. Ils ne partaient qu’après avoir reçu à la Chapelle la bénédiction du Très Saint-Sacrement qu’ils avaient si bien mérité.

Voilà ce que nous avons vu de nos yeux dans ce terrible mois de février. Nous l’écrivons simplement comme nous l’avons vu, mais non sans éprouver intérieurement un profond sentiment d’admiration pour la foi et le dévouement de ces braves villageois, montrant une fois de plus qu’ils ne savent vraiment rien refuser de ce qui leur est demandé au nom de leur protecteur et Père, le Bienheureux Montfort.

Il n’est pas douteux que, du haut du Ciel, il n’ait accueilli d’un œil favorable cette nouvelle marque de leur attachement et de leur fidélité. Un jour ou l’autre, il ne manquera pas de le leur rendre, en obtenant pour eux et leurs familles quelque grâce spéciale. Leurs noms sont tous inscrits sur le Livre d’or des travailleurs, et lui surtout n’en oublie aucun.

Pour nous, nous devons nous borner, ainsi qu’il a été convenu, à indiquer à la date de chaque journée de travail, aussi brièvement que possible, le nom de la paroisse ou des villages qui l’ont donnée au Calvaire.

Chacun parcourant cette liste pourra constater par lui-même combien il reste peu de jours sans travail, en dehors du Samedi, qui avec le Dimanche ainsi que nous l’avons dit, était réservé d’avance au repos.

Le Lundi 28 Janvier. La neige n’empêche point un groupe de braves de Drefféac, de venir nous donner une excellente journée de travail. C’est l’avant-garde de cette excellente paroisse que nous verrons reparaître au Calvaire.

Le Mardi 29 Janvier. M. le Curé de Besné apparaît pour la quatrième fois, à la tête de ses vaillants paroissiens, et nous fait espérer que ce ne sera pas la dernière. Dans l’après-midi, c’est à peine si une bourrasque de neige très violente interrompt les travaux, un instant.

Le Jeudi 31 Janvier. La paroisse de Pontchâteau qui a été déjà représentée deux fois par les hommes de divers villages, l’est encore aujourd’hui très bien par ceux de la Joubraie, de la Houssaye, de la Jatte, de l’Epinaie, de Saint-Michel, etc.

Le Vendredi 1er Février. C’est la troisième journée donnée par la paroisse de Sainte-Reine. Les braves d’aujourd’hui sont quelques-uns du bourg de Sainte-Reine, mais en plus grand nombre du village bien connu de Cuziac.

Le Mardi 4 Février. Nous avons parlé d’une avant-garde envoyée la semaine dernière par la paroisse de Drefféac. Aujourd’hui, une escouade du bourg même et de la vallée de Drefféac, bien que la température soit excessivement froide, continue bravement les travaux.

Le Mardi 5 Février. La température n’a point changé ; mais le courage et l’ardeur sont aussi les mêmes de la part des bons villageois de Quémessé de la Mondraie et de la Brionnière en Crossac. C’est la troisième journée de travail que ces excellents villages donnent aux travaux du Calvaire. Ils ont secondés aujourd’hui par un certain nombre de travailleurs de Drefféac, qui n’ayant pu se joindre la veille à leurs compatriotes, nous arrivent sans être attendus.

Le Mercredi 6 Février. Pour la troisième fois, en bien peu de temps, honneur à la paroisse de Drefféac! Ce sont les courageux chrétiens des villages de Branducas et de Catiho, qui n’ont pas voulu rester en arrière du Bourg et de la Vallée, et que n’ont pu retenir ni le verglas, ni le vent glacial du Nord.

Le Jeudi 7 Février. Ciel ! que le froid se fait sentir même sous un abri assez confortable ! Et je regarde par l’étroit espace de la vitre que la glace n’a pas rendu tout-à-fait opaque. Je les vois, ils sont là ! Les vagonnets vont et viennent ; et, à la même date, je lis à la marge du Livre d’or des travailleurs : Neuvième journée de travail donnée par la paroisse de Crossac, et qui est spécialement la troisième pour les villages des Bosselas, de la Haie, de Cunta. — Quel éloge ajouter à celle simple indication ?

Quelques travailleurs des villages de Travers et de la Poterie en Sainte-Reine étaient présents ce même jour.

Le Mercredi 13 Février. La Chapelle-des-Marais donne brillamment sa première journée. Ces braves gens n’avaient été convoqués que la veille au soir.

Un vieillard de 76 ans, qui marche difficilement est parti de chez lui, dès trois heures du matin, pour arriver en même temps que les autres travailleurs.

Le Jeudi 14 Février. C’est la sixième journée de travail donnée par la paroisse de Missillac. Ce sont les habitants de Bergon bien connus pour leur dévouement, qui paraissent pour la seconde fois.

Le Vendredi 15 Février. Septième journée de la paroisse de Missillac donnée par la seconde moitié de la Prairie de Sainte-Luce. Le Ciel ne peut que bénir la pieuse émulation qui semble exister entre les diverses paroisses.

Le Lundi 18 Février. La Chapelle-Launay, distante de quatre lieues est représentée par soixante robustes travailleurs. M. le Curé passe la journée entière au chantier, au milieu de ses chers paroissiens.

Le Mercredi 20 Février. Les travailleurs modèles de cette journée représentent pour la troisième fois les excellents villages de la Guêne, de la Giraudas, du Souchet, de Rault, de l’Hôtel-Guérif, tous de la paroisse de Crossac. C’est la dixième journée de travail qui est due à celle excellente paroisse.

Le Jeudi 21 Février. C’est la dernière journée qui puisse figurer dans ce compte-rendu. Par extraordinaire, il arrive aujourd’hui que deux groupes, l’un de travailleurs, l’autre de travailleuses se présentent presque en même temps. L’explication la Voici : le temps étant encore très rude, on regardait comme non avenue une invitation qui avait été adressée, il y a quelque temps déjà, pour ce jour, aux femmes du village de Fédrun, en St-Joachirn; et c’est pour cela qu’on s’était adressé depuis au grand village de Béraud, de la paroisse de Pont-Château. De vaillantes chrétiennes sont venues de Fédrun, et d’excellents travailleurs de Béraud. Chaque groupe a son rôle assigné pour le travail, et s’en acquitte avec la même bonne volonté, la môme ardeur.

II. — Pieuse générosité

Si le dévouement et la foi de ceux qui viennent travailler au Calvaire, surtout dans ces jours, est au-dessus de tout éloge, n’y a-t-il pas lieu de louer aussi la pieuse générosité de ceux ou celles qui ne pouvant absolument venir, retenus par la maladie ou les infirmités confient à ceux qui partent, la modeste offrande qu’ils regardent comme équivalente au salaire de la journée qu’ils auraient pu donner.

On nous cite un de ces bons chrétiens qui devait rendre son dernier soupir la veille même du jour où sa paroisse devait venir travailler, et qui présentant une petite pièce à son excellent Curé, deux jours auparavant, lui disait : Voilà ma journée du Calvaire !

Ces modestes offrandes contribuent à couvrir les frais de l’outillage nécessaire pour des travaux aussi considérables.

N° 43 Avril 1895

Continuation des travaux du Calvaire

Sa Grandeur Mgr l’Evêque de Nantes a daigné adresser dernièrement au P. Directeur du Pèlerinage, la lettre suivante :

« Nantes, le 12 mars 1895.

» M. R. P. Tout ce que vous me dites de l’ardeur, de la générosité des travailleurs du Calvaire me remplit de consolation. Je suis fier et heureux d’être l’Evêque d’aussi vaillants chrétiens. Dieu le récompensera un jour; mais dites-leur-qu’en son nom je les bénis, eux, leurs familles, et vous leur infatigable chef. »

Cette lettre nous dispense évidemment, pour aujourd’hui, de tout éloge à l’adresse de nos travailleurs volontaires et de ceux qui les dirigent. Nous craindrions d’affaiblir par nos paroles un témoignage aussi éclatant, aussi précieux.

Nous nous bornerons donc à nommer les paroisses, frairies, ou villages qui, dans le cours de ce mois, en venant travailler au Calvaire, ont mérité de recevoir cet éloge de leur Premier Pasteur.

Le Vendredi 22 Février : C’est la onzième journée que la paroisse de Crossac donne au Calvaire. Parmi les travailleurs, il en est du bourg, des villages de Coimeux, de la Cossonnais, de Bellebat, de l’Ile-Olivais, du Bran, de la Ricordais, de La Noë, du Blanchet.

Le Lundi 25 Février : Seconde journée de travail de la paroisse de la Chapelle-Launay. M. le Curé est présent et encourage les travailleurs.

Le Mardi 26 Février : C’est pour la seconde fois que nous vient la paroisse de la Chapelle-des-Marais. Les volontaires d’aujourd’hui sont des villages de Camers, de Camérin et de Québrite.

Détail à noter : Bon nombre de ces braves chrétiens sont des ouvriers des Chantiers de la Loire. La Compagnie donne le congé du mardi-gras. Ils en ont profité pour venir offrir leur journée au bon P. de Montfort.

Le Mercredi 27 Février : La Frairie du bourg d’Herbignac sanctifie, ici, par le travail cette première journée du Carême. Les autres frairies de cette grande paroisse doivent venir successivement. M. l’abbé Paquelet, vicaire, passe la journée au milieu des travailleurs, et donne le salut du soir.

Le Jeudi 28 Février : M. le Curé-doyen de Saint-Gildas-des-Bois préside la première journée donnée par ses paroissiens aux travaux du Calvaire, et donne le salut de la fin du jour. Nous aurons le plaisir de le revoir, à la tête d’autres sections de sa paroisse.

Le Vendredi 1er Mars : L’excellente paroisse de Sévérac bien que distante du Calvaire au moins de quatre lieues, a fourni aujourd’hui une nombreuse équipe d’ardents travailleurs ; et ce ne serai pas la dernière.

Le Lundi 4 Mars : Troisième journée de la Chapelle-des-Marais. Ce sont les bons habitants des villages de Mazun, de Lartot et du Frelon, toujours très dévoués au culte du B. Montfort.

Le Mardi 5 Mars: Seconde journée de la paroisse de Sévérac. Malgré la distance et la neige tombée le matin, cette seconde section de travailleurs est plus nombreuse encore que la première.

Le Mercredi 6 Mars : C’est aussi la seconde journée de la paroisse d’Herbignac. Monsieur le Curé-doyen préside les travaux et donne le salut du soir.

Le Jeudi 7 Mars : Ce jour a vraiment rappelé les plus beaux, les plus mouvementés entre ceux dont font mention les historiens du B. Montfort lors de la construction de son Calvaire. C’est le chiffre de cinq cents qu’ils donnent alors pour le nombre des personnes qui prenaient part aux travaux. Elles étaient aussi environ cinq cents le 7 mars, les travailleuses venues de S.-Roch et de S.-Joachim. Les moyens employés étaient les mêmes qu’autrefois. Huit chaînes étaient formées du pied de la colline au sommet. Cinq de ces chaînes montaient les paniers remplis de terre et les trois autres redescendaient les paniers vides. Le reste des travailleuses avait à pourvoir au chargement des paniers. Spectacle aussi curieux qu’édifiant!

Le Vendredi 8 Mars : Troisième journée de la paroisse de Sévérac. M. le Curé, et son vicaire M. l’abbé Hieffac, sont venus encourager de leur présence leurs excellents paroissiens.

Le Lundi 11 Mars : Ce sont des Morbihannais, représentant la bonne paroisse de Férel. M. l’abbé Guyot qui a dit le matin, en arrivant, la sainte messe à l’autel du Bienheureux, donne le salut à la fin de la journée.

Le Mardi 12 Mars: Seconde journée donnée par la paroisse de S.-Gildas-des-Bois. Parmi les travailleurs, on voit M. l’abbé Bretesché vicaire de la paroisse, et M. l’abbé Manon, vicaire du Landreau, né à S.-Gildas, et qui passait, en ce moment, quelques jours dans sa famille. Le salut est donné par M. l’abbé Bretesché.

Le Mercredi 13 Mars : M. l’abbé Paquelet, vicaire d’Herbignac, reparaît avec une troisième escouade de travailleurs de cette paroisse. Parmi eux se trouvent très opportunément un certain nombre de maçons et d’ouvriers de S.-Nazaire qui aident à poser les fondations de la grotte d’Adam, dont nous parlons plus loin.

Le Jeudi 14 Mars : Troisième journée de la paroisse de S.-Gildas-des-Bois, sous la direction de M. l’abbé Bretesché.

Le Vendredi 15 Mars : Première journée des Campbonnais. C’est la Frairie de S.-Martin de Campbon. M. l’abbé Appert donne l’exemple au milieu des travailleurs et les bénit le soir au salut du Très Saint-Sacrement.

Le Lundi 18 Mars : Seconde journée des Campbonnais. C’est la Frairie de S.-Victor. Cette excellente frairie eût été représentée par un bien plus grand nombre de travailleurs, si plusieurs n’étaient retenus par leurs affaires, à la foire de Pontchâteau, qui a lieu aujourd’hui même.

Le Mercredi 20 Mars : -Monsieur le Curé-doyen d’Herbignac à bien voulu venir présider cette quatrième journée donnée par ses paroissiens aux travaux du Calvaire. Il était accompagné d’un de ses vicaires, M. l’abbé Ménard qui ne s’est pas ménagé au chantier.

Le Jeudi 21 Mars : Première journée de la paroisse de Fégréac. Fégréac est à une distance de cinq lieues du Calvaire. M. le Doyen pouvait être fier du bataillon de travailleurs qui l’avait suivi, l’un des plus nombreux que nous ayons vu da moins dans cette campagne. Et nous savons que Fégréac ne nous a pas dit son dernier mot.

Le Vendredi 22 Mars : Première journée de la paroisse de Sainte-Anne de Campbon, et la dernière que nous pouvons mentionner, ici. Le nouveau Pasteur avait tenu à accompagner ses paroissiens qui paraissaient très heureux de le voir au milieu d’eux. Il a donné le salut à la fin de la journée.

W. l’abbé Serrandour, vicaire, tenait l’orgue.

Coup d’œil sur l’état actuel des travaux du Calvaire

Nous croyons que c’est répondre à la légitime Curiosité de nos lecteurs de dire quelques mots à ce sujet. En parlant du plan adopté, nous avons essayé de faire comprendre que le Calvaire devait perdre sa forme actuelle, qui est celle d’un cône tronqué, et présenter l’aspect d’une colline naturelle se prêtant mieux au développement des différentes scènes qui doivent y être représentées! Cette transformation s’opère, mais lentement ; et à l’heure présente, il faut le dire, bien qu’on ait fait des remblais considérables, elle n’apparaît bien distincte ni à la base ni au sommet.

On s’occupe, en ce moment, d’un travail spécial sur l’ancienne plate-forme. Ceux qui ont vu le monument qui s’y trouve, peuvent se rappeler que le vaste piédestal en fonte qui supporte les croix est orné d’un bas-relief en deux panneaux, représentant la chute d’Adam et d’Eve et leur expulsion du Paradis terrestre. Le B. Montfort lui-même avait cette idée, de rapprocher le souvenir de la chute de celui de la Rédemption. Au pied de son Calvaire, un petit espace de terrain représentait le Paradis terrestre, le Jardin de délices, et avait pour pendant le jardin de Gethsémani ou de l’Agonie de Notre-Seigneur.

De plus, tous connaissent l’antique tradition qui veut que le premier homme soit venu dormir son dernier sommeil sur le Golgotha et qu’il ait été enseveli au lieu même où devait être plantée la Croix du divin Sauveur, où devait couler le sang de la Rédemption. Cette tradition est consacrée à Jérusalem, dans l’église du Saint-Sépulcre par l’existence d’une petite chapelle souterraine, au-dessous du Calvaire, et qui porte le nom de Chapelle d’Adam. Pour ces motifs, et pour d’autres encore, il fallait conserver le bas-relief dont nous venons de parler, et le moyen tout indiqué était de l’encadrer dans une espèce de grotte ou chapelle dont la position au-dessous de la Croix du Calvaire correspond assez bien à celle qu’occupe dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, la chapelle d’Adam.

Ce travail qui absorbe, pour le moment, presque tous les efforts des travailleurs, à cause de la difficulté du transport des matériaux à cette hauteur, sera bientôt terminé.

III. Coup d’œil en avant.

Un peu par devoir professionnel, le Rédacteur de L’Ami de la Croix aime à recueillir les réflexions, les appréciations des allants et venants, des pèlerins et des travailleurs. C’est ainsi qu’il lui a été facile de constater que, presque à l’unanimité, tous ceux qui étaient mis en présence du plan projeté pour le Calvaire et dont une ébauche est exposée dans notre parloir, semblaient dire qu’il fallait quelque chose de plus. On avait beau leur dire que la colline serait plus élevée, monterait jusqu’au pied des croix, il fallait s’attendre à cette réponse ou à quelque parole équivalente : « Mais la croix, elle, ne sera pas plus élevée, nous ne pourrons donc pas la saluer de plus loin. »

En y réfléchissant, celui qui écrit ces lignes est arrivé à se dire que tous ces braves gens avaient au sujet de leur Calvaire l’idée qu’en avait lui-même le P. de Montfort, et son idée toute entière. Il est certain, en effet, que le saint missionnaire avait, ici, un double but: Faire méditer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais aussi glorifier la Croix. C’est ce qui apparaît notamment dans les cantiques composés par lui dans la circonstance même.

La grotte de Gethsémani, le Prétoire, la Voix douloureuse répondent parfaitement à la première pensée ; mais la seconde est-elle irréalisable e même temps? En cherchant bien, il nous a semblé que non.

Sans doute le Crucifiement, qui est la douzième station du Chemin de la Croix, doit occuper, en avant, le sommet de la colline. Mais, rien ne s’oppose, sur le même sommet, un peu en arrière, à l’érection d’une Croix, aux proportions grandioses, qui serait la Croix triomphante, ornée si l’on veut de rayons dorés, ou de ce que l’on appelle une gloire, dominant tout le reste, et pouvant être vue de très longues distances. Il faut que l’idée soit bonne ; car à peine l’avons-nous confiée discrètement à l’oreille, qu’elle a été bientôt connue d’un grand nombre, et, si nous ne nous trompons, goûtée et approuvée de tous.

N° 44 Mai 1895

Continuation des Travaux

Notre dernier compte-rendu, à ce sujet, s’arrêtait au 22 mars. Depuis ce temps, certes, le travail n’a pas chômé. Il semble même que nos braves ouvriers volontaires tenaient à montrer encore plus de bonne volonté et d’ardeur dans ces dernières semaines du Carême, consacrées plus particulièrement à honorer la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Quant à l’état des travaux, nous disions, il y a un mois, qu’on s’occupait surtout alors de la construction de la Grotte d’Adam, dont nous avons essayé de donner une idée à nos lecteurs. Cette construction nous semblait alors déjà bien avancée et devoir se terminer bientôt. Elle n’est cependant pas encore achevée. Il reste une partie de la voûte à faire.

Cette grotte est établie à la hauteur de la plateforme de l’ancien Calvaire. Il faut du travail et du temps pour monter là les blocs de pierre dont elle est formée. Peut-être aussi la construction a-t-elle pris des proportions sur lesquelles on ne comptait pas tout d’abord. Quoi qu’il en soit, le travail touche à sa fin ; et dès maintenant, il n’est pas douteux que dans l’ensemble de la restauration du Calvaire, cette grotte ne produise un très bel effet.

Mais, hâtons-nous de signaler, comme nous en avons pris l’engagement, les paroisses et villages qui, avec tant de dévouement, ont pris part à ces travaux pendant la période de temps qui vient de s’écouler.

Le Mardi 26 mars. C’est la troisième journée fournie par la paroisse de Campbon. Les travailleurs d’aujourd’hui sont les habitants des deux Frairies de Sainte-Barbe et de Bessac. Ils ont à leur tête M. l’abbé Waran, vicaire, dont l’ardeur au travail sert de modèle à tous. Il donne au départ le Salut du Très Saint-Sacrement.

Le Jeudi 28 mars a été l’une de ces journées pendant lesquelles la colline du Calvaire apparaît littéralement couverte, de la base au sommet, de travailleuses qui se font passer, de main en main, les paniers chargés de terre. Aujourd’hui, elles sont toutes venues de Pontchâteau, de Sainte-Reine et de Saint-Guillaume. Monsieur le Curé de Pontchâteau a paru, dans la soirée, pour les encourager de sa présence. Monsieur l’abbé Marchant a donné le Salut. Monsieur le Curé de Saint-Guillaume a fait ensuite vénérer les reliques du Bienheureux.

Le Vendredi 29 Mars, est la quatrième journée de travail que nous donne la paroisse de Drefféac. Nous aimons à voir en tête de la liste des travailleurs qui ont signé ce jour-là sur notre registre : Comte de Baudinière, maire de Drefféac, Vaillant, adjoint, Cléro, conseiller municipal.

Le Lundi 1er Avril. Nous voyons pour la seconde fois les bons habitants de Férel (Morbihan). Bien que fort éloignés, ils arrivent de bonne heure au Calvaire et ne nous quittent qu’à la chute du jour. Ils avaient à leur tête leur excellent Recteur, M. Gergaud.

Le Mardi 2 Avril. Quatrième groupe de travailleurs de la paroisse de Campbon, composé des hommes de la Frairie de la Foi. Nous empruntons au Livre d’or des travailleurs cette réflexion : « La Prairie de la Foi est bien nommée. Ce sont des hommes de foi, à qui Dieu a donné, en même temps, la force et le courage. Ils l’ont montré aujourd’hui. » M. l’abbé Apert, vicaire de Campbon, était au milieu des travailleurs.

Le Mercredi 3 Avril : Grande journée pour les vaillantes chrétiennes des paroisses d’Herbignac et de la Chapelle-des-Marais. Emulation d’ardeur et de bonne volonté entre les représentantes do ces deux excellentes paroisses.

Le Jeudi 4 Avril : C’est un second groupe de vaillants travailleurs de la paroisse de Fégréac. Ils ont à leur tête M. l’abbé Daviaud, vicaire, et M. H. de Barmon qui est déjà pour nous une ancienne connaissance.

Le Vendredi 5 Avril : Sainte-Anne de Campbon est largement représentée ce jour-là par les hommes des Frairies du Champblanc, de Saint-Lomer et de Coterets. M. le Curé et son vicaire sont présents. Nous remarquons aussi sur le Registre, en tête de la liste des travailleurs, le nom de M. le Maire de Sainte-Anne de Campbon.

le Lundi 8 Avril : A cette date, une note du Livre d’or des travailleurs fait connaître qu’ayant appris tardivement que les travailleurs d’Herbignac sur lesquels on comptait pour ce jour-là ne pouvaient venir, on a dû faire appel à nos plus proches voisins. D’un côté, M. du Bois, conseiller d’arrondissement, autour de Bodio; de l’autre, M. H. de Gouttepagnon, autour de la Chasselandière qu’il habite en ce moment, ont bien vile fait de réunir chacun leur groupe de braves volontaires, et viennent à leur tête nous donner une excellente journée de travail.

Le Mardi 9 Avril : Les Campbonnais pour la cinquième fois ! tous venant aujourd’hui de la Frairie du Mont. Le vénérable Pasteur de cette grande et belle paroisse qui, les autres jours, s’était fait représenter par l’un de ses vicaires, a bien voulu venir lui-même présider cette journée. Il l’a passée toute entière, au milieu de ses chers travailleurs, et a donné le salut, au moment du départ.

Le Mercredi 10 avril: Il était fait une fois de plus appel aux bons habitants de Sainte-Reine, qui une fois de plus répondaient à cet appel avec leur bonne volonté ordinaire. Ils venaient les uns du bourg même de Sainte-Reine, les autres des villages de Travers, de la Buronnerie, de l’Organais, de Montmara et de la Varonnière.

Le Vendredi-Saint, 12 Avril: Au sortir de la cérémonie si touchante de ce jour, à laquelle toutes s’étaient fait un devoir d’assister à leur Eglise paroissiale, les pieuses chrétiennes de Crossac, munies de leurs instruments de travail, venaient, en continuant de prier, au Calvaire. Elles étaient au nombre d’environ quatre cents, travaillant avec ardeur, tout en conservant un recueillement qui ne laissait pas que d’être édifiant pour ceux qui en étaient témoins.

Vers trois heures, M. le Curé de Pontchâteau, suivi d’un bon nombre de personnes de sa paroisse, arrivait au Calvaire pour y présider, selon un usage traditionnel, le Chemin de la Croix. A ce moment, les vaillantes chrétiennes de Crossac, suspendent leur travail pour s’unir aux fidèles de Pontchâteau et prendre part au même pieux exercice. Mais elles le reprennent bientôt, avec une nouvelle ardeur, pour le continuer jusqu’à la fin du jour.

Plusieurs prêtres des environs, présents au Calvaire dans cette soirée, et témoins du spectacle dont nous venons de parler, en semblaient très touchés.

Nous donnons plus loin un souvenir tout spécial de cette journée au Calvaire, qu’a bien voulu nous adresser l’un de ces témoins.

Le Mardi 16 avril: Dès ce surlendemain de la grande fête de Pâques, un groupe de la paroisse de Missillac, inscrite sur notre registre, pour la huitième fois, vient continuer les travaux. On voit aussi un certain nombre de bons fermiers de la paroisse de Crossac qui ont amené leurs charrettes pour transporter des pierres destinées à la voute de la Grotte d’Adam.

Le Mercredi 17 avril: C’est la Frairie de Kérobert qui fait les frais de cette journée. MM. René et Ferdinand Corbun de Kérobert sont à la tête de cette petite troupe d’élite et s’en montrent dignes par leur entrain et leur ardeur au travail.

Le Jeudi 18 avril: Nous n’avions pas encore vu les riverains de la Loire. Voici Donges aujourd’hui, avec ses excellents travailleurs, Donges qui connut longtemps la barque du P. de Montfort, sur laquelle il n’y avait à craindre ni naufrage, ni accident. M. l’abbé Dautais, vicaire, M. l’abbé Meignen, de Donges, où il prend en ce moment ses vacances de professeur, prennent part aux travaux de la journée.

Le Vendredi 19 avril : Ce n’est plus des bords de la Loire, mais des bords de l’Océan plus éloignés encore que nous viennent les travailleurs de cette journée. Assérac qui garde toujours pieusement le souvenir du B. Montfort ne pouvait manquer de répondre à l’appel qui lui était fait pour la restauration de son Calvaire. Ses travailleurs, sous la conduite de M. l’abbé Paré, vicaire, nous ont donné une excellente journée.

Le Samedi 20 avril : Par extraordinaire, aujourd’hui samedi, habituellement jour de repos, on a recours, pour un travail pressé à nos bons voisins du village de Quémené en Crossac. A l’heure dite, ils sont tous là présents, et la tâche que le P. Directeur du Pèlerinage voulait voir terminée, avant de faire une courte absence, l’est, en effet, à la fin de cette journée.

Nous ne pouvons terminer ce compte-rendu sans signaler certains concours bien précieux pour l’Œuvre et aussi quelques faits particuliers.

Sur le chantier même, les bras suffisaient pour monter au sommet de la colline les matériaux d la grotte, mais pour aller chercher, plus ou moins loin, dans la campagne, les blocs de pierre, il fallait bien des charrettes et des attelages. Nous ne saurions, à ce sujet, assez louer le dévouement de tous les fermiers du voisinage : car, c’est à eux naturellement qu’on s’est adressé. Nous voudrions pouvoir faire parvenir un mot de reconnaissance à chacun d’eux, au nom de tous ceux qui s’intéressent à l’Œuvre du Calvaire; mais il nous faudrait donner tous les noms des villages qui nous entourent, tant de la paroisse de Pontchâteau que de celles de Crossac, de Saint-Guillaume et de Sainte-Reine.

Tous se rappellent avoir lu dans la vie du Bienheureux, qu’on venait de très grandes distances travailler à son Calvaire. Il y a quelques jours, un excellent ouvrier des environs d’Amiens, apprend à Rennes où il était venu voir sa fille, religieuse, les travaux qui se font, en ce moment, au Calvaire. Il n’hésite pas et vient de Rennes, ici, pour y prendre part. Eh certes, les heures qu’il a passées au milieu le nous, n’ont pas été inactives. C’est un de ces vaillants, comme il s’en trouve encore heureusement partout, sur le sol de notre France, plein des souvenirs du grand pèlerinage des ouvriers à Rome, dont il faisait partie et parlant avec enthousiasme de la réception que leur fit Léon XIII.

Quelques jours après, un chef d’équipe au chemin de fer, domicilié à La Membrolles (Maine-et-Loire), profitait du court congé que lui accordait la Compagnie, pour venir aussi donner sa journée au P. de Montfort, pour qui, lui et sa famille ont toujours eu un culte spécial.

On lit aussi dans les relations du temps que parmi les travailleurs du Calvaire, tous les rangs étaient confondus, qu’on y voyait des ecclésiastiques, des messieurs et des dames de qualité, il nous a été donné de constater que, pour le temps présent, ces paroles, à la lettre, sont également vraies.

N° 45 Juin 1895

Travaux du Calvaire

Hâtons-nous de dire tout d’abord que la grotte d’Adam est ouverte et complètement achevée, sauf peut-être quelques ornements qui seront ajoutés au-dessus de la façade. L’aspect général semble à tous très satisfaisant. En arrivant par la route de Pontchâteau, le regard est frappé par la vue de ces trois baies de grandeur et de forme inégales qui en forment l’entrée. On les dirait vraiment creusée dans le roc, tant les blocs de pierre qui les encadrent ont été artistement ajustés, par l’habile architecte.

L’intérieur un peu sombre sans doute, est également bien réussi, quant à la voûte surtout. Rien n’y manquera quand la polychromie aura donné la vie à l’ancien bas-relief que tous les visiteurs du Calvaire connaissent et qui représente la chute d’Adam et d’Eve, et leur expulsion du paradis terrestre.

Quant au reste des travaux, grâce à la bonne volonté et à la constance de nos travailleurs volontaires, ils avancent toujours quoique lentement. Espérons qu’ils ne seront pas interrompus jusqu’à ce que la voie principale qui donne accès au sommet du Calvaire soit mise en état, au moins jusqu’à la hauteur de l’ancienne plate-forme. Il faut qu’elle soit rendue praticable aux nombreux pèlerins qui voudront, pendant cet été, faire l’ascension de la colline.

Du reste, le zèle et l’ardeur de tous sont loin de se ralentir. Nos lecteurs vont pouvoir en juger pal la simple énumération suivante :

Le Samedi27 Avril: A cette date, je constate au registre des travailleurs qu’il s’agissait d’un travail spécial et urgent: Amener à pied d’œuvre, d’une assez grande distance, les pierres choisies pour faire la voûte de la grotte en construction. A ce sujet, le Père Directeur du Pèlerinage a écrit sur le Registre ces lignes : « Ce n’est pas en vain que j’ai fait appel, le soir du 26, aux braves cultivateurs des Métairies, de la Viotterie, de la Plaie, de la Pintaie, du Buisson rond, en Saint-Guillaume. Le lendemain matin, 27, onze charrettes attelées étaient à notre disposition. »

Le Lundi 20 Avril : M. le Recteur de Marzan nous vient d’au-delà de la Vilaine à la tête d’une petite escouade de très bons travailleurs.

Le Mardi 30 Avril: Aujourd’hui, deux paroisses sont, en même temps, largement représentées, Prinquiau et Quilly. Il va sans dire, que, de part et de l’autre, on rivalise d’ardeur et d’entrain, et que les blocs de pierre les plus lourds montent en peu de temps jusqu’au sommet. Quilly fort éloignée du Calvaire ne pouvait venir à pied. Aussi à l’arrivée, comme au départ, l’on eut pu voir un fort beau défilé de trente-trois voitures que remplissaient les travailleurs.

A la fin de la journée le salut est donné par le vénérable curé de Prinquiau. M. le Vicaire de Quilly fait ensuite vénérer à tous les reliques du Bienheureux.

Le Mercredi 1er Mai : A cette date, on peut lire sur le registre des travailleurs ces lignes : « Ce sont nos braves amis de S.-Joachim, qui reviennent continuer les travaux. Nous les connaissons. La journée ne peut manquer d’être excellente.» Elle l’a été, en effet.

Le Jeudi 2 mai : Le vénérable Curé de Sain André-des-Eaux a bien voulu venir, de si loin, à la tête de ses courageux paroissiens. Les uns ont passé la Grande-Brière en bateau. Les autres sont venus par la route de Guérande, en voiture. Ton» ont travaillé avec une ardeur incroyable.

Le Vendredis 3 mai : Aujourd’hui, c’est Pontchâteau ville et campagne qui prend part aux travaux du Calvaire. Ce sont, par conséquent, les descendants de ceux à qui le Bienheureux Montfort, il y a près de deux cents ans, à la fin de sa grand mission, communiqua tout d’abord le projet qu’il méditait depuis longtemps, et que tous accueillirent avec tant d’enthousiasme. Aujourd’hui, l’enthousiasme aussi ne manque pas. On peut dire que le plus grand nombre des familles de la ville en particulier sont représentées.

Signalons la présence de M. le Curé, de M. Paillé, maire, de ses adjoints, MM. Sarzeau et du Bois, et M. de Marcé, de M. de Gouttepagnon, etc.

Mardi 7 et Mercredi 8 mai : Travail spécial qui consiste à fournir de matériaux à l’ouvrier qui construit la grotte et qu’accomplissent activement les bons habitants des villages de la Giraudais, de la Maison-Neuve et du Rault. Ces villages sont de Crossac; et une note fait connaître que ce sont les quatorzième et quinzième journées de travail donnés au Calvaire par cette excellente paroisse.

Le Jeudi 9 mai : Seconde journée de la paroisse de Saint-André-des-Eaux, aussi brillante que la première. « Comment ces braves gens venant de si loin, ont-ils pu arriver de si bonne heure au Calvaire ? » « En partant de là-bas, à deux heures du matin, » répond simplement M. le Vicaire de Saint-André qui préside aujourd’hui la caravane. M. le Maire est aussi présent. Détail à noter: M. le Vicaire d’Escoublac, paroisse qui se trouve, par rapport à nous, encore au-delà de Saint-André, avait voulu accompagner son confrère, ce jour-là, en peu, nous est-il permis de penser, pour étudier le terrain. Il s’engage à nous revenir bientôt, avec une troupe de travailleurs.

Le Jeudi 9 mai : Nous avons signalé plus haut, les travailleurs de Prinquiau. Les femmes ne pouvaient rester en arrière. Elles arrivent, elles aussi, de bon matin, malgré la distance, et bien qu’un grand nombre aient dû faire la route à pied. Il est facile de constater qu’elles puisent leur ardeur dans leur foi et leur piété.

Le Vendredi 10 mai : C’est ce jour où chacun des travailleurs ont eu le bonheur de recevoir la bénédiction solennelle donnée par Monseigneur l’Evêque de Nantes, du haut du Calvaire. Nous avons dit qu’elles étaient environ deux cents. Ajoutons que la paroisse de Saint-Joachim avait bien quelque droit à cette faveur. C’était la dixième journée donnait par cette excellente paroisse aux travaux du Calvaire.

Le Lundi 13 mai : M. le Recteur de Nivillac est venu à la tête d’une bonne escouade de travailleurs. Toutefois, il eut été suivi d’un bien plus grand nombre, sans une circonstance spéciale. Presque toute la jeunesse valide doit se présenter aujourd’hui au conseil de révision, à la Roche-Bernard. La chaleur excessive n’empêche pas l’ardeur au travail. L’excellent Recteur donne le salut, à la fin de la journée.

Le Mardi 14 mai : Ce jour-là, on voit les courageuses chrétiennes des bords de la Vilaine et des rives de la Loire fraterniser ensemble au Calvaire. Elles rivalisent de zèle et d’ardeur pour la restauration de ce monument qu’élevèrent autrefois leurs aïeules, à la voix de Montfort. Ce sont les paroissiennes de St-Dolay (Morbihan) et de Donges (Loire-Inférieure). Le salut est donné par M. le Curé de Donges. M. Le Garnec, vicaire de St-Dolay, était présent.

Le Mercredi 15 mai : M. l’abbé Avenard, dont nous connaissons, de longue date, le zèle pour les travaux du Calvaire, doit être fier à bon droit de nous avoir amené de Guenrouët un groupe si nombreux d’excellents travailleurs. M. le Curé lui-même est venu dans la journée les encourager de sa présence.

Le Jeudi 16 mai : Très-nombreuse réunion de travailleuses, les unes de la paroisse de Drefféac, les autres de la paroisse de Ste-Anne de Campbon. Il va sans dire que tout en chantant de nombreux refrains, les unes et les autres rivalisaient d’ardeur au travail. Leurs noms remplissent sur le registre six grandes pages in-folio.

Le Vendredi 17 mai : A cette date reparaît pour la septième fois, sur le Livre d’or des travailleurs, le nom de l’excellente paroisse de la Chapelle des Marais. J’y trouve aussi exprimé le regret de ce qu’un bon nombre de ces braves gens, après nous avoir donné une si bonne journée, aient négligé, par oubli, sans doute, d’y inscrire leurs noms. Du moins le Bienheureux Père les connaît.

Le Mardi 21 mai : Troisième journée de la paroisse de St-Roch. Peu nombreux sans doute, mais plein de bonne volonté et d’ardeur, ce petit groupe a contribué très utilement au travail important fait ce jour-là au-dessus de la voûte de la grotte, pour la rendre imperméable.

Le Vendredi 24 mai : C’est la dernière journée inscrite, pour le moment, sur le registre. Elle aussi prend de nombreuses pages pour les signatures. Ce sont les femmes de la grande et belle paroisse de Missillac. Tandis que les vagonnets déchargent la terre apportée, on la charge dans des paniers qui passent de main en main jusqu’au-dessus de la Grotte d’Adam. De temps en temps, les conversations s’arrêtent en même temps, et l’on entend retentir dans les airs un pieux refrain.

M. l’abbé Gaudin, curé de Missillac, n’a pu non donner, ce jour-là, que quelques instants bien courts.

Fête du 24 JUIN 1895 – Inauguration et bénédiction de la septième station de la Voie douloureuse

Jusqu’à présent, sur le parcours de la Voie douloureuse qui monte du Prétoire au Calvaire, la septième station (seconde chute de Notre-Seigneur, sous le poids de sa croix) n’était marquée que par une simple croix de bois. C’était un vide à remplir, et il va l’être bientôt, non pas complètement, il est vrai. Les Pèlerins du Calvaire savent que la huitième station (Jésus console les Filles de Jérusalem) peut seule être regardée comme complète, et que les autres ne sont indiquées que par une ou deux statues, attendant le groupe qui doit les accompagner. La septième station va être représentée par trois statues seulement, en attendant les autres qui doivent compléter le groupe.

Ce sont ces trois statues dont nous annonçons l’inauguration et la bénédiction pour le 24 juin [prochain, fête de saint Jean-Baptiste. Cette fête sera présidée par M. l’abbé Pellerin, curé-doyen d’Herbignac. Tout le canton d’Herbignac, qui se compose des paroisses d’Herbignac, d’Assérac, de la Chapelle-des-Marais, de Pompas et de Saint-Lyphard est spécialement invité. Nous ne doutons pas que chacune des paroisses que nous venons de nommer, ne soit largement représentée.

Quant à l’ordre des cérémonies de la journée : Dans la matinée la messe sera dite, vers dix heures, à la Scala Sancta.

Dans l’après-midi, réunion à la Scala Sancta pour entendre l’allocution qui sera prononcée. Puis, procession pour se rendre à la septième station, où aura lieu la bénédiction des statues. A cette procession, sera portée, sur son grand et riche brancard, la statue de Jésus chargé de sa Croix.

Nous comptons bien que chacune des paroisses susnommées fournira son groupe de quarante hommes au moins, pour procurer ce triomphe Notre-Seigneur.

Tous les porteurs recevront la décoration du Pèlerinage, qui est la croix de Jérusalem sur fond rouge.

Retour à la Scala Sancta, pour le Salut solennel du Très Saint Sacrement.

N° 46 Juillet 1895

Fête du 24 juin 1895 : Inauguration et bénédiction de la VIIe Station

Notre Voie douloureuse vient de s’enrichir d’un nouveau groupe, qui comble heureusement une lacune que tous les pèlerins pouvaient remarquer jusqu’à cette heure. La huitième station : Jésus console les Filles de Jérusalem, était inaugurée et bénite l’an dernier, et la septième, la précédente, n’était indiquée jusqu’à présent, que par une simple croix de bois.

