Introduction

Un autre Avent ! Mais attention. Je crois que celui-ci vous réserve des surprises. En effet, au cours de ces semaines, jour après jour, vous serez invités jour après jour à découvrir la route des trois grands personnages que la liturgie nous propose comme nos maîtres spirituelles au cours de l’Avent. Il s’agit du prophète Isaïe (1ère semaine), de Jean le Baptiste (2ième semaine), et de la Vierge Marie (3ième semaine).

Bien sûr, les textes que vous allez médités sont nés d’une lecture attentive des textes bibliques offertes durant l’Avent. Mais en en recentrant le contenu autour des personnages principaux, cela vous permettra, j’espère, d’aller plus en profondeur, de mieux découvrir la physionomie spirituelle de ces trois personnages, et de mieux comprendre comment ils peuvent nous rejoindre et nous accompagner aujourd’hui.

Pour les dimanches, l’approche sera différente. À chacun des quatre dimanches de l’Avent, vous trouverez cinq éléments :

1 – une réflexion qui vise à dégager une valeur particulière contenu dans les textes liturgiques;

2 – l’attitude à développer au cours de la semaine;

3 – une prière qui peut être reprise au cours de la semaine;

4 – un rite à célébrer, souvent relié aux traditions des Fêtes; ce rite peut se vivre en famille ou seul;

5 – un geste à poser.

Mode d’emploi !

Donc, concrètement, les trois premières semaines de l’Avent vous présenteront la route d’Isaïe, puis de Jean le Baptiste, puis de la Vierge Marie. Le lundi servira à «mettre la table» si je puis dire, à présenter le personnage. Puis, à chaque jour, vous pourrez procéder de la manière suivante :

1. Reprendre une des deux prières proposées pour la semaine (celle du dimanche ou du lundi).

2. Lire la réflexion propre à la journée.

3. Prendre un temps de prière silencieuse.

4. Terminer en reprenant une des deux prières (celle du dimanche ou du lundi) ou encore par une des deux hymnes contenues dans les lectures de l’Avent: le Magnificat (Luc 1, 46-55) ou le Benedictus (Luc 1, 68-79).

Bon Avent, et bonne route avec Isaïe le Consolateur, Jean le Baptisant, et Marie la Croyante.

Georges Madore

Dimanche 28 novembre

«Vous qui attendez…»

Le temps de l’Avent se vit dans un climat d’attente. Bien sûr, petits et grands attendent la grande nuit de Noël. Mais l’Avent est plus qu’une montée vers Noël. Cette saison liturgique a pour but de nous révéler comment toute l’existence chrétienne est soue le signe de l’attente. Il y a des attentes stériles, comme de faire la queue à l’épicerie. Mais il y a des attentes fleurant la joie, comme celle de la femme enceinte d’un enfant, ou celle des grands-parents attendant la venue de leurs petits-enfants. L’attente chrétienne est de cette sorte: nous attendons «la révélation du Christ» nous dit saint Paul. Il y a la grande révélation qui aura lieu à la fin des temps. Mais il y a aussi les petites révélations, les petites venues où le Christ se rend présent à nous dans une parole, une rencontre, un temps de prière, ou un moment d’extase devant la beauté de la nature ou de l’art. Toutes nos journées peuvent être de «petits Avents» où Dieu survient dans nos existences.

L’attitude à développer : l’espérance

«L’espérance, écrit Amédée Bruno, c’est la mémoire de l’avenir!» Or, notre avenir à nous, croyants, ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un: le Christ qui nous aime.

Le rite à célébrer

– Dans un endroit bien en vue, nous installons la crèche, sans personnages, avec le berceau vide. À côté, nous plaçons la première chandelle de l’Avent sur laquelle est écrit « engagement».

– Puis, à une certaine distance de la crèche, nous plaçons les rois-mages. Ceux-ci pourront se déplacer dans la pièce tout au long de l’Avent, s’approchant lentement de la crèche.

– Nous chantons ensuite « Venez divin Messie ». Avec une musique douce en arrière-fond, nous prions en silence, demandant à Dieu de faire de cet Avent 2008 un berceau où nous puissions l’accueillir.

Le geste à poser

Au cours de cette semaine, j’expédie mes cartes de souhaits. Si le temps me le permets, je les fabrique moi-même (avec un ordi, c’est pas si compliqué…). Je prends le temps d’y inscrire un message personnel. J’en envoie à quelques personnes que je n’ai pas vues depuis longtemps et pour qui ce sera une belle surprise.