Désormais, nul ne passera là, sans s’y arrêter un instant, pour recueillir quelque bonne pensée, pour y faire une courte prière.

Le groupe qu’on y voit aujourd’hui, est encore incomplet, comme tous ceux qui le précèdent sur la Voie douloureuse. Trois statues seulement sont à leur place, sur six ou sept qui doivent former la station de : Jésus tombe pour la seconde fois. Mais, la scène est déjà bien touchante et frappante de vérité.

Comme il convenait, tout y est disposé de manière à ce que les regards soient attirés tout d’abord et se fixent sur la divine Victime.

A la première chute, un seul genou a fléchi, le bras gauche s’est tendu, et la main touchant au pavé a empêché que la chute ne fût plus profonde, tandis que le bras droit retient encore la Croix sur l’épaule déjà meurtrie. Mais, ici, l’affaissement est bien plus grand. Les deux genoux et les deux mains portent à terre. La tête seule n’y a pas touché et se redresse avec effort, laissant voir, sur le visage, l’empreinte de la plus profonde douleur. Le regard surtout impressionne. Les yeux semblent fixer un objet lointain, sans doute le sommet du Golgotha, qui apparaît de là, à une assez grande distance encore. Mais, ce regard divin ne porte-t-il pas plus loin, voyant dans la suite des âges la multitude de ceux qui après avoir été réconciliés, pardonnes, retombent dans le péché, et dont il a voulu expier ainsi, les rechutes innombrables?

L’affaissement de la divine Victime a été tel, que la Croix eut dû être renversée totalement. Quelqu’un s’est trouvé là pour la retenir en équilibre, jusqu’à ce qu’elle puisse être replacée sur l’épaule ensanglantée de l’Homme des douleurs. Si cette figure de Juif qui fait contraste avec celle du Divin Maître, n’exprime pas de compassion, on n’y lit pas non plus de haine. Ce n’est pas un nouveau Cyrénéen qui aidera Jésus à porter sa croix, mais nous ne croyons pas qu’on le retrouve parmi ses insulteurs et les blasphémateurs de la dernière heure. C’est un de ces passants qui se trouvent toujours dans la rue, lorsqu’arrive un accident quelconque, pour donner ce que l’on appelle un coup de main.

Quant au soldat romain, placé un peu en arrière, sa figure est impassible, et, il semble que c’est plutôt par un mouvement machinal, que par un mouvement de colère que, de l’extrémité du bâton de sa lance il touche le divin supplicié gisant à terre, comme pour l’exciter à se relever.

C’est ainsi que rien-là ne vient distraire l’attention de l’objet principal, et qu’elle se concentre toute entière sur Celui qui succombe sous le poids des péchés du monde, dont il s’est chargé, bien plus encore que sous le poids de sa Croix.

Tel est le groupe artistique, qui va être inauguré, en quelques instants, et recevoir la bénédiction de l’Eglise.

Ajoutons que sur la Voie douloureuse de Jérusalem, l’emplacement de la septième station se trouve à l’endroit où l’on voit encore quelques restes de l’ancienne Porte judiciaire, par laquelle les condamnés devaient passer, pour se rendre au lieu du supplice, en dehors des murs de la Ville. C’est ainsi que les derniers pas de Jésus sur le sol de l’ingrate Jérusalem furent marqués par cette chute si douloureuse.

Sur le même emplacement, dans une petite maison qui est la propriété des Pères Franciscains, se voit une colonne dite Colonne de la Sentence. C’est, sur cette colonne, que, d’après la tradition, fut affiché l’arrêt de mort de Notre Seigneur Jésus Christ.

Mais voici que déjà l’heure est venue de se diriger vers la Scala Sancta, où doit commencer la fête. Avec la VIIe Station qui doit être bénite, c’est le seul point entouré d’oriflammes. Les paroisses d’Herbignac, d’Assérac et de Pompas ont répondu à l’appel spécial fait au canton d’Herbignac. Leurs Pasteurs sont là. Les représentants de chacune des trois paroisses marchent à la suite de leurs croix.

Bientôt M. le Curé-doyen d’Herbignac monte à l’autel. A l’Evangile, M. l’abbé Guyot, vicaire de Férel, prend la parole, et a bientôt fait de captiver tout son auditoire….

Après ce discours, le saint sacrifice de la Messe s’achève. La divine Hostie est saluée par le beau cantique de Montfort : O l’auguste Sacrement!…

Les pèlerins se dispersent un moment en attendant la cérémonie de l’après-midi.

La réunion se fait de nouveau à la Scala Sancta, au chant des cantiques en l’honneur de Montfort.

Quand tous sont rassemblés autour du pieux monument, M. l’abbé Paré, vicaire d’Assérac leur adresse une seconde allocution…

A ces conseils, à cette invitation, pendant que la procession s’organise, tous les voix répondent par ce refrain :

Dieu le veut ! et Montfort est l’écho de sa voix,

Dieu le veut ! soyons tous les amis du la Croix !

En tête du défilé, nous remarquons un groupe de jeunes filles à qui a été confiée la bannière du Bienheureux et qui forment un chœur bien nourri. C’est le pieux ouvroir de la Petite-Providence de Nantes.

Puis viennent les croix des trois paroisses représentées.

Honneur aux vaillants d’Herbignac, d’Assérac et de Pompas qui courbent, en ce moment, leurs épaules pour porter non seulement la Croix, mais Jésus chargé de sa Croix, sur son glorieux pavois. Leur mérite est d’autant plus grand que leur nombre est plus restreint et que la chaleur est plus accablante. Celui qui n’oublie rien leur tiendra compte un jour, des sueurs abondantes qu’ils ont répandues dans le long parcours.

Mais les rangs de la procession s’arrêtent, puis se replient de manière à envelopper la septième station. M. le Curé doyen d’Herbignac, officiant, entouré des autres membres du clergé prononce alors la formule liturgique de la bénédiction, et asperge le nouveau groupe.

Puis, on chante encore Vive Jésus ! Vive sa Croix ! en redescendant à la Scala Sancta, où se termine la fête, par la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement.

Les travaux du Calvaire

La campagne des travaux commencée, le 13 décembre, touche évidemment à sa fin. Il a toujours été convenu qu’il y aurait interruption à la saison dans laquelle nous sommes déjà entrés, alors que tous les bras suffisent à peine aux grands travaux des champs. Il ne pourra y avoir désormais que de rares exceptions pour certains groupes des populations environnantes qui se trouvent dans des conditions particulières.

Nous pouvons dire aujourd’hui que la bonne volonté, l’ardeur et l’entrain se sont maintenus jusqu’à la fin. On se souvient qu’à certains jours, nous ne pouvions assez admirer le courage qui faisait braver le verglas et la neige, le froid le plus intense; mais, il n’en faut peut-être pas moins pour soutenir, ainsi que nous l’avons pu voir, récemment, la fatigue d’une longue journée de travail, avec une chaleur accablante, sous un soleil de feu.

Ainsi la foi, la reconnaissance, le zèle savent triompher du froid et de la chaleur.

Le Lundi 27 Mai : Nous voyons pour la seconde fois les vaillants hommes d’Escoublac, qui ont une si longue route à parcourir pour venir, des bords de la mer, jusqu’à nous. Néanmoins, ils sont arrivés pour commencer la journée de bonne heure. Le nom de M. Durand, maire d’Escoublac, est en tête de la liste, avec celui de M. J. Blois, vicaire, que nous connaissons pour l’avoir déjà vu à l’œuvre.

Le Mardi 28 Mai : D’après le registre, c’est la centième journée de travail, depuis la campagne commencée, au milieu de décembre ; et c’est M. l’abbé Niel, curé de Besné, suivi de ses paroissiennes, si dévouées, qui nous la donne. Inutile d’ajouter qu’elle a été bien remplie. Il n’y a pas lieu de s’étonner, qu’entraîné par l’exemple, tout le pèlerinage de St-Jacques ait voulu prendre part aux travaux. On dit bien que plus d’une main emportait des marques qu’y avaient laissées des instruments qu’on n’était point habitué à manier. Mais, personne ne paraissait trop s’en inquiéter.

Le Mercredi 29 Mai : Très belle réunion d’hommes, tous de la paroisse de Nivillac. Pendant cette chaude et si active journée, M. l’abbé Le Large et M. l’abbé Guégan, vicaires, n’ont pas cessé de payer de leur personne au milieu des travailleurs.

Le Jeudi 30 Mai : Les noms des travailleuses de cette journée remplissent 10 pages du registre in-folio. Il faut dire que deux paroisses étaient réunies, celle de Guenrouët et celle de Quilly. C’est aussi, ce jour-là, que les pensionnaires de la Sagesse de Rennes prirent part aux travaux, après les exercices de leur pèlerinage.

Signalons deux bonnes anciennes de Quilly, l’une de 78, l’autre de 79 ans, arrivées des premières, le matin, après avoir fait quatre lieues à pied.

M. l’abbé Avenard, vicaire de Guenrouët, a donné le salut. Son collègue, M. l’abbé Lemerle a fait vénérer les reliques. M. le vicaire de Quilly était aussi présent.

Le Mardi 4 Juin. C’est la sixième journée de travail donnée par la grande et belle paroisse de Campbon. M. l’abbé Appert déploie son activité ordinaire; et, dans leur ardeur à fournir leur tâche, les travailleuses ne semblent pas tenir compte de la grande chaleur.

Le Jeudi 6 Juin : Pontchâteau, St-Guillaume et St-Roch, ces trois noms sont répétés plus d’une fois en marge de la longue liste des travailleuses de ce jour. C’est dire que ces trois paroisses qui n’en formaient qu’une du temps de Montfort avaient bien voulu s’unir, de nouveau, pour lui offrir cette journée de travail, édifiante entre toutes.

C’est ce jour-là aussi que le petit pèlerinage de Loudéac était présent et prit part aux travaux.

Le Vendredi 7 juin : Encore deux paroisses réunies aujourd’hui et rivalisant d’ardeur et de zèle au travail, La Chapelle-du-Marais et Ste-Reine, toutes deux si attachées au culte du Bienheureux.

Parmi les travailleuses de cette journée, une vénérable octogénaire qui se rappelle avoir déjà remué quelques pelletées de terre, à la restauration du Calvaire, par M. Gouray, en 1821. Cette fois, elle laisse son instrument de travail en ex-voto, pour une guérison obtenue, par l’intercession du Bienheureux.

Le Lundi 10 Juin : Dixième journée de la paroisse de Missillac. Si les travailleurs et travailleuses de cette excellente paroisse qui nous sont venus dès la première heure étaient dignes d’éloges, celles d’aujourd’hui ne le sont pas moins. Quelques personnes de Quimperlé, en pèlerinage au Calvaire, ont aussi pris part aux travaux.

Le Mardi 11 Juin : Après cette journée de fatigue, l’excellent Recteur de Nivillac a dû certainement éprouver quelque joie, en bénissant le soir cette réunion de femmes courageuses venues de si loin, pour accomplir un acte de foi, et de reconnaissance envers le Bienheureux Montfort.

Le Jeudi 13 Juin : Elles sont nombreuses, échelonnées sur les flancs de la colline du Calvaire, celles qui prennent part aux travaux de cette journée. Il est vrai que là sont représentées, et bien représentées, deux paroisses bien chrétiennes, Crossac et St-Malo de Guersac. Monsieur le Curé de St-Malo était présent, ainsi que son vicaire.

Vendredi 21 Juin: Fête du Sacré-Cœur. Les pieuses chrétiennes de Saint-Gildas-des-Bois lui ont fait ce jour-là, par leur travail, une offrande qui n’a pu manquer de lui être agréable. M. le Curé-doyen a donné le salut.

N° 47 Août 1895

Derniers travaux au Calvaire

Il y a un mois, nous annoncions qu’on allait mettre la dernière main aux travaux de notre Grotte d’Adam, afin qu’elle fût complètement achevée et ornementée avant la fête du 8 septembre, jour auquel est fixée son inauguration solennelle.

La façade ou entrée demandait un couronnement, de manière que les trois baies qu’on y voit et qui éclairent la Grotte, parussent véritablement et comme naturellement creusées dans le rocher, au flanc de la colline. C’est fait, grâce aux bons fermiers qui ont bien voulu, malgré leurs occupations multiples, aller avec leurs attelages, à une assez longue distance, chercher les blocs de pierre nécessaires pour ce travail, grâce aussi aux courageuses chrétiennes qui ont ensuite, avec des efforts vraiment incroyables, monté ces mêmes blocs de pierre, jusqu’au sommet de la colline où ils devaient être placés.

La pose est très bien réussie, et beaucoup de visiteurs, en examinant attentivement l’ensemble, s’étonnent qu’on ait pu faire, dans ce que l’on appelle le genre rocaille, un travail si achevé sans avoir eu recours aux hommes du métier.

Aussi nous semble-t-il juste de nommer, ici, le simple ouvrier maçon, père de neuf enfants, qui seul a posé et ajusté tous les blocs de pierre de la Grotte d’Adam, après avoir accompli le même travail pour la Grotte de Gethsémani. Il se nomme Vaillant, et porte bien son nom.

Ajoutons qu’en rendant témoignage à l’habileté de ce brave ouvrier, nous accédons au désir de notre excellent Directeur des travaux, M. A. Gerbaud, qui, comme tous les nobles cœurs, aiment à faire une large part dans les éloges que méritent leurs œuvres, à leurs plus humbles collaborateurs.

Pendant que s’achevait la grotte à l’extérieur, M. Gerbaud que nous venons de nommer mettait la main au pinceau, et s’appliquait à l’intérieur, à donner la vie à l’ancien bas-relief, dont nous avons parlé, et qui représente, en deux panneaux, la chute d’Adam et d’Eve, et leur expulsion du Paradis terrestre. Nous croyons avoir dit déjà que le bas-relief est loin d’être un chef-d’œuvre. Mais il fallait le conserver comme souvenir. Et ceux qui le connaissaient à l’avance, en le voyant rajeuni par la polychromie, pourront constater une heureuse différence.

Il nous reste encore à signaler les journées dei braves volontaires qui nous ont apporté leur concours, dans ces dernières semaines, concours d’autant plus méritoire que les chaleurs étaient plus intenses, et que les grands travaux de la campagne étaient partout commencés.

Le jeudi 27 Juin : Grande et belle journée de travail, donnée par la paroisse de Saint-Malo de Guersac. M. le Curé est là, prenant part aux travaux et encourageant ses paroissiens. La chaleur est très grande, mais n’empêche pas l’entrain. Ni les mains ne se lassent de travailler, ni les voix de chanter de pieux et joyeux refrains.

Le vendredi 28 Juin : Un groupe seulement de vaillantes travailleuses de Saint-Joachim. C’est, du reste, la onzième journée inscrite au Livre d’or, pour le compte de cette excellente paroisse.

Le lundi, 8 Juillet : C’est le jour où plusieurs fermiers de Sainte-Reine et en particulier du village de Cusia, ainsi que de la Petite-Madeleine, en Pontchâteau, parlaient avec leurs attelages, dès trois heures du matin, pour charger les blocs de pierre qui devaient servir au couronnement de la Crotte d’Adam.

Le mardi 9 Juillet : Les courageuses femmes de la Chapelle-des-Marais montent jusqu’au sommet de la colline les blocs de pierre amenés, la veille, par les charrettes au pied du Calvaire. C’est une somme de travail vraiment étonnante, ainsi qu’en témoigne le Livre d’or à la date précitée.

Le mercredi 10 Juillet : Ce sont les femmes d’Herbignac qui continuent les travaux. Si, pour différentes causes, elles n’ont pu venir en grand nombre, elles sont, du moins, pleines de bonne volonté et de courage et travaillent avec beaucoup d’ardeur.

Le jeudi 11 Juillet : Nous ne croyons pas qu’il soit fait d’appel nouveau, avant l’automne prochain. C’est donc la dernière journée de cette campagne de travaux, commencée le 14 décembre dernier. On peut dire en toute vérité, que cette fin de campagne a été brillante, et dignement clôturée par cette journée du jeudi 11 juillet.

Nous le devons à la paroisse de Saint-Lyphard connue depuis longtemps pour sa dévotion au Bienheureux Père de Montfort, et pour son attachement au Calvaire.

En travaillant avec tant d’ardeur à ce Calvaire, en chantant avec tant de cœur, pendant tout le jour, les louanges du Bienheureux, les pieuses et vaillantes travailleuses de Saint-Lyphard ont bien montré que les sentiments de cette chrétienne paroisse étaient toujours les mêmes et que l’on pouvait toujours compter sur elle.

Fête du 8 Septembre : Inauguration de la Grotte ou Chapelle d’Adam

Nous avons déjà annoncé cette fête comme devant être la fête de tous les travailleurs et de toutes les travailleuses volontaires de cette année au Calvaire. On peut évaluer leur nombre à dix ou douze mille au moins; et ce doit être à peu près le nombre des signatures apposées sur notre registre ou Livre d’or. Beaucoup, sinon tous répondront à l’appel qui leur est fait. Ceci nous promet déjà une grande et brillante fête.

Nous savons aussi dès maintenant, que plusieurs de Messieurs les Curés des paroisses voisines du Calvaire ont promis de venir, ce jour-là, paroissialement, c’est-à-dire avec leurs croix et bannières.

Quant aux heures des différentes cérémonies, rien n’est changé à ce qui a été d’usage, dans nos précédentes fêtes.

Dans la matinée, à 10 heures, à l’arrivée des différentes paroisses, dès qu’elles se seront groupées autour de la Scala Scinda, commencera la messe.

Cette messe sera dite par M. le Curé-doyen de! Pontchâteau.

Une allocution sera prononcée par le R. P. Renaud, des Missionnaires de L’Immaculée-Conception de Nantes.

Dans l’après-midi, vers 2 heures, réunion autour de la Scala Sancta, où l’on entendra une seconde allocution du R. P. Renaud, puis départ de la grande procession suivant les détours de la Voie douloureuse jusqu’au Calvaire, où aura lieu la bénédiction de la Grotte ou Chapelle d’Adam.

Retour de la procession à la Scala Sancta pour la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement.

Les chants de la journée sont ceux contenus dans le petit Guide ou Manuel du Pèlerin au Calvaire de Pontchâteau.

N° 48 Septembre 1895

Légende de la Grotte d’Adam

Bon nombre des lecteurs de L’Ami de la Croix se proposent, sans doute, de prendre part à la fête du 8 septembre, et d’assister à l’inauguration et bénédiction de notre Grotte d’Adam.

Tous savent que cette grotte ou chapelle n’est, qu’une reproduction, représentation de la Grotte ou Chapelle du même nom, qui se trouve dans l’Eglise même du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, au-dessous du vrai Calvaire. Nous avons pensé qu’il serait intéressant pour eux, d’avoir à l’avance, sous les yeux, ce qui peut se lire, au sujet de cette Grotte, dans les Guides du Pèlerin en Terre-Sainte, les plus autorisés.

Les détails qui suivent sont empruntés particulièrement à l’ouvrage du Fr. Liévin, franciscain, qui réside depuis si longtemps au Couvent de Saint-Sauveur, à Jérusalem. Cet excellent religieux, connu des pèlerins du monde entier pour son affabilité et son dévouement, a étudié à fond, mieux que personne, tout ce qui concerne l’histoire, les traditions, la topographie des divers sanctuaires de Terre-Sainte.

La Basilique du Saint-Sépulcre construite par Ste Hélène, plusieurs fois brûlée et ruinée, relevée pour la dernière fois en 1808 renferme dans son enceinte, non seulement le Tombeau de Notre-Seigneur, mais la colline toute entière du Golgotha.

C’est après être monté à la partie supérieure du Calvaire, pour s’y prosterner à l’endroit même où fut dressée la Croix du Sauveur, que le pèlerin, descendant un escalier de dix-huit marches, se trouve en face de la Grotte ou Chapelle d’Adam.

C’est une voûte étroite et sombre qui s’étend sous le Calvaire même. L’origine de cette grotte est inconnue. Son nom lui vient de ce que, d’après la tradition orientale que nous rappellerons plus loin, elle a renfermé le chef du premier homme. Ou ignore si elle avait déjà été transformée en chapelle avant le temps des Croisades. Mais, ce qui est certain, c’est qu’à cette époque, elle devint un oratoire funèbre dans lequel les Croisés placèrent eux-mêmes un autel où l’on célébra la Sainte Messe, pour les défunts, tout le temps que, la Grotte appartint aux Catholiques.

La première chose que le pèlerin voit en y entrant est l’emplacement des Tombeaux des deux premiers Rois Latins de Jérusalem, Godefroid, mort eu 1100, et Baudoin Ier, mort en 1118. Nous avons dit l’emplacement, car les mausolées en marbre blanc qui recouvraient leurs restes, ont disparu en 1808. Il en a été de même des tombeaux des autres rois de Jérusalem qui faisaient suite aux deux premiers en dehors de la Grotte. Les Grecs non-unis, disciples de Photius, profitant de la permission qu’ils avaient obtenue, à prix d’argent, de Constantinople, à l’effet de réparer les dégâts causés par l’incendie du 12 octobre 1808, les démolirent, voulant se débarrasser, autant que possible, de tout ce qui pouvait rappeler les Latins.

Deux bancs en pierre du pays, placés par les démolisseurs, de chaque côté de l’entrée de la Grotte font assez connaître la place qu’occupaient les tombeaux des deux premiers rois. Celui de Godefroid était à droite en entrant, et celui de Beaudoin, à gauche.

En avançant un peu dans l’intérieur de la Grotte, on fait remarquer l’emplacement d’un autre tombeau bien plus ancien et qui ne serait autre que le tombeau de Melchisédech, roi de Salem.

Or, d’après la tradition hébraïque, Melchisédech est le même personnage que Sem, fils premier né de Noé. Il vint, après la sortie de l’arche, à l’âge de 211 ans, fonder Salem qui devint plus tard Jérusalem. Il mourut à l’âge de 600 ans, et il aurait été enseveli en cet endroit là-même.

Enfin, au fond de la Chapelle, au milieu du mur ou plutôt de la paroi orientale, on remarque une excavation qui est le lieu où fut déposé le crâne d’Adam. Elle est aujourd’hui fermée par une porte en cuivre doré, ornée des armes de la Russie ; mais une ouverture pratiquée au centre de cette porte et couverte d’une petite grille en fil de laiton permet de plonger les regards à l’intérieur.

Voici maintenant, d’après le Fr. Liévin, le résumé de la tradition au sujet de la présence du crâne d’Adam, dans cette excavation, au moment de la mort de Notre-Seigneur :

Noé, avant d’entrer dans l’arche prit avec lui les restes mortels du premier homme et les garda religieusement pendant toute la durée du Déluge.

A la sortie de l’arche, il les partagea entre ses fils, comme le plus précieux héritage qu’il pût leur laisser.

Sem, ou Melchisédech, à qui le chef du père du genre humain fut dévolu, l’apporta avec lui quand il vint fonder la ville de Salem et la déposa dans cette excavation. Jusqu’à quelle époque y demeura-t-il ? On l’ignore ; mais, il n’en avait pas encore été retiré au moment de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. A l’heure où le divin Sauveur rendit le dernier soupir, il se fit un tel tremblement de terre, d’après le témoignage de Pline lui-même, que de mémoire d’homme, rien ne s’était vu de semblable. Le choc fui si violent que les plus énormes rochers se fendirent. Le rocher du Calvaire, lui aussi, se déchira comme un morceau d’étoffe.

La fente se fit de haut en bas, dans la direction de l’Est à l’Ouest, ainsi qu’on peut le voir encore aujourd’hui, et traversa presque perpendiculairement l’angle Nord-Est de l’excavation où était le crâne d’Adam.

C’est par cette fente que le sang du divin Sauveur, d’après une tradition très ancienne, coula sur la première tête coupable.

Ce sentiment, qui semble extraordinaire, mais qui n’est pas inadmissible, a pour lui de très graves autorités, telles qu’Origène, Saint Augustin, Saint Ambroise, Saint Basile, Saint Epiphane etc. Il explique aussi la coutume de placer ordinairement un crâne au-dessous de l’image de Notre-Seigneur en croix.

Cette tradition se trouve surtout confirmée par l’existence au-dessous du Calvaire d’un sanctuaire nommé Chapelle d’Adam.

Ce qu’on remarque aujourd’hui surtout dans l’excavation dont nous venons de parler, c’est la fente du rocher qui se fit à la mort de Notre-Seigneur, et qu’on voit très distinctement à travers la grille.

Déjà, nous avons rappelé ailleurs les divers motifs qui nous ont fait penser qu’il convenait d’avoir aussi une Grotte d’Adam, au-dessous de notre Calvaire, comme à Jérusalem.

Tout d’abord, l’idée qu’avait eue le Bienheureux Père de Montfort lui-même, de rattacher le souvenir de la chute d’Adam, à celui de la Rédemption, en mettant, au pied de son Calvaire, sous les yeux des pèlerins, une image du Paradis Terrestre.

Puis, le désir de conserver le bas-relief que les pèlerins du Calvaire étaient habitués à voir et qui leur rappelait la même pensée.

En y ajoutant les souvenirs traditionnels que nous venons de transcrire pour nos lecteurs, nous ne doutons pas que désormais les pèlerins du Calvaire, s’arrêtant quelques instants dans le nouveau sanctuaire, qui va être bénit le 8 Septembre, n’y trouvent le sujet d’utiles réflexions, suivies d’une pieuse et fervente prière.

N° 1 Octobre 1895

Inauguration et Bénédiction de la Grotte d’Adam

La fête du 8 Septembre a donné ce qu’elle promettait.

Etaient représentées avec croix et bannières, conduites par leur clergé, les paroisses de Pont-Château, de Missillac, de Saint-Joachim, de Crossac et de Besné. La liste serait longue des autres paroisses qui étaient représentées seulement par un groupe de pèlerins plus ou moins nombreux.

Il faudrait nommer toutes celles qui sont inscrites sur le Livre d’or des travailleurs. Nous avions dit que ce devait être plus spécialement la fête des travailleurs volontaires. Aussi, avaient-ils répondu en grand nombre à cette invitation. On évaluait au moins à six mille personnes, la foule pieuse qui, le matin, entourait la Scala Sancta pour entendre la messe célébrée par M. le Curé-doyen de Pont-Château, et qui le soir environnait le Calvaire, au moment de la bénédiction de la Grotte d’Adam.

Rien ne manquait à l’éclat de la fête et de la procession en particulier. Les clairons de Missillac marchaient en tête, et vers le milieu, la musique instrumentale de Crossac soutenait très heureusement le chant des cantiques, dont les refrains étaient redits avec enthousiasme.

Il fallait là une parole capable de faire vibrer les sentiments qui étaient déjà, sans doute, dans tous les cœurs, et de les y graver plus profondément et d’une manière durable. Et, cette voix n’a point manqué.

Déjà, le matin, à l’Evangile de la messe, le Révérend Père Renaud, avait célébré les joies, les gloires, l’immense bienfait pour nous de la Nativité de la Très sainte Vierge. Il nous semblait entendre un écho de la voix du grand serviteur et panégyriste de Marie, Montfort lui-même, dont l’orateur rappelle ensuite les glorieux travaux, les bienfaits sans nombre répandus par lui dans les contrées qu’il a évangélisées, et tout particulièrement en ces lieux. Il ne nous l’eut pas dit, nous eussions deviné, en l’entendant, que le Révérend Père est de ceux qui dès leurs premières années, sur les genoux d’une mère vendéenne, ont appris à honorer, à aimer, à invoquer le bon Père de Montfort.

Dans l’après-midi, avant le départ de la grande procession qui devait précéder la bénédiction de la Grotte d’Adam, le Révérend Père Renaud prenait de nouveau la parole. Les yeux fixés sur le Calvaire, il retraça en traits rapides la grande scène qui s’est passée sur le Golgotha de Jérusalem, il y a plus de dix-huit cents ans. Puis il répond à ces trois questions qu’il s’est posées à lui-même: Pourquoi cette grotte d’Adam, sous le Calvaire ? Quel est son enseignement ? Que demande-t-elle ?

C’est avec une vive attention que l’auditoire entend l’exposé de l’antique tradition qui place la sépulture du premier homme, au lieu même où devait couler le sang du nouvel Adam.

Il est profondément ému des enseignements qui découlent du rapprochement de l’immense bienfait de la Rédemption et de la profondeur de la chute. Mais, ce dont nous ne saurions donner une idée c’est la chaleur communicative avec laquelle l’orateur développe la réponse à sa troisième question : « Ce qui est demandé, ici, de nous tous, c’est l’achèvement, le couronnement de cette grande œuvre conçue par Montfort, en l’honneur de Jésus crucifié, Dieu le veut ! Debout les Amis de la Croix ! » s’écria-t-il, et rien n’est oublié des souvenirs glorieux du passé et des éloges mérités dans le présent, pour allumer le feu sacré dans les âmes et les exciter au dévouement, à la générosité.

Que dirions-nous de plus ? Le zélé missionnaire doit être content. Sa parole a été entendue et comprise. Les habitants de Pontchâteau, en particulier, et d’autres encore y ont déjà répondu par de généreuses offrandes, et nous sommes assurés que les dévouements auxquels il a fait un appel si chaleureux, ne nous manqueront pas.

Vraiment belle, cette journée du huit Septembre, pleine de promesses et d’encouragements, pour ceux qui s’intéressent et se dévouent, à cette œuvre si chère au cœur du Bienheureux Montfort !

N° 2 Novembre 1895

Reprise des travaux du Calvaire

Nous ne comptions pas, il faut l’avouer, avoir à transcrire ce titre sur ce numéro de l’Ami de la Croix. Tous savent que pendant ce mois d’octobre, et parfois même dans les jours qui suivent la Toussaint, tous les bras sont occupés, à la campagne, pour confier à la terre la précieuse semence, qui, après avoir germé lentement dans les sillons, montera, après l’hiver, en épis et deviendra la moisson dorée.

Mais il est, dans nos environs, certaines paroisses qui n’ont pas, ou très peu du moins, cette préoccupation des semailles, et qui ont bien voulu devancer l’époque qui semblait naturellement fixée pour la reprise des travaux du Calvaire.

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C’est la paroisse de Saint-Malo-de-Guersac, qui a eu l’honneur d’inaugurer cette nouvelle campagne, dès le mercredi 16 octobre. Il va sans dire que cette première journée a été pleine d’entrain, en dépit de quelques ondées qui n’ont fait qu’interrompre, pour quelques instants, le travail repris ensuite avec encore plus d’ardeur.

M. le Curé et son vicaire étaient présents.

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La semaine suivante, les femmes de Saint-Joachim ont donné trois journées consécutives aux mêmes travaux.

Le mardi, celles du bourg, de Pandille et de Mazin.

Le mercredi, celles de la frairie de Fédrun.

Le jeudi, celles de la frairie d’Aignac.

Toutes ont donné une nouvelle preuve de leur dévouement bien connu pour l’Œuvre du bon Père de Montfort.

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Aujourd’hui, mardi 29 octobre, ce sont les hommes de la même paroisse, du moins ceux qui ne sont pas occupés dans les chantiers. Tous excellents ouvriers, manœuvrant à merveille. Il suffit de jeter, ce soir, un regard du côté du Calvaire, pour constater que la tâche accomplie, dans cette journée, est considérable.

Signalons, dans la même journée, la visite très édifiante d’un certain nombre de jeunes conscrits, sortant de la retraite qui vient de leur être donnée au Prieuré de Pontchâteau. Le Bienheureux Montfort qui a aimé tout particulièrement les soldats pendant sa vie, les aidera certainement a gardé les bonnes résolutions qu’ils y ont prises.

N° 3 Décembre 1895

Travaux du Calvaire

Mais si le mouvement des pèlerins qui viennent seulement pour la prière se ralentit, un autre mouvement, celui des pèlerins travailleurs, s’accentue et se dessine tous les jours, déplus en plus.

Il est un point que nous sommes heureux de faire ressortir tout d’abord. Ainsi que nous en émettions le vœu, eu annonçant les grands projets de l’année présente, le cercle des paroisses prenant part officiellement à nos travaux s’est agrandi. Et nous avons, dès aujourd’hui, à notre grande satisfaction, à inscrire plusieurs noms nouveaux. Ce n’est pas en vain que la voix du R. P. Directeur du pèlerinage s’est fait entendre à plusieurs populations qui ne connaissaient pas assez l’Œuvre du B. Montfort, le but poursuivi et les efforts faits en ce moment pour donner à cette œuvre son complet épanouissement. Dès qu’elles ont su et bien compris qu’il s’agissait de reprendre, de compléter et d’achever une œuvre à laquelle leurs pères avaient autrefois travaillé sous la conduite du grand missionnaire de la contrée, ces excellentes populations n’ont pas hésité à venir y prendre part, malgré la distance, malgré les obstacles.

De ce nombre, est la première paroisse inscrite sur le Livre d’or des travailleurs, parmi celles que nous avons à mentionner aujourd’hui.

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Le Mercredi 13 novembre. — L’Immaculée-Conception de Saint-Nazaire, paroisse de création récente, érigée deux ans seulement après la proclamation du dogme auquel elle emprunte son beau nom. Certes, là, en particulier, les obstacles, les difficultés ne manquaient pas. La distance du Calvaire est de sept lieues. Il fallait trouver nécessairement des véhicules pour transporter les travailleurs, et journellement, charrettes et chars-à-bancs sont employés à conduire diverses denrées à la ville voisine. Le zèle du bon Curé, la bonne volonté de ses paroissiens ont trouvé moyen d’aplanir tous ces obstacles. Et c’était vraiment une belle escouade de travailleurs que nous avions ici ce jour-là. Leur ardeur pendant toute la journée faisait plaisir avoir. Et, le soir, la fatigue ne leur avait rien ôté de leur gaieté. Tous, en partant, semblaient dire au Calvaire un joyeux au revoir !

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Le jeudi 14 novembre. Paroisse de Drefféac. — Nous avons dit plus haut, que les bons habitants de Drefféac, en accomplissant leur pèlerinage annuel au Calvaire, avaient pris la résolution de venir bientôt mettre la main aux travaux déjà repris. Ce sont les femmes qui ont tenu parole, les premières. Elles sont présentes, au moins, une centaine. Pendant la nuit, la pluie a grandement détrempé le sol. Elles n’en accomplissent qu’avec plus de courage, et plus de mérite aussi, une tâche considérable.

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Le vendredi 15 novembre. Paroisse de Besné. — M. l’abbé Babin, vicaire, vient, dès le matin, avec un certain nombre d’hommes et de jeunes gens du bourg. Ils ont à lutter contre la même difficulté que la veille : un terrain détrempé par la pluie. M. le Curé qui avait été retenu par des malades, apparaît au milieu du jour ; et sa présence ne contribue pas peu à réchauffer tous les courages. La soirée est employée surtout à hisser un bloc de pierre qui trouve sa place dans l’énorme contrefort que l’on construit en ce moment, au chevet de l’ancienne chapelle du Calvaire.

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Le lundi 18 novembre. Paroisse de Savenay. — L’ancienne cité de Savenay, bien que découronnée de son titre de sous-préfecture, n’en est pas moins toujours regardée, comme la petite capitale de la Contrée. Il convenait bien qu’elle fût représentée à nos travaux du Calvaire. Et, de fait, Savenay a répondu admirablement au premier appel qui lui a été adressé. Vraiment, les deux Messieurs Vicaires, représentant M. le Doyen, avaient le droit d’être fiers, à la tête de ces cent vingt hommes, tous de bonne volonté et excellents travailleurs. Nous avons remarqué aussi leur chant plein de vie et d’ensemble au salut du Très Saint-Sacrement, donné par M. Laur, premier vicaire.

N’oublions pas de mentionner un bon missionnaire, curé à la Guadeloupe, en congé temporaire à Savenay, et qui a pris une part active au travail de cette journée.

Un groupe de l’orphelinat agricole de La Moëre, en Savenay, mérite aussi d’être mentionné très honorablement.

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Le mardi 19 novembre. Paroisse de Lavau. — Encore un nom nouveau à inscrire sur le Livre d’or des travailleurs. Lavau est une petite paroisse, située sur les bords de la Loire. Le bon Curé, très dévoué au culte du Bienheureux Montfort, attendait qu’une voix vint rappeler à ses paroissiens qu’eux aussi étaient de ceux dont les ancêtres avaient connu le grand missionnaire et travaillé avec lui à son Calvaire. A peine cette voix s’est-elle fait entendre dans l’église de Lavau, que la résolution de répondre à son appel a été prise aussitôt. Ce n’était pas sans doute, une troupe très nombreuse, qui suivait son pasteur, le 19 novembre au Calvaire, la paroisse est petite, nous l’avons dit, et la distance est grande. Mais c’était une troupe d’élite, une avant-garde de vaillants, que d’autres voudront suivre bientôt.

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Le mercredi 20 novembre. Paroisse de Crossac. — Nous voyons reparaître aujourd’hui nos amis et voisins, toujours dévoués des villages de Quémené, de la Brionnière et de la Pelletraie. Ce sont les villages de la paroisse de Crossac, les plus rapprochés du Calvaire. Les autres, également dévoués, viendront à leur tour ajouter au chiffre déjà considérable des bonnes et laborieuses journées fournies par cette excellente paroisse aux travaux du Calvaire.

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Le jeudi 21 novembre. Paroisse de Montoir. — Voilà bien de vrais travailleurs volontaires, qui s’invitent eux-mêmes, s’organisent eux-mêmes, et le contentent de faire savoir : Nous nous rendrons tel jour. Ils semblent toutefois reconnaître un chef, très digne, du reste, d’être à leur tête.

On nous assure qu’à la fin de la journée si bien employée du 21 novembre, ils ont fixé le jour où ils pensent revenir plus nombreux encore.

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Le vendredi 22 novembre. Paroisse de Drefféac. — C’est la dernière journée que nous avons à enregistrer pour cette fois. On devine que ce sont les hommes de Drefféac qui ont tenu à ne pas retarder, eux aussi, la promesse faite à l’occasion de leur pèlerinage du mois dernier. Ils ont travaillé avec la bonne volonté et le courage ordinaires.

Mais il convient de mentionner, dans cette journée, la présence de cinq charrettes attelées fournies par les fermiers des Métairies et de la Viotterie, tout voisins du Calvaire. Tandis que les uns allaient à une certaine distance charger les pierres sur ces charrettes, qui les amenaient au pied de la colline, les autres les hissaient jusqu’au sommet, OÙ elles étaient immédiatement mises en place. La journée a donc été très profitable pour l’avancement des travaux.

Nous ne sommes qu’au début ; mais la bonne volonté et le courage sont tels, qu’ils ne peuvent manquer de venir à bout de tout.

Pour les Statues du Calvaire et de la Voie douloureuse

Nos lecteurs viennent de voir avec quelle ardeur est commencée et se poursuit notre nouvelle campagne de travaux pour le Calvaire. Bien que la tâche qu’on s’est imposée pour cette année soit immense, tout fait espérer qu’elle sera remplie au moment voulu. La sainte colline exhaussée encore, et élargie à son sommet, sera prête à recevoir son magnifique couronnement de statues représentant les quatre grandes scènes qui se sont passées sur le Golgotha de Jérusalem : Jésus dépouillé de ses vêtements, Jésus attaché à la Croix, Jésus mourant sur la Croix, le corps de Jésus descendu de la Croix et remis entre les bras de sa Sainte Mère.

En ce moment, des artistes étudient avec tout le soin possible, ces différents groupes ; et nous avons tout lieu de penser que rien ne sera négligé pour répondre à l’attente de tous ceux qui s’intéressent à une Œuvre si grande et si belle.

Nous n’avons pas besoin de redire ici que les frais aussi seront considérables, et que pour les couvrir, nous comptons sur la générosité de tous. Tous le savent et nous avons l’assurance qu’ils ne le mettent pas en oubli.

Nous sommes heureux d’avoir, dès aujourd’hui, à témoigner notre reconnaissance à ceux qui les premiers ont bien voulu s’inscrire comme bienfaiteurs de l’Œuvre. Certes, ils sont déjà nombreux !

Au premier appel, de généreux donateurs se sont inscrits pour l’offrande d’une des statues du Calvaire ou de notre Voie douloureuse. En même temps s’ouvrait dans plusieurs paroisses une souscription, ayant le même but d’offrir une statue au Calvaire. D’autres paroisses se préparent à imiter leur exemple.

Nous n’avons pas besoin de dire que les listes de souscription sont ouvertes aux plus humbles offrandes, qui souvent peuvent être les plus méritoires devant Dieu.

Nous donnons, aujourd’hui, les premiers et très encourageants résultats d’un élan de générosité qui nous permet d’espérer, dans un bref délai, l’achèvement complet de notre Voie douloureuse.

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Mentionnons, tout d’abord, les dons suivants :

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1° M. Jean Desbois et Mlle Reine Desbois, de la Haute-Haie, en Crossac, ont fait don d’une des statues de la VII° station, en leur nom et au nom de leurs frère et sœur défunts Julien Desbois cl Marie Desbois, tertiaire de Saint-François.

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2° M. le comte A. de la Villeboisnet, au château du Deffais, a souscrit pour une statue du Calvaire.

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3° Anonyme : Une somme de mille francs pour, les statues du Calvaire.

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N° 4 Janvier 1896

Travaux du Calvaire

Malgré les intempéries de la saison, des pluies fréquentes, ces travaux poussés avec une ardeur au-dessus de tout éloge, ont fait de notables progrès dans ce mois de décembre. On a construit du côté est, un énorme, contrefort en blocs de rochers pour garantir contre tout éboulement l’ancienne chapelle et aussi pour soutenir la voie que suivent en quelques circonstances les processions.

Et puis, nous avons eu, au moins pendant quelques jours, la présence de M. Gerbaud, et l’on en a profité pour marquer définitivement les limites de la plate-forme du Calvaire, l’emplacement des croix, etc., d’après le plan tracé par lui et approuvé de tous. Tous les efforts vont se tourner maintenant de ce côté, et malgré la grandeur de la tâche, tout fait espérer son achèvement complet, eu temps voulu.

Nous avons à signaler aujourd’hui des dévouements admirables de la part de travailleurs que nous ne connaissions pas encore, venus pour la première fois au Calvaire. Les autres voudront bien nous permettre d’enregistrer seulement leur présence, au jour marqué :

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Le lundi 25 novembre : Ce sont les hommes de Sainte-Beine qui reprennent les travaux. Et c’est déjà la septième journée que cette paroisse donne au Calvaire.

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Le mardi 26 novembre : Les vaillants de Besné sous la conduite de leur vaillant chef.

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Le mercredi 27 novembre : Les femmes de la Chapelle-des-Marais. Plusieurs partaient dès cinq heures du matin, pour donner une journée plus complète.

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Le jeudi 28 novembre : Un petit groupe d’hommes de Prinquiau, pleins d’ardeur et de bonne volonté, ayant à leur tête M. J.-M. Roussel.

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Le vendredi 29 novembre : C’est la huitième journée que donne au Calvaire l’excellente paroisse de Drefféac. Le travail était d’autant plus méritoire ce jour-là, que le terrain était fort détrempé par la pluie.

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Le lundi 2 décembre. — Monsieur le Curé de la Chapelle-Launay a le droit d’être fier de la belle compagnie de travailleurs, au milieu de laquelle il est resté toute cette journée.

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Le mardi 3 décembre. — Les hommes de Saint-Roch ont donné, ce jour-là, une nouvelle preuve de leur dévouement traditionnel au bon Père de Montfort.

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Le mercredi 4 décembre. — Nous saluons avec bonheur les braves travailleurs de Saint-Lyphard. Nous n’avons pas oublié que dès le début de nos travaux, ils ont été des ouvriers de la première heure. Leur adresse à extraire et à manier la pierre est connue. Ils l’ont bien montré ce jour-là.

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Le jeudi 5 décembre. — Aujourd’hui, on peut vraiment dire que tout Crossac est là, tant sont nombreux les travailleurs. Aussi quel bloc énorme de pierre traîné par tous ces bras vigoureux, nous voyons monter jusqu’au sommet du Calvaire !

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Le vendredi 6 décembre. — Les hommes de la Chapelle-des-Marais, peut-être un peu moins nombreux que ceux de la veille, ont d’après le Livre d’or, accompli ce jour-là, un travail prodigieux.

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Le lundi 9 décembre. — Malville, nom nouveau. C’est une avant-garde d’élite venue sous la conduite du Pasteur et de son vicaire, qui, eux-mêmes, ont pris part aux travaux de la journée. Tous, en partant très joyeux, nous donnent l’assurance qu’ils reviendront nombreux, bien plus nombreux.

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Le mardi 10 décembre. — Les ferventes chrétiennes de Saint-Joachim avaient hâte de témoigner au bon Père de Montfort leur reconnaissance, pour les grâces de la Mission, en prenant pour lui la pioche et la pelle à la main. Elles montrent dans Cette journée leur foi, leur dévouement, leur ardeur ordinaires.

+

Le mercredi 11 décembre. — Nous n’avons qu’à répéter la note précédente. Ce sont encore les femmes de la paroisse de Saint-Joachim, mais plus nombreuses encore que la veille, et animées des mêmes sentiments.

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Le jeudi 12 décembre. — Les Campbonnais se montrent, une fois de plus, dignes de leur réputation. Leur vénérable Pasteur, M. l’abbé Halgan, chanoine honoraire, passe la journée entière au milieu de ses travailleurs.

+

Le vendredi 13 décembre. — Une circonstance spéciale n’a pas permis aux bons habitants de Saint-Dolay de venir aussi nombreux qu’ils l’avaient pensé. Mais, ce n’est que partie remise. Et ceux qui étaient présents ont suppléé au nombre par leur activité et leur courage.

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Le lundi 16 décembre. — Ce sont les hommes du village de Bergon, que nous avons déjà vus plus d’une fois à l’œuvre, et qui nous reviennent toujours avec la même bonne volonté, le même dévouement.

+

Le mardi 17 décembre. — Vay ! Le clocher de Vay est à dix lieues du Calvaire, et le matin, la pluie menace. Les routes sont tellement mauvaises qu’il ne paraît pas possible d’aller en chars-à-bancs. Il y a le chemin de fer. La compagnie de l’Ouest n’est pas généreuse pour accorder des remises. Ces braves gens paient leur billet d’aller et retour, quatre francs, pour venir donner leur journée de travail, au Calvaire. N’est-ce pas admirable de générosité et de dévouement ? Puis, quelle ardeur à la besogne, pendant toute la journée ! Ajoutons ce que les travailleurs disaient eux-mêmes tout haut, le soir, que nul n’avait mieux payé de sa personne que leur excellent vicaire. Nous reverrons les bons paroissiens de Vay.

+

Le jeudi 19 décembre. — C’est une seconde section de la paroisse de Campbon, qui vient à huit jours de distance, conduite par M. l’abbé Warron, vicaire. Les travailleurs d’aujourd’hui sont dignes de leurs devanciers.

+

Le vendredi 20 décembre. — Nos voisins de Saint-Guillaume ! Leur dévouement est toujours le même. M. le Curé et M. l’abbé Marchand prennent part aux travaux.

+

Il y a temps d’arrêt, pendant toute la semaine de Noël ; mais les convocations sont déjà faites pour le lundi 31 décembre, et pour les jours suivants.

Pour les Statues

du Calvaire et de la Voie douloureuse.

Une maison généreuse, qui désire garder l’anonyme, a souscrit pour le paiement d’une statue.

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N°5 Février 1896

Travaux du Calvaire

Le mois de janvier dont on avait voulu faire, il y a cent ans, le mois de Nivôse, ne nous a pas donné de neige, cette année, du moins sur notre lande de la Madeleine. Aussi, les travaux ont-ils marché sans interruption. Il a été fait beaucoup de besogne, mais, de l’avis de tous, il reste encore beaucoup plus à faire. Après la quantité énorme de pierres et de terre, montée à force de bras, pour former le chevet du Calvaire, on est bien loin d’atteindre la hauteur fixée pour la plate-forme, sur laquelle seront disposées les différentes scènes.

En voyant les efforts faits aujourd’hui, pour la transformation de notre colline, on comprend mieux ce qu’il a dû en coûter jadis à notre Père de Montfort, pour la créer de toute pièce.

Heureusement que rien n’est capable d’ébranler ou même d’affaiblir le courage de ceux qui travaillent à cette œuvre. La bonne volonté et le dévouement des travailleurs volontaires, qui nous viennent continuellement de toutes les paroisses plus ou moins rapprochées, et dont le cercle, ainsi que nous l’avons déjà dit, va toujours s’élargissant, cette bonne volonté, ce dévouement sont admirables et au-dessus de tout éloge. Mais que dire du courage et de la constance de ceux qui, tous les jours, sont en avant sur la brèche ? On nous permettra bien, en passant, cette allusion discrète à la dépense de forces et de dévouement que font, chaque jour, le R. P. Directeur du pèlerinage, et son jeune lieutenant le P. Sarré.

Il faut bien le dire aussi, les encouragements viennent de partout et quelquefois de haut. C’est ainsi qu’on pouvait voir, il y a quelques jours, M. le général du Guiny, qui commandait encore, il y a deux ans à peine, le 3e Corps de l’armée française à Rouen, prendre bravement la tête de file, et tirer à la chaîne, pour monter au sommet un énorme bloc de pierre. Non moins fier, et il en avait bien le droit, ce nous semble, que quand il avait sous ses ordres trente mille hommes. Nous entendons encore l’accent joyeux avec lequel, dans un moment de repos, après le frugal déjeuner, il nous disait, en nous la montrant de la main : « C’est celle-là, mon Père, cette grosse pierre plus notre que les autres, que nous avons monté ce matin. » Aujourd’hui, maire de Prinquiau, il avait tenu à venir avec le vénérable Pasteur de la paroisse à la tête de ses administrés.

Faut-il rappeler que la piété a toujours sa bonne part dans ces laborieuses journées. Le chant des cantiques prélude toujours au travail, et en marque aussi la suspension. C’est toujours aussi avec élan, que vers le milieu du jour, retentissent au loin, du haut du Calvaire, les acclamations à Jésus, à la Croix, au B. Père de Montfort. Puis, avant le départ, la bénédiction du Très Saint-Sacrement, et la vénération des reliques du Bienheureux.

Avec cela enfin, toujours beaucoup d’entrain et de franche gaîté, malgré la fatigue, malgré la longueur de la route. On l’abrège en chantant un air de marche : et il se trouve toujours quelque improvisateur, qui, sans trop souci de la rime, sait y adapter des paroles de circonstance. C’est ainsi que la semaine dernière, les braves travailleurs de Sévérac, annonçaient à l’avance, leur arrivée ici, par ce refrain :

Allons, amis, marchons bon train,

Car le Calvaire est encore loin.

Au départ le refrain était un peu différent.

Allons, amis, marchons bon train,

Car le Calvaire n’est pas loin

Cinq grandes lieues à faire à pied, et le retour, le soir, après une journée de fatigue !

Mais, il nous faut, maintenant, selon l’usage, donner une courte mention, à chacune des paroisses, qui ont pris part aux travaux, depuis la clôture de notre dernière chronique :

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Le lundi 30 décembre, c’est la troisième frairie de Campbon, sous la conduite de M. l’abbé Appert, vicaire. C’est sur le territoire de celte frairie, que se trouve le florissant orphelinat agricole de la Ducheraie. M. l’abbé Fonteneau, directeur de cet établissement, avait amené ses plus grands jeunes gens. Quels bons travailleurs, dès maintenant ; et quels bons agriculteurs ils seront plus tard, après avoir été à si bonne école ! L’excellent Directeur, comme toujours, sans doute, ne se contentait pas de commander, mais payait largement de sa personne. Quant aux Campbonnais, leur éloge n’est plus à faire. Ils étaient nombreux, et cette journée compte certainement parmi les meilleures de cette campagne.

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Le mardi 31 décembre : A nos plus proches voisins, les bons habitants de Saint-Guillaume, était réservé l’honneur de clôturer l’année 1895. Ils eussent été plus nombreux sans le mauvais temps.

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Le jeudi et le vendredi 2 et 3 janvier : A la paroisse de Pontchâteau de marcher en avant, au commencement de cette année 1896 : Elle l’a fait vaillamment en nous donnant ces deux excellentes journées. Nous relevons parmi les signatures des travailleurs celle d’un bon vieillard de 80 ans, sabotier à Pontchâteau, qui, bien jeune alors, avait déjà mis la main aux travaux de restauration du Calvaire, exécutés par M. Gouray en 1821.

M. le Curé de Pontchâteau est venu encourager les travailleurs. Il était accompagné de M. l’abbé Massé, vicaire, de M. l’abbé Béziers, professeur à Saint-Stanislas de Nantes. Le second jour, c’est M. l’abbé Vaillant, aumônier du château de Casso, qui a donné le salut.

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Le lundi 6 janvier : Un groupe de ces braves ouvriers de Saint-Joachim, qui nous ont tant édifiés, à la clôture de leur mission, lorsqu’au nombre de douze cents, ils acclamaient le Christ sur notre lande. Ils sont moins nombreux aujourd’hui, mais tous remplis d’ardeur et de courage.

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Le mardi et le jeudi 7 et 9 janvier : Ces deux journées étaient réservées à la paroisse de Sainte-Anne de Campbon. La première a été excellente, les travailleurs étaient en nombre et pleins d’entrain. La seconde n’a fourni qu’un groupe peu nombreux. Il faut ajouter que ce jour-là, le froid était, ici, très intense.

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Le mercredi et le vendredi 8 et 10 janvier. —Nous pouvons répéter, en l’appliquant à Missillac, la même note que nous venons de donner à Sainte-Anne de Campbon. Première journée excellente. La seconde, travailleurs peu nombreux, pour le même motif, sans doute.

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Le lundi 13 janvier. — Il était décidé, en principe, que les femmes ne devaient prendre que plus tard dans la saison, part à des travaux plus faciles que ceux exécutés, on ce moment. Aussi n’est-ce qu’en cédant à leurs instances réitérées, que le Père Directeur du Pèlerinage avait fixé cette journée aux femmes de la Chapelle-des-Marais. Toutefois, un groupe d’hommes de Crossac avait été convoqué, en même temps. Pendant que ceux-ci extrayaient les blocs de pierre de la carrière, les vaillantes chrétiennes de la Chapelle-des-Marais, les montaient au sommet de la colline; et à la fin de la journée, se trouvait accomplie une tâche très considérable.

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Les mardi, mercredi et vendredi 14, 15 et 11 janvier. — Trois journées dans la même semaine données par la si chrétienne paroisse de Sévérac. Ce sont ces braves dont nous parlons plus haut et qui, ayant cinq et même six lieues à faire à pied, pour venir ici, chantaient si bien :

Allons, marchons bon train,

Car le Calvaire n’est pas loin.

Les trois journées ont été assurément fort bien remplies ; mais le bon Curé de Sévérac ayant appris qu’un jour, en particulier, plusieurs avaient été retenus par une foire qui avait lieu dans le voisinage, a décidé qu’une journée supplémentaire serait fixée pour tous ceux qui auraient été empêchés pour une raison ou pour une autre.

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Le jeudi 16 janvier. — C’est la paroisse de Saint-Gildas qui tient à garder ses traditions de fidélité et de dévouement au Calvaire. Si nous n’avons pas le plaisir de recevoir aujourd’hui M. le doyen, ni son vicaire, les bons Frères de la Doctrine chrétienne sont là, donnant comme à l’ordinaire l’exemple du travail, à tous.

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Le mardi et le vendredi 21 et 24 janvier. — Deux journées données au Calvaire par la paroisse d’Herbignac. Le premier jour, travailleurs très actifs, mais peu nombreux. L’un d’eux en exprime son regret, sur notre Livre d’or. Mais quelle belle revanche savent prendre les paroissiens d’Herbignac le vendredi 24. Ce jour-là, ils forment un beau bataillon ayant à leur tête, MM. de la Monneraye, C. de la Chevasnerie, F. et R. de Kérobert.

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Le mercredi 22 janvier. — Paroisse d’Assérac, qui a pour limite une longue côte de l’Océan. Le bon Curé avait tenu à accompagner ses paroissiens. Il connaît de longue date leur bon esprit et leur générosité, mais il paraissait heureux de voir qu’ils avaient si bien répondu à l’appel qui leur avait été fait.

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Le jeudi 23 janvier. — Paroisse de Prinquiau. Nous avons déjà fait mention de cette journée en signalant la présence de M. le général du Guiny. Inutile d’ajouter que c’a été une de nos belles journées et des mieux remplies.

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Le lundi 27 janvier. — Paroisse de Crossac. Que dire des bons habitants de Crossac qui sont venus aujourd’hui, pour la vingtième fois prêter le concours de leurs bras aux travaux du Calvaire. C’est toujours la même bonne volonté, le même esprit de foi, le même désir de conserver les faveurs et la protection du Bienheureux Montfort. M. le Curé qui ne manque aucune occasion de montrer l’intérêt qu’il porte à l’Œuvre du Calvaire était présent, et a donné, le soir, le salut du Très Saint Sacrement.

Jérusalem en Bretagne

M. le baron Gaëtan de Wismes, le sympathique bibliothécaire de la Société d’Archéologie, vient de mettre sa plume d’érudit et de littérateur au service du Calvaire de Pontchâteau.

Sous le titre de Jérusalem en Bretagne, il a fait paraître un intéressant opuscule que l’on vend au profit de l’Œuvre du B. Père de Montfort.

Après avoir salué la Croix, dans un préambule plein de foi, comme l’ornement de tous nos sites bretons, l’auteur si goûté des articles intitulés : Nos fêtes chrétiennes, peint à grands traits tous les travaux du vaillant apôtre de la Croix et du Rosaire pour construire le gigantesque Calvaire de Pontchâteau, le zèle infatigable de ces foules accourues à sa voix pour travailler sous ses ordres à la gloire du Divin Rédempteur, et enfin, hélas ! le douloureux dénouement de ce drame émouvant !

Mais l’heure du triomphe prédite par le saint missionnaire a sonné dans la dernière moitié de notre siècle. Un de ses fils les plus dévoués, le R. Père Barré, docile aux inspirations du Ciel, est parvenu à donner à l’idée de son B. Père une magnifique réalisation. M. de Wismes nous raconte un pèlerinage qu’il a fait au Calvaire de Pontchâteau, il se croit à Jérusalem. Avec lui nous visitons la chapelle de N.-D. de Pitié, due à la munificence d’un de nos évêques les plus populaires et les plus regrettés, Mgr Fournier ; la Grotte de Gethsémani, pour la construction de laquelle se sont accomplis des prodiges d’habileté et de dévouement ; le torrent du Cédron, si pittoresque avec ses rochers sauvages ; la Scala Sancta, où le talent de M. Vallet a rendu si vivante la scène de la Flagellation. Suivons la Voie douloureuse et arrivons au Calvaire, d’où la vue s’étend sur 32 clochers.

Puisse l’œuvre du B. de Montfort rayonner au loin ; et avec elle l’amour de N.-S.J.-C. qu’elle prêche si éloquemment.

Telles sont, en résumé, les pages pleines d’intérêt pour l’esprit, d’édification pour le cœur. Tous voudront les lire et envoyer au R. P. Barré l’offrande qu’il demande pour l’achèvement de son Calvaire.

H. Pincé, chanoine.

N° 6 Mars 1896

Travaux du Calvaire

Travaillons tous à ce divin ouvrage

Dieu nous bénira tous

Grands et petits, de tout sexe et tout âge.

Montfort peut voir, du haut du ciel, comment cette invitation qu’il faisait entendre, il y a deux cents ans, sur notre lande, y est encore accueillie. C’est avec le même empressement que tous, grands et petits, y répondent.

Aujourd’hui samedi, jour de chômage habituellement, nous voyons, de notre fenêtre, qu’il y a du mouvement du côté du Calvaire, beaucoup de mouvement même.

Ce sont des petits plutôt que des grands. Mais, qu’ils paraissent intrépides à la besogne ! Ce sont, à n’en plus douter, les enfants de l’Ecole apostolique. Nous les savions occupés, pendant toute cette semaine, par de longues séances d’examen, ce qui ne laisse pas d’être pour tous, maîtres et élèves, l’occasion d’une tension pénible. Evidemment, il s’agit de se détendre un peu les nerfs ; les examens sont finis. Et sans en être informé, nous pourrions affirmer que ces examens ont été satisfaisants. Car la faveur accordée aujourd’hui, nous le savons, est prisée, estimée plus que n’importe quelle promenade, n’importe quel congé. Aussi, s’en donnent-ils à cœur-joie, les braves enfants !

Les wagonnets se chargent, se déchargent, montent, descendent avec une rapidité, et, il faut le dire aussi, avec une régularité peu communes. On s’anime, on s’interpelle joyeusement. Il paraît bien que les plus jeunes ne veulent le céder en rien à leurs aînés. Du reste, chacun est au poste qui lui a été assigné, conducteur de train, chef d’équipe, aiguilleur, chargeur. Aussi le remblai auquel on travaille, avance-t-il, à vue d’œil, sur le flanc de la colline.

A voir la bonne volonté et l’ardeur de ces jeunes enfants, on sent bien qu’ils entendent la voix du Père : Travaillons tous à ce divin ouvrage, et qu’ils veulent être tous du nombre de ceux dont il disait : Dieu nous bénira tous ; et qu’ils ont même l’ambition d’être des privilégiés parmi ces bénis.

Ils le seront, nous en avons bien la confiance : Bénis, dans leurs travaux de fin d’année, bénis dans tout le cours de leurs études, bénis quand ils auront le bonheur de faire définitivement partie de la famille de Montfort, bénis surtout, quand ils seront devenus apôtres, allant, comme leur Père, prêcher partout la Croix et le Rosaire, Jésus crucifié et Marie, sa divine mère.

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Et, maintenant, essayons de rendre hommage à ceux qui, de l’extérieur, ne cessent pas de venir au Calvaire prêter le concours de leurs bras.

Au cours de ce mois, une nouvelle paroisse est encore entrée dans le mouvement. Elle mérite à tous égards, d’être particulièrement signalée.

Qui ne connaît, au moins de nom, la grande forêt du Gâvre, célèbre par les exploits cynégétiques qui s’y accomplissent chaque année, et à laquelle se rattache plus d’un souvenir historique. A l’entrée de la forêt, près de l’emplacement de l’ancien château féodal, autrefois propriété des ducs de Bretagne, et qu’habita quelque temps la B. Françoise d’Amboise, apparaît aujourd’hui une coquette petite ville qui porte aussi le nom du Gâvre. La population presque toute entière est composée d’ouvriers. Malgré la distance qui est d’au moins dix lieues, le R. P. Directeur du Pèlerinage qui savait que le nom du Père de Montfort est connu, invoqué parmi eux, ne craignit point d’aller leur faire entendre son appel. Ils y ont répondu d’une manière admirable. Il n’y avait qu’un moyen : prendre le chemin de fer. Ces bons ouvriers, au nombre de près d’une centaine, n’ont pas hésité à sacrifier, en même temps, deux journées, puisqu’en venant en donner une au Calvaire, ils devaient verser le prix d’une autre, pour avoir leur place au chemin de fer.

Ici, rien ne saurait exprimer leur bonne volonté, leur activité, ainsi que leur contentement et leur joie. Eux seuls exprimaient bien ces sentiments, lorsqu’à la fin de la tournée, en descendant du Calvaire, ils chantaient tous ensemble le cantique : Bénissons à jamais…

Leur digne pasteur avait tenu sa place au chantier, pendant tout le jour, donnant l’exemple à tous. De plus, malgré des instances réitérées, il ne voulut prendre son repas, qu’au milieu de ses chers ouvriers, et un repas en tout aussi frugal que le leur.

Ajoutons que M. le Maire du Gâvre n’ayant pu venir lui-même, avait envoyé quelqu’un pour le représenter.

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Il nous reste à mentionner à leur jour, les autres paroisses, dont le dévouement, l’activité sont déjà connus, et qui ne se lassent pas d’en donner de nouvelles preuves.

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Le mercredi 29 janvier : Journée supplémentaire pour les hommes de Sévérac qui n’avaient pu venir la semaine précédente. Ils sont renforcés par les bons habitants du village de Cusia en Sainte Reine.

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Le jeudi 30 janvier : Ce sont les femmes de Besné, toujours aussi matinales et aussi actives. M. le Curé et M. le vicaire sont là.

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Le vendredi 31 janvier : Paroisse de Nivillac. Beau groupe d’hommes sous la conduite de M. le Recteur.

Le mardi 4 février : Les généreuses femmes de Crossac. C’est si nous ne nous trompons la vingt et unième journée donnée au Calvaire par la même paroisse.

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Le mercredi 5 février : Ce sont les hommes de Sainte-Reine. Cette paroisse en est à sa huitième journée.

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Le jeudi 6 février : Journée vraiment remarquable donnée par les paroissiens de Bouvron qui sont nombreux et si bien dirigés, disons mieux, entraînés par l’exemple de leurs deux infatigables vicaires, M. l’abbé Lucas et M. l’abbé Jambu.

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Le vendredi 7 février : Les hommes de Saint-Guillaume, venus déjà si souvent et toujours aussi dévoués.

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Le lundi 10 février : Nous avons déjà rendu compte de cette belle journée. C’est la journée du Gâvre.

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Les mardi, mercredi, jeudi et vendredi, 11, 12, 13 et 14 février : Ces quatre journées sont données successivement par les femmes de Drefféac, de Bergon en Missillac, de Saint-Roch et de Sainte-Reine. C’est toujours le même esprit de foi, la même activité, le même dévouement.

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Le lundi 17 février : M. le Curé de La Chapelle-Launay, retenu à son grand regret a confié ses travailleurs à son bon vicaire. Plusieurs de ces braves gens ont dû faire le sacrifice de quelque intérêt, en manquant la grande foire de Pontchâteau. Et ils traversaient la ville pour venir ici ! La générosité ne fait pas défaut à La Chapelle-Launay.

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Le mardi 18 février : Impossible de ne pas faire ressortir le mérite tout particulier des travailleurs de cette journée. C’est le mardi-gras, ne l’oubliez pas. Et voilà des hommes auxquels, hélas ! n’est pas toujours accordé le repos du dimanche, parce qu’ils travaillent dans les chantiers de Saint-Nazaire. Aujourd’hui, le chômage est forcé puisque les ateliers sont fermés. Quel esprit de foi ne faut-il pas leur supposer, pour qu’ils viennent, ici, donner cette journée à Dieu, au bon Père de Montfort ! Et, c’est ce qu’ont fait un bon nombre de ces braves de La Chapelle des Marais. Et ils l’ont fait généreusement, joyeusement, gaiement. Car la joie et la gaîté ne manquaient pas ici. Un bon ancien me faisait cette remarque, en entendant chanter les jeunes : « Il y a de la joie et de la gaîté, ici, mon Père, mais quelle différence avec ce qui se passe ailleurs ! »

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Le mercredi des Cendres, 19 février : Après la pieuse et grave cérémonie du matin, les femmes de la ville et de la campagne de Pontchâteau, ont commencé le travail allègrement, courageusement et l’ont continué de même jusqu’au soir. Acclamations enthousiastes, du sommet du Calvaire à Jésus-Christ, à la Croix, au Père de Montfort. Dans l’après-midi, M. le Curé de Pontchâteau, et plusieurs autres ecclésiastiques, notamment le B. P. Marchal, un des chapelains de la Basilique de Jeanne d’Arc à Domrémy, ont visité le chantier et encouragé les travailleuses.

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Le jeudi 20 février : Journée pluvieuse. Les bons habitants de Drefféac n’en ont que plus de mérite d’être venus, bien que le temps fût menaçant, dès le matin. A la moindre éclaircie, ils se mettent à l’ouvrage, et travaillent même sous la pluie.

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Le vendredi 21 février : Belle journée, le soleil a reparu. Les bons habitants de Bergon toujours si actifs en profitent admirablement.

N° 7 Avril 1896

Les travaux du Calvaire

Dans ce mois, nous avons à enregistrer bien des noms nouveaux, des paroisses qui nous sont venues, pour la première fois, la plupart de très loin, et dont le dévouement ne saurait être assez loué.

Première Semaine de Carême.

Le mardi, 25 février. — Voici les braves bretons d’au-delà de la Vilaine qui s’ébranlent. D’autres les suivront bientôt. Jusqu’à présent les jours étaient trop courts, pour venir de si loin. Aujourd’hui, ils viennent de Péaule et de Marzan. Chacune des paroisses avait son jour différent assigné ; mais par un malentendu qu’on ne peut regretter, elles se trouvent réunies et fraternisent admirablement. Les travailleurs sont au nombre de deux cents environ. Avec une telle force, que ne ferait-on pas?

Depuis assez longtemps un bloc de pierre énorme gisait en bas, au milieu de la carrière. Plusieurs se demandaient s’il ne resterait pas là, et si jamais il pourrait être utilisé, dans son volume entier. Les moyens de locomotion employés d’ordinaire étaient trop insuffisants. Le traîneau le plus fort eût été écrasé sous le poids. On pouvait au moins essayer de le traîner à la chaîne à l’aide de bras nombreux et vigoureux. C’est ce qui fut fait. L’opération fut longue et dura la soirée entière. Mais quels joyeux hurrahs, chaque fois que le monolithe faisait un pas en avant, et surtout quand on le vit à la place assignée, à mi-côte environ de la colline, où il ne peut manquer d’être remarqué par les visiteurs.

Les travailleurs de Péaule et de Marzan méritent aussi d’être félicités pour le chant des cantiques et du salut. Evidemment le chant religieux est en honneur dans ces deux paroisses. Il faut dire aussi que tout était bien dirigé par M. l’abbé Jollivet, vicaire de Péaule, et par M. l’abbé ***, vicaire de Marzan.

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Les mercredi et jeudi, 26 et 27 février. —Ces deux journées ont été données : la première par les femmes de Prinquiau, que la longueur de la route à faire à pied n’a point effrayées, et qui, une fois venues, se sont mises à l’œuvre avec une grande activité ; la seconde, par les femmes de Missillac, qui se sont montrées, comme à l’ordinaire, courageuses et pleines de bonne volonté, et en plus excellentes chanteuses, surtout au salut du Très Saint-Sacrement.

Seconde Semaine de Carême.

Le lundi, 2 mars. — Paroisse de Fay : Il semble que les paroisses à qui l’on n’a fait appel qu’en dernier lieu, à cause de leur éloignement, tiennent à bien montrer que leur dévouement ne le cède en rien au dévouement des premières appelées. Tous, ici, disent bien haut que nous n’avons pas eu de plus belle journée de travail que celle-ci, dans tout le cours de cette année. Deux cents hommes au moins, tous pleins d’activité, d’entrain ! A leur tête, les deux Messieurs Vicaires de Fay, heureux et fiers d’avoir été si bien suivis, heureux aussi du contentement qui en reviendra à leur vénérable Curé. On ne saurait dire la somme de travail fournie dans cette journée. Les plus énormes pierres ont été hissées non seulement à mi-côte, mais jusqu’au sommet. A un moment donné la photographie, dont on dit, en ces jours, tant de merveilles, a dû prendre le groupe si vivant, si animé des travailleurs. Elle n’a pu reproduire, évidemment, que des visages bien ouverts et bien joyeux. Au milieu de tout cela, la foi et la piété ont eu leur compte. Dans le peu de temps de repos qui a suivi la réfection, les travailleurs ont parcouru, en vrais pèlerins, les diverses stations, chantant des cantiques, faisant l’ascension de la Scala Sancta, etc. Et bien que la route fut longue, et que l’heure était avancée, tous ont assisté au salut du Très Saint-Sacrement, et pris part à la vénération des reliques.

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Le mardi, 3 mars. Paroisse de Saint-Gildas-des-Bois. — Bien courageuses, les femmes de Saint-Gildas, qui malgré la tempête qui souffle sont venues si nombreuses et de si bon matin. Si la bourrasque les oblige à suspendre le travail ; elles ne perdent pas courage et le reprennent dès que le soleil reparaît dans la soirée. Un semblable dévouement ne peut manquer d’avoir sa récompense.

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Le mercredi, 4 mars. Travailleurs nantais. — Nous l’espérions bien, Nantes ne pouvait rester en dehors du mouvement. Nantes est trop redevable au Bienheureux Montfort. Son culte est en honneur dans plusieurs de ses églises. Et dès le début de la campagne de travaux qui se poursuit, Mgr Le Coq, ne disait-il pas que le Calvaire du B. Montfort, était une des gloires du diocèse de Nantes ? Un jour ou l’autre, la ville épiscopale devait ici apporter son concours. C’est le jeudi 4 mars, que nous arrive ce premier groupe de travailleurs volontaires nantais. C’est à l’excellent comité de La Croix, présidé par M. de Monti de Rezé qu’est due cette heureuse initiative. A côté du nom que nous venons de citer, qu’il nous soit permis de placer le nom de M. J. Lévêque, qui s’est dépensé avec tant de zèle pour tout organiser.

Rien d’édifiant comme ces pèlerins-travailleurs, débarquant par le premier train à Pontchâteau, faisant la route du Calvaire à pied en égrenant leur Rosaire. En arrivant ils entendent une messe à laquelle, plusieurs communient. Puis, les voilà à la besogne. Malgré le terrain glissant, dans la matinée du moins, jamais il ne fut mis plus d’ardeur à tirer à la chaîne, à monter les wagons, et cette ardeur ne fera que croître jusqu’au départ. Sans doute, il y a là une jeunesse vigoureuse, mais il en est de plus âgés qui ne s’épargnent pas.

A la fin du repas qui réunit tous les travailleurs dans la salle des Pèlerinages, M. de Monti se lève et comme s’il était l’obligé, il remercie le R. P. Directeur du Pèlerinage de l’accueil fait à la petite troupe venue de Nantes. Puis, il revendique hautement pour tous ceux qui sont présents, le beau titre d’Amis de la Croix si cher à Montfort. Il exprime en termes chaleureux les sympathies de tous, pour l’Œuvre du Calvaire, et fait espérer pour bientôt, venant de la même ville de Nantes, un nouveau pèlerinage de travail plus nombreux.

En quelques mots partant du cœur, le R. P. Directeur du Pèlerinage remercie M. de Monti et les travailleurs volontaires. Puis, il donne lecture d’une lettre reçue, le matin même de M. Th. Viard, à qui son état de santé n’a pas permis, à son grand regret de prendre part à l’expédition d’aujourd’hui. Ce sont des pages débordantes de l’enthousiasme d’un zélateur ardent des grands pèlerinages de Terre-Sainte, et qui salue, avec bonheur, la Jérusalem bretonne ou plutôt française, qui s’élève ici, et pour laquelle il entrevoit les destinées les plus glorieuses. Il émet, en particulier le vœu que bientôt la Bretagne et la Vendée se trouvent là réunies pour porter en triomphe et planter une des croix des pèlerins de Terre-Sainte, qui nulle part ne peut avoir mieux sa place qu’en ce lieu choisi par Montfort, le grand Apôtre de la Croix, dans nos contrées.

La lettre est accompagnée d’un sonnet :

Jérusalem française ! O divin sanctuaire

De l’Arbre du salut, exalté par Montfort!

Tu nous Vois réunis au pied de ton Calvaire,

Bretons et Vendéens, race au cœur toujours fort.

Héritiers de la foi du saint Missionnaire,

Nous venons t’acclamer, ô Croix, avec transport,

Debout, à tes côtés, la tête haute et fière,

Nous jurons de lutter pour loi, jusqu’à !a mort.

Sois béni, Pontchâteau, lieu dont la Providence

A daigné faire choix au sein de notre France,

Pour y glorifier le signe Rédempteur !

Le Christ triomphera, sur Ion immense plaine,

Et tes nobles enfants, maintenant à la peine,

Bientôt avec leur Dieu, se verront à l’honneur.

Cette lecture est accueillie par de nombreux applaudissements. Mais, ces applaudissements redoublent, quand M. de Monti, revenant sur la pensée d’un nouveau et prochain pèlerinage de travail, et engageant chacun des amis de la Croix présents, à faire des recrues, fixe le chiffre à atteindre : « Ce n’est qu’un zéro, dit-il, qu’il faut ajouter au chiffre d’aujourd’hui. » Or, ce nombre est de 40, exactement.

Au sortir de la salle des pèlerinages, visite à Nazareth, au Prétoire, à Gethsémani, le tout avec chants bien nourris et prières ferventes à chacune des stations. Puis reprise du travail ; avec non moins d’ardeur, mais plus de facilité que dans la matinée. Mais les heures passent vite. Les travailleurs se réunissent à la chapelle pour recevoir la bénédiction du Très Saint-Sacrement. Et, voici le moment du départ venu, qui met sur toutes les lèvres ce mot : Au revoir !

Nous ne pouvons oublier que ce même jour un certain nombre d’hommes très dévoués de Saint-Lyphard ont rendu d’éminents services, en extrayant de la carrière les pierres que les Nantais montaient ensuite au sommet de la colline.

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Le jeudi, 5 mars. — Les femmes d’Assérac, venues de si loin, jusque des bords de la mer, ont montré dans cette journée, beaucoup de courage et d’activité, une grande joie manifestée surtout par le chant de nombreux couplets, tout en continuant leur travail.

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Le vendredi, 6 mars. —Il a été question, ici, plusieurs fois des Campbonnais, et assurément toujours avec éloges. Il paraît bien que les Campbonnaises ont à cœur de n’en mériter pas moins. Et d’abord, c’est certainement la réunion la plus nombreuse que nous ayons vue dans le cours de cette année, trois cents environ. Leurs longues files enveloppent tout le Calvaire, lorsqu’elles se font passer de main en main les matériaux jusqu’au sommet. Et en même temps des groupes de trente, quarante, ne cessent de charger et de monter les wagonnets. Après le repas, la visite aux stations rappelle par le nombre des personnes qui y prennent part, et par les chants, les belles processions des pèlerins du dimanche, en été.

Au salut donné par M. l’abbé Appert, une voix souple, bien exercée a fait entendre de bien belles strophes, en l’honneur de la divine Eucharistie.

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Troisième semaine de Carême.

Le lundi, 9 mars. — Cette semaine débute admirablement par l’arrivée matinale des hommes de Blain. En vrais pèlerins-travailleurs, ils s’annoncent en chantant un des cantiques à la Croix du B. Montfort. Et, ils se mettent sans tarder à la besogne. C’était plaisir de voir arriver tout à l’heure Cette belle compagnie de cent hommes. C’est plaisir surtout de les voir maintenant travailler avec tant d’ardeur. Au milieu d’eux, les deux Messieurs Vicaires de Blain, prêchent de parole et d’exemple surtout. Ils ne quittent pas un instant leurs chers travailleurs, dont ils veulent même partager le repas frugal, au milieu du jour. Dans la soirée, des efforts inouïs sont faits pour monter jusqu’au sommet du Calvaire le bloc de pierre le plus énorme qui ait encore atteint cette hauteur.

Tous ces braves gens ont sacrifié, non seulement leur journée, mais aussi le prix de leur place au chemin de fer. Nous avons appris depuis, que le contentement de tous était tel, qu’en rentrant à Blain, spontanément ils ont entonné le cantique Bénissons à jamais, et en ont poursuivi le chant en parcourant les rues de la petite cité.

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Le mardi, 10 mars. —Il semble qu’aujourd’hui, des deux bords opposés de l’embouchure de la Vilaine, on s’est jeté le défi d’arriver les premiers au Calvaire. C’est Ambon, bien que le plus éloigné, qu’a devancé Pénestin et Camoël. L’heure est si matinale et la distance telle (8 et 10 lieues) que tous sont partis longtemps avant le jour.

Les Ambonnais, à leur arrivée, entendent la messe dite par M. le Recteur à la chapelle du Pèlerinage Puis voici Pénestin et Camoël. Quand tous sont réunis, ces trois cents braves Bretons forment vraiment un bataillon superbe. On peut deviner quelle somme de travail a été fournie par un si grand nombre de bras ; que de terre et de pierres n’en ont été remuées. Nous avons remarqué, après le repas, l’empressement des pieux travailleurs à faire l’ascension de la Scala Sancta, et aussi l’élan avec lequel étaient redits les refrains des cantiques.

Etaient présents MM. les Recteurs d’Ambon et de Camoël, MM. les Vicaires d’Ambon et de Pénestin, M. Geffriau, maire de Pénestin, M. de la Roche et son fils.