Prière

Prière

Apprends-nous Seigneur l’art d’attendre. Nous vivons dans un monde de l’instantané: nous voulons tout avoir, tout de suite.

Pourtant, nous savons bien que rien de beau, rien de grand ne peut se faire sans le temps et sans l’espérance qui sait attendre.

Mon espérance est en toi Seigneur, parce que tu es ce qu’il y a de plus beau, ce qu’il y a de plus grand, au fond de mon temps, au creux de mon attente.

Quand le froid du monde veut tuer mon espérance, fais de moi un veilleur, Seigneur.

Quand la nuit se prolonge et m’engourdit, redis-moi : «Veillez, car je suis celui qui vient.»

Lundi 29 novembre

La route d’Isaïe le Consolateur

Le livre d’Isaïe est le livre par excellence de l’Avent. On en lira plus de 15 passages au cours des trois premières semaines ! Mais Isaïe, c’est plus qu’un prophète : c’est une école de prophètes ! La plupart des auteurs affirment qu’il y a au moins trois auteurs aux 66 chapitres de ce livre. Nous allons nous arrêter cette semaine à celui qu’on appelle le deuxième Isaïe (auteur en gros des chapitres 40 à 55). On pourrait l’appeler le prophète consolateur. En effet, il s’adresse à un peuple complètement démoli. Un peuple qui a perdu sa terre, son roi et son temple. Un peuple désemparé qui se demande si le dieu des Babyloniens Mardouk n’est pas plus fort que le leur ! Isaïe aura donc une lourde tâche. Il devra recentrer son peuple sur l’essentiel de sa foi et rallumer en son cœur l’espérance. Mettons-nous à son écoute : il nous offrira cette semaine un «petit traité de l’espérance.» Il nous révélera cinq choses à faire pour rallumer notre espérance !

Prière

Tu le sais Seigneur, rien n’est plus fort que l’espérance. Elle nous garde debout dans les pires épreuves ; elle nous permet de traverser les pires tempêtes.

Tu le sais Seigneur, rien n’est plus fragile que l’espérance. On peut l’étouffer sous le poids de l’argent.

On peut la faire mourir de faim. Seigneur, je te confie mon espérance.

Nourris-la de ta promesse et de ta Parole. Amen

Mardi 30 novembre

Retrouver le centre

Qu’est-ce qui fait la différence entre le chaos et l’ordre? Pour qu’il y ait de l’ordre ou de l’harmonie, il faut qu’il y ait un centre! Ce centre est parfois organique et invisible; et parfois il s’incarne dans des objets visibles. Par exemple, le centre d’une plante est de se reproduire. Tout: sa structure, sa matière, son activité existent en fonction de ce centre. Dans une société aussi, il faut un centre: c’est l’État, avec ses services et ses pouvoirs. Ce centre peut devenir visible dans des personnes (le premier-ministre) ou des objets (l’édifice du Parlement).

Nos vies aussi ont besoin d’un centre autour duquel tout s’organise. Sans cela, elles deviennent chaotiques, insignifiantes, sans but.

Pour rebâtir l’espérance, il faut trouver ou retrouver son centre. Or ce centre ne peut être nous-mêmes, car «toute créature est comme l’herbe (…). L’herbe se dessèche et la fleur de fane» (Isaïe 40, 6-7). Non, notre centre est un autre. En fait, le tout Autre. «Le Seigneur est le Dieu éternel, c’est lui qui crée la terre entière, il ne faiblit pas, il ne se lasse pas» (Isaïe 40, 28).

Le danger, c’est d’identifier son centre à des personnes ou à des objets. C’est l’erreur qu’avait commise Israël. Elle croyait que le temple et le roi étaient son centre. Le prophète commence par ramener son peuple vers son seul centre: le Dieu éternel et vrai. Tout au long de l’Avent, nous l’entendrons nous redire ce même message.

Mercredi 1er décembre

Déceler les signes

C’était en plein janvier. Michel et Réjean ont décidé de m’initier à la chasse à la perdrix.

Mais je n’ai même pas de fusil, ai-je protesté !

Ce n’est pas grave, ont-ils répliqué. Tu nous regarderas faire !

Et c’est ce que j’ai fait. J’ai appris alors que la première qualité d’un chasseur, c’est de pouvoir déceler les signes. Évidemment, la perdrix ne se mettra pas à chanter du haut d’un arbre, comme un coq! Mais elle donne des signes de sa présence: des pistes, un trou dans la neige où elle s’est enfouie pour se protéger du froid.