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Le Mercredi, 11 mars. – Le vénérable pasteur de Saint-André-des-Eaux, pour accompagner ses chers paroissiens au Calvaire, n’a pas reculé devant un voyage bien fatigant pour lui. Parti à jeun, de grand matin, il dit en arrivant la sainte messe Qu’entendent tous les travailleurs. Il demeure sur le chantier, tout le jour. Quant aux bons habitants de Saint-André-des-Eaux, ils se montrent tels que nous les connaissions déjà, pleins de dévouement, pleins d’ardeur.

Ce sont eux, disons-le à leur louange, qui les premiers nous sont venus de si loin, et qui ont donné l’exemple à tant d’autres paroisses qui viennent maintenant de huit et dix lieues prendre part à nos travaux.

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Le Jeudi, 12 mars. — Les volontaires de Montoir. Ici, ce mot de volontaires a une signification spéciale. Il n’y a eu pour eux aucune convocation Officielle. Eux-mêmes ont choisi leur jour. Et vous ne devineriez pas pourquoi le jour préféré est celui de la Mi-carême. C’est que les zélés promoteurs du mouvement ont pensé qu’ils pourraient enrôler quelques-uns des ouvriers des fameuses usines de Trignac, qui chôment aujourd’hui. Leur attente n’a pas été trompée. Trignac a fourni son contingent de jeunes ouvriers un peu étonnés peut-être eux-mêmes de se voir travaillant, ici, à un Calvaire, si loin de leurs hauts-fourneaux, qu’on aperçoit fumants encore, à l’horizon.

On a remarqué, dans toute la journée, une grande explosion de gaîté et de joie, joie et gaîté assurément du meilleur aloi.

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Le Vendredi, 13 mars. — L’activité, la joie ne font pas non plus défaut aujourd’hui, sur la colline. Ce sont les excellentes chrétiennes d’Herbignac, au nombre de cent cinquante au moins, qui ont tenu à montrer une fois de plus leur attachement au culte du Bienheureux Père de Montfort, qui évangélisa jadis leur paroisse, dans le temps même où l’on travaillait, ici, à son Calvaire.

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Quatrième semaine de Carême.

Le Lundi, 16 mars. — Un groupe de Campbonnais répondant à une invitation trop tardive, s’est montré digne en tout de la réputation si bien méritée dont jouit leur excellente paroisse.

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Le Mardi, 17 Mars. Noyal-Muzillac. — Cette paroisse avait eu, ici, l’été dernier, un très beau et très édifiant pèlerinage. Mais elle a voulu faire plus. Elle a voulu avoir aussi son pèlerinage de travail. Les voici, arrivés dès sept heures, malgré la distance, pour assister à la messe dite par M. le Recteur, à la chapelle du pèlerinage. Leur nombre dépasse la centaine. Bientôt, ils ont la main à l’œuvre, et la tâche remplie, dans cette journée est considérable. Noyal aura aussi, comme plusieurs autres paroisses sa pierre mémorable montée avec grands efforts, jusqu’au sommet.

Notons, en passant, l’ensemble parfait avec lequel sont chantés les cantiques, à la visite des stations du pèlerinage.

M. le Recteur et l’un de ses vicaires ont passé tout le jour au milieu des travailleurs.

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Le mercredi, 18 mars. Paroisse de Crossac. — C’est nommer la paroisse bien décidée à ne se laisser dépasser pas aucune autre, en dévouement et en générosité, pour l’œuvre du Bienheureux Montfort. C’est encore une excellente journée qu’elle donne au Calvaire.

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Le jeudi, 19 mars. Fête de Saint Joseph. —Deux paroisses ont choisi ce jour pour le donner aux travaux du Calvaire : Saint-André-des-Eaux dont nous avons vu déjà l’avant-garde, la semaine dernière, et qui nous envoie aujourd’hui tout un bataillon de braves ; l’autre est Saint-Malo de Guersac, qui avait hâte de donner une nouvelle preuve de son attachement à l’Œuvre du Calvaire. Les deux groupes accomplissent, chacun de leur côté, avec une grande activité la tâche qui leur est assignée. Saint Joseph n’a pas été oublié. Tous les travailleurs ont assisté à la sainte messe dite le matin, à leur arrivée, et au salut solennel, donné le soir, avant le départ.

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Le samedi, 21 mars. — Limmerzel ! Encore un nom nouveau à inscrire sur le Livre d’or des travailleurs du Calvaire. Et comment louer le dévouement de ces braves bretons, partis dès deux heures du matin, et par un temps douteux, pour franchir les neuf lieues qui les séparent du Calvaire. Quelques-uns même, partis à pied, touchaient presque le but du voyage quand ils sont recueillis par une voiture moins chargée. La foi de tous est récompensée. Les nuages se dissipent, et la journée est très belle. Les travailleurs de Limmerzel débutent par un coup d’éclat. Une énorme pierre était restée à mi-côte, de l’avant-veille, chargée sur le traîneau. En très peu de temps, elle est hissée jusqu’au sommet à la place qui lui était marquée. Le reste du temps est employé surtout à fournir de matériaux les ouvriers qui construisent en ce moment les bases des croix. On peut en conclure que l’immense travail de surelèvement du Calvaire touche à sa fin. L’excellent Recteur de Limmerzel, sans compter avec la fatigue, a payé de sa personne pendant toute cette journée, de manière à étonner même ceux qui sont habitués à se dépenser, ici, le plus largement. Il a donné, avant le départ, le salut du Très Saint Sacrement.

Une fête à l’Ecole Apostolique

Le jour même de la fête de Saint Joseph, qu’elle honore comme son protecteur spécial, l’Ecole Apostolique du Calvaire célébrait son vingtième anniversaire, et donnait à cette occasion une petite séance littéraire. Que n’étaient-ils là, ceux des lecteurs de l’Ami de la Croix qui, en si grand nombre, portent à cette œuvre un si vif intérêt. Chants, récits, compositions poétiques leur auraient mieux fait connaître encore cette pépinière d’Apôtres qui leur est chère. De tout cela, nous ne pouvons, malgré notre bonne volonté, que leur envoyer un bien faible écho, en indiquant quelques titres du programme.

Un jeune narrateur redit les circonstances providentielles qui amenèrent la fondation de l’Ecole du Calvaire. Un autre trace à grands traits l’histoire des vingt années, appuyant toutefois sur les temps héroïques, alors qu’une seule pièce tenait lieu, tout à la fois de salle d’étude, de réfectoire et de dortoir. Un troisième a donné pour titre à son récit : Nos grands jours et retrace les émotions de certaines journées mémorables entre toutes, dans la vie de l’école. Un jeune poète suppose que dans une vision sur la lande de la Madeleine, Montfort voit, dans un avenir plus éloigné, il est vrai, que pour les Filles de la Sagesse, une pépinière de missionnaires de la Compagnie de Marie. Un nouveau récit nous montre déjà dispersé sur différentes plages, les missionnaires sortis de l’Ecole. Et sous l’image d’une vigne, un nouveau poète nous la fait voir étendant de plus en plus ses rameaux de tous côtés.

Entre temps, se déroulent les divers actes d’un petit drame où s’allie agréablement le plaisant au sérieux, et tout d’actualité, puisqu’il s’agit d’une vocation d’apôtre entravée de diverses manières el qui finalement triomphe de tous les obstacles.

En somme, charmante fête que Saint Joseph semblait présider avec une satisfaction marquée, du haut du trône fleuri, que des mains habiles et pieuses lui avaient élevé, dans la salle des Fêtes.

Souscriptions pour les Statues du Calvaire

1° Une pieuse et généreuse dame de la Vendée fait don au Calvaire du Bienheureux Montfort de la station principale, la douzième : Jésus meurt sur la Croix.

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2° Mlle Bretault-Billou, de Saint-Lyphard, donne une des statues représentant Notre-Seigneur.

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3° La famille Moyon-Curet, de Saint-Malo-de-Guersac donne deux cents francs, pour la dernière station.

N° 8 Mai 1896

Travaux du Calvaire

Tous les étrangers qui passent au Calvaire ne manquent pas d’exprimer leur admiration pour le courage et le dévouement de nos travailleurs et travailleuses volontaires. Ce courage, ce dévouement, en effet, bien loin de s’affaiblir va toujours croissant, à mesure que la campagne se prolonge. Nos lecteurs savent déjà que le cercle des paroisses désireuses de prendre part à l’Œuvre du B. Montfort s’est considérablement élargi ; et nous avons à en signaler aujourd’hui encore plusieurs venant pour la première fois, et avec un élan vraiment extraordinaire, malgré la longue distance du Calvaire.

Ce que l’on constate aussi avec plaisir, c’est que ceux qui n’ont pu, pour une raison ou pour une autre, faire partie d’une première expédition, voyant ceux qui sont allés les premiers revenir si contents, si joyeux, demandent avec instance qu’on assigne à leur paroisse une nouvelle journée. Là, où les hommes invités ont déjà répondu à l’appel, les femmes tiennent à ne pas rester en arrière. C’est ainsi, nous assure-t-on, que deux paroisses éloignées qui nous ont envoyé de nombreux travailleurs volontaires, s’entendent, en ce moment, pour avoir un train spécial de travailleuses, ce qui suppose au moins cinq cents personnes désireuses de montrer ainsi leur foi, et en même temps leur dévotion envers le Bienheureux Montfort, Mais, n’anticipons pas, nous avons assez à faire présentement de signaler les actes de foi et de dévouement dont il nous a été donné d’être témoins jusqu’à ce jour.

Notre dernière chronique donnait le compte-rendu des travaux des quatre premières semaines de Carême, et s’arrêtait au dimanche de la Passion.

La semaine même de la Passion nous a donné trois belles journées dont le souvenir qui s’éloigne déjà, il est vrai, n’est pas près d’être effacé ici.

Le lundi 28 Mars : Le Guerno ne compte pas parmi les grandes et populeuses paroisses morbihannaises, mais assurément parmi les meilleures, celles qui conservent toutes les bonnes et anciennes traditions. Nous l’avons bien vu ce jour-là. C’est vraiment une troupe d’élite qui a tenu à suivre si loin son excellent Recteur, pour accomplir, ici, un acte de foi et de dévouement. Travaillant avec entrain tout le jour, ils prient et chantent de même. Voilà bien ceux dont la voix aime à redire le refrain si connu : Catholique et Breton toujours !

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Le mardi 24 mars : Caden est une grande et importante paroisse de la même région que Le Guerno, et animée du même esprit. Naturellement, les travailleurs étaient plus nombreux. Ils dépassaient la centaine. Toutes les voitures de l’endroit avaient sans doute été mobilisées pour la circonstance. L’un des travailleurs après avoir signé sur le Livre d’or, a mis en marge ces simples mots : Les chrétiens de Caden sont venus au Calvaire de Pontchâteau pour travailler, et ils ont fait de leur mieux. » C’est assurément bien modeste, et nous devons ajouter qu’en faisant de leur mieux, ils ont fait admirablement bien. La même note nous apprend que ce jour-là, le lever à Caden était fixé à trois heures du matin.

Si le vénéré Recteur de Caden n’a pu être témoin de cette belle journée, le compte-rendu qu’a dû lui faire son excellent vicaire, n’a pu manquer de réjouir son cœur de prêtre, de pasteur.

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Le jeudi 26 mars : Paroisse de Saint-Victor. Ici, nous rentrons dans le diocèse de Nantes. Peu de jours après la date que nous venons d’indiquer, le journal La Croix donnait dans son supplément, à l’article de Croisade en France, la note qui suit :

COMITÉ DE SAINT-VICTOR (Loire-Inférieure.)

Jeudi 26, la messe mensuelle du sous-comité de Saint-Victor a été célébrée au Calvaire pour les lecteurs de La Croix et de la Vie des Saints, et leurs parents défunts.

Que ce lieu convient bien pour cette messe ! Nous étions là 125 hommes de notre petite paroisse. Pour y venir, il nous a fallu faire plus de 50 kilomètres, dont 40 en chemin de fer.

Le reste de la journée, nous avons travaillé ferme à l’œuvre du R. P. de Montfort qui voulait transformer cette lande bretonne en une petite Terre-Sainte. Son intention, en effet, était d’y représenter tous les mystères du Rosaire.

Les Jansénistes l’ont empêché d’achever son œuvre, ils ont même plus d’une fois ruiné les travaux commencés ; mais, par le zèle du R. P. Barré, cette œuvre a été reprise plus grandiose et plus belle. Nos paroisses bretonnes, à plus de quinze lieues à la ronde donnent à tour de rôle des travailleurs de bonne volonté. On roule des pierres énormes, on transporte des terres, on élève le Golgotha artificiel en chantant :

« Chers amis, tressaillons d’allégresse,

Nous avons le Calvaire chez nous… »

Il convient d’ajouter à cette note, que l’organisation de cette belle journée, assurément l’une des meilleures que nous ayons vues, est due au zèle de M. l’abbé Thomas, qui en fondant, à Saint-Victor, un Comité de La Croix, une caisse rurale dont ce même comité a la direction, a fait des cultivateurs et des ouvriers de cette paroisse déjà bonne, de vrais amis de la Croix, comme ils l’ont bien montré dans cette journée du 26 mars.

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A partir de ce jour, les travaux sont interrompus jusqu’au lendemain des fêtes de Pâques,

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Le Mercredi 8 avril : Les ferventes chrétiennes de Crossac répondaient au nouvel appel qui leur était fait, avec leur dévouement ordinaire. Ce mot dit tout. Mais, généreuse au travail, la paroisse de Crossac s’est montrée généreuse aussi entre toutes dans sa souscription pour les statues du Calvaire. Ce jour-là, il fut fait aux travailleuses une communication qui ne pouvait manquer de les toucher. On venait de recevoir, ici, un premier envoi de statues, celles composant la onzième station: Jésus est attaché à la Croix ; et déjà, on les avait disposées de manière à donner une idée de ce que serait le groupe placé sur le Calvaire. Naturellement, après la réfection, les travailleuses formèrent cercle autour de ces statues. Elles se montraient surtout celle qui représente Notre-Seigneur étendu sur la Croix, la main droite déjà clouée par le bourreau, quand le R. P. Directeur du Pèlerinage, comme s’il eût deviné la pensée de plusieurs, leur dit : « Hé bien! cette statue, c’est la vôtre ; vous pourrez dire à tous, et en particulier à vos enfants, que c’est vous qui en avez fait don au Calvaire du bon Père de Montfort. »

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Le Jeudi 9 avril : Les hommes de Pontchâteau, bien qu’en nombre assez restreint, et presque tous de la campagne, ont donné au Calvaire une bonne journée de travail.

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Le vendredi 10 avril : Les femmes de la Chapelle-des-Marais. Chaque fois qu’elles sont venues au Calvaire, elles se sont fait remarquer par leur courage et leur ardeur. Mais, il semble que ce jour-là, elles aient voulu, au témoignage de ceux qui dirigent les travaux, se surpasser elles-mêmes. Bien que le travail devienne de plus en plus pénible, à mesure que s’élève le sommet au haut duquel il faut transporter terre et pierres, aucun obstacle ne les arrête : « N’est-ce pas pour le bon Dieu et le bon Père de Montfort ! »

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Le Lundi 13 avril : Déjà au commencement du Carême, la grande paroisse de Péaule (Morbihan) nous avait envoyé un bataillon de cent cinquante travailleurs volontaires. Mais tous n’avaient pas pu prendre part à cette première expédition. Aujourd’hui, c’est le bataillon de réserve qui donne. Moins nombreux, il est vrai, que le premier, il l’égale en courage et en bonne volonté. C’est M. l’abbé Naël, vicaire, qui dirige les chants et les divers mouvements.

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Le mardi 14 avril : Paroisse de Muzillac : On a certainement remarqué l’élan admirable de ces paroisses d’au-delà de la Vilaine, qui ont à franchir une distance de neuf et dix lieues, pour venir jusqu’à nous. Mais, il semble que Muzillac a tenu à surpasser encore les paroisses qui l’entourent. Quelle file interminable de voitures ! Nous n’exagérons pas en fixant à deux cent cinquante le nombre des travailleurs de cette journée. Nous n’aurions pas su à l’avance que Muzillac est un sol fécond en vocations ecclésiastiques et religieuses, nous l’aurions pu deviner aujourd’hui. Il ne nous souvient pas d’avoir vu au flanc de la colline où montent et descendent les wagonnets, autant de soutanes mêlées aux habits laïques. Ce sont les deux Messieurs Vicaires de Muzillac, dont l’un ancien pèlerin de Terre-Sainte, deux professeurs du Petit-Séminaire de Sainte-Anne en vacances, puis des élèves du Grand-Séminaire de Vannes, également en vacances. Les bons Frères de l’Instruction chrétienne de Ploërmel, sont aussi là à la tête d’une petite escouade de leurs écoliers qui manœuvre admirablement bien.

M. le Maire de Muzillac était présent ainsi que M. le comte d’Andigné et plusieurs autres notables de la petite cité, que nous regrettons de ne pouvoir nommer.

Nous savons que le vénéré Recteur accompagnait la pieuse expédition de tous ses vœux.

En somme grand et beau pèlerinage de travail, marquant parmi les plus nombreux et les plus édifiants.

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Le mercredi, 15 avril : Les femmes de la paroisse de Pontchâteau et de Saint-Guillaume donnent ensemble cette journée de travail au Calvaire.

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Le jeudi 16 avril : Quilly nous vient aujourd’hui, avec drapeaux, étendards déployés. Le premier de ces étendards est une reproduction de celui-là même qu’arborait Jeanne d’Arc sur le champ de bataille. Le second est orné des armes qui furent concédées à Jeanne, et à sa famille, après le sacre de Reims. C’est qu’à Quilly, on est vraiment chrétien et patriote, et l’on ne craint pas de s’affirmer, surtout depuis que la lecture du journal La Croix et de la Vie des Saints a remplacé dans toutes les familles, d’autres lectures plus ou moins malsaines. On aime toutes les grandes et saintes choses que prêche et défend La Croix. Aussi celui dont le zèle a suscité tout ce beau mouvement, M. l’abbé Philippe, n’a pas eu de peine à réunir ce beau bataillon de cent cinquante travailleurs volontaires, qui nous arrivent si vaillants, et dont l’ardeur se soutient pendant toute celle chaude journée. Honneur à eux !

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Le vendredi 17 avril : Le dévouement des pieuses chrétiennes de Sainte-Reine, leur attachement au culte du B. Montfort, qui visita autrefois chacun de leurs villages, sont bien connus. Elles ont montré aujourd’hui, comme dans maintes autres circonstances, que, chez elles ces sentiments ne faiblissent point.

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Le lundi 20 avril : Le mouvement ne manque pas d’ordinaire dans la gare de Savenay, mais, ce matin, c’est vraiment une animation extraordinaire, qu’on y remarque. C’est le pèlerinage de travail des femmes de Savenay, au Calvaire de Pontchâteau. Elles sont là deux cent cinquante, tant de la ville que de la campagne, et il a fallu ajouter au train de Bretagne un certain nombre de wagons supplémentaires. Débarquant ensemble à la gare de Pontchâteau, elles arrivent en groupe au Calvaire, formant une longue et belle procession, chantant déjà les cantiques en l’honneur de la Croix et du B. Montfort. Cette procession, nous la verrons se reformer au milieu du jour pour visiter pieusement les diverses stations du pèlerinage. Mais auparavant, il faut bien accomplir sa tâche. Bientôt toutes s’y emploient avec la meilleure volonté du monde. Celles qui ne manient pas le pic ou la pelle se font passer de main en main les paniers chargés de sable, ou les pierres de moyenne grosseur qui servent à construire, en ce moment, les bases des croix du Calvaire. Bref, belle journée remplie par un travail méritoire, et une fervente piété ! Aussi le vénérable doyen de Savenay qui la clôturait en donnant le salut du Très Saint-Sacrement, et qui n’avait pas quitté un instant le théâtre des travaux, exprimait-il hautement sa satisfaction, pour tout ce dont il avait été témoin. Par une attention pleine de délicatesse il a voulu que chacune des travailleuses emportât un souvenir de son laborieux pèlerinage. Toutes au départ, reçurent de sa main une gravure représentant le Bienheureux, et au verso, ses litanies que plusieurs aimeront à réciter de temps en temps.

Le mercredi 22 avril : L’Immaculée-Conception de Saint-Nazaire. Qu’on aime à voir reparaître ces chrétiennes paroisses qui ont laissé, ici, une première fois, de si bons souvenirs. Là, ainsi que dans plusieurs autres endroits, tous ceux qui en avaient le désir n’avaient pu faire partie de ce groupe de travailleurs vaillants qu’amenait, ici, il y a quelque temps, l’excellent curé de l’Immaculée. Ceux-là viennent aujourd’hui, conduits par son digne vicaire. Nous ne pouvons rien dire de mieux de cette journée, sinon qu’elle nous rappelle en tout la première dont nous venons de faire mention.

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Le jeudi 23 avril : Bien que la convocation ne soit pas parvenue, nous assure-t-on, dans toutes les parties de la paroisse, très étendue, il est vrai, les travailleuses de Missillac sont aujourd’hui nombreuses, et montrent leur bonne volonté ordinaire.

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Le vendredi 24 avril.- Nous citions, il y a un mois la paroisse de Campbon, comme ayant fourni la réunion la plus nombreuse de travailleuses que nous avions vu dans le cours de cette année. Elles étaient au moins trois cents. Et voici, qu’à un nouvel appel, elles atteignent presque le même chiffre. Quant à la physionomie de la journée, elle est la même que celle du 6 mars. C’est à M. l’abbé Warron, qu’a été confiée, cette fois, par le vénéré Pasteur, la direction de ce beau pèlerinage de travail.

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Le lundi 27 avril, veille de la fête du B. Montfort, les pieuses chrétiennes de la Chapelle-Launay viennent lui souhaiter bonne fête, à leur manière, en offrant leurs bras aux travaux du Calvaire. Elles sont au nombre d’environ cent cinquante, et c’est vraiment un chiffre étonnant pour la Chapelle-Launay. Plus d’une fois déjà les hommes de cette excellente paroisse s’étaient distingués, ici, par leur ardeur au travail et leur dévouement; on voit bien que les femmes ne veulent pas rester en arrière. M. le Curé, présent toute la journée, est visiblement satisfait. Dévot comme il l’est au B. Montfort, il ne peut douter que le travail qui a été fait aujourd’hui en son honneur, travail interrompu seulement par les chants et les prières qui lui étaient adressés, n’assure aux âmes qui lui sont confiées la continuation de sa protection spéciale, et les bénédictions du ciel.

Les Statues du Calvaire

Tous ceux qui s’intéressent à notre Œuvre apprendront avec plaisir, que déjà nous avons reçu deux des groupes de statues qui doivent couronner le Calvaire monumental qui se dresse, ici, en ce moment. Ces deux groupes représentent les deux scènes si touchantes du Dépouillement et du Crucifiement de Notre-Seigneur. L’artiste nous semble avoir traité sérieusement et heureusement ce double sujet. Toutefois, il nous semble que pour en donner une appréciation plus sûre, il vaut mieux attendre qu’ils aient été mis en place.

N° 9 Juin 1896

Les travaux du Calvaire

Jusqu’à ces derniers jours, l’encombrement des matériaux, la disposition ancienne des trois croix qui ne cadrait plus avec l’orientation nouvelle de la colline, ne permettait que très difficilement de se rendre compte de ce que sera notre futur Calvaire.

Il n’en est plus ainsi depuis que les trois croix ont été mises à leur place définitive, et que les échafaudages élevés pour leur déplacement ont disparu. Cette disposition nouvelle des croix, qui présente un coup d’œil bien différent de l’ancien, sera, croyons-nous, généralement approuvée.

Il ne reste plus guère qu’à niveler l’emplacement des groupes qui doivent les entourer. Avec l’ardeur qu’on y met, et dont nos lecteurs vont pouvoir une fois de plus, juger eux-mêmes, ce n’est plus désormais que l’affaire de quelques semaines.

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Le mercredi, 29 avril. — Au lendemain même de la fête du Bienheureux, M. l’abbé Avenard, dont le zèle pour l’Œuvre du Calvaire est bien connu, paraît de bon matin à la chapelle du pèlerinage. Il attend les braves de Guenrouët, auxquels il a donné rendez-vous pour 7 h. et 1/2, et qui doivent entendre la messe, avant de commencer le travail. Mais, viendront-ils ? Il est certain qu’hier de nombreux pèlerins, en adressant leurs vœux au Bienheureux, lui ont confié leur désir de voir arroser leurs prairies et même les sillons de leurs champs, qui, trop tôt, commencent à jaunir. Et voici que, cette nuit même, la pluie a commencé de tomber. On se demande si à Guenrouët, au moment de partir, les nuages n’ont pas paru trop menaçants pour se mettre en route. L’incertitude n’est pas longue. A l’heure fixée, les premières voitures apparaissent bien remplies, d’autres les suivent et voilà déjà une escouade de travailleurs, suffisante pour accomplir dans la journée une tâche considérable. Cette tâche, ils l’ont remplie généreusement, malgré les difficultés qu’y ajoutait un sol détrempé par plusieurs averses. Et, tous partaient le soir, le cœur content.

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Le jeudi, 30 avril. — Le temps est à peu près le même qu’hier, et la journée s’annonce de même. Et ce sont des femmes qui sont convoquées. Mais on connaît le courage des braves chrétiennes de Saint-Roch. Elles sont, ici, de bonne heure et se mettent promptement à la besogne. Un peu plus tard apparaît un autre groupe. Ce sont les femmes de Lavau. Qu’on juge de leur dévouement : Au départ, deux lieues à faire, pour prendre le chemin de fer à Savenay ; et en descendant de wagon, à Pontchâteau, encore une lieue à faire pour parvenir jusqu’ici ; et il faudra recommencer le soir.

Les deux groupes rivalisent d’ardeur au travail, qui n’est interrompu qu’une ou deux fois par la pluie trop abondante. Pour compenser, les femmes de Saint-Roch donnent encore une heure de travail après le salut du Très Saint-Sacrement, qui avait été fixé d’après l’heure du train que devaient prendre les travailleuses de Lavau.

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Le vendredi, 1er mai. — Les femmes de Bouvron, seraient venues aujourd’hui bien plus nombreuses, sans diverses circonstances qui n’étaient pas prévues, lorsqu’à été faite la convocation. Mais, celles qui sont venues suppléent au nombre par leur activité, de telle sorte que celui qui dirige les travaux n’hésite pas à ranger cette-première journée du mois de Marie, parmi les meilleures.

Elles ne sont pas pressées de quitter le travail, bien qu’elles aient une longue route à faire. Il suffît, disent-elles, qu’elles soient arrivées pour le Mois de Marie qui se fait dans chaque village à neuf heures. A ce sujet, il échappe à l’une d’elles qui s’est fait remarquer par son entrain au travail pendant toute la journée, de dire que pourtant, elle n’a pas pris de repos la nuit dernière. El la raison est celle-ci donnée le plus simplement du monde : C’est que le Mois de Marie pour son village se fait dans sa maison, et que voulant donner cette journée au Calvaire, il fallait bien passer la nuit précédente à orner l’autel de la Madone, pour que tout fut prêt, ce soir, à l’heure de la réunion.

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Le lundi, 4 mai. — Les femmes de la Chapelle-des-Marais montrent le même esprit de foi, déploient le même courage, la même ardeur au travail que nous avons eu à louer maintes fois.

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Le mardi, 5 mai. — Lors de son beau pèlerinage de prière, à la fête du 25 mars, Donges avait promis son pèlerinage de travail. Les braves et nombreux travailleurs présents aujourd’hui au Calvaire accomplissent généreusement ce qui était promis. Les deux Messieurs vicaires de Donges ont leur part, dans cette laborieuse journée.

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Le Mercredi, 6 mai — Il y a huit jours, c’étaient les hommes de Guenrouët qui nous donnaient une excellente journée. Aujourd’hui, les femmes chrétiennes de la même paroisse en font brillamment l’octave. Elles sont au moins cent cinquante, toutes animées de la même piété, et de la même ardeur au travail. C’est bien surtout dans ces jours qu’ici la prière s’unit au travail, et que le travail lui-même est offert comme une prière, pour obtenir du Ciel la pluie qui se fait attendre depuis si longtemps. C’est à l’activité et au zèle bien connus de M. l’abbé Avenard qu’est encore due l’organisation de ce beau pèlerinage de travail.

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Le Jeudi, 7 mai. — M. l’abbé Philippe, vicaire de Quilly, est aussi un zélé du Calvaire de Montfort. Plusieurs fois déjà, il a paru ici, à la tête des braves travailleurs de cette excellente paroisse. Aujourd’hui, ce sont les travailleuses. Elles auraient été plus nombreuses, si certains obstacles ne s’étaient présentés, au jour fixé ; mais, il eût été impossible de déployer plus d’activité et de dévouement.

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Le vendredi, 8 mai. — Deux groupes de travailleuses arrivent, presque en même temps, de deux points opposés. L’un vient de Saint-Gildas-des-Bois, l’autre de Malville. Ces deux groupes ont bien vite fait connaissance, et unissent, avec la meilleure volonté du monde, leurs efforts pour accomplir la tâche qui leur a été assignée. M. le doyen de Saint-Gildas, qui n’avait pu venir, dès le matin, n’a pas manqué de paraître, au milieu du jour, pour encourager les travailleuses.

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Il était décidé, à l’avance que, pour les trois jours des Rogations, pendant lesquels, il est si désirable que les populations assistent aux processions qui se font dans les paroisses, les travaux seraient suspendus au Calvaire. Quelques ouvriers spéciaux seuls devaient tout préparer, pendant ce temps, pour la translation des trois croix à la place qu’elles doivent définitivement occuper dans le plan du nouveau Calvaire. C’est donc seulement :

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Le vendredi, 13 mai, que reprennent les travaux de terrassement ordinaires. Nous avons ce jour-là, les fidèles amis que le Calvaire compte toujours, et en grand nombre, à Montoir. Les travailleuses de cette journée ont bien montré leur courage, ayant à lutter contre ce vent continu du Nord-Est qui ne cesse de soulever autour d’elles des tourbillons de poussière. Elles n’en chantent pas moins de tout leur cœur, en se faisant passer de main en main les pierres et les paniers remplis de terre.

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Le samedi, 14 mai. — Avec quel élan, la paroisse de Billiers (Morbihan) répond aujourd’hui à l’invitation qui lui a été faite. Billiers est loin d’ici, sur les bords de l’Océan, de l’autre côté de la Vilaine. Mais, qu’importe la distance ? Ils sont là de bonne heure, marins et cultivateurs, tous animés de la même ardeur. Nous sommes heureux de saluer, en même temps, la double autorité religieuse et civile, M. l’abbé Blain, recteur de la paroisse, et M. Le Masne, maire de la commune.

On sait l’habileté des marins lorsqu’il s’agit de manœuvrer les câbles d’un palan pour soulever les plus lourds fardeaux. Avec quel ensemble surtout, ils obéissent au commandement donné. Nous comptions sur les marins de Billiers pour l’opération difficile au jugement, de tous, du déplacement des croix du Calvaire. La facilité avec laquelle s’effectue, sous nos yeux, le transfert de la croix du bon larron, montre bien que s’il n’eut dépendu que d’eux, l’opération eût été complètement achevée, à la fin de la journée. Mais les ouvriers mécaniciens ne sont pas parvenus à détacher la croix principale, et puis l’outillage fait défaut. Il faut y renoncer au grand regret de tous. Mais la journée n’en a pas moins été cependant bonne et- fructueuse.

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Le lundi, 18 mai. — Un groupe très méritant de travailleuses de la paroisse de Bouvron, dont nous connaissions déjà la fidélité et le dévouement à l’Œuvre du Calvaire.

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Le mardi, 10 mai. — Avec l’intention très spéciale d’obtenir du ciel, par l’intercession du B. Montfort la fin de la sécheresse, une centaine d’hommes de la paroisse de Saint-Dolay accomplissent aujourd’hui, ici, leur pèlerinage de travail. Tous, à leur arrivée, assistent dévotement à la messe dite par M. le Recteur. On prie encore à la visite des stations, au salut, ce qui n’empêche pas de travailler ferme tout le reste du jour.

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Le mercredi, 20 mai. —Grande journée de travail, et par le nombre de bras mis en mouvement, et par le résultat accompli. Deux paroisses sont fortuitement réunies et largement représentées : La Roche-Bernard, cent hommes ; Pénestin, près de deux cents femmes.

Aux hommes de la Roche-Bernard, est réservé l’honneur de mettre en place la croix principale. Nous avons dit que le jour où nous avions, ici, les marins de Billiers, l’outillage était insuffisant. Il s’est trouvé quelqu’un pour le compléter. M. Boterf, maire de la Roche-Bernard, nous arrive, non seulement muni de poulies plus fortes, mais avec tout un personnel habitué à manœuvrer avec ensemble, en semblable occurrence, au commandement de sa voix, dans la grande usine qu’il dirige. Aussi les derniers préparatifs achevés, les dernières précautions prises, dans un temps relativement court, on voit la lourde masse de fonte, comme obéissant â la voix qui dirige le mouvement, s’ébranler d’abord, puis se soulever, et se poser enfin, sans secousse, à la place qui lui était préparée. On entend alors une longue acclamation à la Croix.

Cependant les travailleuses de Pénestin, avec une activité au-dessus de tout éloge, accumulaient au sommet de la colline, les matériaux, pierres, terre et sable, qui doivent servir à l’achèvement de la crête rocailleuse sur laquelle reposent les trois croix.

Au milieu du jour, la visite des statues avec accompagnement de cantiques, donne le spectacle d’une belle procession.

M. le Curé-doyen de La Roche, qui assiste à cette journée, la clôture, en donnant le salut du Très Saint-Sacrement.

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Le jeudi 21 mai. —C’est au zèle d’une généreuse bienfaitrice du Calvaire, que nous devons aujourd’hui ce beau pèlerinage des travailleuses, de la paroisse Saint-Lyphard, qui atteint la centaine.

Elle seule les a convoquées, elle seule a tout organisé pour le voyage. Et il faudrait la voir, eu ce moment, au flanc de la colline, animant tout le monde par la parole et surtout par l’exemple. Rarement aussi, le travail s’est fait avec autant d’ordre et d’activité, en même temps. Ajoutons encore, qu’à la messe, le matin, au salut, le soir, à la visite des stations, dans le milieu du jour on a prié pieusement et admirablement chanté.

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Le vendredi, 22 mai. —Paroisse de la Madeleine de Guérande. C’est la dernière journée inscrite, pour le moment, sur notre Livre d’or. La paroisse de la Madeleine dont le clocher est à près de cinq kilomètres de la ville n’a pas cessé pourtant de faire partie de la commune de Guérande. Nous saluons aujourd’hui dans ces braves travailleurs de la Madeleine, amenés au Calvaire par leur excellent Pasteur, comme une avant-garde d’élite de la grande paroisse de Guérande, qui a aussi un jour fixé, pour son pèlerinage de travail.

N° 10 Juillet 1896

État présent des travaux du Calvaire

Comme on le pense bien, à cette heure, où les travaux des champs autour de nous réclament impérieusement tous les bras, il y a interruption, suspension presque totale des travaux du Calvaire. Toutefois, nous avons encore à enregistrer, pour ce mois-ci, des dévouements d’autant plus méritoires qu’ils supposent un plus grand sacrifice. Avant de satisfaire à ce devoir, nous voudrions mettre, autant que possible, sous les yeux de nos lecteurs, l’aspect, l’état présent de notre sainte colline. Ils pourraient ainsi juger des résultats obtenus dans la campagne de travaux qui vient de finir, et ceux d’entr’eux qui viendront nous visiter, pendant cet été, ne seront pas étonnés de trouver un monument encore inachevé. L’objectif était d’aménager le sommet de manière à recevoir les quatre grandes scènes du Via crucis, qui s’y sont accomplies, savoir : le Dépouillement de Notre-Seigneur, la Crucifixion, la Mort sur la Croix, et enfin la Descente de Croix. Disons, tout de suite, qu’on s’est aperçu de bonne heure que cette dernière scène ne trouverait sa place qu’après l’élargissement projeté du côté sud de la colline et qui rentre dans le plan du Saint-Sépulcre renvoyé à la prochaine année.

Présentement, le pèlerin après avoir gravi le sentier qui conduit au sommet du Calvaire voit, en y arrivant, un peu sur sa gauche, la scène du Dépouillement, qui se compose seulement de trois statues : celle de Notre-Seigneur et celles des deux bourreaux qui lui arrachent sa tunique. Pour produire tout son effet, ce groupe devra changer un peu de disposition et être renvoyé un peu plus sur la gauche, après l’élargissement projeté de ce côté. A droite, sur un plan sensiblement plus élevé, et immédiatement au-dessus de la grotte d’Adam, se voit la Crucifixion. Cette scène se compose de quatre statues : celle de Notre-Seigneur étendu sur la Croix, et dont une main est déjà à moitié clouée ; deux bourreaux, dont l’un enfonce le clou de la main droite, tandis que l’autre retient les pieds de la Divine Victime; enfin un soldat, la lance au poing, témoin impassible de la sanglante exécution. La place de cette station est définitive, elle ne laisse rien à désirer, comme disposition, comme effet.

Au milieu, sur le point le plus élevé du sommet du Calvaire, se dressent les trois croix, à une distance convenable les unes des autres ; celle du bon larron légèrement tournée du côté de la Croix de Notre-Seigneur, celle du mauvais larron sensiblement tournée dans le sens contraire.

La Mater dolorosa et Saint-Jean sont déjà à leur place, l’une à droite, l’autre à gauche, un peu en avant de la Croix principale. Mais, c’est seulement à la fin de Juillet que notre douzième station sera complète. Nous attendons pour ce moment le nouveau Christ, qui doit remplacer l’ancien, les statues du bon et du mauvais larron, de Marie-Madeleine, de Marie de Cléophas, suivante de la Sainte Vierge, du soldat Longin, des deux juifs, personnifiant les pharisiens et le peuple insulteurs du Divin crucifié.

Dès maintenant, tel qu’il est, l’aspect du Calvaire est vraiment imposant, non seulement vu de près, mais aussi à distance.

Il serait difficile de donner une idée de ce qu’il en a coûté de travail et d’efforts pour en arriver là. Les visiteurs eux-mêmes ne peuvent s’en rendre compte en partie, qu’en faisant le tour de l’enceinte, et en voyant la base de rochers qu’il a fallu donner à ce sommet dont la hauteur est de vingt mètres au-dessus des douves anciennes.

II. — Dernières journées consacrées aux travaux du Calvaire.

Il nous reste maintenant à mentionner brièvement les dernières journées, consacrées si généreusement à cette grande œuvre, dont l’achèvement ne peut désormais se faire longtemps attendre.

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Le Mercredi 27 mai : Huit jours après que les hommes de Saint-Dolay, sous la conduite de leur excellent Recteur, ont donné au Calvaire une journée si bien remplie, ce sont les pieuses chrétiennes de la même paroisse que nous voyons, en ce moment, à l’œuvre. Plus nombreuses que n’étaient les hommes, elles sont animées du même courage, de la même ardeur. La piété a eu son compte, le matin, à la sainte messe, à l’exercice pieux du milieu du jour, au salut du soir.

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Le Vendredi 29 mai : Réunion très chantante, très joyeuse, et en même temps très active. Ce sont les travailleuses de Saint-Malo-de-Guersac que nous avons vues plus d’une fois déjà, sur la colline. M. le Curé et son vicaire sont présents.

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Le Lundi 1er juin : Ce n’est qu’un groupe de travailleuses de la grande paroisse de Saint-Joachim, Mais elles se montrent dévouées et courageuses, comme elles l’ont toujours été pour les travaux du Calvaire.

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Le Mardi 2 juin : Beau et nombreux pèlerinage des travailleuses de la paroisse de Donges. M. le Curé que nous avons le bonheur de revoir, à cette occasion, ne se contente pas de présider les travaux, il y met bravement la main. Impossible aussi de ne pas remarquer dans ces longues files qui montent les wagonnets, en chantant, les robes grises de Sœurs de la Sagesse. Elles paraissent bien décidées à ne pas céder leur rang, dans ce milieu si plein d’activité et de courage.

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Ici, une note du Livre d’or mentionne la générosité avec laquelle M. du Bois de Bodio, et plusieurs fermiers, de la Petite-Madeleine, des Cottrets, de la Berneraie, ont mis leurs attelages à la disposition du R. P. Directeur du Pèlerinage pour amener, de loin, les pierres qui servent aujourd’hui de base aux croix du Calvaire.

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Le Lundi 8 juin : Nos lecteurs n’ont peut-être pas oublié la bonne et fructueuse journée des marins et cultivateurs de Billiers (Morbihan), à l’embouchure de la Vilaine. Aujourd’hui, ce sont les femmes de cette généreuse paroisse, qui fout preuve d’une activité et d’une ardeur incroyables. Tous sont étonnés de la quantité de matériaux montés, en si peu de temps, au sommet de la colline. Nous devons, ici encore, signaler les bonnes Sœurs de la Sagesse à la tête de leur ouvroir de Sainte-Anne de Billiers. Pendant celle journée de travail incessant, les chants en l’honneur de la Croix et du Bienheureux Montfort ne cessent pas, non plus, de se faire entendre. M. le Recteur de Billiers, qui a signé, ancien pèlerin de Jérusalem, présidait, visiblement heureux du spectacle qu’il avait sous les yeux.

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Le Mardi 9 Juin : Un appel fait seulement à quelques villages de la paroisse de Crossac réunit un groupe de vaillants travailleurs. Le fait saillant de cette journée est l’ascension de la première des statues en fonte qui doivent couronner le sommet du Calvaire, celle de Notre-Seigneur cloué par les bourreaux à la Croix. Nous avons dit déjà quelle est offerte à l’œuvre par les généreux habitants de Crossac.

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Le Mercredi 10 Juin : Nous avions parlé d’un train spécial qui devait nous amener au Calvaire cinq cents travailleuses. Par suite de difficultés faites par la Compagnie de l’Ouest, les trois paroisses qui avaient conçu le projet ont dû y renoncer. Mais, elles n’en fourniront pas moins, à quelques jours de distance, le contingent annoncé. Aujourd’hui, c’est la paroisse de Vay qui commence. Saint-Victor et le Gâvre suivront bientôt. Ce n’est pas en vain que M. le Curé de Vay, a mis par-dessus la soutane le sarreau de travail. Il donne l’exemple ; et l’activité la plus grande règne pendant toute la journée, sur le chantier ; ce qui n’empêche pas les chants pieux et joyeux, et les prières ferventes, à la chapelle et aux diverses stations du pèlerinage.

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Le Jeudi 11 Juin : La paroisse de Saint-Victor, voisine de celle de Vay, la suit de près. Les travailleurs de Saint-Victor, au lieu d’aller jusqu’à Pontchâteau, sont descendus à la gare de Besné. Et, après avoir passé le Brivet en bateau, elles arrivent par les chemins de traverse au Calvaire, priant et chantant.

La journée, pour l’activité au travail, ressemble à celle d’hier. M. le vicaire de Saint-Victor et M. le vicaire de Besné, qui est un enfant de Saint-Victor, s’entendent si bien tous les deux, pour souffler l’ardeur et l’entrain ! Vers la fin de la journée, on monte jusqu’au sommet une seconde statue du groupe de la Crucifixion. Ce sera un souvenir de ce beau pèlerinage de travail.

Le Vendredi 12 Juin : Ce devait être une journée de complet repos ; mais, le matin, un groupe de jeunes filles de Saint-Joachim vient assister à une messe dite pour l’une de leurs compagnes malade. Elles ne sont pas nombreuses, mais bien décidées à faire quelque chose pour assurer le succès de leur pèlerinage. Quelques personnes de l’entourage se joignent bientôt à elles, et nous distinguons même dans le nombre quelques-unes des Sœurs de la Sagesse du Calvaire. Par elles, les deux statues qui doivent compléter la onzième station sont montées et mises en place.

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Le Lundi 15 Juin : Paroisse d’Arzal (Morbihan). C’est, croyons-nous, le dernier grand pèlerinage de travailleurs, pour cette campagne. Rien n’y manque, du reste, pour qu’il ne soit pas oublié de sitôt. La caravane se compose de vingt-deux voitures portant de cent vingt à cent trente hommes. M. le Recteur et M. le Maire d’Arzal sont présents. Nommons encore M. le comte de Saisy de Kérempuis, M. Révérend, ancien courtier maritime, M. l’abbé Boudard, vicaire. La journée est pour la piété et le travail tel qu’on devait l’attendre d’une pareille réunion de vrais Bretons, tous hommes de cœur et de foi. Ce sont les travailleurs d’Arzal qui ont, ce jour-là, monté et mis en place les trois statues du groupe du Dépouillement de Notre-Seigneur, dixième station de notre Chemin de Croix monumental.

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Le Mardi 16 Juin : A peine la Roche-Bernard nous avait donné cette belle journée de travailleurs qui vit le transfert de notre Croix principale, que les ferventes chrétiennes de la même ville avaient décidé de venir aussi travailler à leur tour. Certes, elles y mettent, en ce moment, une ardeur digne de tout éloge. On cause et on chante sans doute ; mais l’on travaille ferme, aussi. Les travailleuses de la Roche-Bernard n’oublieront pas que ce sont elles qui ont monté au pied de la Croix de Notre-Seigneur, la statue de la Sainte Vierge, la Mater dolorosa. M. le vicaire de la Roche-Bernard était présent, non seulement encourageant le travail, mais y prenant une large part.

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Le mercredi 17 juin : Paroisse de Blain. — M. le Curé-doyen de Blain, nous le savions, avait été très satisfait de l’excellente journée de travail, que nous avaient donné ses paroissiens, au mois de mars. Aussi a-t-il voulu présider, lui-même, à notre grande satisfaction à nous, le beau pèlerinage de travailleuses qui nous arrive aujourd’hui. Toutes sont remplies d’ardeur et de dévouement. Si quelques averses viennent interrompre momentanément le travail, c’est un peu plus de temps donné à la chapelle, aux exercices pieux, à certains souvenirs qui nous restent, ici, du B. Montfort. La journée n’en est pas moins bonne et fructueuse. Dans la soirée, les travailleuses de Blain ont monté et mis en place la statue de l’Apôtre S. Jean, qui fait face à la Mater dolorosa, au pied de la Croix.

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Le jeudi 18 juin : Le Gâvre est la troisième paroisse qui devait se joindre, la semaine dernière, à celles de Vay et de Saint-Victor. Elle forme aujourd’hui à elle seule un nombreux pèlerinage de travail, présidé et dirigé très activement par M. l’abbé Aoustin, vicaire du Gâvre et par M. l’abbé Lecoq, vicaire de Montrelais, qui prend, en moment, quelques jours de vacances, dans sa famille, au Gâvre. C’est assurément une bonne et excellente journée pour les pèlerines travailleuses et pour nous tous

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A partir de ce moment, il y a suspension des travaux. Toutefois, un travail spécial semble encore nécessaire pour la pose des statues attendues, fin juillet. Un appel discret est fait au village si dévoué de Bergon en Missillac, et le mardi 23 juin, les travailleuses sont en nombre pour faire le travail demandé, malgré la chaleur torride de la journée. Ajoutons, pour terminer, que c’est la huitième journée que ce même village de Bergon, donne, cette année, aux travaux du Calvaire.

N° 11 Août 1896

Un autel à sainte Anne dans la Chapelle du Pèlerinage

Notre chapelle du Pèlerinage, où l’on prie si bien, comptait déjà six autels. Cependant il lui en manquait un. Est-ce que la bonne Mère sainte Anne ne devait pas avoir son image et son autel dans ce sanctuaire, où le plus grand nombre de ceux qui viennent s’agenouiller sont tout particulièrement ses clients ! Et notre Bienheureux, Breton lui-même, ne semblait-il pas le réclamer? Tout semble aussi fait pour le satisfaire, au mieux. L’autel de la bonne Mère sainte Anne est placé vis-à-vis du sien ; sa statue fait le pendant de la sienne.

Nous devons ce nouvel autel, comme du reste, presque tous les autres qui enrichissent notre chapelle, à la munificence généreuse et au talent artistique bien connu de M. le marquis de Montaigu.

On vient de le mettre en place, quelques jours seulement avant la fête de sainte Anne. C’est vraiment un petit chef-d’œuvre de bon goût.

Le tombeau de l’autel, en vieux chêne, est divisé en trois panneaux. Dans le panneau du milieu, une croix d’or se détache sur un fond bleu de ciel. A droite et à gauche, sur les deux autres, d’un côté, une branche de lis, symbole de la pureté parfaite, et de l’autre, une branche d’olivier, symbole de la paix.

N’est-ce pas ce que sainte Anne a donné au monde, en lui donnant Marie?

Mais, les regards se sentent attirés vers le retable qui surmonte l’autel, dans son bel encadrement de chêne.

La statue de la sainte, nous devrions dire plutôt, le groupe de sainte Anne et de sa fille immaculée, Marie, polychrome avec un soin tout particulier, ressort admirablement sur un paysage tout à la fois sévère et gracieux. Sainte Anne debout, tient dans ses mains l’une de ces bandelettes sur lesquelles sont tracés les textes sacrés des divines Ecritures. Et Marie encore enfant, debout aussi près d’elle, y semble lire prédit à l’avance le secret de sa destinée à nulle autre pareille.

Le paysage dont nous avons parlé, n’est autre que le paysage même de Sainte-Anne d’Auray. Le monument qu’on y voit est l’antique et miraculeuse chapelle qui a fait place aujourd’hui à la splendide basilique, que l’on sait.

Sainte Anne placée en avant semble dire : « Moi aussi, j’ai mon sanctuaire privilégié, où vous venez, où vous viendrez un jour ou l’autre me visiter, et d’où ceux qui m’invoquent ne s’en retournent jamais sans être comblés de faveurs et de grâces, mais, en attendant, vous pouvez, ici même, m’adresser votre prière, et votre prière sera entendue. » Et sur les lèvres viennent se placer ces invocations qu’on lit en lettres d’or, de chaque côté du paysage: Sainte Anne, mère de Marie, priez pour nous ! Sainte Aune, patronne des bretons, priez pour nous !

Pèlerinage des Travailleurs nantais à Pontchâteau

Le 14 juillet 1896, plus de cent pèlerins nantais prenaient le train de 6 heures pour accomplir le second voyage de notre pieuse cité à la lande bénie de la Madeleine.

Arrivés à Pontchâteau à 8 heures, nous nous organisons rapidement et sous la conduite du si dévoué M. Claude de Monti nous traversons la petite ville en récitant le chapelet. Puis ce sont les cantiques populaires du Bienheureux Père de Montfort qui réveillent les échos de la campagne. Vers le milieu du trajet arrive vers nous, le sourire aux lèvres et la main tendue, le P. Sarré qui ne nous quittera que le soir.

A 8 h. 3/4 nous débouchons sur la lande et pour ceux d’entre nous qui n’ont pas encore eu le bonheur de faire ce pèlerinage, c’est un spectacle enchanteur : à droite, la montagne du Calvaire couronnée par les trois croix et dorée par le soleil ; à gauche, la blanche théorie des groupes du chemin de la croix avec, au second plan, l’austère monument du prétoire et à l’horizon les clochers de nombreuses paroisses.

Après quelques instants de repos, on se rend à la chapelle où le R. P. Grolleau célèbre la sainte Messe à la place du R. P. Barré, le Directeur aimé de l’œuvre du Calvaire, obligé à son très vif regret d’assister à une réunion à Saint-Laurent-sur-Sèvre et dont l’absence est pour nous tous un profond chagrin.

A peine l’office terminé, nous nous rendons au pied du Calvaire et le pieux labeur commence. Les femmes, avec cette activité qui anima jadis les Bretonnes filant la rançon de du Guesclin, remplissent de grosses pierres de petits wagonnets. Aussitôt, les hommes s’attellent avec entrain et, les uns tirant, les autres poussant, font gravir aux petits chariots le chemin extrêmement raide de la sainte montagne.

Le zélé M. Gerbaud nous dirige avec sa vieille expérience et le P. Sarré nous aide de la voix, du geste et ne quitte la pioche que pour s’atteler à la chaîne. Une partie des femmes montent des paniers de terre.

Il fait chaud sans doute en cette splendide matinée de juillet, mais la chaleur de nos cœurs nous fait oublier celle du soleil et la vieille gaieté française ne cesse d’animer les ouvriers volontaires qui travaillent pour le Christ.

A 11 h. 1/4, repos. Puis, à 11 h. 1/2, déjeuner. Une vingtaine d’hommes ont la grande joie de prendre leur repas ensemble dans le réfectoire de la communauté. Le R. P. Grolleau préside, ayant à sa droite M. Gerbaud et à sa gauche le baron Gaétan de Wismes. En face de lui est assis M. de Monti de Rezé.

Signalons encore parmi les convives le respectable abbé Tual, ancien curé de Ruffigné, M. Bourgeois, l’habile imprimeur de la Semaine religieuse et de L’Ami de la Croix, M. Lévêque, M. Garnica de la Gruz, etc.

Est-il besoin de dire que la plus franche cordialité ne cesse de régner parmi nous. Mais l’heure des toasts est arrivée. M. de Monti se lève et assure le R. P. Grolleau de la vive gratitude de tous pour son accueil affable et son hospitalité bien bretonne ; il salue de loin le R. P. Barré que nous eussions été si heureux de voir. Le R. P. Grolleau félicite les travailleurs nantais et dit qu’il sera toujours enchanté de les recevoir. Enfin le baron Gaétan de Wismes remercie ses chers compatriotes d’avoir répondu nombreux à l’appel, s’excuse d’avoir choisi une journée si chaude, mais ajoute que si l’on a plus de peine, on en sera plus récompensé ; il souhaite qu’au printemps prochain, notre ville envoie plusieurs centaines de travailleurs.

Après une demi-heure de repos et de conversations amicales, tous les pèlerins, hommes et femmes, sont convoqués dans la salle du réfectoire pour assister à une petite fête de famille. S. S. Léon XIII vient d’accorder à M. Albert Gerbaud la croix de chevalier de Saint-Grégoire le Grand. Le R. P. Grolleau donne lecture des pièces officielles et rappelle les titres magnifiques de notre compatriote. C’est le zouave pontifical recevant dans ses bras son capitaine frappé à mort sur le champ de bataille de Mentana, c’est le voyageur intrépide aidant de tout son pouvoir les Missionnaires de la Chine, c’est enfin l’homme zélé qui depuis tant d’années dirige avec un dévouement sans bornes et une habileté remarquable les difficiles travaux de la lande de la Madeleine. Alors M. de Monti, chevalier de Saint-Grégoire le Grand, attache la croix si bien gagnée sur la poitrine de son nouveau confrère et lui donne l’accolade L’assistance debout éclate en bravos frénétiques et après les quelques mots de remerciements de M. Gerbaud beaucoup de pèlerins vont lui donner l’accolade.

Il est environ deux heures. On se forme en procession et l’on suit toutes les voies de la nouvelle Jérusalem, sous la direction du P. Sarré qui, à chaque station, nous rappelle en termes éloquents, les grandes scènes de la vie de Jésus-Christ et nous engage à en tirer de fortes résolutions pour l’avenir. Entre les stations se font entendre les cantiques du Bienheureux les mieux appropriés au mystère. Cette émouvante et salutaire cérémonie se termine au sommet du Golgotha où retentissent des acclamations vibrantes d’enthousiasme en l’honneur de Jésus et de sa Croix.

On se réunit de nouveau à la chapelle et cette inoubliable journée se termine par le salut du Très Saint-Sacrement et le baisement des reliques du Bienheureux.

Hélas! l’heure de la séparation a sonné. Ce n’est pas sans une peine véritable que nous quittons cette terre miraculeuse arrosée de tant de sueurs et que nous prenons congé des PP. Grolleau et Sarré qui depuis le matin nous ont traités avec la plus tendre affection. Nous reprenons la route de Pontchâteau en chantant une dernière fois les cantiques de Montfort et quand la vapeur nous emporte nos cœurs se sentent déchirés par une douleur dont la vraie consolation est la réconfortante perspective d’un nouveau pèlerinage à la lande de la Madeleine.

Un pèlerin nantais.

N° 12 Septembre 1896

Les nouvelles Statues du Calvaire

Un mois d’absence seulement, un mois sans voir notre cher Calvaire, et c’est assez pour le trouver, au retour, enrichi, embelli, plus près de son achèvement complet. A cette heure tardive de la journée, il n’y a plus, d’ordinaire, de visiteurs sur la sainte colline. Ce sont donc de nouveaux personnages que nous y apercevons de loin.

Notre vue ne nous a point trompé. Ce n’est pas encore toute la grande scène de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix, telle qu’on la verra bientôt : mais cinq statues nouvelles viennent d’être mises en place. L’on ne peut, en ce moment, que juger de l’effet général, qui est très satisfaisant. Pas de confusion, chaque personnage se détache bien sur le fond déjà un peu obscur du ciel. Demain, nous pourrons juger l’attitude et les traits.

Félicitons, en attendant les hommes de la ville de Pontchâteau, qui, à l’appel du Révérend Père Directeur du Pèlerinage, sont immédiatement venus, leur clergé en tête, M. le Curé et ses deux Vicaires.

Aussi, est-ce en très peu de temps que les cinq statues ont été montées au sommet de la colline, fixées à leur place, y compris les deux larrons sur leurs croix.

Ce sont ces deux personnages qui, par leur position, lorsqu’on est encore assez loin du groupe, attirent, en ce moment, tout d’abord, les regards. Le contraste entre les deux est frappant de vérité. Tout dans l’attitude et les traits du crucifié de droite qui semble vouloir s’élancer de sa croix vers Celui qu’il reconnaît pour le Fils de Dieu exprime la foi, la confiance et déjà l’amour. Le crucifié de gauche se détournant au contraire, comme pour fuir la lumière, se tord dans les convulsions du plus affreux désespoir.

En approchant du sommet, on se trouve en face d’un personnage qui s’apprête à en descendre. Le bras est tendu vers le Christ, la tôle rejetée en arrière. Et de ses lèvres qu’entr’ouve un sourire sarcastique semble s’échapper le blasphématoire défi: « Si tu es le Christ, fils de Dieu, descend maintenant de ta croix » C’est bien le Pharisien orgueilleux et incrédule, poursuivant jusqu’à la fin, de sa haine aveugle, la divine Victime.

Passons… Mais qu’elle apparaît touchante Marie-Madeleine au pied de la Croix que d’un bras elle tient enlacée. Ses larmes se mêlent au sang du bien-aimé. Elles ne tariront plus désormais. Oh! c’est bien celle dont Jésus lui-même a dit : il lui a été beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé.

Depuis ce jour, cet amour a grandi. Il grandit, en ce moment même, au milieu de son immense douleur, et il ne cessera point de grandir encore jusqu’à ce qu’il ait sa consommation parfaite au Ciel.

Enfin, nos regards se portent vers la suivante de la Sainte Vierge, Marie de Cléophas qui a voulu l’accompagner jusqu’au sommet du Golgotha. L’une des mains appuyant son front, cache une partie du visage, mais n’empêche pas d’y lire une douleur profonde, qu’atteste encore l’autre main tendue et légèrement crispée. Cette douleur plus humaine, moins contenue, fait ressortir davantage le calme surhumain de la Mère des douleurs au milieu do son incomparable martyre.

Il manque encore du côté où se trouve l’apôtre saint Jean, le soldat Longin tenant la lance qui ouvrit le côté du divin Sauveur et dont la pointe atteignit ce Cœur divin qui venait de cesser, pour quelque temps seulement, de palpiter d’amour pour nous.

Il y a aussi une place encore vide pour l’homme du peuple, qui doit, lui aussi, jeter à la divine Victime une insulte plus grossière peut-être, mais moins coupable que celle du pharisien qui l’a trompé.

Nous attendons surtout le Christ mourant, celui-là même, dont la résignation toute divine, dans la scène de la Crucifixion qui est là tout près, a déjà touché bien des cœurs. Combien de pèlerins s’agenouillent pour baiser cette main transpercée par l’énorme clou. On nous assure avoir vu des enfants, qui après avoir accompli cet acte pieux, ne pouvaient se défendre en se relevant, de donner un soufflet au bourreau qui lève son marteau pour frapper un nouveau coup. Le fait n’est pas à imiter, mais il témoigne assurément d’un bon et louable sentiment.

Plus la grande Œuvre se développe, fait de progrès, plus il est permis de prévoir avec certitude quels en seront les heureux résultats pour le bien des âmes.

Oui, il y a une éloquence singulièrement persuasive, dans cette représentation des mystères de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, en particulier, de sa Passion, éloquence à laquelle bien peu d’âmes restent insensibles.

Ce que nous voyons dès aujourd’hui, est déjà une récompense et une consolation pour ceux qui se dévouent à cette Œuvre avec tant de zèle. C’est aussi une récompense pour tous ceux qui ont apporté si généreusement leur concours à cette même Œuvre, et un encouragement pour tous ceux qui, dans un avenir prochain, seront appelés à y prendre part.

C’est enfin, tout particulièrement, un encouragement pour l’Ami de la Croix, qui va, le mois prochain, entrer dans sa sixième année. Il continuera, lui aussi, avec plus de confiance que jamais, d’apporter son humble concours à la grande Œuvre, en s’efforçant de la faire de plus en plus connaître et

N° 3 Décembre 1896

Reprise des travaux

C’est le mardi, 10 novembre, au lendemain de l’Octave de la Toussaint, que les travaux du Calvaire ont été repris avec une bonne volonté, une confiance, une ardeur plus grande que jamais.

On ne pouvait songer à commencer plus tôt. Cette année, les pluies surabondantes du mois d’octobre, ont rendu les semailles particulièrement difficiles. Elles n’étaient pas encore terminées à la Toussaint. Du reste, il y avait une autre raison majeure qui en eût empêché.

Suivant l’exemple de leur Bienheureux Père, qui tout en surveillant les travaux de son Calvaire, évangélisait les populations d’alentour, le R. P. Directeur du Pèlerinage et son aide si actif, le R. P. Sarré, donnaient une grande mission, dans une paroisse voisine, à Saint-Dolay, du diocèse de Vannes. Cette mission ne se terminait qu’au 2 novembre. Il leur fallait bien quelques jours de répit, pour organiser la nouvelle campagne de travaux.

Il n’entre pas dans notre dessein, de donner un compte-rendu de cette mission. Mais, nous pouvons bien dire qu’elle a été féconde en fruits de salut pour les âmes. Elle a été pour les bons habitants de Saint-Dolay, dont les ancêtres connurent autrefois le Bienheureux Montfort, une occasion de ranimer encore leur confiance en sa protection, et leur attachement à son Calvaire.

Faut-il dire ici un mot d’un incident qui remonte à la veille même de la fête de la Toussaint?

Un léger éboulement s’est produit du côté sud-ouest du Calvaire. Mais le fait, amplifié comme il arrive toujours, en passant de bouche en bouche, a pu faire croire, au loin, à quelques personnes, qu’il s’agissait d’un véritable désastre. Heureusement, il n’en est rien. La vérité, la voici : Au moment où se terminait la précédente campagne de travaux, c’est-à-dire au mois de juin dernier, on s’aperçut que la plate-forme du Calvaire n’avait pas la largeur suffisante pour y placer convenablement, même d’une manière provisoire, la station du dépouillement de Notre-Seigneur. L’élargissement jugé nécessaire demanda une journée de travail. Mais c’était un travail provisoire. On n’ignorait pas que le vieux mur qui servait d’appui n’était pas suffisamment solide. Et il était bien convenu que, dès la reprise des travaux, on donnerait à ce côté du Calvaire des bases plus sérieuses. C’est précisément le travail qui se fait en ce moment. Et ce travail, il l’eut fallu faire, quand même l’éboulement en question n’aurait pas eu lieu. Tout se borne donc à un simple émoi. Mais, que nos amis se rassurent. Rien de ce qui a été fait au Calvaire pour rester à demeure, n’est ébranlé.

Aussi est-ce avec une confiance entière et une ardeur toute nouvelle que les travaux ont repris et se continuent depuis déjà trois semaines.

Tandis que le Livre d’or des travailleurs du Calvaire continue de recevoir les noms de chacun d’eux, nous regardons comme un devoir de continuer aussi à signaler au moins le nom des paroisses qui ne se lassent pas de montrer leur zèle pour l’achèvement de l’Œuvre du Bienheureux Montfort.

Paroisse de Crossac

Jusqu’ici cette excellente paroisse s’est distinguée entre toutes les autres par son dévouement et sa générosité, elle méritait l’honneur d’être appelée la première à cette reprise des travaux. Et voici comment elle a répondu à cet appel. Des quatorze journées de travail inscrites du 10 au 27 novembre, au moment où nous écrivons ces lignes, elle en a donné six à elle seule. Les hommes, partagés en cinq sections, d’après la topographie de la paroisse, sont venus les 10, 11, 12, 13 et 16 novembre. Les femmes, en grand nombre, ont donné la journée du 24 novembre.

M. le Curé et M. le Vicaire sont venus, à différents jours, encourager travailleurs et travailleuses, et ont donné le salut du Très-Saint Sacrement.

Paroisse de Saint-Guillaume

Si la paroisse de Saint-Guillaume, voisine de nous comme celle de Crossac, n’a qu’une journée de travail inscrite à son actif, pendant ces trois semaines, celle du 14 novembre, elle n’en mérite pas moins d’être signalée pour son dévouement, dans cette même période de temps. C’est elle qui a fourni le plus grand nombre d’attelages nécessaires pour amener d’une assez longue distance les pierres que la carrière ouverte près du Calvaire ne donne plus. Nous regrettons de ne pouvoir citer, ici, les noms. Il nous faudrait nommer presque tous les villages de l’excellente paroisse de Saint-Guillaume.

Paroisse de Drefféac

La paroisse de Drefféac, divisée en deux sections, celle du bourg, et celle de la campagne, a donné les deux journées du 18 et du 20 novembre. Nous nous rappelons que l’un de ces jours, le temps était pluvieux dans la matinée; mais les braves travailleurs de Drefféac ne se sont pas découragés pour cela; et ils ont eu une belle soirée.

Paroisse de Montoir

Voici une paroisse déjà bien éloignée du Calvaire (quatre lieues). Mais, les bons habitants de Montoir si dévoués à l’Œuvre du Bienheureux Montfort, ont voulu dès maintenant, en donner une nouvelle preuve. Ils sont venus nombreux le 19 novembre, et ils ont montré dans cette journée leur ardeur ordinaire.

Ils promettent de revenir plus nombreux encore lorsque les jours seront plus longs et plus beaux.

Paroisse de la Chapelle-des-Marais

Ce n’est évidemment qu’une avant-garde de la Chapelle-des-Marais que nous avons vue le 23 novembre. Mais cette avant-garde n’a pas manqué de suppléer au nombre par l’ardeur au travail. La journée, nous a-t-on dit, a été des meilleures.

Paroisse de Besné

M. l’abbé Laur, ancien vicaire de Savenay, avait déjà donné des preuves de sa sympathie pour l’Œuvre du Calvaire. C’est à lui qu’est échue la succession du regretté M. Niel, à la cure de Besné. Nous sommes heureux de le saluer aujourd’hui, 25 novembre, à la tête de ses paroissiens, toujours animés du même entrain. M. l’abbé Babin, vicaire, qui ne manque pas l’occasion de nous donner un bon coup de main, est aussi présent.

Paroisse de Saint-Malo de Guersac

Le froid déjà piquant n’a point empêché travailleurs et travailleuses, de Saint-Malo de Guersac de venir nous donner cette bonne journée du jeudi 26 novembre. L’activité, le mouvement sont tels qu’on s’aperçoit à peine que le vent du Nord ne cesse pas de souffler.

Village de Bergon en Missillac

Ce sont les habitants de ce grand village, toujours si pleins de bonne volonté, qui clôturent aujourd’hui 27, ces travaux du mois de novembre. Ils le font dignement par une journée de travail bien remplie, très fructueuse.

Les travaux exécutés dans ce court espace de temps, ont déjà un résultat très appréciable. On voit que le côté sud-ouest du Calvaire, où viendra s’adosser le Saint-Sépulcre, présentera un coup d’œil très satisfaisant.

N° 4 Janvier 1897

Continuation des travaux

Ni la pluie, ni la neige, ni les autres intempéries de la saison n’ont pu les interrompre : et ils vont continuer avec le même entrain, la même ardeur.

Nous allons voir nous revenir les paroisses qui, déjà, y ont pris part, et dès aujourd’hui, nous avons à en inscrire de nouvelles:

Paroisse de la Chapelle-Launay.

30 novembre. — Nous ne saurions mieux débuter dans l’Avent. C’était hier la clôture du Jubilé national à la Chapelle-Launay. Il y avait communion générale. Heureuse paroisse, dont le Pasteur qui connait bien son troupeau peut dire en pareille circonstance : « Je ne sache pas qu’il y ait eu d’abstentions. » Ajouter à toutes les bonnes œuvres accomplies pendant le temps du Jubilé l’offrande d’une journée de travail au Calvaire du bon Père Montfort, pour obtenir la grâce de la persévérance, la pensée était excellente. Elle ne pouvait manquer d’être accueillie avec enthousiasme. C’est au nombre de cent, chiffre considérable relativement à la population, que les hommes de la Chapelle-Launay ont suivi, aujourd’hui, leur Pasteur au Calvaire. Toutes les familles sont, sans doute, représentées. C’est une journée grandement profitable, pour l’avancement des travaux. Et, qu’elle se termine bien par le salut du Très Saint-Sacrement ! On ne peut entendre sans émotion toutes ces voix d’hommes n’en formant qu’une seule pour chanter les louanges du Dieu de l’Eucharistie.

Paroisse de Boué.

1er décembre. — C’est un nom nouveau à inscrire sur la liste déjà longue des paroisses qui ont bien voulu jusqu’à ce jour apporter leur concours à nos travaux. Et c’est vraiment une petite troupe d’élite qui nous est venue, aujourd’hui, sous la conduite de M. le Curé de Boué. En voyant ces hommes si bien disposés, si ardents au travail, si désireux, dans les courts instants de repos qui leur ont été donnés, de connaître les diverses stations du pèlerinage, il n’est pas téméraire de penser que, s’il était besoin, à un nouvel appel, nous viendraient de ce côté, de nouveaux et plus nombreux renforts.

Paroisse de Sainte-Reine

2 décembre. — Il semble que nos proches voisins de Sainte-Reine eussent dû apparaître plus tôt. Ce n’est pas la bonne volonté qui leur manquait ; mais, ils avaient, pendant ces dernières semaines, une grande mission. Il convenait que rien ne vint les distraire de ces pieux exercices. Le Ciel leur a ménagé une journée bien méritoire. La pluie du matin a détrempé le sol, et le travail est bien plus difficile. Ils ne se découragent pas pour cela, et ils travaillent vigoureusement jusqu’à la tombée de la nuit.

Paroisse de Sévérac

Braves travailleurs de Sévérac! Par un temps incertain, ils sont partis, ce matin, à pied, le plus grand nombre du moins, pour faire une route de cinq à six lieues. Et les voilà qui travaillent presque sans relâche, toute la journée, plus belle qu’on ne pouvait l’espérer. Et ils ne paraissent pas préoccupés du long trajet qui leur reste à faire, avant de prendre leur repos.

Encore une de ces paroisses où tous les hommes prennent part aux chants liturgiques. Très beau salut du Saint-Sacrement avant le départ.

Paroisse de Donges

7 décembre. — Les habitants de Donges répondent aujourd’hui à l’appel qu’est allé leur Taire le B. P. Directeur du pèlerinage lui-même.

Si le temps avait été plus sûr, ce matin, les travailleurs seraient venus, sans doute, en plus grand nombre ; mais ceux qui sont présents déploient une telle ardeur, un tel courage, que la somme de travail accompli à la fin de la journée n’en est pas moins considérable,

M. le Curé, présent au chantier, pendant tout le jour, donne, le soir, le salut du Très Saint-Sacrement.

Paroisse de Sévérac

9 décembre. — Ce n’était, la semaine dernière, que la première section de cette excellente paroisse. La seconde arrive aujourd’hui, en chantant un refrain que nous avons eu déjà occasion de citer :

Allons bon train !

Car le Calvaire est loin.

Et après une route si longue, monter pendant des heures les wagons chargés jusqu’au sommet de la colline! Vraiment un tel dévouement doit être admiré et ne peut rester sans récompense.

Paroisse de Sainte-Reine.

10 décembre. — Il y a huit jours, c’étaient les hommes, aujourd’hui, ce sont les femmes. Leurs noms couvrent trois pages du Livre d’or. C’est assez dire leur grand nombre. Mais, non moins remarquable est leur activité au travail. Il semble même qu’elles tiennent à le prolonger; et le jour a déjà bien baissé, quand elles se réunissent à la chapelle, pour chanter toutes ensemble les louanges du Dieu de l’Eucharistie, et recevoir sa bénédiction.

Paroisse de Missillac, village de Bergon

11 décembre. — Déjà nous avons fait ressortir le dévouement de Bergon pour le Calvaire, lorsque les hommes sont venus, le mois dernier. Aujourd’hui les femmes continuent la tradition et font preuve d’une grande énergie, en continuant un travail qui devient de plus en plus pénible et difficile, à mesure que l’on approche du sommet de la colline. Aucune lâche ne les effraie, aucun bloc de pierre ne les arrête.

Paroisse de Saint-Joachim

15 décembre. — On avait oublié que, ce jour-là, tous les bras à Saint-Joachim sont occupés au transport de la motte, que l’on ne peut tarder plus longtemps à sortir de la Grande-Brière dont les eaux montent toujours. Aussi, les travailleurs qui ont pu venir sont-ils relativement peu nombreux. Ils n’en ont pas moins fait preuve d’une grande bonne volonté. Et ils ont demandé, eux-mêmes, qu’un nouveau jour leur soit assigné dans le courant du mois de janvier.

Paroisse de Pontchâteau. – Prairie de Casso

16 décembre. — L’excellente Frairie de Casso, malgré divers obstacles, nous envoie aujourd’hui un groupe assez nombreux pour fournir une bien bonne journée de travail au Calvaire. Ceux qui ont été retenus pourront se dédommager prochainement, quand la paroisse de Pontchâteau sera convoquée toute entière.

Paroisse de Saint-Gildas-des-Bois

17 décembre. — C’est une des belles et nombreuses réunions d’hommes. Et partout le travail s’accomplit dans un ordre parfait. Aussi, les résultats constatés, le soir, sont-ils excellents. Nous ne pouvons-nous empêcher de signaler parmi tous ces intrépides travailleurs les bons Frères de la Doctrine chrétienne. C’est leur jour de congé qu’ils emploient ainsi, eux dont les autres jours sont remplis par les travaux si fatigants et si pénibles de la classe.

Paroisse de Saint-Roch

18 décembre. — Honneur aux braves qui sont venus, ce jour-là, et qui sont repartis bien décidés, malgré les fatigues de la journée et de la route, à tenir la promesse qu’ils avaient faite d’assister à l’exercice du Jubilé qui devait avoir lieu, le soir même. Cette circonstance était ignorée lors de la convocation.

Paroisse de Campbon

21 décembre. — Ce n’est qu’une section de cette grande paroisse, sous la conduite de M. l’abbé Warron, vicaire. Evidemment, les braves Campbonnais qui ont une réputation à soutenir ne nous disent pas aujourd’hui leur dernier mot. Nous les reverrons bientôt à l’œuvre; et même si nous ne nous trompons pas, avant la fin de cette année 96.

Paroisse de Saint-Guillaume

Ce matin, un léger manteau de neige couvre la terre. Le travail sera-t-il possible au Calvaire? Telle est la question qui se pose en ce moment, sous bien des toits en Saint-Roch et en Saint-Guillaume ; car les femmes de ces deux paroisses, ont rendez-vous pour aujourd’hui. Encore si le ciel gris s’éclaircissait un peu ! En réalité, cette éclaircie a lieu, mais seulement vers dix heures. Pour celles qui ont une ou deux lieues à faire, il est trop tard pour se mettre en chemin. Cependant, par divers sentiers, on voit arriver, par groupes de deux ou trois, les plus voisines. Elles sont bientôt assez nombreuses pour qu’on puisse organiser le travail ; et la tâche accomplie à la fin de la journée n’est pas à dédaigner.

Les autres sont appelées à se dédommager bientôt.

Paroisse de Pontchâteau

23 décembre. — C’est la dernière journée de cette série de l’Avent que nous ayons à inscrire. Les habitants de Pontchâteau, et, il faut le dire, tout particulièrement nos plus proches voisins, la clôturent dignement.

Mentionnons parmi ces braves travailleurs M. du Bois, conseiller d’arrondissement.

Impossible de ne pas signaler aussi ce groupe de jeunes garçons, qui, pendant que les autres sont occupés au chargement et au déchargement, ne cessent de monter les wagons, avec une activité incroyable et dans un ordre parfait.

Nous voudrions pouvoir dire en terminant que les travaux d’élargissement du Calvaire du côté Ouest sont achevés. C’est l’affaire de quelques jours encore, avant de mettre la main à la voie qui conduira au Saint-Sépulcre.

N° 5 Février 1897

Travaux du Calvaire

Interrompus seulement par les fêtes de Noël, ils n’ont pas attendu le nouvel an pour être repris. Et, bien que la température ait été des plus variables, avec ses tempêtes de vent, de neige et de pluie, c’est à peine si, deux ou trois fois, nos travailleurs volontaires n’ont pas paru au jour marqué, arrêtés qu’ils étaient par l’impossibilité absolue de se mettre en chemin. Nous ne pouvons guère faire autre chose, ici, que d’inscrire les noms des différentes paroisses qui ont ainsi montré un courage, un dévouement au-dessus de tout éloge.

Paroisse de Campbon

28 décembre. — Plus nombreux que la semaine précédente les Campbonnais, sous la conduite de M. l’abbé Warron, vicaire, se montrent en tout dignes de la réputation qui leur est si légitimement acquise.

Paroisse de Pontchâteau

29 décembre. — La semaine dernière, c’étaient les hommes; aujourd’hui, ce sont les femmes de la ville et de la campagne, nombreuses et, comme toujours, pleines d’ardeur au travail.

Paroisse de Missillac

30 décembre. — Le temps est très mauvais, mais n’a pu cependant arrêter un groupe de travailleuses intrépides, qui suppléent au nombre par leur activité infatigable.

Paroisses de Saint-Guillaume et de Saint-Roch

31 décembre. — Ce sont les femmes de ces doux excellentes paroisses, qui, nous n’avons pas besoin de le dire, rivalisent de zèle et d’ardeur, dans cette dernière journée de l’année 1896.

Un incident est à noter dans la soirée. Il arrive de temps en temps que de jeunes mariés, suivis de leurs invités, viennent, le jour même de leurs noces, ou le lendemain, faire un pèlerinage au Calvaire. C’était le cas. La compagnie était assez nombreuse et de la paroisse de Montoir. Tous témoignèrent le désir de prendre part au travail et de monter quelques wagonnées de terre ou de pierres au sommet de la colline. Ce qui leur fut, sans peine, accordé.

Paroisse de Savenay

5 janvier. — Nous sommes heureux de revoir l’excellent Curé, M. le chanoine Maucler, à la tête de ses paroissiens. Ils sont nombreux et pleins d’ardeur comme ils l’étaient l’année dernière. M. l’abbé Mainguy, vicaire, prend part à tous les travaux de la journée.

Paroisse de Saint-Joachim

7 janvier. — Comme elles sont nombreuses aujourd’hui, et désireuses d’accomplir une large lâche, les vaillantes chrétiennes de Saint-Joachim ! Pourquoi faut-il que, vers le milieu du jour, le soleil se cache, les nuages s’amoncellent et versent des torrents de pluie qui rendent tout travail impossible! Celui pour qui elles sont venues ne leur tiendra pas moins compte de leur grande bonne volonté.

Paroisse de la Chapelle-des-Marais

8 janvier. — Un petit groupe seulement d’excellentes travailleuses a bravé la pluie qui tombait encore drue, ce matin. Elles méritent bien d’en être félicitées.

Paroisse de Sainte-Reine

11 janvier. — Sans être très nombreux, les hommes de Sainte-Reine donnent aujourd’hui une excellente journée de travail au Calvaire.

Paroisse de Besné

12 janvier. — Nous revoyons aujourd’hui les braves travailleuses de Besné. Elles n’ont pas oublié leur joyeux chant de marche au Calvaire du bon Père Montfort. L’élan qu’elles mettent à le redire est le même qu’elles déploient ensuite au travail. M. le Curé a été empêché. M. l’abbé Babin est là, aussi actif qu’à l’ordinaire.