On aimerait bien parfois que Dieu nous donne des signes clairs de sa présence: un miracle ou même une apparition ! Oubliez ça ! Les signes de Dieu sont discrets. Il ne faut pas tant lui demander des signes précis, que de nous apprendre à déceler ceux que lui voudra bien nous donner ! Les Juifs en exil étaient si découragés qu’ils n’attendaient même plus de signe de la part de Dieu. Il leur a fallu un prophète pour réveiller leur espérance et les mettre à l’affût. Soyons de bons «chasseurs» de Dieu ! Demandons-lui l’espérance qui nous ouvre les yeux et nous permettra de déceler ses moindres signes…

Jeudi 2 décembre

Dénoncer ses idoles

Un immense panneau-réclame proclamait : «Pilotez votre vie !» Quelle merveille: pouvoir conduire ma vie en évitant les échecs et la souffrance. Je me dépêchai donc de lire le reste du panneau pour découvrir ce qui me permettrait un tel contrôle. Ça disait : «Achetez-vous cette marque de voiture !» Voilà une belle illustration de ce qu’est une idole. L’idole est avant tout illusion, mensonge. Elle prétend être ce qu’elle n’est pas et donner ce qu’elle ne peut donner. Elle fait des promesses qu’elle ne peut tenir.

Oser l’espérance, c’est d’abord oser démasquer ses propres idoles. C’est oser reconnaître que ces choses sur lesquelles je suis tenté de bâtir ma vie – la fortune, la performance, le plaisir – finissent toujours par tromper mon espérance. Il faut plus qu’un objet ou même un être humain pour répondre à mon espérance la plus profonde. Un seul peut promettre et tenir parole: celui dont «la Parole demeure pour toujours» (Isaïe 40, 8).

Vendredi 3 décembre

Croire au pardon

Les prisons invisibles sont celles dont il est le plus difficile de s’échapper. Les barreaux de ces prisons ne sont pas fabriqués de métal, mais de culpabilité et de honte. Comment espérer quand on se voit comme un exclu, un raté, un «pas bon»?

Notre prophète consolateur a compris cela. Aussi il ouvre son message à son peuple par une proclamation solennelle de pardon: «Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son crime est pardonné» (Isaïe 40, 2). Voilà ce qui est au commencement de toute espérance: pouvoir tourner la page. Pourvoir être convaincu qu’on peut recommencer à neuf, libéré du boulet de ses erreurs et de ses fautes.

Si Dieu peut nous pardonner ainsi, ce n’est pas d’abord parce qu’il décide de ne plus se souvenir de nos fautes. C’est avant tout parce qu’il se souvient de qui il est, lui: il est le Dieu fidèle, qui nous a créés par amour. Cela, il l’est et le sera toujours. Aucune faute, si monstrueuse soit-elle, ne peut lui faire oublier cela. «Une femme oublie-t-elle son bébé? Oublie-t-elle de montrer de la tendresse à l’enfant de sa chair? Même si cela arrivait, moi, dit le Seigneur, je ne t’oublierai pas» (Isaïe 49, 15).

Samedi 4 décembre

Être ce qu’on est !

Un descendant de Jessé, père de David, un prophète, Jean le Baptiste, la Vierge Marie: qu’ont en commun ces gens qui croisent nos routes d’Avent? Ils ont tous embarqué dans le projet de recréation du monde et de l’humanité annoncé par Dieu. Leur gloire est d’être au service de ce projet. Dans son Magnificat, la Vierge attribue ce titre de serviteur de Dieu et à elle-même et à son peuple tout entier.

Mais comment le peuple d’Israël en exil peut-il travailler à ce projet de Dieu? Comment peut-il être une lumière pour toutes les nations, lui qui est dépourvu de pays et de temple? Chose étrange, en s’adressant à son peuple par la bouche du prophète Isaïe, Dieu ne lui demande pas de parcourir le monde pour convertir les païens. Il lui demande simplement d’être ce qu’il est : une humanité envahie par la joie de se savoir aimée de Dieu. Cette joie sera sa lumière. La garder intense et bien vivante sera sa mission. Et cette lumière allumera l’espérance dans le cœur de tous les peuples. Tous pourront chanter: «Venez, marchons à la lumière du Seigneur» (Isaïe 2, 5).