Paroisse d’Herbignac

13 et 19 janvier. — Le 13, c’était déjà une belle réunion de travailleurs, composée d’une partie seulement de la campagne. Mais le 19, nous relevons, sur le Livre d’or, cette note : « Journée exceptionnellement bonne. » II y avait le nombre, (la centaine environ), et aussi la qualité. Nous ne pouvons oublier de remercier M. de la Monneraye, qui, dans ces deux journées, a non seulement encouragé les travailleurs de sa présence, mais a largement payé de sa personne. M. l’abbé Lecerf, vicaire, a montré son dévouement dans la journée du 13. M. le Curé a exprimé son regret de n’avoir pu, comme il l’espérait, venir le 17.

Paroisse de Saint-Joachim

14 janvier. — Les travailleurs de Saint-Joachim devaient être soumis à la même épreuve que les travailleuses de la même paroisse, il y a huit jours à peine. La pluie ne cesse pas. Néanmoins, dix-huit de ces braves veulent que leur voyage n’ait pas été inutile, et, dans l’impossibilité où l’on est de monter au Calvaire, vont à quelque distance extraire des blocs de pierre qui seront amenés plus tard et mis en place.

Paroisse de Férel

20 janvier. — C’est au nombre de plus de cent que les hommes de Férel ont suivi au Calvaire l’excellent Recteur qui leur est si dévoué. Arrivés de bien bonne heure, malgré la longue distance, ils ont entendu la messe dite par lui, dans la Chapelle du Pèlerinage. Quelques-uns, n’ayant pu trouver place dans les voitures, nombreuses cependant, étaient partis dès deux heures du matin, pour n’être pas eu retard. Après une bonne journée de travail, M. le Recteur a donné le Salut du Très Saint-Sacrement.

Paroisse de Lavau

21 janvier. — Honneur au petit groupe d’excellents travailleurs qui a suivi aujourd’hui M. le Curé de Lavau au Calvaire, et qui a fait de si bonne besogne pendant toute la journée !

Village de Bergon, en Missillac

22 janvier. — Peut-on se lasser de louer le courage et le dévouement au Calvaire des bon Bergonniers, lorsqu’ils ne se lassent pas d’en donner de nouvelles preuves ? Il n’y a qu’à les voir encore aujourd’hui à l’œuvre.

Paroisse d’Assérac

25 janvier. — Le vénérable Curé d’Assérac peut être fier de cette belle compagnie de travailleurs qui l’accompagne, ici, aujourd’hui, et qui manœuvrent avec tant d’activité et d’ordre, en même temps. Ce jour-là, M. Gerbaud, qu’un deuil de famille vieil de rappeler à Nantes, était heureux de revoir un compagnon de collège et d’armes aux zouaves pontificaux, M. Berthelot de la Glétais, présider du Conseil de Fabrique d’Assérac, et qui avait bien voulu venir prendre part aux travaux du Calvaire

Nous terminons cette série par deux noms nouveaux :

Paroisse de Saint-Omer

26 janvier. — Saint-Omer est bien loin, mais dès qu’on lui a fait appel, il a su y répondre. Car on a du cœur dans cette bonne petite paroisse. Et puis tant de souvenirs rattachent le nouveau Pasteur au Calvaire ! Aussi voyez cette longue file de voitures qui débouchent au sommet de la côte. C’est près d’une centaine de travailleurs qui en descendent, tous pleins de bonne volonté et d’ardeur. Aussi, que de terre et de pierres remuées dans cette journée ! M. le Curé et son vicaire donnent l’exemple. A noter aussi l’attitude religieuse de ces bons habitants de Saint-Omer, lorsqu’au milieu du jour ils parcourent les diverses stations du pèlerinage, que la plupart ne connaissaient pas. Cette bonne journée se termine par le salut du T. S.-Sacrement.

Paroisse de Saint-Etienne-de-Montluc

28 janvier. — C’est vraiment une belle démonstration de sa foi et de son esprit chrétien que donne ici aujourd’hui cette grande et belle paroisse de Saint-Etienne-de-Montluc. Ils sont cent quarante hommes. A leur tête, M. le Curé-doyen, M. Dubois de la Patelière, maire, M. de la Biliais, M. le comte de Chevigné, M. l’abbé Renaud, vicaire. Ceux dont je viens de dire « à leur tête » seront pendant toute la journée mêlés aux rangs des travailleurs. Deux chantiers fonctionnent en même temps et admirablement bien. Non seulement la plate-forme du Calvaire est achevée, mais la voie qui conduit au Saint-Sépulcre est ouverte. Au milieu du jour, visite pieuse aux sanctuaires du pèlerinage. Le soir, salut du T. S.-Sacrement. Puis au départ, expression très marquée de la satisfaction générale, qui se traduit par les mots bien des fois répétés : Au revoir! A bientôt!

N° 6 Mars 1897

Première visite de Monseigneur l’Evêque de Nantes au Calvaire

Le dimanche, 7 février, Monseigneur, après avoir présidé l’office du matin dans l’église de Pontchâteau, arrivait au Calvaire dans l’après-midi, vers trois heures, et descendait à l’entrée de la Chapelle du Pèlerinage. Il y était attendu par la Communauté tout entière, et un certain nombre de fidèles des villages voisins.

Dès que Sa Grandeur a pris place au trône qui lui a été préparé, le R. P. Supérieur prend la parole, pour lui souhaiter la bienvenue, et solliciter une bénédiction spéciale pour chacune des Œuvres que dirige, ici, la Compagnie de Marie. « Et d’abord, l’Œuvre du pèlerinage, l’Œuvre du Calvaire, dont la fondation remonte au Bienheureux Montfort lui-même, qui choisit la lande de la Madeleine, pour en faire un centre de dévotion à la Croix et au saint Rosaire, œuvre plus vivante que jamais, surtout depuis le jour où le saint missionnaire a été placé sur les autels. Puis, l’Ecole apostolique, née au pied du Calvaire, il y a vingt ans, et d’où sont sortis déjà plus de soixante prêtres, pour la plupart apôtres-missionnaires. Enfin, le noviciat de la Compagnie de Marie qui est venu, depuis deux ans, prendre ici la place du Grand-Séminaire d’Haïti, par lequel sont passés, pendant vingt-cinq ans, presque tous les prêtres des vastes diocèses de Port-au-Prince et du Cap-Haïtien. Les Sœurs de la Sagesse, les Frères coadjuteurs de la Compagnie de Marie, chargés des soins du matériel dans la maison, ne sont pas oubliés. »

Dans sa réponse si pleine de paternelle bonté Monseigneur n’oublie non plus personne. Il a des encouragements pour tous. Il fait pour tous les vœux les meilleurs ; et ses bénédictions s’étendent à tous les membres de la famille du Bienheureux Montfort. Il se dit heureux lui-même, de fouler en ce moment, ce sol béni, sur lequel un saint, l’apôtre de la Bretagne et de la Vendée, a laissé des traces si profondes.

Immédiatement, les vêpres sont chantées, Sa Grandeur au trône, assistée par le R. P. Supérieur et par M. le Curé-doyen de Pontchâteau.

Les vêpres terminées, c’est le moment où dix jeunes apostoliques doivent recevoir le sacrement de Confirmation. Avant de le leur donner, le représentant de Jésus-Christ, le successeur des Apôtres leur rappelle les effets merveilleux de ce Sacrement, quels dons précieux apporte à une âme cette venue de l’Esprit-Saint, quels grands devoirs en découlent, de quels sentiments ils doivent être animés en ce moment, eux surtout qui se destinent à être un jour des apôtres.

De cette allocution substantielle et touchante, il n’est du reste, personne dans l’auditoire qui n’ait à tirer profit, quelque conclusion pratique pour lui-même.

C’est le vénérable marquis de Montaigu qui a bien voulu servir de parrain à chacun des confirmants.

Tout l’office s’achève par la bénédiction solennelle du Très Saint-Sacrement.

Le jour a déjà baissé ; mais comme il reste encore quelque temps avant le repas du soir, Monseigneur monte jusqu’au Calvaire, d’où le regard embrasse un si vaste horizon, et d’où il peut jeter un coup d’œil d’ensemble sur le pèlerinage. La visite aux diverses stations est renvoyée à demain, dans la matinée.

Vers la fin du dîner, un jeune novice, qui se proclame, lui-même, bien novice en poésie, lit quelques strophes inspirées par le cœur, qui sont applaudies par l’assistance et qui lui valent de la part de Sa Grandeur un gracieux merci.

Avant de prendre du repos, Monseigneur veut bien encore honorer de sa présence la petite séance qu’ont préparée de leur mieux, les enfants de l’école apostolique.

Le lendemain matin, la Communauté tout entière est réunie pour assister pieusement à la messe dite par Sa Grandeur dans la Chapelle du Pèlerinage. Et voici qu’assez peu de temps après la sortie de la chapelle, on entend à quelque distance et se rapprochant un chœur de voix bien nourri, accompagné de quelques instruments.

Ce sont les travailleurs de Crossac qui montent en colonne, quatre de front, l’allée des tilleuls, et forment bientôt un vaste demi-cercle dans la cour d’honneur. Tous ont le pic ou la pelle levée sur l’épaule.

Lorsque Monseigneur apparaît, un immense Vivat s’échappe de toutes les poitrines.

On peut se demander si jamais général venant passer la revue d’un bataillon d’élite fut accueilli avec une fierté aussi joyeuse. Car, ils sont fiers les travailleurs de Crossac, de l’honneur bien mérité du reste, qui leur a été fait, en les invitant à venir, ce jour-là, au Calvaire. Monseigneur ne peut adresser, pour le moment, que quelques bonnes paroles à ceux qui l’approchent de plus près, mais il promet à tous de les revoir tout à l’heure au chantier même.

Le R. P. Barré, directeur du pèlerinage, laisse à d’autres pour le moment, le soin d’organiser le travail. Du reste, telle est l’ardeur et la bonne volonté de tous, que cette organisation n’aura rien que de très facile. Il accompagne Sa Grandeur dans sa visite aux diverses stations, sur la lande de la Madeleine, à Nazareth, à Gethsémani, au Prétoire, d’où l’on remonte au Calvaire, en suivant la Voie douloureuse.

Dans ce trajet qui dure environ une heure, il lui est donné non seulement de montrer les travaux déjà accomplis, mais aussi de donner une idée de ce qui reste à faire pour l’exécution complète du plan projeté.

Nous pouvons dire que, chemin faisant, Monseigneur a témoigné plus d’une fois sa satisfaction. Et ce qui n’est pas moins une marque précieuse d’intérêt, il a bien voulu donner sur divers points, notamment sur la disposition des groupes de la Voie douloureuse, des conseils dont on ne peut manquer de tenir compte en temps voulu.

Cependant, grande est l’activité sur tout le chantier, et Monseigneur, en y arrivant, peut constater par lui-même que les instruments de travail ne chôment pas. Mais, il convient qu’il y ait suspension d’armes quand il monte au Calvaire. Aussi, sans qu’il soit besoin de donner un signal, il se voit bientôt au sommet de la colline, au pied même des croix, entouré de très près par nos deux cent cinquante travailleurs.

Soudain, une voix entonne le refrain bien connu:

Dieu le veut ! et Montfort est l’écho de sa voix,

Dieu le veut! Soyons tous les amis de la Croix.

Et ce refrain, et le chant tout entier, qui respire une foi si vive, est redit par toutes les voix, avec un entrain admirable.

Monseigneur, visiblement ému, sans doute parce qu’il sent battre autour de lui des cœurs de chrétiens vraiment animés des sentiments qu’expriment leurs voix, laisse à son tour échapper de son cœur des paroles, que n’oublieront pas ceux qui les ont entendues.

Avec quel accent il conjure ceux qui l’entourent de s’attacher de plus en plus à leurs champs, à leurs chaumières, et surtout d’y garder toujours ce trésor de la foi, plus précieux que toutes les richesses. Non, ce n’est pas l’abondance des richesses dont on abuse trop souvent qui fait le bonheur. Son souvenir se reporte en ce moment vers d’autres contrées, où naguère encore régnait l’abondance, la richesse, mais où, malheureusement, Dieu, l’auteur de tous les biens, était de plus en plus oublié. Le châtiment est venu, le phylloxéra a ravagé ces contrées, ruiné ceux qui vivaient dans l’abondance, hélas ! et sans les ramener à Dieu. Qu’ils sont donc à plaindre ceux qui n’ont pas les consolations de la foi, et qui ne tournent pas leurs regards vers le Ciel ! Ah ! il n’en est pas ainsi, qu’il n’en soit jamais ainsi dans cette contrée bénie, évangélisée autrefois par le Bienheureux Montfort !

Deux cent cinquante voix répondent par cet autre refrain :

O Montfort, ô Bienheureux Père,

Nous saurons conserver la foi des anciens jours,

Dignes de nos aïeux qui suivaient ta bannière,

Nous jurons d’être à Dieu toujours.

et le chant tout entier qui se continue ainsi :

Nous le jurons, ô sainte Eglise,

Nous serons toujours vos enfants.

Pleins d’amour, d’une foi soumise,

Nous suivrons vos enseignements !

De tels moments passent vite, et l’heure est déjà venue où Sa Grandeur doit quitter le Calvaire, mais pour y revenir… bientôt nous l’espérons. Travailleurs, novices, enfants de l’Ecole apostolique, sont réunis pour recevoir sa bénédiction, et l’acclament tous ensemble une dernière fois.

Aux lecteurs de l’Ami de la Croix qui portent tant d’intérêt à l’Œuvre du Calvaire, nous nous reprocherions de ne pas faire connaître ces paroles de Monseigneur s’adressant, avant son départ, aux Pères de la Communauté : « Pour votre grande et belle œuvre, que je connais maintenant, vous pouvez compter sur moi, je suis avec vous. »

Travaux du Calvaire

Le beau temps est revenu et les jours vont en croissant. Aussi, les travaux avancent-ils très rapidement. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que la voie qui descend du sommet du Calvaire au Saint-Sépulcre étant bientôt terminée, on va pouvoir, dans quelques jours travailler au Saint-Sépulcre même.

L’élan est toujours le même ou plutôt va toujours grandissant. Le R. P. Directeur du Pèlerinage qui va, chaque dimanche, prêcher la Croisade, dans quelque paroisse, trouve partout le même accueil. Bon nombre de paroisses nouvelles sont déjà inscrites et vont nous venir. On parle même, en ce moment, d’un train spécial de Bretagne qui doit nous amener, bientôt, cinq cents travailleurs.

En attendant, honneur à ceux qui dans ce mois de février ont montré tant de dévouement et accompli une si belle lâche.

Paroisse de Crossac

29 Janvier. Dire que cette dernière journée du mois de Janvier était réservée aux travailleuses de Crossac, c’est dire que rien n’y a fait défaut, ni le courage, ni le nombre. C’est aujourd’hui qu’on met, en quelque sorte la dernière main à la plate-forme du Calvaire. Le groupe du Dépouillement apparaît à sa place définitive, faisant le pendant de la Crucifixion, et ne se confond plus avec la douzième station.

Paroisse de Prinquiau

4 Février. Dans les premiers jours de février, le temps a été tel que les travaux ont été interrompus forcément. Mais, ils sont repris aujourd’hui vigoureusement par un groupe d’environ soixante-dix hommes de la paroisse de Prinquiau. Décidément, la voie qui descend du sommet du Calvaire au Saint-Sépulcre est ouverte ; et tout fait prévoir qu’il suffira d’un assez petit nombre de journées comme celle-ci pour la mener à bonne fin.

Paroisse de Saint-Dolay (Diocèse de Vannes)

5 Février. Aussi nombreux au moins qu’étaient hier les travailleurs de Prinquiau, ceux de Saint-Dolay, sous la conduite de Monsieur l’abbé Burbau, vicaire, font preuve aujourd’hui d’une bonne volonté, d’un courage dignes de tout éloge. Ils montrent aussi qu’ils ont bon souvenir. Il est édifiant de les entendre psalmodier en chantant une dizaine du Rosaire, comme ils ont appris à le faire, dans cette belle mission qui leur fut donnée par ceux-là mêmes qui en ce moment, dirigent et partagent leurs travaux.

Paroisse de Crossac

8 Février. C’est la grande et belle journée, dans laquelle les travailleurs de Crossac ont eu le bonheur et l’honneur de voir au milieu d’eux Monseigneur l’Evêque de Nantes. Il a bien voulu planter de sa main, à mi-côte de la colline trois yuccas, en l’honneur de la Très-Sainte-Trinité, a-t-il dit. Il a daigné aussi inscrire son nom sur le Livre d’or des travailleurs

Etaient présents, ce jour-là, M. le Curé de Crossac, M. le Maire, M. l’abbé Poisson, vicaire, qui, tout en dirigeant le chant des cantiques, a pris au travail une part très active.

Paroisse de la Chapelle-des-Marais

2 Février. — Toujours infatigables, les travailleuses de la Chapelle-des-Marais font avancer aujourd’hui considérablement la voie qui conduit au Saint-Sépulcre. C’est, si nous ne nous trompons pas, la troisième journée qu’elles donnent au Calvaire, depuis la reprise des travaux cette année.

Paroisse de Sainte-Reine

11 février. — Les travailleuses de Sainte-Reine montrent aujourd’hui le même zèle et la même ardeur. Nombreuses et vaillantes, tout va admirablement bien.

Paroisse de Camoël (Morbihan)

15 février. — La distance est longue ; et cependant, malgré le temps incertain, une bonne petite troupe d’excellents travailleurs nous arrive de Camoël, d’assez bonne heure, et fait de très bonne besogne, pendant toute la journée. Encore une de ces paroisses, où l’autorité civile et religieuse sont bien d’accord. Nous en avons pour garant les signatures de M. le Recteur et de M. le Maire, apposées l’une à côté de l’autre sur notre Livre d’or.

Paroisse de Saint-Joachim

17 février. — Quand il s’agit de Saint-Joachim, ce n’est plus sur une centaine de travailleuses qu’il faut compter. Elles sont bien aujourd’hui trois cents. Aussi, tout a été prévu en conséquence, de manière à ce que toutes soient occupées ou au chargement, ou aux wagons, ou à la chaîne par laquelle passent de main en main les pierres de moyenne grosseur. Chacune garde son rang, et l’ordre est parfait. M. le Curé est présent. M. l’abbé Blois, vicaire, qui a une réputation de travailleur à soutenir, ne quitte pas le chantier. Signalons aussi la présence des bonnes petites Sœurs garde-malades de la paroisse, pour qui cette journée semble être un agréable délassement de leurs occupations ordinaires parfois si pénibles et qui demandent tant de dévouement.

Paroisse de Drefféac

18 février. — Drefféac bien moins peuplé nous envoie aujourd’hui sa centaine de bonnes travailleuses. Il en est de bien jeunes, jeunes comme des écolières. C’est jeudi le jour du congé. Mais elles ne sont pas venues au Calvaire pour rester inactives. Et si elles veulent compter, ce soir, le nombre de fois qu’elles ont gravi la colline, avec leur panier à la main, l’addition pourra être assez longue.

La Madeleine de Guérande

19 février. — M. l’abbé Serrandour, vicaire, est venu aujourd’hui avec quelques bons jeunes gens de cette paroisse qui ont bien employé leur journée. Il nous fait espérer, dans un avenir prochain, un groupe de travailleurs plus nombreux.

Paroisse de Marzan (Morbihan)

22 février. — C’est la première paroisse qui nous vient, cette année, d’au-delà de la Vilaine. Du reste, Marzan tient fort bien, de ce côté, la tête de ligne, avec ses soixante-dix braves travailleurs. Monsieur l’abbé Martin, nouveau recteur, leur a dit la messe à la Chapelle du Pèlerinage, en arrivant, et donné le Salut du Très Saint-Sacrement, avant le départ.

L’un de Messieurs les vicaires est aussi présent.

Paroisses de Saint-Joachim et d’Herbignac

23 février. — Les hommes de Saint-Joachim qui arrivent sous la conduite de M. l’abbé Blois se trouvent renforcés par une section d’Herbignac, qui n’avait pas reçu de convocation, en même temps que le reste de cette grande paroisse. C’est la section qui avoisine le château de Kérobert. Aussi les jeunes Corbun de Kérobert sont-ils à la tête de cette escouade de travailleurs. On peut deviner quelle somme de travail est accomplie par ces deux troupes réunies, animées de la même ardeur, et fraternisant très bien ensemble.

Paroisses de Saint-Joseph-du-Dresny et de la Chevallerais

24 février. — Aujourd’hui encore deux paroisses, et deux paroisses nouvelles, se trouvent réunies fortuitement. La plus éloignée arrive la première, par le chemin de fer, il est vrai.

Elle s’annonce de loin, sur la route de Pontchâteau, par des sonneries de clairon que l’on entend dès avant huit heures.

Entre les sonneries de clairon, ce sont les voix qui redisent sur un air de marche très entraînant, des couplets improvisés :

Guidés par notre bon Pasteur,

Nous allons tous avec bonheur,

Voir le nouveau Calvaire

Qu’on dit si beau (bis)

Voir le nouveau Calvaire,

Qu’on fait à Pontchâteau.

Enfants de la Chevallerais,

Nous n’avons pas eu peur du frais,

Pour voir le Calvaire…

Ces braves et leur vaillant vicaire sont déjà au travail quand arrive Saint-Joseph-du-Dresny. C’est beau une file de trente voitures suivant celle du Pasteur qui tient la tête. Pontchâteau a pu voir que son ancien vicaire, M. l’abbé Macé, n’a pas tardé à conquérir les sympathies de la paroisse où il vient d’être nommé curé. Nous en avons eu plus d’une preuve dans la journée.

Voilà donc près de deux cents hommes réunis, tous pleins d’ardeur au travail. Le chantier du Calvaire est trop étroit. Dans l’après-midi une escouade de cent hommes au moins va, sur la lande, charger sur un traîneau les énormes blocs de pierre qui formeront le rocher du Saint-Sépulcre.

Dans les passages difficiles, les clairons sonnent la charge et l’obstacle est toujours franchi.

Cette belle journée se termine par le salut solennel du Très Saint-Sacrement donné par M. le Curé de Saint-Joseph-du-Dresny. Les clairons sonnent une fois encore en l’honneur du Dieu de l’Eucharistie.

Paroisse de Donges

25 février. — La paroisse de Donges, toujours dévouée et généreuse pour le Calvaire, est représentée aujourd’hui par plus de cent travailleuses. Et quelles travailleuses! Actives, courageuses, infatigables, chantant à ravir, tout en faisant glisser les wagons sur la pente étroite. Le nouveau vicaire de Donges, qui n’a pas oublié que sa bonne mère l’amenait tout enfant en pèlerinage au Calvaire, remplaçait dans cette journée son excellent Curé.

Paroisse de Missillac

25 février. — Les paroissiens de Missillac sont mis à contribution en ce moment pour l’achèvement de leur belle église. Cela n’empêche pas une centaine de bonnes travailleuses de cette paroisse de nous donner cette excellente journée, la dernière du mois de février.

N° 7 Mars 1897

Les travaux du Calvaire

Pendant ce mois de mars, malgré les tempêtes et les pluies de la première quinzaine surtout, les travaux du Calvaire ont fait un véritable progrès. La voie qui descend du sommet du Calvaire au Saint Sépulcre, avec son prolongement qui traverse les douves, est à peu près terminée. Le Saint-Sépulcre lui-même est construit, voûté, entouré d’un solide blocage. Il ne reste plus qu’à le compléter par la chambre de l’Ange, qui lui servait d’entrée, et à enfermer le tout dans un vaste rocher. C’est à quoi va s’occuper M. Gerbaud qui nous arrive aujourd’hui.

Nommons maintenant les paroisses généreuses qui ont pris part à ces travaux, pendant ce mois, et qui, après avoir été à la peine, ont si bien mérité d’être à l’honneur.

Paroisse de la Chapelle-Launay.

1er mars. — Excellent début ! Mais nous ne saurions parler de l’activité et du dévouement des travailleurs de la Chapelle-Launay et de leur excellent Pasteur, sans nous répéter. Ils approchent de la centaine. Ce sont eux qui montent sur le Calvaire les statues de la XIIIe station, nouvellement arrivées.

Paroisse du Gâvre.

4 mars. — Malgré le temps plus qu’incertain, une escouade d’excellents travailleurs, sous la conduite de M. l’abbé Aoustin, est venue de si loin et ne s’épargne pas à la besogne.

Paroisse de Vay.

5 mars. — M. l’abbé Mouilleron vicaire de Vay, qui était à la tête de ce beau pèlerinage de travail, a signé le soixante-sixième, mais, comme il arrive souvent, des noms doivent manquer. Les travailleurs de Vay, que nous avions déjà vus à l’œuvre, l’année dernière, ont fait preuve aujourd’hui du même dévouement.

Paroisse de St-Malo-de-Guersac.

8 mars. — La dernière qui a signé sur le Livre d’or, a fait suivre son nom de ces mots : Pas de beau temps ! Elles en auraient si bien profilé les travailleuses de St-Malo, toujours si alertes et si actives. Leur dévouement ne mérite pas moins d’être loué, et n’en aura pas été moins bien agréé par le bon P. de Montfort.

Paroisse de Marsac.

9 mars. — C’est un nom nouveau. Le cercle s’agrandit donc toujours. Et quel beau pèlerinage de travail ! Cent hommes environ ! M. le Curé et M. le Maire, en tête. Les bons frères de l’école sont aussi présents. Le temps est beau. On tire du fond des douves deux énormes pierres qui doivent servir au Saint-Sépulcre.

Paroisse de Fay

10mars. — Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. MM. les abbés Rucher et Terrien, vicaires, nous disent que le mauvais temps du matin a empêché plusieurs de se mettre en roule. Honneur du moins, à ceux qui sont venus !

Paroisse de Nivillac.

12 mars. — C’est toujours un beau bataillon d’hommes qui nous vient quand cette grande paroisse s’ébranle. En tête de la liste nous voyons les noms des deux vicaires de la paroisse et des deux adjoints de la commune, représentant la double autorité. L’ordre et l’activité dans le travail ne laissent rien à désirer.

Paroisse de Blain.

15 mars. — Les travailleurs de Blain n’ont pas à se féliciter d’avoir eu du beau temps, comme l’an dernier. La pluie tombait abondamment le matin. Sans cela, ils seraient venus plus nombreux, nous dit M. l’abbé Bourdel, vicaire. Ceux qui sont présents s’acquittent admirablement de leur lâche.

Paroisse d’Escoublac

16 mars. — La paroisse d’Escoublac, distante d’environ huit lieues, est invitée à venir aujourd’hui pour la première fois. La nuit et le matin encore, c’est une tempête affreuse. Et, cependant, bon nombre de braves sont partis, ayant à leur tête leur courageux vicaire. Au milieu du trajet, la Grande-Brière a envahi la route ; et sur un espace de plus de cent mètres, les chevaux ont de l’eau jusqu’au poitrail. Et, contre toute attente, on les voit arriver au Calvaire. Et, contre toute attente aussi, le temps s’éclaircit et leur permet d’offrir au P. de Montfort, qu’ils ont en grande vénération, une bonne journée de travail.

Paroisse de Saint-Dolay

Le R. P. Directeur du Pèlerinage a noté lui-même, sur le Livre d’or, cette journée dans laquelle les travailleurs étaient au nombre d’environ deux cents : Arrivée dès 7 heures du malin, au chant de l’Ave Maria. Messe dite par M. le Recteur. Travail sous la pluie et dans la boue. Courage admirable !

Paroisse de Montoir

18 mars. — Encore un jour (que ce soit le dernier !) où il a fallu braver la pluie pour se mettre en route, le matin. C’est ce qu’ont fait les généreux travailleurs de Montoir. Une fois venus, ils ont eu une belle journée dont ils ont usé parfaitement, comme à l’ordinaire.

Paroisse d’Arzal (Morbihan)

22 mars. — C’est d’au-delà de la Vilaine que nous viennent ces excellents travailleurs conduits par leur vicaire. La distance est longue, mais la foi bretonne est si généreuse. Ils en donnent bien aujourd’hui la preuve.

Paroisse de Campbon

23 mars. — Journée superbe, avec un soleil d’été, et présidée par le vénérable Curé-Chanoine, M. Halgan. Les travailleuses Campbonnaises n’en sont pas à leur coup d’essai. Mais il semble qu’elles aient voulu se surpasser elles-mêmes, ce jour-là. Elles étaient environ deux cents. M. l’abbé Warron était aussi présent.

Paroisse d’Herbignac

24 mars. — Cette journée ressemble en tout à la précédente. M. le Curé-doyen d’Herbignac, qui est présent, se montre heureux et fier du nombre, de l’activité de ses paroissiennes.

Paroisse de Fégréac

26 mars. — Le temps continue d’être beau. Aussi les travaux avancent-ils à vue d’œil, surtout avec une aussi vaillante troupe de travailleurs que celle amenée aujourd’hui par M. le Curé de Fégréac. M. de Barmon, adjoint de la commune, prend aussi part à cette journée.

Paroisse du Coudray

29 mars. — Nous avons à inscrire, en terminant, encore un nom nouveau. Arrivés de bonne heure, les travailleurs du Coudray entendent d’abord la messe dite par M. le Vicaire. M. Gerbaud arrive à temps pour commander la manœuvre. Et ils mettent en place, dès la matinée, une des énormes pierres qui formeront l’entrée de la Chambre de l’Ange. Dans l’après-midi, après avoir parcouru pieusement les stations du pèlerinage, ils se remettent au travail avec une nouvelle ardeur.

Le nouveau groupe du Calvaire

Il y a un mois, nous annoncions l’arrivée prochaine du groupe de statues formant la treizième station de notre Chemin de Croix monumental. C’est, en effet, dans les premiers jours de mars que et envoi a été reçu.

La treizième station du Via Crucis s’intitule d’ordinaire : La descente de Croix, ou Jésus remis entre les mains de sa sainte Mère. On comprendra sans peine que nous ne pouvions pas représenter sur notre Calvaire la Descente de Croix proprement dite. C’est donc la remise du corps inanimé de Jésus dans les bras de sa divine Mère qu’on a là sous les yeux.

A ce sujet, il y a dans le récit de l’Evangile un mot qui doit être remarqué. Il y est dit que Pilate ordonna que le corps du supplicié fût rendu. Et, à qui rendu, sinon à Marie? C’est bien elle qui avait ici tous les droits. C’est le moment où Joseph d’Arimathie et Nicodème remettent avec un souverain respect, entre ses mains, ce dépôt sacré. Pour compléter la scène, aux personnages que nous venons de nommer, il faut joindre Madeleine, toujours là et qui prosternée, en ce moment, arrose de ses larmes, en y collant ses lèvres, une des mains du divin Crucifié.

L’emplacement, choisi pour ce groupe si émouvant, est la petite plate-forme qui s’étend devant l’entrée de la grotte d’Adam. Il se présente ainsi en face de celui qui descend du sommet du Calvaire, et juste au détour de la voie qui mène au Saint-Sépulcre.

Pour la vue d’ensemble, le nouveau groupe ainsi placé donne au côté-est de notre Calvaire une certaine ampleur, un relief qui semblait lui manquer. De plus, cette disposition permet, à distance, d’embrasser d’un seul coup d’œil, bien que distinctes entre elles, les quatre scènes du Calvaire: Le Dépouillement, la Crucifixion, la Mort sur la Croix et la Remise du corps sacré entre les bras de Marie.

On se souvient que sous le titre de Témoins du Calvaire, nous avons écrit quelques pages sur chacun des saints personnages qui ont eu une part spéciale dans ces différentes scènes. Il en est un, faisant partie du groupe dont nous venons de parler, duquel nous n’avons rien dit encore, mais que nous n’avons pas oublié. C’est l’aide pieux d Joseph d’Arimathie, dans les derniers devoirs rendu au corps sacré du Divin Sauveur, Nicodème. Il reparaîtra, du reste, dans la scène du Saint-Sépulcre. L’espace nous manque aujourd’hui, mais prochainement nous dirons ce que nous savons, par l’Evangile et la Tradition, de celui dont le nom est inséparable des grandes et dernières scènes du Calvaire.

N° 8 Mai 1897

Continuation des Travaux

Dans ce mois d’Avril, si riche en nombreuses fêtes, il s’est trouvé encore un certain nombre de jours pour la continuation des travaux du Calvaire. Il faut bien que le Saint-Sépulcre s’achève, que la colline tout entière prenne sa forme définitive, et que les voies, les sentiers qui donnent accès jusqu’à son sommet soient aplanis, rendus praticables pour tous. Il faut enfin que tout soit prêt pour la grande fête déjà annoncée pour le mois de septembre, et que S. G. Monseigneur l’Evêque de Nantes voudra bien présider lui-même.

Certes, avant d’en arriver là, il reste beaucoup à faire. Mais comment ne pas compter sur une bonne volonté qui, depuis si longtemps déjà, ne s’est jamais démentie ! Il reste encore plusieurs semaines avant l’ouverture de ce que l’on appelle les grands travaux des champs, et nous sommes certains qu’elles vont être, ici, bien employées.

Voici, inscrites à leur jour, sur le Livre d’or des travailleurs du Calvaire, les diverses paroisses qui nous ont apporté leur concours, depuis le 29 mars, date à laquelle se terminait la dernière chronique de l’Ami de la Croix.

Paroisse de Bouvron

30 mars. — Diverses causes ont empêché les excellents travailleurs de Bouvron de venir aujourd’hui aussi nombreux que nous les avons vus autrefois. Et cependant, il se présente un travail qui demande une dépense de forces considérables. Il s’agit de retirer du fond des anciennes douves une énorme pierre presque carrée et qui semble taillée tout exprès pour faire à elle seule un des côtés de la chambre de l’Ange, qui sert de vestibule au Saint-Sépulcre. Par exception, on fait appel à toute la maison du Calvaire. Novices, frères, apostoliques, tous, avec les braves Bouvronnais, mettent la main à la longue chaîne. Après de multiples et longs efforts, le monolithe apparaît, enfin, sur les bords de la douve, et au milieu des hurrahs est traîné triomphalement jusqu’à la place qui lui était destinée.

Paroisse de Pontchâteau

31 mars. — Ce jour-là, un certain nombre de travailleuses dévouées, de la paroisse de Pontchâteau, continuent les travaux de terrassement aux abords du Saint-Sépulcre.

Paroisse de Saint-Victor

1er avril. — C’est avec la même bonne volonté, la même ardeur, que les hommes de Saint-Victor, qui ont laissé ici, l’an dernier, le souvenir d’une si belle journée de travail, répondent aujourd’hui à un nouvel appel. Ils ont également à leur tête leur généreux vicaire, M. l’abbé Thomas, qui sait si bien souffler partout l’action et l’entrain.

Paroisse de Férel

2 avril. — Elles sont là, près de deux cents, les vaillantes travailleuses de Férel. Le grand nombre a trouvé des voitures pour venir. Mais, il en est un certain nombre, aussi, qui n’ont pas hésité à faire à pied la longue route de plus de cinq lieues. Et elles ne sont pas là pour se reposer. II n’y a qu’à voir avec quelle activité les wagonnets sont chargés, traînés, déchargés. Sur les rangs des travailleuses, tranche le blanc costume des Sœurs du Saint-Esprit, qui tiennent l’école des filles de Férel, et qui, là, tiennent à ne pas se laisser dépasser par leurs anciennes élèves en générosité et en dévouement. L’excellent Recteur de Férel qui donne, le soir, le salut du Très Saint-Sacrement, se montre particulièrement satisfait du succès de cette belle journée donnée après plusieurs autres, par sa paroisse, au Calvaire du Bienheureux Montfort.

Paroisse de Nozay

6 avril. — Nozay est bien loin du Calvaire. Toutefois, environ cinquante braves ont répondu à l’appel qu’est allé leur faire entendre le R. P. Directeur du Pèlerinage. Leur vénérable Pasteur, M. le chanoine Sévète, a voulu les accompagner, et a tenu à leur dire la messe dans la chapelle du Pèlerinage. M. l’abbé Dejoie, vicaire, est aussi présent.

Bien peu des travailleurs connaissaient le Calvaire. Aussi, est-ce avec beaucoup d’intérêt et de piété qu’ils ont fait, au milieu du jour, la visite des diverses stations du Pèlerinage. Le reste du temps a été employé au travail très activement et fructueusement.

Paroisse de Saint-André-des-Eaux

8 avril. — Nous connaissions déjà le dévouement de cette excellente paroisse au Calvaire de notre Bienheureux. Mais quelle belle et nouvelle preuve elle nous en donne aujourd’hui ! Ils sont, là, 115 hommes venus des bords de la mer, d’au-delà de la Grande-Brière que plusieurs ont traversée en bateau de grand matin. Les autres sont venus en vingt-quatre voitures formant un superbe défilé à l’arrivée et au retour.

Le vénérable Pasteur de Saint-André-des-Eaux, que nous avons eu le bonheur de recevoir en pareille circonstance, n’a pu s’absenter aujourd’hui. Il est remplacé par son nouveau vicaire, M. l’abbé Philippe, qui certes est loin d’être un inconnu pour le Calvaire, et qui, nous le voyons bien, n’a rien perdu, en changeant de poste, de son activité et de son zèle. M. le Maire, M. l’Adjoint de Saint-André-des-Eaux sont encore aujourd’hui à la tête de leurs administrés. Nous n’avons pas à dire comment, dans cette journée, les travaux du Saint-Sépulcre avancent à vue d’œil. La fatigue n’empêche pas l’enthousiasme au retour. Et nous savons que, sur le long trajet, au passage du long défilé de voitures, les bourgs de Sainte-Reine, de la Chapelle-des-Marais et de Saint-Lyphard, ont retenti du chant des cantiques en l’honneur du Père de Montfort.

Paroisse d’Assérac

9 avril. — Encore une caravane qui nous arrive des bords de la mer. Mais aujourd’hui ce sont des femmes. Et combien actives et dévouées ! accomplissant des travaux qui sembleraient vraiment au-dessus de leurs forces, avec une gaité de bon aloi, qui ne se dément pas de toute la journée. La liste des signatures est longue. Elle doit dépasser la centaine.

Paroisse de la Chapelle-Launay

12 avril. — Plus longue encore est la liste des travailleuses de La Chapelle-Launay. Elle doit atteindre le chiffre de cent cinquante. Le bon Curé, justement fier du bon renom de sa pieuse paroisse, ne se trompera pas en comptant cette journée parmi celles qui peuvent y ajouter encore. C’est le sentiment de ceux qui sont témoins de l’activité, du dévouement, de la piété de ses excellentes paroissiennes.

Paroisse d’Ambon

21 avril. — Nous connaissions déjà les bons paroissiens d’Ambon, bien qu’ils habitent loin de nous, au-delà de la Vilaine. Ils sont aujourd’hui, ici, accomplissant religieusement leur pèlerinage de travail au Calvaire du Bienheureux Montfort. Dans l’absence du Recteur, ils sont dirigés par les deux vicaires de la paroisse.

Paroisse de Saint-Omer

23 avril. — Les hommes étaient venus, et ils étaient retournés si enchantés de leur pieuse excursion ! Il fallait bien que les femmes aussi eussent leur jour. M. l’abbé Aoustin, le nouveau Curé, n’a eu qu’à le fixer. Et elles sont venues au nombre de cent quinze. Beaucoup ne connaissaient pas encore le Calvaire. Elles en ont visité avec d’autant plus d’intérêt toutes les pieuses curiosités. Ce qui ne les a pas empêchées de fournir un travail considérable et de faire d’excellente besogne. M. le vicaire était aussi présent.

Paroisse de Savenay

29 avril. — Au lendemain même du grand pèlerinage des travailleurs bretons dont il est rendu compte ailleurs, Savenay nous donne encore une très belle journée. Les travailleuses, aussi nombreuses que l’an dernier, sont animées de la même bonne volonté, et se montrent aussi généreuses. Elles ne se plaignent pas de la chaleur, bien que le soleil soit brûlant. Le R. P. Directeur du Pèlerinage est admirablement secondé, au chantier, par M. l’abbé Mainguy, vicaire de Savenay. On craignait de ne pas voir, aujourd’hui, le vénérable curé-doyen. Mais il arrive au milieu de la journée et la fête est complète. Il donne le salut avant le départ.

Bien que notre lande manque encore de verdure et d’ombrage, les pèlerins qui la visitent, en ce moment, peuvent voir que l’on n’a pas négligé de faire, à la saison, des plantations assez nombreuses. C’est un devoir de reconnaissance dont nous nous acquittons peut-être un peu tardivement, mais avec grand plaisir, de dire ici que bon nombre de ces arbres verts, épicéas, pins sapins, etc., sont un don fait au Calvaire par M. Agasse, horticulteur à Saint-Gildas-des-Bois.

Grand pèlerinage de travail au lendemain de la fête du B. Montfort 29 avril

Dans cette campagne vraiment glorieuse des travaux de restauration du Calvaire, qui dure depuis bientôt trois ans, cette date restera désormais célèbre, sous le nom de Journée des mille.

Ils atteignent, en effet, ce chiffre, les braves Bretons des cantons de Questembert, de Rochefort-en-Terre, d’Elven et d’Allaire, qui nous arrivent, ce matin, le cœur plein d’enthousiasme, et leurs instruments de travail à la main. En somme, onze paroisses, ayant à leur tête leurs recteur ou vicaires, prennent part à cette belle démonstration de foi. Ce sont les paroisses de Questembert, de Larré, d Molac, de Pleucadeuc, de la Vraie-Croix, de Malansac, de Pluherlin, de Saint-Gravé, de Caden, de Rochefort-en-Terre et de Peillac.

Au moment de l’arrivée, un léger brouillard, qu’un soleil brillant va bientôt faire disparaître, empêche de voir au loin.

Mais, déjà les chants des pèlerins se font entendre sur la route de Pontchâteau. La bannière du Bienheureux les attend au sommet de la côte, et est remise aux mains des jeunes gens, qui marchent en avant de la première paroisse. Nous assistons alors à un beau et pittoresque défilé. Chaque paroisse forme un groupe bien marqué, avec son clergé en tête. Nous remarquons aussi plusieurs bons Frères de l’Instruction chrétienne et des Religieuses de différentes Congrégations. C’est jour de congé.

N’oublions pas quelques séminaristes, dont les vacances de Pâques ne sont pas encore terminées. On nous dit aussi que plusieurs communes sont représentées par leurs maires ou adjoints, sans que nous puissions le constater, parce que ces Messieurs ne portent aucun insigne et sont confondus dans cette foule de pieux travailleurs pèlerins.

Presque tous ont été débarqués par train spécial à la gare de Pontchâteau. Un certain nombre, cependant, malgré la distance, ont préféré venir de Questembert en voiture et sont arrivés à la même heure. Mais, ce qui est assurément moins commun, c’est le fait d’un groupe de dix personnes, parti à pied de Questembert et attendant, dans notre chapelle, dès six heures, ce matin, l’arrivée des autres pèlerins.

Pendant que chaque groupe va déposer les paniers de provision et les instruments de travail à l’endroit qui lui est désigné, plusieurs prêtres se préparent à dire la sainte messe aux différents autels de notre Chapelle. La messe du pèlerinage est dite à l’autel principal par M. le Recteur de Malansac.

Mentionnons, ici, un regret exprimé par plusieurs, c’est qu’on n’ait pas songé à préparer l’autel de la Scala Sancta, comme pour nos jours de grande fête. On a beau se presser, la chapelle du Pèlerinage est vraiment trop étroite. Et, comme ces mille voix (car tous chantent) s’unissant en un seul chœur, et redisant les mêmes couplets, se seraient mieux déployées là-bas, en plein air! L’attitude de tous pendant le saint Sacrifice n’en est pas moins édifiante et recueillie.

Peu de temps après la messe, tous les groupes s’étant reformés, et marchant au chant des cantiques, font une courte visite aux divers sanctuaires du pèlerinage : Nazareth, Gethsémani, le Prétoire. Cette rapide mais pieuse excursion se termine en montant la voie douloureuse jusqu’au sommet du Calvaire. Et c’est là que le R. P. Directeur du Pèlerinage assigne à chaque groupe, à mesure qu’il y arrive, le poste qu’il devra occuper au travail, pendant la journée.

Pour mettre en mouvement une telle quantité de bras, il a fallu tout prévoir, diviser le travail en plusieurs chantiers différents, assez distants les uns des autres pour qu’il n’y eut pas embarras et confusion. De plus, la Direction habituelle des travaux qui se compose, avec M. Gerbaud, des RR. PP. Barré et Sarré, avait dû s’adjoindre quelques aides pour la circonstance. Heureusement, elle n’a pas eu à chercher bien loin. C’est avec la meilleure grâce du monde que nos excellents et proches voisins, M. Félix du Bois, conseiller d’arrondissement pour le canton de Pontchâteau, et M. Arthur de la Villeboisnet fils, ont accepté l’emploi.

Mais, comment donner une idée du coup d’œil que présente alors ce millier de travailleurs volontaires tous pleins d’activité et d’ardeur? Il en est qui portent le chiffre à douze cents, parce qu’un certain nombre sont arrivés plus tard, en prenant le train ordinaire.

De la place où nous sommes apparaît, au premier plan, le groupe dirigé par M. Félix du Bois. Serait-ce parce qu’il a dû plaider plus d’une fois, chaudement, la cause des chemins vicinaux, devant le Conseil dont il fait partie, que ce lot lui est échu ? Toujours est-il qu’il est chargé de tracer et d’ouvrir une large voie de dix mètres, reliant le Saint-Sépulcre à la grande route de Guérande. Le travail consiste surtout à rejeter sur les côtés la terre végétale qui sera remplacée par le gravier plus solide. Pour cela on pioche ferme, tout en chantant à pleine voix. C’est avec grand plaisir surtout que nous écoutons un groupe de jeunes gens, redisant avec tant de cœur les couplets du beau chant de l’Ouvrier chrétien, qu’on ne se lasse pas d’entendre, du reste, dans toutes les réunions de Patronages et Cercles catholiques.

Au second plan, en avant du Calvaire, c’est M. Gerbaud et son équipe de braves travailleurs. Sa tâche est, ainsi qu’il l’exprime lui-même, de dégager le pied de la colline de manière à lui donner plus de jour, plus d’élancement. Là, un grand nombre ont aussi la pioche en main ; mais il en est plusieurs qui sont armés de la cognée du bûcheron. Et, de temps en temps, on entend gémir un malheureux pin. Puis, sous l’effort de bras vigoureux qui tirent sur un long câble, on le voit chanceler un instant et enfin s’affaisser lourdement sur le sol. Avouons que ce ne peut pas être sans un certain regret qu’on voit disparaître ces témoins discrets et silencieux de tant de bonnes prières et pieuses méditations ; car plusieurs avaient déjà atteint un âge respectable. Il est vrai qu’ils avaient eu le tort de naître et de grandir pêle-mêle, les uns sur les bords, les autres au fond même des anciennes douves. L’évasement ou l’élargissement en pente douce, de ces mêmes douves, tel est le travail qu’accomplit dans cette journée la seconde équipe, en même temps que le déboisement dont nous venons de parler. Dès le soir, bien que ce travail soit inachevé, il est permis de juger que le résultat en sera bon pour l’effet général.

A gauche, aux alentours du Saint-Sépulcre, du côté du Calvaire qui regarde la forêt de la Madeleine, c’est un nombreux bataillon de travailleurs et de travailleuses commandé par M. Arthur de la Villeboisnet. Il s’agit, là, de remblais pour créer une plate-forme assez large, à la hauteur de l’entrée du Saint-Sépulcre. Ce qui fait la difficulté de ce travail, c’est qu’il faut tirer des côtés et du fond même des douves les matériaux de remblai. Sur un espace assez restreint règne une activité incroyable. Les uns piochent la terre, les autres avec des pelles en remplissent les paniers. Les paniers chargés passent de main en main jusqu’à l’endroit voulu, ainsi des pierres suffisamment maniables. Les plus grosses sont roulées à force de bras. Et tout ce mouvement a lieu sans désordre, sans confusion. A la fin du jour, le jeune Directeur de travaux improvisé est enchanté de sa troupe. Il nous disait, le soir, combien certains traits charmants de naïveté, de générosité l’avaient heureusement impressionné ans cette journée.

Mais c’est au flanc de la colline et sur la voie qui conduit au sommet que manœuvre encore la plus nombreuse troupe sous les ordres du R. P. Directeur du Pèlerinage. Là les wagonnets vont et viennent. Il y a des chargeurs et des déchargeurs. Et comme la pente est trop rapide, il faut encore se servir de paniers pour monter plus haut la terre qui sert à élargir la voie. C’est à cela que tous les bras sont occupés. Sur ce même terrain, dans la soirée, a lieu l’ascension d’un énorme rocher qui restera, au flanc de la colline, comme souvenir de la Journée des mille.

Enfin, un peu plus loin, sur la Voie douloureuse elle-même, une dernière escouade de travailleurs et de travailleuses est très activement occupée sous la direction du R. P. Sarré. Notre voie douloureuse, telle qu’elle est provisoirement, consiste seulement dans une couche de terre de trente à quarante centimètres, recouverte d’une seconde couche de cailloux de moyenne grosseur, qui simulent un pavé très primitif. A la longue, ce pavé menaçait de disparaître sous les plantes parasites qui l’avaient envahi. Un nettoyage complet était nécessaire. Voici comment on procède à ce travail minutieux et partant bien méritoire. Un premier groupe enlève une à une les pierres et les rejette sur un des côtés de la voie. Un second groupe suit armé de pics et de pioches déracinant les plantes et les rejetant aussi hors de la voie. Un troisième groupe enfin remet en place les pierres qui forment pavé de nouveau. Tel est le travail très méritoire, qui s’accomplit joyeusement, dans cette journée, sinon sur tout le parcours, du moins sur une bonne partie de la Voie-douloureuse.

Nous sentons bien que les indications que nous venons de donner sont insuffisantes. Elles ne donnent pas l’idée du spectacle que nous avons eu aujourd’hui sous les yeux. Il faudrait dire l’entrain, la bonne humeur, la joie de tous, et surtout l’élan de foi de toute cette foule.

Ajoutons que ces Messieurs ecclésiastiques dont le zèle avait préparé cette belle manifestation, dispersés sur tous les chantiers, payant de leur personne, témoignaient hautement leur satisfaction.

Au milieu du jour avait eu lieu la vénération des reliques du Bienheureux, et le salut solennel du Très Saint-Sacrement donné par le vénérable recteur de Larré couronne cette belle journée. Quelle touchante harmonie que ces mille voix de croyants n’en formant qu’une pour chanter le Dieu de l’Eucharistie !

Puis, c’est le départ, long défilé auquel nous assistons du pied même du Calvaire. Le dernier groupe est composé de jeunes gens, au milieu desquels, un jeune ecclésiastique, vicaire d’une des paroisses que nous avons nommées. Au sommet de la côte, le groupe tout entier fait un court arrêt. On entend ces trois acclamations : Vive Jésus-Christ ! Vive sa Croix ! Vive le Père de Montfort ! puis, ce dernier mot jeté vers le Calvaire, par des voix vibrantes : Nous reviendrons !

P.-S. — Nous regrettons de n’avoir eu que trop tard sous les yeux les pages écrites par M. Arthur de la Villeboisnet, dans son Journal, le soir même du 29 avril. On y trouve, avec des sentiments pleins de noblesse et de foi, des épisodes charmants qui prouvent bien le dévouement, la générosité des braves travailleurs bretons auxquels il commandait.

N° 9 Juin 1897

Travaux et pieux pèlerinage au Calvaire

Nous plaçons à dessein, sous un seul titre, le mouvement de travail et de piété dont la lande de la Madeleine a été témoin pendant ce mois. C’est qu’en réalité la distinction devient de plus en plus difficile. Pas de journée de travail qui n’ait de pieux exercices, et pas de groupes pieux de pèlerins, venus surtout pour prier, qui n’aient à cœur de mettre, au moins quelque temps, la main à l’œuvre, et qui n’ambitionnent l’honneur d’être inscrits au Livre d’or des travailleurs. Il n’y a pas même d’exception pour les noces endimanchées, qui, de temps en temps, viennent des bourgs voisins, en excursion pieuse, au Calvaire.

Ceci dit, voici, selon leur date, les journées qui, pendant ce mois de mai, ont eu au Calvaire, ce double cachet du travail et de la piété.

Mardi, 4 mai. — M. le Curé de Marsac qui, il y a un peu plus d’un mois, nous venait à la tête d’un si vaillant groupe de travailleurs, reparaît aujourd’hui avec les travailleuses de sa paroisse, non moins actives et dévouées. Marsac est loin du Calvaire ; bon nombre d’entr’elles ne connaissaient pas encore le pèlerinage. Aussi, est-ce avec un pieux intérêt qu’elles en parcourent processionnellement les stations, dans le temps de repos qui suit la réfection, au milieu du jour.

Mercredi, 5 mai. — La paroisse de Limerzel était déjà représentée, paraît-il, au grand pèlerinage breton du mois dernier. Ce qui n’a pas empêché le bon Recteur de nous amener aujourd’hui un beau groupe de travailleurs. Malgré la fatigue d’une longue route, il a voulu attendre l’arrivée des dernières voitures pour monter à l’autel et dire la sainte messe. Dans cette journée bien occupée, bon nombre de pierres moussues ont été amenées de loin pour former le rocher du Saint-Sépulcre.

Jeudi, 6 mai. — Nous avions vu, il y a peu de temps, les hommes de Nozay. Les femmes ont aujourd’hui leur tour. Elles l’emportent en nombre et ne le cèdent pas en bonne volonté, en activité. Pour le nombre, on nous donne le chiffre de cent trente-six. Toutes, venant par le chemin de fer, forment dès l’arrivée une véritable procession.

Tout se passe admirablement dans cette belle journée si bien remplie par le travail et la piété. Qu’il nous soit permis de dire que le zèle et l’activité de M. l’abbé Guillou, vicaire, ont eu une bonne part à cet excellent résultat.

Vendredi, 7 mai. — Paroisse de Saint-Lyphard — Il faut nous répéter, ici, nous contentant de dire que le zèle de Mlle Bretault-Billou pour l’œuvre du Calvaire est toujours le même, et que les généreuses chrétiennes, qui l’ont suivie pour donner une nouvelle journée de travail au bon Père d Montfort, sont toujours animées de la même ardeur Elles sont aujourd’hui une centaine. Elles prient elles travaillent, elles chantent, avec le même ensemble, le même élan que nous avons dû déjà noter plus d’une fois.

Lundi, 10 mai. — Ce sont les femmes de la Chapelle-des-Marais qui sont convoquées aujourd’hui pour donner une nouvelle journée de travail au Calvaire. Elles ont répondu en bon nombre l’appel, et leur activité est connue. Mais, elles ne seront pas seules à mettre dans cette journée, du mouvement et de la vie, sur la lande de la Madeleine. C’est aussi le jour choisi pour le pèlerinage annuel de la maison Saint-Jacques de Nantes. Ce pèlerinage compte au moins deux cents personnes.

Tous les âges y sont représentés, depuis les petits orphelins enfants de chœur, jusqu’aux pensionnaires les plus âgés. Les Sœurs de la Sagesse qui tiennent ce grand établissement y sont en nombre. Le vénérable aumônier, M. le chanoine Himène, dit la messe, pendant laquelle des pieux cantiques sont chantés. Sont aussi présents le R. P. Supérieur et le R. P. maître des Novices des Prémontrés de Nantes, accompagnés de quelques jeunes novices.

Vers le milieu du jour, tous sont réunis à la chapelle pour la procession d’usage, la visite aux diverses stations du pèlerinage. Avant le départ, le R. P. Augustin, Supérieur des Prémontrés fait entendre à l’auditoire si bien disposé qui est devant lui une allocution des plus touchantes, sur les souffrances de Notre-Seigneur, sur l’amour qui lui a fait accepter volontairement ces souffrances pour nous. Il rappelle aussi de quel amour de la croix et des souffrances était épris le B. Montfort. Et, c’est sous l’émotion de ces pieuses paroles que les pèlerins visitent successivement Gethsémani, le Prétoire et remontent la Voie douloureuse jusqu’au Calvaire. C’est là que, pendant le reste de la soirée, rivalisent, d’ardeur au travail les femmes de la Chapelle-des-Marais, et les pèlerins et les pèlerines de Saint-Jacques de Nantes.

Cette pieuse journée se termine par un salut solennel du Très Saint-Sacrement, donné par M. l’abbé Himène. Pour ce salut a été offert à la Chapelle un fort bel encensoir en cuivre doré. C’est le don d’un certain nombre de personnes de la maison de Saint-Jacques, très désireuses de venir aussi au Calvaire, et qui, en étant empêchées, ont voulu avoir ainsi leur part des grâces du pèlerinage.

Mardi, 11 mai. — Ils sont quarante braves venus de Pénestin, sous la conduite de leur excellent vicaire, remplaçant M. le Recteur. M. Geffriau, maire, est présent, ainsi que M. de la Roche et son fils. C’est une de ces journées dans lesquelles le travail se faisant avec beaucoup d’ordre, avance rapidement.

Mercredi, 12 mai. — Encore deux paroisses morbihannaises qui montrent bien leur dévouement, en nous venant de si loin. L’une est Berric, que nous n’avions pas vue encore, et l’autre Noyal-Muzillac que nous connaissions déjà.

Nous sommes heureux de recevoir, en même temps que les deux vénérés Recteurs de Berric et de Noyai, et leurs vicaires, M. le Doyen de Questembert, qui, n’ayant pu venir le 29 avril, avec ses paroissiens, a choisi ce jour-là pour faire sa visite au Calvaire. M. Le Gouvello, maire de Berric, est aussi présent.

Jeudi, 13 mai. —Paroisse de la Chevallerais. — A-t-on oublié les sonneries de clairons et le chant de marche si entraînant des vaillants travailleurs de la Chevallerais, nous arrivant ici au mois de février? Pour nous, nous nous rappelons très bien un couplet qui commençait ainsi :

Nos femmes viendront à leur tour,

Mais, il leur faut un beau jour :

Ce beau jour, elles l’ont véritablement aujourd’hui, les travailleuses de la Chevallerais, et elles en profitent pour se montrer, par leur activité et leur dévouement, dignes en tout de ceux qui les avaient annoncées. M. le Curé et son vicaire président à cette belle journée.

Le même jour, un petit pèlerinage de la Roche-sur-Yon, et un groupe de jeunes élèves du Collège des Eudistes de Redon se trouvaient au Calvaire. De part et d’autre on sollicita l’honneur de mettre la main aux travaux, et il fallait voir, en particulier, avec quelle ardeur les jeunes collégiens montaient et descendaient les wagons au flanc de la colline.

Vendredi, 14 mai. — Nous connaissions déjà les travailleuses de Saint-Gildas-des-Bois. Mais aujourd’hui elles semblent vouloir se surpasser elles-mêmes en activité et en dévouement. Journée très fructueuse.

Lundi 17 mai. — Paroisse d’Arzal. — Nous connaissons les travailleurs d’Arzal. Aujourd’hui ce sont les travailleuses, infatigables malgré la chaleur du jour. Félicitations à M. l’abbé Boudaud, vicaire, qui a montré lui-même dans cette journée tant d’activité et de zèle.

Mardi 18 mai. — Paroisse de Péaule. — Nous avons vu, d’autres fois, cette grande et chrétienne paroisse représentée, ici, bien plus largement qu’aujourd’hui. M. le nouveau Recteur et son excellent vicaire, M. l’abbé Jollivet, nous en donnent la raison. Tous les bras sont, en ce moment, occupés à l’ensemencement du sarrasin, ou blé noir, dont la récolte est si importante pour cette contrée. Ceux qui sont venus n’en méritent que plus d’être félicités pour leur bonne volonté et leur dévouement.

Mercredi 19 mai. — Paroisse de Crossac. — Il n’y a plus à louer les travailleuses de Crossac. Elles viennent aujourd’hui avec le même enthousiasme que tant d’autres fois. Elles-mêmes avaient demandé à offrir une journée au bon Père de Montfort, pendant le mois consacré à Marie.

Jeudi 20 mai. — Paroisse de Blain. — Par une chaleur accablante, plus de cent vaillantes travailleuses de cette paroisse montrent, dans cette journée, leur foi, leur piété et leur courage. M. l’abbé Bonnet, vicaire, paie largement de sa personne.

Mardi 25 mai. — Paroisse de la Roche-Bernard. — La petite ville de la Roche-Bernard est aujourd’hui représentée par environ soixante-dix travailleuses pleines de dévouement, et qui nous donnent le même spectacle édifiant qu’il y a peu de jours nous donnaient les travailleuses de Blain. M. le Recteur-doyen est venu, dans la journée, encourager ses pieuses paroissiennes.

Samedi 29 mai. — Paroisse de Saint-Victor. — M. l’abbé Thomas, vicaire, qui s’occupe si activement et si heureusement des œuvres rurales, nous avait, deux fois déjà, amené les braves travailleurs de Saint-Victor. Aujourd’hui c’est un groupe de travailleuses qui nous montrent bien la foi, l’esprit chrétien et le dévouement de cette excellente paroisse.

N° 10 Juillet 1897

Derniers travaux et pieux pèlerinage

Bien que la saison des grands travaux de la campagne soit déjà ouverte, quelques paroisses ont néanmoins tenu dans ces commencements du mois de juin à donner leur journée de travail au Calvaire, d’autant plus méritoire qu’il fait couler plus de sueurs, sous les rayons ardents du soleil.

Paroisse de Vay

Mardi, 1er juin. — C’est d’abord la grande et belle paroisse de Vay, représentée par quatre-vingts travailleuses bien décidées. Si les mains travaillent, les langues ne chôment pas. Hâtons-nous de dire que c’est surtout pour dire les louanges de Dieu et de son serviteur Montfort. Les couplets succèdent aux couplets, les refrains aux refrains. Il semble que le travail ainsi accompagné du chant est moins pénible; mais, surtout, il ne saurait être mieux sanctifié, puisque chacun de ces chants est une véritable prière qui monte du pied de la colline vers le Ciel. Le vénérable Pasteur de Vay est là au milieu de cette fraction d’élite de son troupeau, animant tout le monde au travail par son exemple. Il est heureux de clôturer, avant le départ, une journée si bien employée, par la bénédiction du Très Saint-Sacrement.

Mercredi, 2 juin. — Quelques personnes seulement venues du village de Bergon, en Missillac, continuent la tâche de la veille avec toute l’activité, le dévouement dont ce petit village nous a donné tant de fois la preuve depuis que les travaux du Calvaire sont commencés.

Jeudi, 13 mai. —Paroisse de la Chevallerais. — A-t-on oublié les sonneries de clairons et le chant de marche si entraînant des vaillants travailleurs de la Chevallerais, nous arrivant ici au mois de février? Pour nous, nous nous rappelons très bien un couplet qui commençait ainsi :

Nos femmes viendront à leur tour,

Mais, il leur faut un beau jour :

Ce beau jour, elles l’ont véritablement aujourd’hui, les travailleuses de la Chevallerais, et elles en profitent pour se montrer, par leur activité et leur dévouement, dignes en tout de ceux qui les avaient annoncées. M. le Curé et son vicaire président à cette belle journée.

Le même jour, un petit pèlerinage de la Roche-sur-Yon, et un groupe de jeunes élèves du Collège des Eudistes de Redon se trouvaient au Calvaire. De part et d’autre on sollicita l’honneur de mettre la main aux travaux, et il fallait voir, en particulier, avec quelle ardeur les jeunes collégiens montaient et descendaient les wagons au flanc de la colline.

Vendredi, 14 mai. — Nous connaissions déjà les travailleuses de Saint-Gildas-des-Bois. Mais aujourd’hui elles semblent vouloir se surpasser elles-mêmes en activité et en dévouement. Journée très fructueuse.

Lundi 17 mai. — Paroisse d’Arzal. — Nous connaissons les travailleurs d’Arzal. Aujourd’hui ce sont les travailleuses, infatigables malgré la chaleur du jour. Félicitations à M. l’abbé Boudaud, vicaire, qui a montré lui-même dans cette journée tant d’activité et de zèle.

Mardi 18 mai. — Paroisse de Péaule. — Nous avons vu, d’autres fois, cette grande et chrétienne paroisse représentée, ici, bien plus largement qu’aujourd’hui. M. le nouveau Recteur et son excellent vicaire, M. l’abbé Jollivet, nous en donnent la raison. Tous les bras sont, en ce moment, occupés à l’ensemencement du sarrasin, ou blé noir, dont la récolte est si importante pour cette contrée. Ceux qui sont venus n’en méritent que plus d’être félicités pour leur bonne volonté et leur dévouement.

Mercredi 19 mai. — Paroisse de Crossac. — Il n’y a plus à louer les travailleuses de Crossac. Elles viennent aujourd’hui avec le même enthousiasme que tant d’autres fois. Elles-mêmes avaient demandé à offrir une journée au bon Père de Montfort, pendant le mois consacré à Marie.

Jeudi 20 mai. — Paroisse de Blain. — Par une chaleur accablante, plus de cent vaillantes travailleuses de cette paroisse montrent, dans cette journée, leur foi, leur piété et leur courage. M. l’abbé Bonnet, vicaire, paie largement de sa personne.

Mardi 25 mai. — Paroisse de la Roche-Bernard. — La petite ville de la Roche-Bernard est aujourd’hui représentée par environ soixante-dix travailleuses pleines de dévouement, et qui nous donnent le même spectacle édifiant qu’il y a peu de jours nous donnaient les travailleuses de Blain. M. le Recteur-doyen est venu, dans la journée, encourager ses pieuses paroissiennes.

Samedi 29 mai. — Paroisse de Saint-Victor. — M. l’abbé Thomas, vicaire, qui s’occupe si activement et si heureusement des œuvres rurales, nous avait, deux fois déjà, amené les braves travailleurs de Saint-Victor. Aujourd’hui c’est un groupe de travailleuses qui nous montrent bien la foi, l’esprit chrétien et le dévouement de cette excellente paroisse.

N° 10 Juillet 1897

Derniers travaux et pieux pèlerinage

Bien que la saison des grands travaux de la campagne soit déjà ouverte, quelques paroisses ont néanmoins tenu dans ces commencements du mois de juin à donner leur journée de travail au Calvaire, d’autant plus méritoire qu’il fait couler plus de sueurs, sous les rayons ardents du soleil.

Paroisse de Vay

Mardi, 1er juin. — C’est d’abord la grande et belle paroisse de Vay, représentée par quatre-vingts travailleuses bien décidées. Si les mains travaillent, les langues ne chôment pas. Hâtons-nous de dire que c’est surtout pour dire les louanges de Dieu et de son serviteur Montfort. Les couplets succèdent aux couplets, les refrains aux refrains. Il semble que le travail ainsi accompagné du chant est moins pénible; mais, surtout, il ne saurait être mieux sanctifié, puisque chacun de ces chants est une véritable prière qui monte du pied de la colline vers le Ciel. Le vénérable Pasteur de Vay est là au milieu de cette fraction d’élite de son troupeau, animant tout le monde au travail par son exemple. Il est heureux de clôturer, avant le départ, une journée si bien employée, par la bénédiction du Très Saint-Sacrement.

Mercredi, 2 juin. — Quelques personnes seulement venues du village de Bergon, en Missillac, continuent la tâche de la veille avec toute l’activité, le dévouement dont ce petit village nous a donné tant de fois la preuve depuis que les travaux du Calvaire sont commencés.

Paroisse de Bouée

Jeudi, 3 juin. — Aujourd’hui, M. le Curé de Bouée nous arrive à la tête d’un groupe de vingt-cinq vaillantes travailleuses qui ne connaissaient pas encore le Calvaire. Aussi après s’être acquittées courageusement de leur tâche, c’est avec un pieux intérêt qu’elles parcourent les diverses stations du pèlerinage, sous la conduite du R. P. Directeur.

Paroisse de Beausse (diocèse d’Angers)

Ce même jour, les Enfants de Marie de la paroisse de Beausse, au nombre d’environ quarante, accomplissaient une pieuse excursion au Calvaire. Elles étaient conduites par M. le Curé de la paroisse et son vicaire. Dès leur arrivée, elles entendent la messe dite par le P. Sarré. C’est lui aussi qui les accompagne, pendant la journée, sur la lande de la Madeleine, donnant aux diverses stations les explications pieuses qui sont écoutées avec une religieuse attention.

Paroisse de Nivillac

Vendredi, 4 juin. — C’est, on peut le dire, la dernière grande journée de travail de cette saison. C’en est le digne couronnement.

Les travailleuses de Nivillac dépassent de beaucoup la centaine. Elles déploient au travail, selon leur habitude, une grande activité, et montrent partout leur grand esprit de foi.

Le vénérable Recteur est, à bon droit, heureux et fier de présider et de bénir cette belle réunion.

Le Lundi de la Pentecôte

7 juin— Ce jour a toujours été fêté d’une manière spéciale au Calvaire, et marqué par l’affluence de nombreux pèlerins. Cette année, la Compagnie d’Orléans leur accordait une réduction importante. Beaucoup en ont profité venant de Nantes, de Riantec (Morbihan), de Saint-Nazaire. Mais, ceux venus en voiture d’au-delà de la Vilaine, nous semblent encore plus nombreux. Ils viennent de Penerf, d’Ambon, de Muzillac, de Damgan, etc. Du diocèse de Nantes, outre Nantes et Saint-Nazaire déjà nommés, le Croisic, Notre-Dame-des-Landes, sont particulièrement représentés.

Comme toujours, lorsque les pèlerins sont trop nombreux pour être réunis à la chapelle, la messe est dite à la Scala Sancta, décorée pour la circonstance. Le célébrant est M. l’abbé Gourier, recteur de Pénerf, dont les paroissiens forment un groupe considérable. On y entend les cantiques usuels du pèlerinage toujours chantés avec un entrain admirable ; quand, soudain, de nombreuses voix entonnent un refrain dont les paroles sont pour nous une énigme; mais, nous devinons du moins que c’est un de ces pieux chants bretons, dans cette vieille langue celtique, qui se prête si bien à la poésie, et surtout à la poésie religieuse. Chose curieuse, il nous semble que les couplets succèdent aux couplets, la foule toute entière prend part au refrain, tant il est chantant. On se croirait, un instant, transporté sous les voûtes de la grande basilique de Sainte-Anne d’Auray.

Il est bien entendu qu’à la cérémonie du soir, les chants bretons alterneront avec les chants français, et ils auront le même succès.

Le temps est des plus favorables pour le déploiement de la procession, en l’honneur du Bienheureux Montfort. Sa statue est portée en triomphe, au milieu d’oriflammes, par un groupe de jeunes gens. Très vibrantes sont les acclamations à Jésus-Christ, à sa Croix, au Père de Montfort, jetées du haut du Calvaire. M. le chanoine recteur de Riantec, qui a présidé la procession, donne le salut du Très Saint-Sacrement, à la Scala. Impossible de ne pas voir sur tous les fronts, à la fin de cette belle journée, l’expression d’une véritable et douce joie.

La journée du jeudi 10 juin Paroisse du Gavre, paroisse de Lavau

Pèlerinage des ouvrières fleuristes de St-Joachim

Cette journée mérite une mention particulière. Malgré la saison avancée, deux paroisses bien dévouées au Calvaire, celle du Gâvre et celle de Lavau, envoyaient, ici, chacune leur groupe de travailleuses bien dévouées. Bientôt les deux groupes n’en font qu’un. La chaleur est accablante; mais le courage et le dévouement triomphent de tout. M. le Curé du Gâvre est là, donnant l’exemple. Les instruments de travail ne chôment pas. C’est sur le nom de ces vaillantes que se ferme, pour cette année du moins, le livre d’or des travailleurs du Calvaire.

Ce même jour, d’un point opposé, arrivait au Calvaire, dans un ordre parfait, un pieux pèlerinage. Ce sont les jeunes ouvrières fleuristes de Saint-Joachim. C’est une pensée vraiment chrétienne et qui fait le plus grand honneur à M. Julien Mahé, directeur de cet atelier important, d’avoir donné à tout son personnel ce pieux congé. On peut dire que toutes les jeunes ouvrières, au nombre de quatre-vingt-dix, en ont profité pour venir au Calvaire.

A leur arrivée, la messe est dite à leur intention par M. le Curé de Saint-Joachim qui, en la terminant, leur a fait entendre une paternelle allocution. S’adressant à des ouvrières, c’est le travail des mains, la sanctification de ce travail qui en fait le sujet : « On glorifie Dieu de plus d’une manière, par le travail des mains comme par la prière. Ce travail est lui-même une prière, si on a soin de l’offrir à Dieu. Ne pas y manquer dès le matin, et souvent durant la journée.

» Pour que le travail glorifie Dieu, il faut de plus qu’il soit accepté avec résignation, sans jalousie.

» En regardant autour de vous, vous pouvez en voir qui peinent plus que vous : les mineurs au fond des mines, privés de la contemplation des beautés de la nature, dans des jours comme celui-ci.

» Sans doute, il en est qui, peut-être, vous sembleront plus heureux, parce qu’ils n’ont pas besoin pour vivre de recourir au travail des mains. Eux aussi ont leurs épines.

» Votre travail est un travail caché, et ressemble d’autant mieux au travail de Jésus, pendant les trente années de sa vie à Nazareth.

» Priez bien aujourd’hui le grand travailleur Montfort qui, en si peu de temps, a fait tant de grandes choses pour son maître Jésus, Montfort, à qui nos contrées doivent d’avoir conservé leur foi. Du haut du ciel, où il est maintenant, qu’il vous entende et vous obtienne la grâce de sanctifier toujours votre travail en l’acceptant avec résignation, en obéissant aux règlements de l’atelier qui demandent de vous l’activité et le silence. C’est pour bientôt, à la fin de votre vie, la récompense assurée à quiconque accomplit chrétiennement sa tâche sur la terre. »

Elles étaient capables de comprendre et de goûter ce langage, ces jeunes ouvrières qui, nous le savons, dans leur atelier, gardent fidèlement un règlement qui ressemble en plus d’un point aux règlements des communautés religieuses.

Après leur réfection, elles font ensemble, avec grande ferveur, leur visite aux stations du pèlerinage. Signalons seulement une attention gracieuse de leur part. A Nazareth, chacune d’elle vient déposer aux pieds de la bonne Mère un petit bouquet de fleurs confectionnées à l’atelier. Ces fleurs seront montées, et en ornant l’autel de la sainte Maison, rappelleront l’intention des pieuses fleuristes de consacrer leur travail à Jésus par Marie.

M. le Curé de Saint-Joachim avait dû quitter le Calvaire peu de temps après avoir célébré la sainte Messe. Il était remplacé, dans l’après-midi, par M. l’abbé Blois, vicaire. Sous sa conduite, et celle de leur excellent directeur, M. J. Mahé, les fleuristes, après avoir satisfait leur piété, vinrent prêter main-forte aux travailleuses du Gâvre et de Lavau, que l’on n’a pas oubliées.

A la date du 19 juin, une note mentionne sans détail le pèlerinage d’une trentaine de jeunes filles, conduites par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, et venant de Redon.

Pour achever de donner la physionomie de ce mois au Calvaire, rappelons que le mois de juin est le mois des examens pour brevets et certificats. On aime à invoquer, en pareille circonstance, celui qui a si bien mérité le titre d’Instituteur de l’enfance et de la jeunesse, et c’est ce qui explique, dans ces dernières semaines, la présence au Calvaire de divers groupes d’enfants, de jeunes filles, venus des paroisses environnantes et de Nantes même, conduits soit par un bon Frère de l’Instruction chrétienne, soit par de bonnes institutrices religieuses ou laïques.

Touchant cadeau offert à NOTRE-DAME-DE-NAZARETH

Le samedi, dans la soirée, 24 juin, veille du jour où nous célébrons, ici, la fête du Cœur très pur de Marie, ou nous invite à entrer à Nazareth, pour y voir un cadeau offert à la Reine et Maîtresse de céans… Oui Reine et Maîtresse, bien qu’on lise tout jours, en auréole, autour de son front, le titre qu’elle-même a choisi, de petite servante du Seigneur, Ecce ancilla Domini.

– D’où vient ce beau tapis, qui couvre le marchepied de son autel et s’étend jusqu’à son humble escabeau, semblable à un parterre émaillé de fleurs fraîchement épanouies?

– De la maison de Saint-Jacques de Nantes.

– Mais encore?… Dans ce grand établissement, il y a bien du monde, bien des catégories de personnes plus ou moins affligées, plus ou moins souffrantes ?

– Hé bien, vous savez, ces pauvres enfants, ces jeunes filles, desquelles on dit… quelles tombent…, c’est ainsi qu’elles-mêmes désignent leur mal…

– Ce sont elles?…

– Chacune a reçu son carreau d’étoffe et l’a décoré, brodé selon son goût ; et les carreaux réunis ont formé le parterre que vous avez sous les yeux.

Ici, de fraîches marguerites, là des boutons de rose qui s’entr’ouvrent, une touffe de lilas, beaucoup de myosotis. La bruyère qui fleurit si bien sur la lande de la Madeleine, n’a pas été oubliée. Çà et là, certains arbustes dont le type est peut-être introuvable dans la nature, et qui portent sur la même branche des fleurs de couleurs variées. Au centre, enfin, plusieurs corbeilles pleines de pensées veloutées, de frais liserons, de jolis bleuets.

Que de patience il a fallu dépenser, et quelle délicatesse dans les doigts agiles qui ont confectionné ce petit chef-d’œuvre !

Pauvres enfants, si vous voyiez avec quel aimable sourire la bonne Mère regarde, en ce moment, les gerbes de fleurs que vous avez répandues, avec profusion, à ses pieds ! Elle connaissait à l’avance votre dessein. Elle a compté chacun des coups d’aiguille qu’elle savait être pour elle.

Ce sera son tapis des jours de fêtes, de ces jours où elle aussi répand à profusion les grâces les meilleures. N’en doutez pas, ces grâces vous atteindront, iront jusqu’à vous. Puissent-elles diminuer, adoucir vos souffrances ! Du moins, elles vous aideront sûrement à les rendre de plus en plus méritoires pour le Ciel, où votre bonne Mère ceindra un jour vos fronts d’une couronne de fleurs bien autrement belles que celles de la terre et qui ne se flétriront jamais.

N° 1 Octobre 1897

Derniers travaux

Nous avons dit plus haut que, dans l’Ami de la Croix, se trouvait le compte rendu, jour par jour, des travaux du Calvaire. Nous nous reprocherions de passer sous silence ces dernières journées d’autant plus méritoires qu’elles ont été données au moment où, à la campagne, il y a du travail pour tous les bras.

La première de ces journées a été donnée le jeudi 12 août, par les vaillantes travailleuses de Saint-Joachim. Elles étaient nombreuses et ont tracé et aplani en peu de temps la large voie qui permet maintenant d’aller plus directement de Nazareth à Gethsémani et au Prétoire. Elles ont eu le temps encore de monter et de placer plusieurs pierres qui manquaient au couronnement de la colline.

La seconde journée est due aux femmes de Sainte-Reine, qui en ont donné bien d’autres. C’était le mardi 31 août, huit jours seulement avant la fête. Elles étaient aussi fort nombreuses. Leur travail a été surtout un travail de nettoyage, débarrassant les différentes voies de tout ce qui pouvait offusquer l’œil ou gêner la circulation. Elles s’en sont acquittées admirablement bien.

Mentionnons encore, à la date du 2 août, un groupe de personnes de Nantes, renforcé par un autre groupe venu de la Roche-Bernard. Ayant sollicité comme une faveur de pouvoir monter quelques wagonnets chargés au sommet du Calvaire, cette faveur leur fut accordée sans peine.

Enfin, une autre demande du même genre ne pouvait manquer d’être bien accueillie par le R. P. Directeur du Pèlerinage.

Neuf Filles de la Sagesse désignées pour la mission d’Haïti, où leurs devancières ont déjà fait tant de bien, en donnant l’instruction et l’éducation chrétiennes à une foule de jeunes Haïtiennes, avaient déjà quitté la Maison-Mère de Saint-Laurent pour aller s’embarquer à Saint-Nazaire.

Par suite d’un ajournement dans leur départ, elles durent passer quelque temps au Calvaire. Leur présence, certes, ne fut pas inutile pour les préparatifs de la fête, à laquelle elles assistèrent. Mais, le moment de s’embarquer venu, elles déclarèrent qu’elles aussi voulaient emporter, là-bas, le titre de travailleuses volontaires, et avoir leur pierre au Calvaire de leur saint Fondateur.

La pierre fut extraite de la carrière, chargée sur Wagon, montée et mise en place au sommet de la Colline. Si quelqu’une d’entr’elles, repassant un jour l’Océan, vient prendre, ici, quelque repos, elle pourra la reconnaître. Puissent, du moins, ces souvenirs être pour toutes un réconfort, au milieu de leurs travaux si pénibles, de leurs fatigues si accablantes !

Mlles furent aidées dans leur travail par un certain nombre de jeunes filles de la paroisse de Saint-Jean-de-Boiseau qui se trouvaient très opportunément, ce jour-là, en pèlerinage au Calvaire.

N° 2 Novembre 1897

Pour les Statues du Chemin de Croix

Il n’est presque pas de visiteurs qui après avoir parcouru, en compagnie de l’un de nous, le Pèlerinage et admiré les beaux groupes de statues déjà placés sur la Voie douloureuse, ne fasse cette question : « Et, quand compléterez-vous les autres groupes, quand achèverez-vous ce beau travail? »

La réponse est toujours la même : — « Quand les ressources du Pèlerinage nous le permettront. »

« Chacun de ces groupes complets doit, en effet, coûter fort cher !» — « Assurément, il faut compter pour chacun nue somme considérable. »

« Quel peut être le prix d’une de ces statues? »

« Il en est qui sont estimées plus, d’autres moins, mais on peut dire que la moyenne est de huit cents francs. » — « Et, il vous en faudrait encore…? » — « Une trentaine environ. »— « Des dons vous sont faits? » — « Sans doute quelques mains généreuses se sont ouvertes en faveur de notre Œuvre, et nous espérons que l’exemple qui a été si bien donné sera suivi, mais nous comptons beaucoup sur les modestes offrandes. »

Après cela, il ne peut pas y avoir lieu, n’est-il pas vrai? de s’étonner si l’on songe à recourir à un moyen bien connu de faire participer à la bonne Œuvre les plus humbles bourses : Une petite loterie Ou tombola, à vingt-cinq centimes le billet.

C’est; il est vrai, la seconde fois ; mais, la première date déjà de quatre ans. Nous venons, pour nous en assurer, de consulter la Collection des vieux Amis de la Croix. C’est le 10 septembre 1893 qu’eut lieu le grand tirage des billets, au milieu d’un concours très nombreux de pèlerins.

Ce fut un véritable succès ; et le résultat fut l’achat immédiat d’un certain nombre des grandes et belles statues de notre Chemin de Croix.

Il est certain qu’en les voyant, nul ne regrette se, vingt-cinq centimes, quand même il ne s’est pas trouvé parmi les numéros gagnants.

Au moment où nous écrivons ces lignes, la nouvelle loterie ou tombola commence, déjà à s’organiser. On prépare les lots, dont nous pourrons donner, dans un prochain numéro, une liste non dépourvue d’intérêt. On commence à distribuer des listes, et nous pourrions citer des aujourd’hui telles paroisses, où elles circulent et sont très bien accueillies, d’où même on a écrit pour en demander de nouvelles.

Tout présage donc, dès maintenant, un succès. Mais, pour que ce succès soit sérieux et complet, il nous faut, on le comprendra sans peine, le concours d’un grand nombre de bonnes volontés. Nous espérons bien que ce concours ne nous manquera pas.

Telles personnes auront la bonne pensée d’offrir un ou plusieurs lots. Les unes, en regardant autour d’elles, verront tel objet dont elles peuvent se défaire sans grande difficulté. D’autres songeront à en fabriquer elles-mêmes, de leurs mains. On sait qu’en pareil cas, vases, tableaux, vêtements, bibelots de divers genres, tout est accepté avec reconnaissance.

D’autres personnes dévouées à l’Œuvre du Calvaire, comme il en est certainement un bon nombre parmi les lecteurs et les lectrices de l’Ami de la Croix, voudront bien se faire zélateurs et zélatrices de l’Œuvre, en se chargeant d’une liste et en sollicitant les souscriptions de leurs proches, de leurs voisins, de leurs connaissances. Il y a déjà des listes prêtes, et les personnes qui se sentent cette bonne volonté sont instamment priées d’en faire la demande.

Tous enfin, selon leurs moyens, auront à cœur de contribuer à la bonne Œuvre. Le Bienheureux Montfort, qui ne manquera pas d’y mettre la main, fera le reste.

Il ne peut pas être question, en ce moment, de fixer un temps pour la clôture des listes, ni de marquer un jour pour le tirage des billets. On attendra sans doute le retour de la belle saison, et l’on a du temps devant soi; mais il est toujours bon de s’y prendre à l’avance, et plus tôt que trop tard.

Probablement, on songera à organiser une petite exposition des lots. L’Ami de la Croix tiendra ses lecteurs au courant de tout.

Toutes les précautions seront prises, cette fois, pour que les souscripteurs éloignés ne reçoivent pas trop tardivement les lots qui leur seront échus et auxquels ils ont droit de tenir, quelque minime qu’en soit la valeur, comme souvenir du Pèlerinage du Calvaire.

Et maintenant, à l’œuvre ! pour le triomphe de Jésus crucifié, et de son serviteur Montfort!

N°3 Décembre 1897

Travaux du Calvaire

²Ainsi que nous l’avons annoncé, la reprise des travaux a eu lieu pendant ce mois. Mais, pour diverses raisons, le R. P. Directeur du Pèlerinage a dû se borner à convoquer un petit nombre de paroisses, bien qu’un bon nombre aient témoigné le désir de venir, désir qui sera satisfait à bref délai.

Pour aujourd’hui, nous n’avons à enregistrer que six journées de travail. On peut en constater l’heureux emploi dès à présent, en voyant l’élargissement du sentier qui conduit de la plate-forme sur laquelle s’ouvre la grotte d’Adam, au sommet du Calvaire, dont l’accès est maintenant plus facile.

Paroisse de Saint-Malo-de-Guersac

Les braves travailleuses de cette paroisse avaient, croyons-nous, sollicité elles-mêmes l’honneur de donner cette première journée et de commencer la campagne. Elles ont bien montré qu’elles en étaient dignes par leur dévouement et leur ardeur au travail.

Paroisse de Crossac

Mercredi 10 novembre. — Le nom de cette paroisse si dévouée ne pouvait tarder plus longtemps à paraître. Ce n’est pourtant guère que les hommes d’un seul village qui ont été convoqués, village qui mérite d’être nommé: Quémené. Et ils forment à eux seuls un groupe digne de représenter une paroisse entière. M. le Maire de Crossac est à leur tête, et pour le travail ne cède son rang à personne. La vaillance de tous est connue.

Paroisse de Drefféac

Jeudi 11 novembre. — On avait oublié, paraît-il, de faire la convocation, comme il était d’ordinaire, du haut de la chaire, le dimanche. Pour y suppléer, les enfants des écoles ont été chargés de la faire connaître dans les différents villages. On voit que la commission a été bien faite. Mais, de plus, il est évident que bon nombre de fillettes ont profité de l’occasion pour solliciter la faveur d’accompagner la mère ou les grandes sœurs. Grandes et petites travailleuses montrent égale activité et bonne volonté.

Paroisse de Massérac

Mardi 16 novembre. — Voici, certes, un beau bataillon de travailleurs sous la conduite de l’excellent Curé et du Vicaire de la paroisse. Quelle foi et quel dévouement ne faut-il pas supposer dans le cœur de ces braves chrétiens ! Il leur a fallu pour venir ici prendre le chemin de fer de bonne heure, au de la de Redon.

Ils ne s’épargnent pas à la besogne, déracinant et roulant des pierres énormes qui avaient résisté à d’autres bras. Ils les montent en chantant jusqu’au sommet de la colline. Ce soir, ils vont rentrer dans leurs demeures à une heure un peu tardive, mais heureux et contents, nous le savons, de cette journée donnée à Dieu et si bien sanctifiée par la prière et le travail.

Paroisse de Crossac

Mercredi 17 novembre. — Nous pensions bien que, la semaine dernière, ce n’était pour Crossac qu’un début, qu’un commencement. La compagnie des travailleurs d’aujourd’hui, recrutée dans une autre partie de la paroisse, ne le cède en rien à la première.

Cependant la chaleur est vraiment extraordinaire pour la saison. Lorsque, dans l’après-midi, nous traversons le chantier, nous voyons la sueur ruisseler sur tous les fronts.

Paroisse de Montoir

Jeudi 18 novembre. — Ce sont les braves volontaires de Montoir en Bretagne. Ils méritent bien ce titre, se groupant, s’organisant eux-mêmes, demandant seulement qu’on leur assigne un jour à l’avance. Ici, travailleurs d’un côté, travailleuses de l’autre rivalisent d’ardeur. Ils ont donné, une fois de plus aujourd’hui, la preuve d’une foi bien vive, et d’une générosité au-dessus de tout éloge.

Le vendredi 19 novembre: Le temps a bien changé. Un brouillard épais entoure le Calvaire, et il n’y a pas de travailleurs annoncés pour aujourd’hui. Et cependant on entend de ce côté des chants animés. Puis, peu à peu, à travers la brume, on distingue des pioches qui se lèvent, des wagonnets qui roulent. Ce sont nos jeunes novices auxquels le R. P. Maître a jugé bon d’accorder cette distraction bien désirée. C’est une journée joyeuse et bien remplie pendant laquelle ils courent, chantent, travaillent avec tout l’entrain de leurs dix-huit ou vingt ans, et en vrais apprentis de la vie apostolique de Montfort.

N° 4 Janvier 1898

Travaux du Calvaire

Paroisses de Pierric et de Beslé

La première semaine de l’Avent a compté deux pèlerinages de travail vraiment remarquables. En ce moment, les paroisses voisines qui ont montré, plus d’une fois, leur zèle et leur dévouement, cèdent la place aux paroisses plus éloignées, qui n’ont étés invitées que plus tardivement.

Et celles-ci ont à peine entendu l’appel qu’elles y répondent avec enthousiasme.

Nous ne savons pas au juste la distance qui nous sépare de Pierric et de Beslé.

Mais nous savons que pour avoir la réduction au chemin de fer, il a fallu traiter avec les deux Compagnies de l’Ouest et de l’Orléans, et que pour arriver, ici, à huit heures, on s’est levé à deux heures du matin. Tous les obstacles ont été surmontés, toutes les difficultés vaincues.

Le premier bataillon, de quatre-vin-dix hommes, est conduit par M. l’abbé Grelet, vicaire de Pierric»

Le second ayant à sa tête, M. le Curé de Beslé en compte cent dix. Tous arrivent, en groupe, au Calvaire, leur outil sur l’épaule, et chantant joyeusement. Que dire de leur ardeur au travail ? C’est à peine si l’on peut suffire à leur tracer la besogne, tant elle est expédiée promptement.

L’un et l’autre groupe ont extrait, traîné des pierres énormes qui méritent d’avoir un nom : Ici la pierre de Beslé, là, la pierre de Pierric.

Dans ces belles journées, la piété a eu aussi sa large part. M. le Curé de Beslé a dit en arrivant la messe pour ses travailleurs. Au milieu du jour, la visite des stations du pèlerinage s’est faite au chant des cantiques redits par toutes les voix, formant un chœur vraiment imposant. Il en a été de même pour les chants liturgiques au Salut du Très-Saint-Sacrement.

L’accent même avec lequel tous, en partant nous disaient : Au revoir ! montrait assez combien ils étaient heureux et contents de leur journée donnée à Dieu et au B. Père de Montfort.

Paroisses de Crossac, de St-Vincent-sur-Oust et de St-Péreux

La seconde semaine de l’Avent a eu aussi ses deux belles journées de travail.

La première a été donnée, le mardi 7 décembre, par la paroisse de Crossac, dont le nom est déjà revenu deux fois sous notre plume depuis la reprise des travaux, cette année. Précédemment, quelques villages seulement avaient été convoqués ; mais aujourd’hui, c’est à tout le reste de la paroisse qu’il a été fait appel. Aussi, les travailleurs sont-ils nombreux. Que dire de plus de nos bons et excellents voisins ? On connaît leur attachement à la mémoire du saint missionnaire, qui, jadis transforma leur paroisse, leur confiance entière en son intercession, et leur dévouement pour l’Œuvre de son Calvaire. Ils en donnent une fois de plus aujourd’hui une preuve éclatante.

Ce sont de nouvelles recrues qui nous arrivent, le jeudi dans la même semaine.

Les paroisses Morbihannaises de St-Vincent-sur-Oust et de St-Péreux, qui autrefois n’en faisaient qu’une, ont formé ensemble ce beau bataillon de cent soixante-dix travailleurs volontaires. Comme équipe de travail, c’est beau. Comme chœur de chant, c’est magnifique. Nous savions déjà qu’à St-Vincent-sur-Oust, et à St-Péreux, tous chantent aux offices de l’Eglise, qui sont toujours très suivis. Mais, il faut les entendre, ici, à la messe, le matin, sur la lande dans la journée, et au salut du soir. En vérité, les chœurs formés à grands frais, dans certaines paroisses, ne valent pas cette masse de voix d’hommes chantant les hymnes de l’Eglise, ou les cantiques du B. Père de Montfort.

Quant au travail, inutile de dire que tant de bras vigoureux ont fait grande et bonne besogne.

M. le Recteur de St-Péreux était présent. M. le Recteur de St-Vincent-sur-Oust était représenté par son digne vicaire. Nous savons que ces Messieurs ont été très heureux du succès de la journée. Et les braves travailleurs qui venaient de voir le Calvaire une première fois, le quittaient en disant : Nous reviendrons !

Paroisses de Besné, de Guénouvry et de Ste-Reine

Dans la troisième semaine de l’Avent, les trois paroisses que nous venons de nommer ont donné chacune leur journée au Calvaire. Il en est deux, inscrites, depuis longtemps déjà, et plusieurs fois au Livre d’or des Travailleurs. Elles nous permettent bien de saluer tout d’abord Guénouvry qui nous vient, pour la première fois des bords éloignés de la Vilaine. Les bons habitants de Guénouvry ont répondu sans retard, et avec un empressement admirable au premier appel qui leur a été fait. Ils ont à leur tête en arrivant, et pendant toute la journée, leur excellent Pasteur et son jeune vicaire. Au travail, l’ordre est parfait. Ils sont prêts à tout, qu’il s’agisse de traîner les wagons pour achever certains terrassements au flanc de la colline, ou de tracer de nouvelles voies sur le terrain qui s’étend en face du Calvaire. Aux exercices religieux, tout est édifiant, toutes les voix s’animent pour chanter la Croix et les louanges du Bienheureux Montfort qu’ils invoqueront désormais plus souvent et avec une plus grande confiance. Bien que, nous dit-on, les travailleurs de Guénouvry habitent un pays très beau, et fort pittoresque, ils partent enchantés d’avoir vu notre lande qu’ils ne connaissaient que par ouï-dire, et qu’ils se proposent bien de revoir.

Dans les deux autres journées, Besné et St-Reine ont affirmé une fois de plus, leur bonne volonté et leur dévouement bien connu à l’Œuvre du Calvaire. Merci, en particulier, à M, le Curé de Besné et à son nouveau vicaire, que n’ont point arrêtés, ainsi que leurs braves, plusieurs ondées abondantes tombées, le matin.

Paroisses de Rieux, de St-Jean de la Poterie, de Drefféac, et villages de Casso en Pontchâteau.

La quatrième semaine de l’Avent a eu aussi ses trois journées de travail.

Pour deux de ces journées, le mercredi et le jeudi, c’étaient des travailleurs anciens et émérites qu’il nous était donné de revoir. Le froid assez rigoureux n’a pas empêché un certain nombre d’hommes dévoués de Drefféac et des environs de Casso de venir donner encore un bon coup de main pour l’achèvement des travaux du Calvaire.

La journée du mardi avait été plus mouvementée. C’étaient de nouveaux travailleurs, nous venant encore de l’excellent pays morbihannais. Les deux paroisses de Rieux et de St-Jean de la Poterie ont formé, pour ce jour-là, une belle compagnie de cent trente hommes : Les deux bons recteurs en ont confié la direction à leurs vicaires M. l’abbé Lafolye et M. l’abbé X…. Ils ont pris le train de Bretagne, à Redon, et parcouru d’un pas rapide le chemin de Pontchâteau au Calvaire, où ils arrivent à une heure bien matinale, pour la saison. La journée commence par l’assistance à la sainte messe.

Et, telle est l’ardeur au travail de ces braves bretons, qu’ils se plaindraient presque de n’avoir pas assez de pierres et de terre à remuer. C’est avec enthousiasme qu’ils acclament â plusieurs reprises la Croix et le Bienheureux Montfort.

Et le soir, en partant, ils redisent encore, avec entrain, les refrains de la journée.

N° 5 Février 1898

Les travaux

Nous venons de dire tout-à-l ‘heure, que les malades ont été, malheureusement très nombreux, pendant ce mois, dans toute la contrée environnante. C’est la raison pour laquelle les journées de travail ont été peu nombreuses, dans ce même laps de temps. Comment quitter le village, quand, presque dans chaque maison, il y avait quelque malade à soigner ?

Cependant, les pèlerins, qui, dès les premiers beaux jours du printemps, vont venir visiter le Calvaire, s’apercevront, au premier coup-d’œil, de changements et d’améliorations notables.

Tout d’abord le terrain qui s’étend entre le Calvaire et la route de Guérande, vient d’être entouré d’une clôture. Cette clôture n’est pas riche, mais suffisante pour empêcher les animaux qui passent continuellement sur la route, de s’approcher du Calvaire. Du reste, elle est provisoire, et disparaîtra lorsque la haie d’aubépine, qu’on vient de planter, et qu’elle protège, formera elle-même, une clôture verdoyante.

Entre les deux grandes voies dont, l’une n’est autre que la voie douloureuse, aboutissant au Calvaire, et l’autre donnant accès au Saint-Sépulcre, s’étend une vaste pelouse, coupée par de larges allées déjà tracées. Au point d’intersection de ces allées, un massif de fleurs tranchera sur la verdure. Les deux voies dont nous venons de parler, ont déjà leurs rangées d’arbres plantées.

Enfin, aux deux extrémités, il reste assez d’espace pour deux bosquets, qui encadreront le tout. L’un de ces bosquets est déjà, en partie aménagé.

Pour tout ce travail, il n’y a eu, pendant ce mois, nous l’avons dit, que quelques journées, mais très bien employées ; aussi, est-ce un devoir pour nous de les mentionner avec éloges :

Paroisse de Missillac 29 décembre

Les habitants de Missillac avaient, ces temps derniers, en construction, leur église. Leur concours devait d’abord aller là. Mais, maintenant cette magnifique église est achevée. Sa flèche d’une blancheur éclatante est un des points les plus remarqués dans le vaste horizon qu’on embrasse du haut du Calvaire. Missillac en donnant cette dernière journée de l’année 1897 a montré qu’il n’oubliait point le Calvaire du Bienheureux Montfort. Les travailleurs, malgré le temps peu favorable, étaient nombreux, et se sont montrés pleins de courage et d’ardeur.

Paroisse de Campbon 11 Janvier

Un appel fait aux Campbonnais est toujours entendu. Ils forment aujourd’hui, une belle compagnie de travailleurs excellents au milieu desquels, nous voyons M. l’abbé Varron, vicaire, toujours très actif, lui-même. Aucun travail ne leur est étranger. Ce sont eux qui font la clôture dont nous avons parlé plus haut, enfonçant solidement, à grands coups de masse, les pieux, tendant avec adresse les fils de fer. Ce sont eux aussi qui ont tracé, en partie, les allées de la pelouse.

Paroisse de St Roch 20 janvier

Ce sont aussi des travailleurs prêts à tout faire, que nos bons amis de la paroisse de St-Roch. Tandis que les uns achèvent le tracé des allées et le nivellement de la pelouse, les autres s’occupent de plantations. Les trous sont faits selon les règles. Chaque espèce de terre qui en est extraite est mise à part, celle qui doit recouvrir immédiatement les racines, et celle qui sera mise au ras du sol. On dirait vraiment des gens du métier.

*

Le lendemain, quelques-uns de nos bons voisins du village des Métairies, village spécialement béni autrefois par le Père de Montfort, sont venus continuer les plantations. Ils se sont acquittés de leur tâche avec la même dextérité que les travailleurs de la veille.

La dernière semaine de janvier dont nous ne pouvons pas rendre compte, dans le présent numéro, s’annonce comme devant être très avantageuse pour l’avancement des travaux.

Les Statues

Mais, avec l’avancement de ces travaux, ce que l’on désire très vivement, nous le savons, c’est de voir se compléter les groupes de notre chemin de Croix monumental, de voir mis en place ceux qui manquent encore totalement. Nous sommes heureux d’annoncer qu’on pourra voir prochainement la quatorzième station: Jésus porté au tombeau. Ce groupe qui se compose de sept grandes statues est complètement achevé et prêt à être expédié de la fonderie. Il est probable que nous le recevrons, dans les premières semaines du Carême, et qu’il sera en place, aux abords du Saint – Sépulcre, avant les fêtes de Pâques.

Nous ne le connaissons que par une photographie qui nous est passée sous les yeux. Nous en parlerons plus tard.

Il n’y aura plus ensuite à attendre que la première et la neuvième station. La première : Jésus est condamné à mort par Pilate, est déjà à l’étude, et la neuvième suivra, sans doute, dans un assez bref délai.

Il restera encore, il est vrai, à compléter plusieurs stations, et pour cela, un certain nombre de statues sont nécessaires.

Il ne faut pas s’étonner qu’une Œuvre aussi considérable ait demandé un laps de temps assez long, surtout si l’on sait qu’elle ne dispose d’autres ressources que celles mises, au jour le jour, à sa disposition, par ceux qui veulent bien s’y intéresser.

Mais, c’est surtout lorsqu’on est ainsi près d’atteindre le but, que toutes les bonnes volontés s’animent, s’encouragent mutuellement, et nous avons bien la confiance qu’il en sera ainsi.

N° 6 Mars 1898

Travaux

Le bienheureux Montfort, si mortifié pour lui-même, était, comme tant d’autres saints, très doux et plein de compassion pour les autres. Il paraît bien que cette année, il a dû plaider, en haut lieu, pour que ses chers travailleurs n’eussent pas trop à souffrir des intempéries de la saison. Pas une journée ne se termine, sans qu’on entende dire et répéter au départ : « Comme nous avons été favorisés ! Quel magnifique temps nous avons eu! »

Parmi ces journées, il en est qui ont été données par des paroisses dont nous avons transcrit le nom déjà bien des fois ; mais il est aussi des noms nouveaux que nous sommes heureux de voir sur notre liste, pour la première fois.

La Chapelle-des-Marais

25 janvier. — Appelés dès la première heure, les hommes de la Chapelle-des-Marais sont bien de ceux sur lesquels on peut compter jusqu’à la dernière. Ils aiment le bienheureux Montfort, et restent toujours attachés à son Calvaire. On les voit exécuter aujourd’hui les travaux qui leur sont demandés avec l’ardeur et le savoir-faire que nous leur connaissons depuis longtemps.

Saint-Joachim

26 janvier. — Tout ce que nous venons de dire des hommes de la Chapelle-des-Marais peut se dire aussi des braves travailleurs de Saint-Joachin. Il nous semble même qu’ils sont aujourd’hui plus nombreux que jamais. L’activité est grande, et ne fait que s’accentuer, lorsque M. l’abbé Blois, qui n’avait pu venir dès le matin, apparaît sur le chantier. La satisfaction est telle, à la fin de la journée, que plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une nouvelle convocation à bref délai.

Cordemais

27 janvier. — C’est pour la première fois que Cordemais se met en campagne, pour venir au Calvaire. Mais, comment cette expédition ne réussirait-elle pas, ayant à sa tête, les deux autorités religieuse et civile, M. le Curé et M. le Maire. Aussi, est-ce un succès complet. Les hommes de Cordemais ont travaillé à merveille, aux nivellements, aux plantations. Ils ont parcouru avec un intérêt marqué, les stations du pèlerinage que la plupart d’entre eux ne connaissaient pas. Ils partent, après le salut du soir, tous enchantés d’avoir donné cette journée au bienheureux Montfort. Celui-ci, nous n’en doutons pas, saura bien le leur rendre, en protégeant leurs cultures, si bien soignées, nous dit-on, que le blé de Cordemais est toujours réputé le plus beau de la contrée.

La Chapelle-Launay

31 janvier. — Parmi les amis du Calvaire, il n’en est certainement pas de plus dévoués, de plus constants, de plus fidèles que l’excellent Curé de la Chapelle-Launay et ses bons paroissiens. Qu’ils soient bénis du ciel, une fois de plus, pour le concours qu’ils donnent encore aujourd’hui à nos travaux ! Quels braves gens, et quels excellents chrétiens, disent ceux qui les ont vus à l’œuvre, pendant la journée, ou qui, même, ont eu simplement l’occasion de leur dire un mot, en passant. Nous ne pouvons que nous associer à cet éloge.

Saint-Gorgon (Morbihan)

3 février. — Nom nouveau, mais qui, assurément dès la première fois, mérite d’être mentionné très honorablement. Qu’on en juge : Ces bons bretons nous arrivent au Calvaire à une heure plus matinale que d’ordinaire nos proches voisins. Et nous savon cependant que Saint-Gorgon est bien loin d’ici, loin même de la voie ferrée. M. le Recteur nous donne l’explication : On s’est levé à deux heures du matin, il le fallait bien pour ne pas manquer lu train; et l’on s’est mis en chemin, qui à pied, qui en carriole, et à la gare, pas un inscrit ne manquait à l’appel. Et, en ce moment, tous dispos pour le travail, qui ne commencera, il est vrai, qu’après l’assistance à la messe dite par M. le Recteur. La journée est très animée, cela va sans dire. Les refrains de cantiques sont redits avec enthousiasme, aussi bien que les chants liturgiques au salut du Saint-Sacrement le soir, avant le départ.

Au revoir, et bon retour, braves travailleurs du Saint-Gorgon !

Sévérac

9 février. — Les travailleurs de Sévérac sont pour nous d’anciennes connaissances. Mais ils ont aujourd’hui à leur tête leur nouveau pasteur qui les guidera dans la bonne voie, comme l’ancien, ont il était, nous dit-on, l’ami et le confident. Sévérac montre bien, par cette excellente journée de travail, que rien n’est changé pour son attachement et son dévouement au Calvaire du bienheureux Montfort.

Donges

10 février. — Encore une de ces paroisses où le souvenir du bon Père de Montfort se conserve très vivant, et où il a des clients très dévoués. On le voit bien chaque fois que Donges est convoqué. Et il nous semble que les travailleurs sont aujourd’hui plus nombreux et plus actifs que jamais. M. le Curé est remplacé par M. l’abbé Oheix, vicaire, dont l’ardeur au travail ne saurait passer inaperçue dans la journée. Nous ne croyons pas commettre une indiscrétion, en nous passant le plaisir d’ajouter que nous avons aussi, dans cette journée, une preuve bien frappante que, dans le personnel des écoles laïques, il y a encore de bons et vaillante chrétiens.

Guenrouët

15 février. — Très heureux de revoir à la tête du groupe de travailleurs qui nous vient aujourd’hui M. l’abbé Babin, naguère vicaire à Besné, qui était de toutes ces brillantes journées de travail, présidées toujours, il est vrai, par son ancien curé. Il remplace à Guenrouët un autre ami du Calvaire le regretté M. Avenard. Si, en quittant Besné, il a gardé toutes les sympathies et son zèle pour l’œuvre du Calvaire, il retrouve dans les travailleurs d’aujourd’hui la même bonne volonté, le même dévouement que dans ceux qu’il accompagnait, ici, autrefois.

Théhillac

16 février. — C’est une paroisse morbihannaise d’en deçà de la Vilaine, qui nous vient pour la première fois. M. l’abbé Guyot, ancien vicaire de Férel, nouvellement nommé recteur, porte un nom qui n’est pas oublié dans la famille religieuse de Montfort. Il ne pouvait manquer d’accueillir chaudement le projet de faire concourir sa paroisse aux travaux du Calvaire. La population de Théhillac n’est pas grande, et des raisons particulières au jour, et d’imprévues, ont arrêté quelques bonnes volontés. Ce n’est donc pas une nombreuse troupe, mais un petit corps d’élite que nous avons, en ce moment, sous les yeux, et qui s’acquitte admirablement de sa tâche, à la satisfaction de tous, et en particulier du bon recteur. Du reste, Théhillac ne nous a pas dit son dernier mot.

Saint-Gildas-des-Bois

17 février. — L’éloge des travailleurs de Saint-Gildas n’est plus à faire. Disons seulement que leur nombre aujourd’hui dépasse les prévisions du Père Directeur. On en profite pour mettre en place les énormes rochers, qui n’avaient pu être traînés, les jours précédents, à cause de l’insuffisance des bras. Etaient présents M. le Doyen, son vicaire, les bons Frères de la Doctrine Chrétienne, qui nous ont témoigné, plus d’une fois, qu’ils n’avaient pas du meilleur congé qu’une journée de travail au Calvaire.

Que de générosité on trouve parfois dans les hommes du peuple! Un brave ouvrier du chemin de fer, assistant le matin au départ, retenu par le devoir, et ne pouvant être de la partie, remet au Frère Directeur pour l’Œuvre du Calvaire, une pièce de deux francs, le prix de sa journée !

Saint-Roch

18 février. — Nous avons vu naguère les hommes du Saint-Roch, aujourd’hui ce sont des travailleuses qui nous viennent de la même paroisse. La tâche qui leur est confiée demande un soin spécial et semble aussi particulièrement leur convenir. Pour rompre la monotonie rocheuse des flancs de la colline, il faut un peu de verdure, et par conséquent quelques plantations. Des trous sont d’abord creusés, puis garnis d’une terre plus friable que les travailleuses apportent dans des paniers, et l’arbuste vient prendre la place qui lui est ainsi préparée. Tout cela se fait avec beaucoup d’ordre. Et, il ne reste plus qu’à faire des vœux pour que les lauriers, les aucubas, les fusains, les youcas reçoivent assez de fraîcheur pour prendre racine et prospérer.

Village de Bergon en Missillac

23 février. — Le jour des Cendres, après la pieuse cérémonie du matin, les travailleuses de Bergon, toutes si dévouées, continuent très heureusement les plantations d’arbustes commencées par les travailleuses de Saint-Roch. Elles y apportent la même ardeur, et le même soin. Et les flancs dénudés de la colline se transforment peu à peu.

Les bonnes travailleuses prennent tellement à cœur ces plantations, qu’elles s’engagent à venir nettoyer leurs parterres, comme elles disent, arracher les mauvaises herbes, etc.

Allaire (Morbihan)

24 février. — Il nous faudrait plus d’espace que nous n’en avons pour rendre compte de cette dernière et belle journée, qui n’est encore que commencée au moment où nous écrivons ces lignes. Ils sont cent cinquante hommes, tous munis de leurs instruments de travail, arrivant ici dès avant huit heures. Après une courte visite à la chapelle, et une halte à l’hôtellerie, on monte la colline pour acclamer la Croix. Puis les pioches et les pelles sont en mouvement. Nul doute que les derniers nivellements à faire autour du Calvaire ne touchent bientôt à leur fin. Dans la soirée, de gros blocs de pierre seront mis en place. Les plus forts ne résisteront pas à tant de bras vigoureux.

On comptait sur la présence du vénérable recteur doyen d’Allaire. Peut-être arrivera-t-il par un autre train. Il est remplacé, en ce moment, par H. l’abbé Lorgeaux, premier vicaire.

Nous ne disons rien de la piété de ces excellents chrétiens à la visite des diverses stations du pèlerinage. Leurs voix forment un chœur magnifique .m chant des cantiques.

En parlant des travaux du Calvaire, un don fait récemment mérite d’être signalé.

On comprend sans peine que, sur un chantier aussi animé, l’outillage s’use vite et a besoin d’être renouvelé.

Une bonne personne de Montoir voyant le triste état de la plupart des pelles anciennes, a eu la bonne pensée d’en faire déposer, ici, trente-six nouvelles, qui ont déjà rendu de très appréciables services.

Au nom de l’Œuvre, qu’elle soit remerciée !

Merci aussi pour les divers envois de lots qui ont eu lieu dans ces dernières semaines, notamment d’une caisse venant de Paris, admirablement garnie d’objets utiles et de bibelots intéressants.

N° 7 Avril 1898

Travaux du Calvaire

Paroisses des Fougerets et de Saint-Martin.

3 mars. — A mesure que les travaux du Calvaire approchent de leur fin, il semble que cette œuvre si belle suscite des actes de générosité et de dévouement de plus en plus admirables. Les deux paroisses que nous venons de nommer sont bien loin du Calvaire, et même à une grande distance de la voie ferrée. Cependant, l’administration du Chemin de fer d’Orléans a consenti à faire partir de Saint-Jacut, gare la plus rapprochée, le train qui d’ordinaire part de Redon pour Nantes. Même pour s’embarquer à ce point plus rapproché, il faudra partir dès deux heures du matin, et de meilleure heure encore. Quelques-uns même ne prendront pas de repos cette nuit ; mais tous sont fidèles au rendez-vous à l’heure fixée.

Ce pèlerinage de travail devait se composer uniquement d’hommes ; mais une circonstance non prévue, en fixant le jour, ne l’a pas permis.

C’était le jour de la révision au chef-lieu de canton. La compagnie d’Orléans, en accordant la faveur dont nous venons de parler, exigeait le chiffre de deux cents personnes. Ce chiffre a été bien vite dépassé lorsque les travailleuses ont été admises à se faire inscrire. Et c’est une procession très édifiante de deux cent soixante personnes que nous voyons arriver, dès avant huit heures, au Calvaire. Tous assistent pieusement à la messe dite par M. le Recteur des Fougerets. On y entend chanter de pieux cantiques ; et plus d’une fois dans la journée, les mêmes voix les feront redire aux échos de la lande. Bientôt, tous les bras sont en mouvement autour de la colline. D’un côté, le groupe des travailleurs, de l’autre le groupe des travailleuses qui rivalisent d’activité et d’ardeur. Il va sans dire que le temps est donné à tous pour satisfaire leur pieuse curiosité et leur dévotion en visitant les stations du pèlerinage, que tous, en partant, se promettent de venir revoir.

Outre M. le Recteur des Fougerets, étaient présents M. l’abbé Serviget, vicaire de Saint-Martin, et un de ces Messieurs vicaires de Malansac, que personne n’avait oublié au Calvaire, depuis la journée des mille, l’année dernière, journée dans laquelle il commandait un bataillon d’élite.

Paroisse de Besné.

4 mars. — Nous avions vu, il y a quelques semaines, les travailleurs de Besné, nous ne pouvions tarder longtemps à voir les vaillantes travailleuses de la même paroisse. Elles se montrent aujourd’hui dignes de la réputation de foi et de dévouement qui leur est acquise et qu’elles ne peuvent manquer de conserver, sous la conduite de leur zélé Pasteur.

Paroisse de Guémené-Penfao.

C’est pour la première fois que cette grande et belle paroisse vient apporter son concours aux travaux du Calvaire. Elle est certes bien représentée par cette compagnie de soixante-dix hommes bien détermines. M. l’abbé Loyer et M. l’abbé Lesage, vicaires, donnent admirablement l’exemple et encouragent de la voix. Et tous, à la fin de la journée, paraissent enchantés de la manière agréable et édifiante dont elle s’est passée.

Paroisses de Conquereuil et de Guenrouët.

11 mars. — Comme il est arrivé quelques autres fois, deux paroisses se trouvent à venir le même jour. L’inconvénient n’est pas grave, si même il y en a. Le terrain est assez vaste pour former deux chantiers, et la journée n’en sera que plus belle et plus animée.

M. le Curé de Conquereuil et son vicaire, M. l’abbé Durand, débarqués de bonne heure à Pontchâteau par le chemin de fer, arrivent les premiers, avec cinquante braves travailleurs. Un peu plus tard, ce sont deux cents travailleuses de Guenrouët qui apparaissent au Calvaire. Les bras ne manquent pas pour former la chaîne et faire passer les paniers chargés de main en main. Du reste, les femmes de Guenrouët sont habituées déjà à cette manœuvre, et tout se passe dans un ordre parfait. D’autre part, les hommes de Conquereuil s’acquittent avec autant d’adresse que d’activité des divers travaux qui leur sont demandés. C’est vraiment une journée très avantageuse pour l’avancement des derniers embellissements du Calvaire.

M. le Curé de Guenrouët, M. l’abbé Martin, son vicaire, aussi bien que ces Messieurs de Conquereuil, qui n’avaient pas encore assisté à un pèlerinage de travail, témoignent hautement de leur satisfaction.

Paroisse de Montoir

17 mars. — C’est le jour de la Mi-carême, jour réservé, depuis plusieurs années déjà, aux volontaires si dévoués de Montoir. Leur piété envers le bienheureux de Montfort, leur ardeur au travail, leur générosité sont connus de tous nos lecteurs. Et bien qu’absent du Calvaire en ce moment, nous savons que cette journée a été pour eux, comme les précédentes, remplie d’édification et d’une douce joie.

État présent du Calvaire

Voici le retour de la saison des pèlerinages. Les pèlerins qui n’ont pas visité le Calvaire depuis l’année dernière pourront constater, en le voyant, qu’on n’a pas inutilement travaillé depuis à son achèvement, à son embellissement.

On se rappelle qu’à la grande fête du 8 septembre le sommet seul de la colline avait reçu sa formé définitive et son couronnement de statues représentant le Dépouillement, le Crucifiement et la Mort de Notre-Seigneur, que complétait le groupe touchant du corps de Jésus descendu de la Croix et remis entre les bras de sa mère.

Par ailleurs, les abords du Calvaire, le pied et les flancs de la colline, ne ressemblaient que trop à un vaste chantier, où l’on voit des amoncellements de terre et des matériaux divers jetés pêle-mêle. A peine si les deux voies d’entrée et de sortie offraient au visiteur un passage convenable.

Grâces à Dieu et au dévouement, à la constance de nos travailleurs volontaires, il n’en est plus ainsi.

Et, tout d’abord, les deux voies dont l’une est le prolongement de la voie douloureuse montant au Calvaire, et l’autre qui doit être suivie pour en descendre, en passant au Saint-Sépulcre, sont non seulement dégagées et aplanies, mais plantées d’arbres et d’arbustes qui, dès cette année, nous donneront sinon de l’ombre, du moins un peu de verdure.

Entre ces deux voies, devant le Calvaire, s’étend une vaste pelouse bien gazonnée, sillonnée de larges allées, et séparée de la route par une clôture, ce qui permettra aux pèlerins d’y circuler à l’aise, sans être troublés dans leur dévotion.

Sur les flancs de la colline, de petits sentiers bordés de cailloux et disposés de manière à laisser entre-eux d’étroits espaces où l’on a pu semer, planter quelques fleurs vivaces ou arbustes, achèvent de donner à l’ensemble l’aspect d’un monticule naturel.

Et, au moment où nous écrivons, on met la dernière main aux travaux du Saint-Sépulcre, et l’on pose à l’entrée le groupe de la quatorzième Station, la mise du Corps de Notre-Seigneur dans le tombeau, ou plutôt le Corps de Jésus porté au tombeau.

Absent du Calvaire en ce moment, nous regrettons de ne pouvoir donner d’autre détail à nos lecteurs sur ce beau groupe que l’indication des personnages qui le composent, d’après une photographie qui nous est passée sous les yeux. Mais cette énumération suffira à ceux de nos lecteurs qui ont déjà vu les autres groupes de notre Chemin de Croix monumental, pour s’en faire une idée.

Le corps de Notre-Seigneur étendu sur un linceul est porté par Joseph d’Arimathie et Nicodème, aidés tous les deux par le disciple bien-aimé, l’apôtre saint Jean. Suivent Marie, sa divine Mère, accompagnée de Marie-Madeleine et de Marie de Cléophas, toutes les trois dans l’attitude de la plus grande douleur.

Ce groupe doit donner à cette partie du Calvaire le cachet profondément religieux qui lui manquait jusqu’à ce moment, et l’on n’en approchera désormais qu’avec un souverain respect.

Une fête aura lieu dans le cours de la saison pour l’inauguration et la bénédiction de cette nouvelle station du pèlerinage.

En dehors du C